PROLOGUE
Un beau malin, ils s'échappèrent d'Avila. On les reprit. Ce fut deux anges qu'on vola. Mais eux, pour amasser seuls leur rançon d'otages, lis avaient au jardin de petits ermitages.
Thércse, sur la couche, se dresse convulsivement, et jette un cri ! don Sanclicz, Juana, Lisoarda la contiennent, veulent la recoucher, la cachent à demi. — Juana, brusquement, court vers l'autel de Marie et s'agenouille en levant les mains
DO.NA JUAXA
Vous qui sentez au co-ur les plus petits cailloux
Du chemin de tous ceux qui, pieds nus, vont vers vous,
0 de tous les péchés la martyre éternelle,
Mère! en la secourant, épargnez-vous en elle!
Puisque son paradis naîtra de ces moments,
Nous bénirions ses maux s'ils n'étaient vos tourments;
Le double déses|)oir que leur excès nous cause
C'est qu'à les éprouver elle vous les impose;
Et, si ce n'est pour vous, daignez les amoindrir
Pour votre fils qui soulTre à vous voir tant soulTrir !
Thérèse est pins calme, tout à faitcahiie. — Tandis que tous considéraient la malade, comme épiant l'elTet de la prière de doua Juana, Ximeira s'est approchée de la tahie, furtive et faroui-hc; elle soulève le couvercle du cotlrol, cherche et trouve la miniature, s'en empare, rentre dans l'ondire. — Sœur Juana, un peu rassurée, s'assied sur la première marche de l'autel et parle à Krvann, presque souriante, — un peu comme si elle se parlait à elle-même.
Fillettes, nous allions chez les sœurs Augustines,
Thérèse et moi. C'est là qu'ils ont dit leurs matines,
^»os petits cœurs d'amour, l'un à l'autre dévots.
Jésus ne voulait pas de nous de grands travaux;
Comme il a consenti que le papillon vole
Il permet qu'aux enfants sa Grâce soit frivole
Et s'amuse de Ic.-urs fragiles onctions.
Puis Thérèse apporta des livres. Nous passions,
Front contre front, et nos mignonnes mains unies.
Des jours entiers, l'air d'épeler des litanies,
A relire comment un roval chevalier
34 SAINTE THÉUÈSK.
Tout armé d'or vainquit en combat singulier
L'ondulcuse tarasquc à la gueule de braise!
Car Dona Bcatrix, la mère de Thérèse,
Fut d'avis qu'aux romans il n'est pas de péclié
Quand sous leur sens profane un sens pur est cache;
Et, captives longtemps des enchanteurs infâmes
Qui sont le Mal, les Angéliques sont les Ames.
Même Thérèse fit le très beau conte, en vers,
D'une ]î]lue attrapée au piège du Pervers,
Qui, femme d'un alîreux serpent toute une année.
Fut en carrosse d'or juste à point ramenée
Pour la Noël, en son château du paradis.
Par l'ange Galaor et par saint Amadis,
Comme se rcproelianl ces souvenirs puérils, Ju;ina se lève, parle plus gravement.
Mais des brumes et des chimères de l'aurore
Nous senthiies en nous le Soleil Christ éclore!
Tout s'enfuit, dès qu'il vient, s'éteint dès qu'il a lui;
Nous nous aimions encore, en lui, par lui, pour lui;
Ayant, au seuil claustral où tout l'être s'émonde,
Laissé dans nos souliers la poussière du monde,
Sur les pavés d'autel aux pâleurs de tombeau;
Nos pieds mis étaient purs comme des lys sur l'eau;
Blanches du même lin qui descend de la tempe.
Nous fûmes les deux sœurs de la petite lampe
Qui se meurt sur l'autel inextinguiblement,
Et l'adoration du Très Saint Sacrement
Nouait à Dieu nos deux àmcs comme des lierres,
Thérèse recevait des faveurs singulières,
Paradis ici-bas, qu'avait bien mérité
Son goût de la souffrance et de l'humilité.
Surtout, ce que je n'eus jamais, quoi que je fisse,
C'était son enjoûment parmi le sacrifice.
L'une des bonnes sœurs que le Ciel éprouvait
Mourait d'un hideux mal, l'épouvante au chevet;
Une plaie à son cou s'était envenimée,
Livide et rose, affreuse. Encor qu'accoutumée
Aux dégoûts par les saints devoirs de notre emploi,