‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 119 sur 137 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Ils m'enlacent tous deux ! Ils me tirent, au fond. Vers le trou !

Elle a presque cédé... elle se rejelto violemment en arrière.

Loin de moi 1

Auï Carmélites.

Vous, fuyez ! vite ! Ils vont, Vous aussi, — voyez-les! — aux funestes descentes Vous entraîner avec des griffes caressantes. Non ! moi seule !

Elle les pousse.

Fuyez ! Priez !

Elle les fait entrer dans la chapelle.

Là. je le veux !

Elle est seule, elle se jette sur la terrasse, vers le coté menaçant du ciel.

Et vous, ô Tout-puissant qu'offensèrent mes vœux. Epargnez-moi du moins l'infrangible carcère Du mur vivant qui rampe et toujours se resserre. Oh ! plutôt, firmament terrible où transparaît L'or sans nombre de tes colères en arrêt, Lâche-les toutes sur moi seule, et, pour qu'il paie Horriblement l'illusion d'une autre plaie Fais de ce cœur, par tous tes astres furieux. Une blessure immense, éternelle comme eux !

Elle s'offre, renversée, au cLàliment divin, demeure longtemps en une extase de damnation.

Long silence.

Lentement les étoiles s'éteignent, à peine, un peu plus. Une lueur blanchâtre monte de derrière les arbres qui vêlent la colline, et cette blancheur, bientôt, sera rose... le fond de la vallée tressaille de buées pâles qui se dissiperont.

Alors, de la chapelle, un cha^ur de voiï virginales, puériles, si légères, très hautes, très pures, qui semble une aubade sacrée — et ces voix sont en effet comme l'écho musical de l'aube qui se lève.

Thérèse, lentement, revient à elle ; en elle aussi du jour se lève, du jour sacré, du jour charmant... Sa face s'éclaire délicieusement.

THÉKÈSE

pendant les voix et le lever des lueurs.

Matin du ciel ! Malin dans l'àme !

Pur éveil, Disparition,

2o4 SAINTE THERESE.

Doute à doute de la nocturne vision !

Tout s'éclaire et rien ne s'enflamme.

Les étoiles ont clos leurs féroces douleurs,

Comme des yeux voilés de pleurs

En repentir d'un mauvais songe;

La brume au loin du val allonge.

De blanchissants frissons d'évanouissement,

Comme dans moi la nuit qui ment

A le lumineux tremblement

D'une aile à des rayons posée...

Les voix se taisent. Le jour est de plus en plus clair. Thérèse se tourne vers le grand crucidx qui s'illumine d'aurore.

Après la Neuvième Heure, après

Les Ténèbres où tu souffrais, Tu laissas choir, mon Dieu ! de ta plaie aux bords frais

Une goutte à peine rosée, Une autre! Une autre! Et, pleurante promission De l'éternel midi de la Rédemption,

C'est du sang de la Passion Que, toute claire, étant de pardon traversée, Fut faite, pour chasser des coeurs, des bois, des monts.

Les vertiges et les démons.

Cette eau bénite, la rosée !

Elle s'est placée, en se détournant, contre la croix, elle s'est trouvée sous l'ombelle des Fleurs de la Passion, elle en a doucement remué la tige, elle a été toute rafraîchie, épurée, sauvée d'un divin baptême auroral, — et, enfin, le grand jour éclate pendant que chantent magnifiquement les voix et l'orgue. Alors Thérèse s'écrie :

Elle a menti ! l'absurde enfer déraisonna I La femelle du diable a menti ! Hosanna ! Par l'amour sainte et la charité méritoire J'avais raison. Le Jour célèbre ma victoire ! Les clairons du salut sonnent au firmament! C'est l'unique, le pur, l'immarcessible amant Dont l'éclair nuptial en plein cœur m'a marquée ! Je m'évade en clarté de la nuit embusquée. Sans tache, et dans le lin rayonnant du ciel bleu, Epouse du Seigneur I

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