‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 16 sur 137 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Il fallait, pour s'en approcher, prendre sur soi. Thérèse càUnait la pauvre créature.

Relevait les coussins, contait quelque aventure Pour l'amuser, riait un peu, ne voulait pas Qu'une autre la servît, prenait tous ses repas Près d'elle, la faisait manger, comme une mère Ferait pour son enfant, disait : « C'est votre verre? » Buvait, sans plus d'émoi de l'ulcère empesté Que d'une abeille d'or sur une fleur d'été. Surtout, elle disait : « Gomme je vous envie, Ma sœur! la douleur seule est bonne en cette vie. Ou souflrir, — ou mourir! »

Thérèse s'agilc violemment, se lortl les bras.

Tristes vœux exaucés !

Comme elle souffre, hélas!

THÉRÈSE en un cri de désespoir extasié

Pas assez! pas assez!

Elle se soulève, on la soutient, elle se tlégage, elle s'avance en défaillant, douloureuse et passionnée.

Du feu m'étreint, ici, partout. Je vous rends grâce,

Mon Dieu! C'est votre amour dévorant qui m'embrasse.

Je suis la paille du brasier. Soyez béni.

Mais qu'est ma peine auprès du supplice infini

Dont vous avez saigné pour mon salut. ^ Barbane,

Tu m'épargnes! Ainsi qu'une amante se pare.

Je veux par plus d'angoisse être digne de vous.

Oh! mors donc en plein cœur, ton venin est si doux.

Douleur aux bonnes dents, adorable vipère!

Vers Juana :

Quoi! tu pleures, ma sœuri'

Dans les bras de son père, très gracieuse, très caressante, très puérile :

Quoi ! vous pleurez, mon père?

Jadis, pour votre enfant, n'aviez-vous pas rêvé Quelque époux riche et beau, gentilhomme achevé, Et l'autel nuptial aux splendeurs solennelles? Il se fera demain des noces bien plus belles Puisque Notre-Seigneur sera le marié ;

Et par la sainte Mort vous y serez prie.

Elle est reprise de ses délicieuses tortures.

Ah ! Dieu uraimc! Un étau tord ma gorge. Tout tremble, S'éteint, ■ — s'embrase! 0 mon divin maître! il me semble Que ma bouche en un cri suprême va s'ouvrir Pour que vers vous mon âme...

Extasiée :

Oh! si j'allais mourir!

Elle se renverse, sans toniLer, sur l'autel, reste immobile, les yeux écartjuillés, les bras étendus,

Mon enfant !

comme en croix.

DON SANCIIEZ

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