DO>A JUANA
lui loudiant les mains.
Froide !
DON s AN CHEZ
Hélas! c'est la fin!
THÉRÈSE
très doucement
C'est le commencement!
Oui, peut-être,
Venez !
En face d'elle, Ervann, d'un mouvement instinctif, sousl'imagede J('>sus,a,comnie Tliérèse.élendn les bras. Il la contemple. On dirait qu'elle le contemple aussi. Mais sans doute elle ne le voit pas.
LISOARDA
Thérèse !
DON SANCIIE/ à Ervann
Seigneur prêtre!
Ervann, en un soubresaut, a l'air de s'éveiller.
THÉRÈSE
qui revient à la réalité, dont l'attitude s'amollit, et qui se laisse clioir sur la première marclic de l'autel.
Afin qu'au Ciel me soient moins reprochés Après si peu de croix, hélas ! tant de péchés, Donnez le viatique à l'âme pèlerine;
PUOI.OGUE. 27
Et que je parte avec mon Dieu dans ma poitrine.
Ervann frissonne, se détourne. — Cependant, sur un geste de Thérèse, don Sanchez, doiïa .luana, Lisoarda s'écartent, s'éloignent silencieusement par la large porte basse. — Krvann, ([ui a pensé à Ximeira, va se retourner pour voir si elle est là encore. Ximeira a comme pressenti ce mouvement, et se dérobe derrière ré|)aisse tapisserie au fond à gauche. Ervann regarde la lenétre, croit sans doute que Ximeira est partie par où elle est venue. Tout ceci à peine indiqué — comme dans du mvstère. Ervann et Thérèse sont seuls.
THÉUKSE.
toujours assise sur la marche
Approchez-vous, On est si Lien près de l'autel.
Il fait quelques pas en chancelant, hagard. — Elle a prié, le front contre la petite table sainte. Elle s'est un peu retournée, elle est presque à genoux.
Je n'ai commis, mon père, aucun péché mortel,
Du moins, je ne crois pas. La Règle qui seconde
M'en aurait préservée au cloître, et dans le monde
L'honneur m'en eût gardée à défaut de la foi.
Pour d'autres ce serait assez. Mais, j'étais, moi.
Envers le Ciel à plus de mérite ohligée
Par les faveurs dont il m'avait avantagée.
Puisque Jésus me prit, petite, par la main,
Je n'ai pas eu de gloire au choix du hon chemin;
La grâce me faisant si simple la coutume
De prier, de souiTrir et d'aimer l'amertume,
Et de seul le servir sans infidélité,
J'aurais dû m'y soumettre en plus d'humilité.
Hélas! quand je faisais le hien, j'en étais fière.
Si j'arrivais pour les offices la première.
Si je jeûnais, pas plus d'un jour, de pain et d'eau.
Si j'aidais quelque vieille à porter un fardeau,
Je trouvais cela hien; et lorsque Dieu qui m aime
Daignait m'humilier, il me restait quand même
Des satisfactions dont je pleure aujourd'hui,
A cause de vertus qui n'étaient que de lui.
Si des dons qu'il me fit j'eus déjà le salaire.
A m'en payer encor se pourra-t-il complaire ? La terre m'accorda toute ma part de ciel. Oh! par le Tout-pouvoir du A crbe essentiel, Que confèrent les Mains, l'Étole et le Saint-Clircmc Absolvez-moi, mon père, à celle heure suprême. Des bonheurs que j'avais, du délice où je suis. Absolvez moi de mon espoir!
EUVAN.N clans une explosion sanglolanic
rson! je ne puis!
Non!
Thérèse s'est redressée. Ervann lomlic à genoux devant elle.
Demandez plutôt qu'à ce prêtre funeste Le salut à l'enfer, ou la vie à la peste! L'eau pure du pardon, dès que j'y toucherais. Verdirait de la lèpre infecte des marais.
THÉllÈSE qui recule effravce
Que dites-vous?
ERVANN
en se frappant la poitrine
Je suis infcàme, abject, indigne.
Ce n'est pas à l'cgout que doit mourir le cygne. Partez d'ici. Je suis, piétiné du péché. Une ornière de fange où des porcs ont marché. J'ai rompu le bon joug du Seigneur. ^la prêtrise Sert de bêle de somme au rut qui la maîtrise. Parlez, ne soulTrez pas de mes vœux parjurés Lolïense à votre lin fidèle...
Il a le front contre terre. — Un silence. — 11 lève craintivement la tête. 11 voit (pie Tbérèse a les veux pleins de larmes.
N ous pleurez!
THÉRÈSE très doucement, en marcliant vers lui
Qui donc ne pleurerait à voir comme vous êtes Malheureux ! Dans le ciel vos palmes étaient prêtes ;