PROLOGUE. l
ERVAiNN
J'ai vu derrière loi, sortir de la broussaille Des formes. Où vas-tu? quels sont tes compagnons? Des gitanos, des gueux sautant sur leurs moignons. Des juifs lépreux de boue et de scélératesses, Des voleurs de mulets, des bandits?...
XIMEIRA
Des Altesses!
ERVAINN
Et de ces mécréants risquant leur âme à croix Ou pile, il en est un que tu préfères?
XTMEIRA
Trois ! Ercol, Balban, seigneurs des festins dans la crypte. Et le beau Pharaon de Bohême ou d'Egypte Qui marchait sur mon cœur à ses pieds étendu!
Tu l'aimes ?
XIMEIRA
N'en sois pas jaloux. On l'a pendu.
Elle monle vers l'armoiic.
Ah! fourbe, ou foBe, hélas!
Elle revient, rapportant des couteaux au manche de bois.
Apre fleur de ravine, Sauvage fille, es-tu chrétienne au moins?
XIMEIRA
en remontant
Devine.
ERVAIVN
Ximeira. Dieu n'a point de sainte de ce nom.
Revenue, elle dispose sur la table les ustensiles du repas.
Quoi? juive?
XIMEIRA
Point.
ERVANN
Païenne?
l4 SAI?iTE THERESE.
XIMEIRA
Un peu.
EllVANN
Morisque ?
XIMEIHA
tout près (lo lui. riant, le visage au visage
Non !
ERYA>>i
Oh! comme en tes yeux rit le vertige d'un gouiïre!
Il la regarde fixement, avec un elTroi charmé. 11 lui nicl les deux mains aux épaules.
Femelle! es-tu le diable?
XIMEIRA
SOS clicveux aux lèvres d'Ervann
Oui. Sens l'odeur de soufre.
ERVAN^
Plus tu ris, plus j'ai peur, et je raie, aux abois...
11 défaille, elle s'assied sur les genoux de son amanl ; elle approche les mets, verse du vin dans le lianap ; elle veut lui donner à manger et à boire, avec des caresses.
XIMEIRA
Voici ma chair, voici mon sang, tiens, mange et bois.
Un silence. Il cède.
Et m'écoute. ■ »
Elle va vers le petit autel de Mai^e, — elle monte sur la première. marche pour soul'ller la cire.
ERVANN
Que fais-tu là?
XIMEIRA
J'éteins ce cierge.
ERVANN
Pourquoi ?
XIMEIRA
avec un petit ricanement puéril
Par révérence à Madame la Vierge.
Elle a souffle la cire. Toute la chambre n'est éclairée que par les rares clartés d'entre les nuages.
La lueur enl nié mes paroles de nuit.