ACTE V
cime portant une lanterne, viennent ou de la terrasse à gauche, ou de la terrasse à droite, ou des escaliers, ou d'un porche entre l'autel et le portail de droite, traversent la scène silencieusement, mystérieusement.
Quand la dernière Carmélite est entrée dans la chapelle, — l'orgue chantant plus fort. — Juana se rapproche de Thérèse en prière, la touche à l'épaule.
Thérèse, après un sursaut, se lève, consent, va vers la chapelle avec Juana. Elles passent près de la chaire, elles voient que la vieille religieuse s'est endormie. Juana veut la réveiller à cause de l'office. Thérèse s'y oppose, se courbe, baise le bas de la manche de la vieille aux yeui fermés, — disparaît dans la chapelle.
Un assez long silence qu'emplit l'orgue, largement,
puis avec plus de langueur.
La porte du premier plan à gauche s'ouvre lentement. Ximeira, la torche un peu en arrière d'elle, écarte le battant, avance la tète, reconnaît la salle, se juge seule, jette la torche dans l'escalier, entre, ferme sans bruit la porte, regarde autour d'elle, va vers l'autel, à pas sourds, fait, en dénouant un ruban de lin, descendre un pigeon d'or, en soulève une aile, répand à l'intérieur de l'oiseau de métal le contenu d'un petit flacon qu'elle a pris à sa ceinture, ferme l'aile du Saint-Esprit.
XIMEIRA
J'ai mis la mort en Dieu.
Elle fait remonter le ciboire.
Mais le spasme suprême ]']st doux quand la mourante espère et quand elle aime. Je prétends que Thérèse à l'heure sans retour Doute du saint espoir et du céleste amour Que, se reconnaissant en moi, miroir funeste. Et pleine de ma propre angoisse, elle déteste Sa sainteté pareille à ma damnation.
Elle se tourne vers le portail de la chapelle.
Oui, c'est par là.
C'est.
En passant, elle heurte la vieille religieuse qui sursaute.
LA VIEILLE RELIGIEUSE
Qui vient? Croix de la Passion!
Elle lève sa lanterne, restée sur l'une des marches de la chaire.
ig't SAIÎNTE THERESE.
...C'est la détestable abbesse qui se lève, Les crins roussis, de son sépulcre ou de mon rêve!
Elle laisse tomber sa lanterne qui se brise.
A l'aide! à l'aide! J'ai dans la nuit de ses yeux Vu flamber les anciens péchés!...
Elle fuit vers la chapelle, en levant les bras fous. XIMEIRA
Tout va des mieux.
Celle que je cherchais viendra vers qui l'assiège ! Le hasard m'a fourni l'amorce de mon piège.
Parmi un commencement de tumulte clans la chapelle ;
Cloître! antique témoin de mes premiers défis! Autel de mon parjure aux pieds du Crucifix! Parvis d'où l'on gagnait des Indulgences sûres A vénérer les saints tourments de mes luxures!
"Vers la chaire :
Chaire de mon orgueil!
Vers les instruments de supplice :
Verges de mes courroux !
Et toi, Christ insulté, me reconnaissez-vous? Comme un forban fameux de captures lointaines Je reviens avec plus de fourbes et de haines. Et j'apporte aux encans de l'Enfer, à foison. Les merveilleux trésors de celte cargaison!
Le bruit redouble, s'approche, va entrer.
Ah! s'il existe, sous la force qui nous mène, Ailleurs que dans la crainte ou la révolte humaine. Le Prince des péchés, mitre de sombre feu, Seigneur du Ciel d'en bas, gloire inverse de Dieu, Où le double infini s'adapte et se complète, Certes, il pourra faire une si rare emplette, Que jamais meurtre, viol, renîment baptismal, N'orna d'un tel joyau la tiare du Mal!
Les Carmélites, que guide la vieille effarée, sont entrées, s'approchent, reculent épouvantées à l'aspect de Ximeira. — Elles s'enfuient.
Mais Thérèse parait, très calme, s'avance, Ximeira brusquement, s'humilie, se prosterne.
0 Parfaite! Je tombe à vos pieds!