‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 3 sur 137 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

C'est en vieille Caslillc, sous Pliilippc II, à Caslelgorza, vers la fin du jour, dans le logis de don Hernandez Ervann d'Avellano, prêtre desservant la seule église en celle petite ville. Le soir eslompc déjà les formes, les couleurs. A gauche, au premier plan, dans un cadre dédoré, la peinture presque éteinte d'un Ecce homo, avec la couronne dépines, douloureux et extatique; le haut de la croix est visible derrière la tête de Jésus. — Entre l'image et un piédouche oii est ouvert un in-folio, reliure de cuir ramage d'or, il y a une fenêtre par où l'on aperçoit, vaguement, les stèles d'un petit cimetière; la fenêtre est bleue, d'un bleu déjà sombre oîi zigzaguent, rarement, des éclairs faibles; le bruit du tonnerre est très lointain, très sourd. — Les meubles sont pauvres, lourds, anciens ; un peu à gauche, une table aux pieds tors, surchargée de livres et d'objets de pitié, des escabelles, deux ou trois sièges, plus grands, sans étoiles. A droite, au premier plan, un autel de la Vierge, sans autre parure qu'une statuette de Marie, poupée en habit de reine; un seul cierge, comme d'un exvoto; trois marches de bois précèdent l'autel. Plus haut, à droite aussi, un étroit vitrail, sans autre signe qu'une croix blanche, plus opaque, et une large porte basse, en bois ferré, à un seul battant. Dans le fond de la chambre, un peu à droite, — quand est levée une tenture peinte de légendes sacrées, d'un caractère dur, • — un grabat est à peine visible, sans matelas, oreiller, ni draps; couche ascétique et comme pénitentielle. Encore au fond, mais dans le coin à gauche, une autre tenture très opaque, plus sombre, baissée. — A mesure que s'épaissit la pénombre extérieure, le cierge, devant JN'olre-Dame, donne plus de lueur; il fera à peu près clair dans la chambre quand ce sera tout à fait la nuit au dehors; mais le fond demeurera obscur.

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Au loier cki rideau, don Ilernandez Ervann d'Avellano est seul; vêtu d'une longue robe sombre, plutôt froc que soutane, il lit près de la fenêtre, debout, dans l'in-folio; il est brun de peau entre des cbeveux longs ctplats, moins sombres que son teint; ses traits paraissent rudes, avec des tics de désespoir ou de remords; il pourrait faire jienser à un Christ que la Passion aurait rendu acerbe, — imagination de quelque peintre cruel ; les yeux sont profonds et ardents. Quelquefois, comme par une montée d'âme qui s'attendrit, son visage s'éclaircit de douceur. Il est très beau; il lit avec des secousses, les yeux tea^; près du livre; il y a au loin de vagues bruits de foudre.

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