‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 15 sur 137 · DONA JUANA · texte numérisé non relu

DONA JUANA

Vous qui sentez au canu- les plus petits cailloux

Du chemin de tous ceux qui, pieds nus, vont vers vous,

0 de tous les pécliés la martyre éternelle,

Mère! en la secourant, épargnez- vous en elle!

Puisque son paradis naîtra de ces moments.

Nous bénirions ses maux s'ils n'étaient vos tourments;

Le double désespoir qtie leur excès nous cause

C'est qu'à les éprouver elle vous les impose;

Et, si ce n'est pour vous, daignez les amoindrir

Pour votre fils qvii soufifre à vous voir tant soulhir !

Thérèse est plus calme, tout à fait calme. — Tandis que tous considéraient la malade, comme épiant l'effet de la prière de doiïa Juana, Ximcira s'est approchée de la table, furtive et laroiiche ; elle soulève le couvercle du coffret, cherche et trouve la miniature, s'en empare, rentre dans l'ombre. — Sœur Juana, un peu rassurée, s'assied sur la première marche de l'autel et parle h Ervann, presque souriante, — un peu comme si elle se parlait à elle-même.

Fillettes, nous allions chez les sœurs Augustines,

Thérèse et moi. C'est là qu'ils ont dit leurs matines,

INos petits cœurs d'amour, l'un à l'autre dévots.

Jésus ne voulait pas de nous de grands travaux;

Comme il a consenti que le papillon vole

Il permet qu'aux enfants sa Grâce soit frivole

Et s'amuse de leurs fragiles onctions.

Puis Thérèse apporta des livres. Nous passions,

Front contre front, et nos mignonnes mains unies,

Des jours entiers, l'air d'épcler des litanies,

A relire comment un royal chevalier

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Tout armé d'or vainquit en combat singulier

L'onduleuse tarasque à la gueule de braise!

Car Doiîa Béatrix, la mère de Thérèse,

Fut d'avis qu'aux romans il n'est pas de péclié

Quand sous leur sens profane un sens pur est caché;

Et, captives longtemps des enchanteurs infâmes

Qui sont le Mal, les Angéliques sont les Ames.

Même Thérèse fit le très beau conte, en vers,

D'une Elue attrapée au piège du Pervers,

Qui, femme d'un affreux serpent toute une année.

Fut en carrosse d'or juste à point ramenée

Pour la Noël, en son château du paradis.

Par l'ange Galaor et par saint Amadis.

Comme se reprochant ces souvenirs puérils, Juana se lève-, parle plus gravement.

Mais des brumes et des chimères de l'aurore

JNous sentîmes en nous le Soleil Christ éclore!

Tout s'enfuit, dès qu'il vient, s'éteint dès qu'il a lui;

Nous nous aimions encore, en lui, par lui, pour lui;

Ayant, au seuil claustral oh tout l'être s'émonde.

Laissé dans nos souliers la poussière du monde.

Sur les pavés d'autel aux pâleurs de tombeau;

Nos pieds nus étaient purs comme des lys sur l'eau;

Blanches du même lin qui descend de la tempe,

Nous fûmes les deux sœurs de la petite lampe

Qui se meurt sur l'autel inextinguiblement.

Et l'adoration du Très Saint Sacrement

Nouait à Dieu nos deux âmes comme des lierres.

Thérèse recevait des faveurs singulières,

Paradis ici-bas, qu'avait bien mérité

Son goût de la souffrance et de l'humilité.

Surtout, ce que je n'eus jamais, quoi que je fisse,

(tétait son enjoûment parmi Je sacrifice.

L'une des bonnes sœurs que le Ciel éprouvait

Mourait d'un hideux mal, l'épouvante au chevet;

Une plaie à son cou s'était envenimée.

Livide et rose, affreuse. Encor qu'accoutumée

Aux dégoûts par les saints devoirs de notre emploi,

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