ACTE II
Moi-même je suis las. Sur l'une de ces tombes Je prierai. Le repos est salubre, à genoux.
Pendant que la touiière s'éloigne au fond, ;i droite de l'église, don Luis de Gyntlio sort par l'un des arceaux, entre les pierres tumulaires. — Fra Quiroga reparait ; derrière lui, c'est Leïlah, vêtue du san benito, sous un long voile obscur.
FRA QUIROGA
à Leïlali
Leïlah marche entre les deux Familiers qui la contiennent et la mènent.
Viens.
Te repens-tu?
LEÏL AU
qui veut soulever son voile, fiévreusement, furieusement
Non !
Sur un geste de Fra Quiroga, les Familiers poussent Leïlah dans le caveau. — Ceci fait, Vni Quiroga dit à Sœur Juana :
FRA QUIROGA
Fermez.
Sœur Juaiui ferme la porte du caveau, va se rasseoir, reste immobile. — Fra Quiroga remonte avec les deux Familiers, leur dit, en dé.signant l'ombre où se trouve Pierre Porras.
Attendez-nous.
Puis il entre dans l'église. — H y a un long silence. — L'orgue diminuant, se taisant presque, la forme étendue devant l'autel peu à peu se soulève, s'érige de la cape qui glisse d'elle, s'accoude, les mains en prière, n'ouvre pas les yeux, commence de parler dès que l'orgue ne chante plus.
THÉRÈSE
Parlez encor, mon Dieu! J'écoute au fond de l'âme
La cloche de cristal de notre épithalame,
Et, de l'autre côté de mes yeux, je vous vois!
Mais ce n'est pas assez d'amour, sans votre voix.
Vous qui m'avez choisie et m'avez attendue
Pour la suavité qui ne m'était point due,
0 mon Maître, ô mon bien, sublime et tendre époux.
Après avoir parlé, pourquoi vous taisez- vous?
C'est trop peu pour ce cœur, extasié calice,
De trop de joie; il veut déborder de délice
En larmes oii se fond un trésor de douleurs.
Hélas, mon cher amant, n'aimez-vous plus mes pleurs?
Des ombres d'ici-bas suis-je tant enlaidie
Que votre long silence ainsi me répudie?
Souvent, fulile esprit dans le monde emporté,
J'ai payé votre amour par l'infidélité;
Mais il ne faut pas être à son tour infidèle
Quand l'épouse donna ce qu'on exigeait d'elle!
J'eus d'humbles jours encore à la terre attachés
Où vous aimiez en moi jusques à mes péchés.
Se frappant la poitrine :
Ah! téméraire ingrate! il se peut donc que j'ose A Dieu qui s'accorda demander autre chose? Tesson de verre où tout le ciel s'est reflété, Je me plains de n'avoir pas assez de clarté. Je me plains, grain de sable où l'infini déferle, Et ma goutte de boue est lasse d'être perle? Qu'il tombe en pleur, son triste orient amorti! Sois chassée, arrogante Esther, comme \asthi; Rejetez-moi, Dieu juste, à ma basse infortune... Mais au cœur réprouvé de l'amante importune, Quel châtiment vaudra, sous vos regards voilés, Le seul regret de vos silences !
La clarté de la lune, comme tombée du lointain calvaire, l'auréole. — Elle crie, bienheureuse-
ment :
\ous parlez!
D'abord, elle se tient debout, les bras levés, en eitase; elle a l'air d'écouter et de répondre. Elle semble surnaturelle. Puis elle sourit, elle s'assied peu à peu. — La lumière autour d'elle est moins violente, moins sublime, plus douce. — Thérèse s'entretient toujours avec Dieu ; mais plus familièrement. Elle fait des signes de tête qui approuvent. Elle dit enfin :
Oui, Seigneur. Il convient que le cloître sévère Soit la prison d'airain de nos ferveurs de verre; Le siècle ne doit pas enfreindre le désert;