‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 4 sur 137 · DON ALPHONSO SANGHEZ DE CEPEDA · texte numérisé non relu

DON ALPHONSO SANGHEZ DE CEPEDA

DO^ HERNANDEZ ERVANN D'AVELLANO. — THÉRÈSE

JUANA. — XIMEIRA. — LISOARDA.

Des Valets et des Servantes de don Alphonso Sanchez.

VOy HERNANDEZ ÉRVANN D AVELLANO

Le soir qui monte avec des rumeurs de tonnerre Yoile les Vierges d'or du vieil antiphonaire. Mais, Elle, à chaque page, ici, là, je la vois En des frissons d'émail fauve et brun !

11 ferme brusquement le livre ; il marche par la chambre, avec, parfois, des regards vers la fenèlre, s'assied devant la table, ouvre un bréviaire, lit en marmottant. — Tout à coup, d'une voix éolalante :

Quatre fois J'ai crié le Credo! Sans l'entendre. J'écoute Le silence du crépuscule sur la route ^ Par où vient mon désastre, et mon désir...

Il est devant la fenêtre, regarde au dehors.

Rien, non, Rien. ,

Il s'adosse à la muraille, sous l Ecce homo ; il joint les mains; il parle, les yeux mi-clos. — On dirait qu'il regarde au dedans de lui-même, faisant un examen de conscience.

Dans Caslelgorza, cité de bon renom, Don Philippe régnant, qui traque la couleuvre

SAINTE T 1 1 E U i: S E .

Et les hydres, vivait, chrétien d'esprit et d'œuvre,

Vierge et dur, sobre autant qu'Ignace le jeûneur,

Dans l'oubli de la Chair et l'espoir du Seigneur,

Don Hernandez Ervann d'Avellano, bon prêtre ;

C'était moi. Le Péché passa sous la fenêtre!

Rousse fdle en haillons, couleur, odeur, chaleur,

Une pivoine au sein comme du sang en fleur.

« Çà, dit-elle, j'ai soif. — Attends, si tu veux boire

J'apporterai de l'eau. » Deux trous de splendeur noire.

Ses yeux, proches, dardaient des défis inconnus.

« Bois. » Elle buvait, lente, en levant ses bras nus.

(( Maintenant, va, pars. — iNon. — Que veux-tu donc? » Farouche

Elle dit : « jM'essuyer les lèvres à ta bouche ! »

Donc, à Castelgorza, lieu pestilentiel,

Vit dans l'orgueil du stupre et dans l'oubli du ciel,

— Calice plein du vin de l 'offense, chasuble

Dont le bouc monstrueux des luxures s'affuble. —

Le mauvais prêtre Ervann, qui communie (effroi

Des anges!) en état d'impureté... C'est moi.

Avec rage :

Mais puisque enfin ce cœur relaps où tu te vautres Ne charme ses remords qu'en en méritant d'autres. Viens, gueuse! et qu'en l'ivresse abjecte de la chair Plus de damnation soit un peu moins d'enfer. Ximeira, viens !

Un éclair.

Avec la foudre!

Le coup de tonnerre.

Hier, l'hostie A tressailli dans ma bouche; et je l'ai sentie Amère. C'est mauvais signe lorsque le miel Eucharistique a goût de reproche et de fiel.

Un autre éclair.

Si l'éclair se fermait en griffe qui s'accroche Et tord le cou !

Il regarde l'image de ÎNotre-Danie.

Vers l'eau de la céleste roche Vous qui levez des mains de prière et d'amour,

Puis, aux pêcheurs errants, Dame du Bon Retour,

Donnez la Grâce à boire au creux de votre paume,

Gardez que le Guetteur qui ne dort ni ne chôme,

Surgissant tout à coup, ne me vienne égorger,

Impénitent, avant le loisir de changer!

Car je n'abjurai point dans mes pires furies

La vénération de vos fêtes fleuries.

Et, chaque aube, je vous offre, vous le savez.

Comme un bouquet de lys chuchotants, des avés.

Que l'un des Séraphins à qui vous faites signe

Disperse au loin, du vent de ses ailes de cygne,

L'obscène enchantement des nocturnes elfrois;

Oh ! ma lèvre s'épure à baiser vos pieds froids !

Et déjà votre geste invisible se penche

Pour ramener au ciel mon âme en robe blanche 1

Au dehors, un aiipel de joie et de défi, dans un rire. EUV7V>'X se [iréeipilant vers la fenêtre

Ximeira !

La voix de XIMEIRA

Le barbet grogne en rasant le mur.

EUVANX

Prends par le champ.

La vois de XIMEIHA

Mon pied s'écorchc au regain mur.

EllVANN

Passe donc par le mail.

La vois de XIMEIUA

Pour que la ville entière Me voie! As-tu fermé la chapelle?

Oui.

La voiv de XIMEIHA

L'ostière Des morts?

ERVAXN

Non.

La voix de XI ME IRA

Très bien.

se penchant vers le dehors

Comme une ombre de corbeau Sa manche va de stèle en stèle.

I,a voix de X I M E I R A

Un grand tombeau, Tout justement.

ERVANN

Quoi! dans le pâle lieu sans lune Ta n'as pas peur?

La voix de XI ME IRA plus proche

De quoi? des goules? j'en suis une.

D'aillewrs, il n'est chemin vers le paradis noir Qui vaille un escalier de sépulcres !

Ximeira enjamhe le rebord de la fenêtre; elle apparaît, rousse et coiffée de rouge, — dans un éclair

XIMEIRA

Bonsoir!

Ervann la saisit. Un sac, qu'elle avait à l'épaule, glisse derrière elle.

Détestable bonheur! Je te veux, je l'emporte, Je t'ai!

Il s'écarte h peine.

Je te fais mal?

XIMEIRA

lui riant aux lèvres et l'étreignant

Non. Je suis la plus forte.

ERVAXN

Oli ! lu me prends le souffle et lu me rends du feu ! 'i oui est flamme dans toi : ta chair fauve, et le bleu De tes veines, tes yeux félins oii se dilate De l'or, la nuque d'ambre et ta lèvre écarlale

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