ACTE II. I
DOM TOMASSO
Des valets de ruffians?
Des serviteurs du roi.
Et si la foule appelle en des plaintes d'effroi Les alguazils, eux, les voleurs, horribles drilles, Saouls de butin, jetant les bures et les grilles. Galonnés d'or, la croix de Saint- Jacque aux genoux, Répondent en riant : « Les alguazils, c'est nous ! »
Il poursuit.
Au pic Muley-hacen où sont la nue et l'aigle, Un couvent théatin ouvert selon sa Règle A qui passe, bandits, muletiers, gitanos. Vénère en un cercueil de sardoines les os Du bienheureux Probus, confesseur et vicaire; Or en pèlerinage au très saint reliquaire Vont les filles du val sous des fleurs par panier, Portant des lys comme des cierges ! L'an dernier. Elles furent devant la châsse de sardoines Mises à mal.
DOM TOMASSO
Par les gitanos?
Par les moines.
11 parle avec plus de violence, — ironique d'al)or(l.
Mais l'Espagne, famine, affre, rapine, rut, A sa chape de foi féroce et d'orgueil brut ! Et s'assure, arrogante, en son airain fragile. Juifs, Morisques, Chrétiens, blasphèmes. Évangile, Talmud, Koran, rite papal, dogme arien, Riches gorgés de tout, pauvres nourris de rien, Plaideurs dupés, fiscaux (la loi serve du lucre). Se ruant au profit comme la mouche au sucre, Cavaliers scandaleux et gueux édifiants, Martyrs, relaps, nonnains, catins, héros, ruffians. N'importe ! ivre du sang d'un chulo qui s'encorne. Grandesse solennelle et populace morne,
Io4 SAINTE THÉRÈSE.
Elle est, toute, un seul cœur d'ascète et de bourreau li
Entre le Monastère et le Quémadero.
Parfois, Madrid, en des alarmes de présages.
S'émeut, sentant passer sur elle les messages
Qui, de la blanche Rome au noir Escnrial
Où songe l'héritier du moine impérial.
Font des échanges de corbeaux et de colombes !
Mais la flamberge au poing et le cilice aux lombes,
La race au sombre honneur jure que, par le fer,
Elle vaincra le monde et, par le feu, l'enfer I
DOM TOMASSO
Oui.
^'on. Voici les temps, hysopes et brins d'herbes, Oiî les pieds du Seigneur fouleront vos superbes. Trône! il va retirer sa force à ton courroux. Cloître! il n'a pas sauvé l'homme pour tes écrous; Et l'encens des bûchers offense messe et vêpres. Que de signes! la peste à Santander, des lèpres Partout. Le curé d'Albe a vu, levant le scel. Les mots : Pax vobisciim s'effacer du missel; L'éclair de Dieu met des bannières fulgurales De catastrophe à la flèche des cathédrales. Hier pour la guerre et pour l'aumône nous avions L'or! Il n'est plus. L'Algarve et ses alluvions De grenaille ont fléchi sous la vague marine; Les moulins d'Huesca mêlent à leur farine Des poisons si soudains qu'on meurt en la mangeant; Les gisements de sel, les puits de vif-argent? Taris, comme un marais que Sirius avale. Les moissons ont craché leurs grains sous la cavale De l'ouragan, la grêle assomma les troupeaux; Ce qu'on avait d'épargne, on le porte aux tripots, Aux férias, au giron scandaleux des clorindcs; Et, l'autre mois, dix-sept vaisseaux venant des Indes, Qu'on attendait, espoir en des coques de noix! Pour payer la milice et solder les Génois,