ACTE II
Il ne doit plus servir que vous seul, qui vous sert.
Elle écoute encore; elle répond.
Oui, Seigneur. C'est un grand travers dans les familles De vous offrir, malgré leurs cœurs, de pauvres filles Berceuses en esprit d'un enfant qui serait Gomme vous, près de votre mère, à Nazareth. Mais la Porte ne doit plus s'ouvrir : la coutume Mêle à tort aux habits mondains le saint costume; Et vous êtes le Roi jaloux de son honneur Qui se réserve ses servantes.
Plus fortement encore :
Oui, Seigneur!
Je vous donnerai pour demeures des masures Que sur le strict devoir cloront des grilles sûres ; 0 palais rayonnants dès que vous y serez ! Là les cœurs monteront en encens épurés ; Là s'agenouillera par ferventes élites L'oraison aux pieds nus des blêmes Carmélites ; Et seul vous pourvoirez à leur jeûne bénit Comme porte l'oiseau la pâture à son nid.
Suppliante :
Mais, d'un si haut emploi comment serai-je digne Si vous ne m'y vouez par quelque grâce insigne.»*
Câline, insinuante :
En priant près de la païenne au cœur fermé
Qui doit mourir, hélas! sans vous avoir aimé,
(Oh! comme elle est déjà punie!) et qui, peut-être,
Vous aimerait, ayant le temps de vous connaître.
Un dessein m'a tentée, inefiablement doux.
Encor qu'il ne puisse être en moi, s'il n'est de vous.
Je n'ose, tant mon zèle imparfait s'en amende,
L'accomplir pour mon Dieu que s'il me le commande;
J'en crains trop de faveur à mon indignité,
Et, pour en moins valoir, veux qu'il me soit dicté.
Elle écoute, n'entend pas, elle s'attriste, elle s'inquiète.
QuoiP Rien?
Elle s'effraie.
L'orgueil d'un tel martyre vous irrite!^
Joyeuse :
Non! mais vous m'en voulez laisser toul le mérite! Par moi seule, vos dons me seront mieux gagnés ; Et c'est pour mon salut que vous m'abandonnez.
Infiniment passionnée, doucereuse aussi :
Cher Dieu! puisque l'amour, en moi, de votre ouvrage
A me rien refuser vous laisse sans courage,
J'en veux encore un bien, formidable, inouï,
Dont il s'épuiserait s'il n'était infini.
Suprême ambition de l'oraison suprême!
Si d'une même ardeur notre union s'entr'aime,
Peut-il suffire à son entier ravissement
Qu'il ne soit dû qu'aux yeux de l'âme seulement?
Madeleine a pu voir votre corps de lumière;
Vous aima-t-elle mieux, pour aimer la première!*
Oh! que votre bonté m'accorde vos beautés.
Dans un élan d'extase :
Dieu! je vous ai compris! Dieu! vous y consentez!
Pour un peu de martyre où je suis résolue
A cet excès de bien votre épouse est élue!
Ah ! que ma chair se torde et saigne aux tourments durs ;
Et que je puisse au moins, si mes regards obscurs
Soutiennent mal l'éclat des sublimités vraies,
Voir le Crucifié par les yeux de mes plaies!
Elle redescend de sa joie estasiée. Lentement, pendant que s'atténue autour d'elle la clarté céleste, l'expression de son visage, encore toute de délice pourtant, se familiarise en humanité satisfaite, confiante, simple. ■ — • Elle se lève, elle met la cape sur son Ijras, elle traverse la scène, elle va vers Juana.
Donne-Aioi cette clé, ma sœur. Oui, donne-la.
j u A :n A Tu veux prier encor près de la Leïlah?
Oui.
JUANA
Va donc.