‹ Sainte ThérèseChapitre 144 sur 146 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

En eiTet.par le porche de droite, dont elle avait laissé la petite srrille ouverte. Sœur Juana s'approcbe vivement tandis que, à gauche, les Carmélites et tous les autres personnages ont reculé, à peine, toujours inclinés vers l'estrade.

JUANA

Je l'ai trouvée au lieu fatal !

Le coude au roc, le flanc à l'épinier brutal, Comme la pécheresse au désert pénitente, Et contemplant d'une âpre avidité d'attente Des os blanchis, d'haleine et de larmes usés.

Ximeira, vieille, rompue, haillonneuse, ses maigres bras, ses maigres jambes, brûlés de soleil, écorchés de ronces, parait à la petite grille ouverte, trébuche, exténuée; ses cheveux gris, où restent ries rouilles d'or, sortent de la capuche en lambeaux qui cache à demi le visage.

Vois! ses membres comme à coups de barre brisés Soutiennent mal le corps décharné qui se voûte Dix fois elle a failli succomber sur la route, Glisser au gouffre dans un torrent de cailloux.

Sur un signe de Thérèse, Juana a conduit Ximeira vers l'estrade.

THÉRÈSE

0 ma Sœur d'ombre hélas! me reconnaissez- vous!*

XIMEIRA

sans lever la tète, à voix basse :

Oui.

T II É R i; S E

Vous n'attendiez pas dans votre nuit hagarde Mon message.

XIMEIRA

Souvent j'ai pensé : Comme il tarde!

THÉRÈSE

Tu sais ce que réclame, au bout de nos chemins. Celle qui parle avec la Grâce dans les mains-'

Oui. Pour plus de douceur aux doux instants funèbres Votre jour désira le pardon des ténèbres.

Et je voulais aussi hors du mal ténébreux Apaiser de clarté ton grand cœur douloureux.

VIMEIRA

Oui.

Elle a monté une marche vers Thérèse.

Mais elle n'est plus, Sainte! votre sœur d'ombre. Le glorieux martyre et le martyre sombre Se rejoignent au même avènement divin.

Depuis qu'Evrann n'est plus le monde est vide et vain, J'ai détesté le monde en ma douleur déserte ; Mais par l'éternel deuil que m'en causait la perte J'ai senti plus qu'humain ce que j'avais perdu; Et mon Dieu ne pouvait m'ètre qu'en dieu rendu.

Elle monte une marche encore, se dresse, le front presque aussi haut que celui de Thérèse.

Regarde ton nouveau reflet sous ma paupière ! Tu t'y reconnaîtras, ma sœur, à ta lumière.

Thérèse, longtemps, considère fixement les yeux de Ximeira, et, ravie, elle parle d'une voix ardente.

THÉRÈSE

En vérité, vous qui priez, je vous le dis, Cette femme connaît le mot du Paradis.

ELVIRE DE SAI^'T-ANGE

Quoi ! cette femme !

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