‹ Sainte ThérèseChapitre 58 sur 146 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Il ne doit plus servir que vous seul, qui vous sert.

Elle écoule encore; elle répond.

Oui, Seigneur. C'est iin grand travers dans les familles De vous offrir, malgré leurs cœurs, de pauvres filles Berceuses en esprit d'un enfant qui serait Gomme vous, près de votre mère, à Nazareth. Mais la Porte ne doit plus s'ouvrir: la coutume Mêle à tort aux habits mondains le saint costume; Et vous êtes le Roi jaloux de son honneur Qui se réserve ses servantes.

Plus fortement encore :

Oui, Seigneur! Je vous donnerai pour demeures des masures Que sur le strict devoir cloront des grilles sûres ; 0 palais rayonnants dès que vous y serez ! Là les cœurs monteront en encens épurés; Là s'agenouillera par ferventes élites L'oraison aux pieds nus des blêmes Carmélites ; Et seul vous pourvoirez à leur jeûne bénit Comme porte l'oiseau la pâture à son nid.

Suppliante :

Mais, d'un si haut emploi comment serai-je digne Si vous ne m'y vouez par quelque grâce insigne.»^

Câline, insinuante :

En priant près de la païenne au cœur fermé

Qui doit mourir, hélas! sans vous avoir aimé,

(Oh! comme elle est déjà punie!) et qui, peut-être,

Vous aimerait, ayant le temps de vous connaître,

Un dessein m'a tentée, ineffablement doux.

Encor qu'il ne puisse être en moi, s'il n'est de vous.

Je n'ose, tant mon zèle imparfait s'en amende.

L'accomplir pour mon Dieu que s'il me le commande;

J'en crains trop de faveur à mon indignité.

Et, pour en moins valoir, veux qu'il me soit dicté.

Elle écoute, n'entend pas, elle s'attriste, elle s'inquiète.

Quoi? Rien?

Elle s'effraie.

L'orgueil d'un tel martyre vous irrite!*

Joyeuse :

Non! mais vous m'en voulez laisser tout le mérite! Par moi seule, vos dons me seront mieux gagnés ; Et c'est pour mon salut que vous m'abandonnez.

Infiniment passionnée, doucereuse aussi :

Cher Dieu! puisque l'amour, en moi, de votre ouvrage

A me rien refuser vous laisse sans courage,

J'en veux encore un bien, formidable, inouï.

Dont il s'épuiserait s'il n'était infini.

Suprême ambition de l'oraison suprême!

Si d'une même ardeur notre union s'entr'aime,

Peut-il suffire à son entier ravissement

Qu'il ne soit dû qu'aux yeux de l'àme seulement?

Madeleine a pu voir votre corps de lumière;

Vous aima-t-elle mieux, pour aimer la première?

Oh! que votre bonté m'accorde vos beautés.

Dans un élan d'extase :

Dieu! je vous ai compris! Dieu! vous y consentez!

Pour un peu de martyre ovi je suis résolue

A cet excès de bien votre épouse est élue!

Ah ! que ma chair se torde et saigne aux tourments durs ;

Et que je puisse au moins, si mes regards obscurs

Soutiennent mal l'éclat des sublimités vraies.

Voir le Crucifié par les yeux de mes plaies!

Elle redescend de sa joie extasiée. Lentement, pendant que s'atténue autour d'elle la clarté céleste, l'expression de son visage, encore toute de délice pourtant, se familiarise en humanité satisfaite, confiante, simple. — Elle se lève, elle met la cape sur son bras, elle traverse la scène, elle va vers Juana.

Donne-moi cette clé, ma sœur. Oui, donne-la.

JUA?iA

Tu veux prier encor près de la Leïlah?

THÉRÈSE

Oui.

JUAXA

Va donc.

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