‹ Sainte ThérèseChapitre 143 sur 146 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

D'admirer les hideurs fétides de ma couche,

Je n'aurais d'autre cour que des larves de mouche!

Je sais pourquoi. J'ai, par pitié des corps, ces riens.

Trop épargné de Juifs et de Luthériens.

Mes chairs bougent d'autant d'helmintes nourris d'elles

Que j'ai laissé grouiller sur mon Dieu d'infidèles.

Oh! qnc s'il me rendait le nerf des jeunes ans

Il verrait flamboyer de tisons bienfaisants!

Quels flots de sang païen sous la croix militaire!

Tant qu'avant d'avoir vu mes cheveux gris, la terre

Serait, purgée enfin de tout ce qui la perd.

Le Royaume des Gicux lui-même, ou le désert!

— Hélas! je me dissous, ver à ver, goutte à goutte.

Mais si l'œuvre de bien ne s'acheva point toute.

Il parle d'une voix plus désespérée, humblement suppliante :

Prié par toi, le Juge aura sans doute égard A ceci, que j'en fis une assez grande part?

Avec des sanglots :

Dis qu'il s'apaisera d'un temps de purgatoire! Dis que mon long tourment d'ordure expiatoire. Sœur des Anges ! m'en comptera pour la moitié ?

Silence.

MARIE DE SAINT-AUGUSTIN

Elle se tait, avec un regard de pitié.

DON PHILIPPE

Quoi? n'entend-elle point?

MARIE DE SAINT-AUGUSTIN à toutes les Carmélites, ardemment, en tombant à genoux

Priez avec moi!

Elle psalmodie avec une ferveur désolée;

Sainte, Exaucez notre plainte!

TOUTES LES CARMELITES

à genoux, en frappant leurs poitrines

Exaucez notre plainte!

MARIE DE SAINT-AUGUSTIN

Par la Plaie au côté! Par la Lance et les Clous! Sainte! Sainte! Nous vous adjurons! Parlez-nous!

Toutes les Carmélites, et presque tous les personnages répètent d'une supplication déchirante

Sainte! Sainte! Nous vous adjurons! Parlez-nous!

Alors la Sainte, comme après avoir demandé conseil au crucifix, tourne un peu la face en abaissant le regard.

THÉKÈSE

Cessez le bruit qui vers le monde me dévie.

Oui, je connais le mot de l'éternelle vie.

Mais, vous qui cheminez dans le monde à pas lourds,

Pourquoi demandez-vous la parole, étant sourds?

Et, si vous l'entendiez, elle vous serait comme

Pour un homme le mot du pays d'un autre homme;

Et même si votre œil indigne l'épela,

Vous diriez en riant : « N'était-ce que cela? »

Car, pour que notre soif de Ciel s'en désaltère.

Il faut le sens divin à ce mot de la terre.

Hélas! ce sens, soleil-vérité, par qui tout.

Ténébreux, s'illumine, et, confus, se résout,

Qui donc pourrait en votre ignorance le mettre

S'il n'est en vous déjà par la bonté du Maître?

Et qui vous apprendrait, si Dieu ne vous l'apprit.

Comment l'esprit fait chair sera la chair-esprit?

Humble paille, espérez la sublime étincelle.

Une tristesse courbe tous les fronts sous le refus de la Sainte. Alora :

MAUIE DE SAINT-AUGUSTIN

S'il faut que le secret de vie encor se cèle,

Du moins chassez de nous les démons ennemis;

Que nos péchés par vous, Mère, nous soient remis!

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