‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 130 sur 137 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

En mourant bénira les prêtres et les rois ; Et si, même de loin, tu la vois et la crois, Ton âme aride en sera tout épanouie; Gomme il advient parfois, quand la propice pluie Ranime et sauve après les funestes saisons Le jardin magnifique et les riches moissons, Que l'on voit, à l'écart, du ciel même ignorée, Une ronce fleurir d'une goutte égarée. »

Depuis un instant, la Mère Anne de Saint-Barthélemy est sortie d'entre les pesantes tentures, a parlé bas à une jeune Carmélite.

LA JEL>E CARMÉLITE

Non, sœur Juana n'est pas encore de retour.

La Mère Anne va se retirer ; la Carmélite la retient d'un geste suppliant.

Mais, parlez-nous.

Peu à peu les novices et les professes en prière s'interrompent de chuchoter, se lèvent vers la Mère Anne.

Selon les Signes, c'est le jour

Où Thérèse du ciel achèvera son stage Terrestre de travaux, de pénitence et d'âge; Que fait la Sainte au bord du suprême moment?

LA MÈRE ANNE

Sainte Thérèse meurt délicieusement.

Docile agonisante au doux souffle sans râle,

Le sein lent, les yeux clos, lumineusement pâle.

Entre ses longs cheveux blanchis elle semblait

Un rayon qui s'éteint dans un ruisseau de lait.

Mais quand elle eut reçu le sacré Viatique ;

D'une aspiration de ferveur frénétique

Quand elle posséda dans l'être qui se tend

Le cher corps du Seigneur vivant et palpitant.

Il jaillit de toute elle une splendeur d'extase

Gomme un feu rayonnant par les pores d'un vase ;

Et l'émerveillement de ses yeux agrandis

Dardait la volupté parfaite ! J'entendis

Alors les bruits heureux d'une foule priée

A des noces, qui vient fêter la mariée...

226 SAINTE TIIÉHÈSE.

Mais on ne voyait rien. Ce furent à coup sûr

Les Vierges, les Martyrs^, les Séraphins d'azur

En leur frémissement posé de libellule;

Le Royaume des Cieux tenait dans la cellule.

— Depuis, Thérèse attend, parlant au crucifix^

Non point blême! ime flamme en ses yeux assouvis,

La rose du baiser nuptial à la lèvre !

Et, belle du bonheur dont plus rien ne nous sèvre.

Même avant le trépas sa face a reflété

Le rajeunissement de l'immortalité.

LA. JEUNE CARMÉLITE

Oh ! la voir !

LA :mÈI\E ANNE

Puisqu'il faut que^, pour vivre, elle meure. Vous la verrez en son deuil radieux, quand l'heure Marquera des neuf coups d'un adorable glas Les derniers battements de son cœur ici-bas

La Mère s'éloigne. — Les Carmélites, après s'èlre signées, se remettent en prière; quelques-unes s'agenouillent, à gauche, sous une sainte image prés du porche grillé.

LE PÈLERIN

Bienheureuse déjà bien qu'encore mortelle,

La femme qu'on vénère ainsi, qui donc est-elle?

LE PAUVRE

L'écho de ta montagne est sourd, s'il l'ignora.

Un quart de siècle entier, la Sainte qui mourra.

Dans les humilités de la douleur féconde

Fut le remords et fut l'holocauste du monde.

Jeune, son cœur s'émut, et se laissait toucher ;

Mais, — on dit que ce fut d'un reflet de bûcher, —

Il s'éclaira du jour de la vérité dure ;

Il connut que Jésus s'acquiert par la torture.

Et qu'il n'est, dans les jours charnels, qu'il faut haïr,

De bien qu'à la subir, de pitié qu'à l'oflVir.

Donc, en rédemption des profanes délices,

Il voulut les aflronts, il voulut les supplices,

Et le Garmel, du Siècle et de l'Enfer vainqueur.

Fut fait à la saignante image de ce cœur.

En un bruit égorge d'agneaux dans les étables

Les macérations des nonnes lamentables

Abjurent la pensée et détestent la chair;

Et n'ayant rien, hormis mourir, qui leur soit cher.

Du feu dans leurs yeux creux, du sang à leurs mains jointes.

Vers le Ciel où, les soirs, les astres sont les pointes

Peut-être d'un cilice énorme, convoité,

Pour qu'il pardonne au mal, au rêve, à la beauté.

Monte sans rien laisser de leur âme en arrière

L'àpre ferveur de leur implacable prière .

LE PÎiLERlN

Donc, le tourment, toujours? Faut-il que le Carmel Soit semblable à l'enfer, pour mériter le ciel?

LA MÈRE ANNE

Pauvre, ne réponds plus.

aux Carmélites :

Il se peut que l'on change, Vierge acerbe naguère, au moment d'être un ange, Et que se rattendrisse à la proximité Du jugement divin l'humaine charité.

Parfois on a cru voir, dans ses yeux, sans secousses. Sous ses doux cheveux blancs, rêver des larmes douces Comme si la rigueur de son cœur s'émoussait... Tais-toi. C'est un mystère entre elle et Dieu. Qui sait.i^

UNE DES CARMÉLITES

près du porche, à gauche

Comme les conviés aux noces du Cantique

La terre après le ciel se rue au lit mystique!

Regardez, dans le soir embrasé des coteaux.

Un manteau de splendeur aux bures des manteaux,

Les Garmels, multitude au loin reconnaissable

Sous l'or du ciel à son humilité de sable.

Les religieuses se sont empressées vers la grille du porche. Ou entendra, peu à peu, grandissantes les plaintes des religieuses qui viennent.

UNE AUTRE CARMELITE

Voici nos sœurs de Saint-Joseph en Avila! Car au blason claustral la laine simula

La mère avec l'enfant dans le désert aride. Et saint Joseph qui mène l'âne par la bride.

UNE AUTRE

Voici celles de la sierra de Malagon ! Car, au drapeau d'azur étoile, le Dragon Tord sous l'ange sa plaie en écarlate ornière.

UNE AUTRE

Celles de Patrana portent sur leur bannière L'Annonciation séraphique du Fils :

Marie en robe bleue et l'ange avec un lys.

LA PREMIÈRE CARMELITE

D'autres, Valladolid, Olmède, Ségovie

Les suivent, troupe encor d'une troupe suivie,

Sous l'écusson de leurs étendards reconnus;

Et toutes, écorchant aux pierres leurs pieds nus,

Frappant leurs seins meurtris, ou serrant les charnières

Du cilice, ou s'offrant aux clous durs des lanières,

Battent l'air et le mur infatigablement

D'un flux de pénitence et de gémissement!

Les clameurs plaintives, au dehors, sont plus proclies, et s'exaspèrent. Les religieuses du Carmel d'AlJje tendent les bras vers celles qui viennent. — D'autre part, peu lointaines, des sonneries de trompette.

LA PREMIÈRE CARMELITE

Mais, de l'autre côté, voyez sous la poussière Ce cortège de faste et de force princière Pendant que des clairons sonnent dans le soleil !

UNE AUTRE

Un prêtre noir, un prêtre en pluvial vermeil, Devant les aciers clairs, la moire et les dorures. Suivent une litière aux sombres chamarrures Où, la face immobile et voilée à demi. Une forme s'étend de mort ou d'endormi. Quel est, mystérieux dans sa gloire sonore, Celui qui vient à nous.»*

UNE AUTRE

Je ne sais.

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