‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 8 sur 137 · PROLOGUE. I f · texte numérisé non relu

PROLOGUE. I f

Elle est derrière Ervann.

Ecoule. L'ombre est bonne et la lumière nuit.

Elle se penche vers Ervann.

Un morne val, au loin, temple sans murs ni porclics

Ni voûte, sous le ciel enfumé par les torches

De l'homme obscurcisseur des étoiles de Dieu,

S'ouvre, farouche, aride, et sacré! C'est le lieu,

Pas plus vaste qu'un champ, aussi grand que le monde.

Où le serf, le bâtard, l'humilié, l'immonde.

Le cliétif qu'on écrase et le fort qu'on abat,

L'évadé du garrot, du bagne ou du grabat,

L'homme-pourceau sans bauge etl'homme-loup sans antre,

Et la fécondité qui déteste son ventre,

Et les vierges, saignant troupeau prostitué.

Quiconque a cru, soulTert, haï, maudit, tué,

Tout le Malheur nommé le Mal, se rue et noie

Son enfer de douleur dans un enfer de joie;

Et, d'infàmc ripaille et d'étranges baisers

Souillant les jougs rompus et les carcans brisés.

Ou du pensif orgueil de ses beautés llétries

Défiant les devoirs et les idolâtries,

Dieu qui promis! Dieu qui trompas! Dieu détesté!

En appelle à Satan de ton iniquité.

plein lie peur, hagard, tremblant

C'est l'église du mal, la sentine malsaine Virant le très pur Christ en Baphomet obscène; Et le Péché, sous les corbeaux, orgue huant. Dit la messe du diable à cet autel puant!

qui se signe à rebours

Le prince de l'espoir, que toute plainte nomme.

Est le Père, le Fils et le Saint-Esprit homme;

Rué des Elohim au terrestre chemin.

Il devint plus grand qu'eux à devenir humain ;

Lorsque aux divins bourreaux Adam vole une trêve

Dans une parodie atroce de son rêve.

Lui se penche en pleurant vers le sabbat hurleur;

l6 SAINTE THÉRÈSE.

Il est beau comme l'ombre et comme la douleur. Obscur de notre deuil et meurtri de nos chaînes Il a dû ses pitiés aux motifs de ses haines, Et l'éternel proscrit, qui fait signe aux vivants Chassés en tourbillons de sable aux quatre vents Par le seigneur, le roi, l'évêque, et des masures Par la famine, et des chenils par les morsures, Les accueille, superbe élite ou troupeau vil. Dans la patrie universelle de l'exil!

Viens à lui. Sois à lui.

ERVANN

Tais- toi !

XIMEIRA

Romps l'esclavage, Prêtre, et comme le chien s'évade en loup sauvage Déchire en t'enfuyant la robe de ton dieu !

Non ! non !

XIMEIRA

Reste donc là, bête liée au pieu.

ERVA?fN

Le vent du ciel abat l'orgueil de la poussière.

XIMEIRA

11 n'étO'int pas la flamme au flanc de la sorcière! J'aime le roi du rêve et de la volupté.

ERVANN

Ximeiaa!

XIMEIRA

Reste là, cœur veule et cou dompté.

Au sacrilège autel je suis l'hostie-épouse !

ERVAXN

Demeure !

Eve m'envie- et Lililh me jalouse!

ERVAXN

Je t'ai«T«!

XIMEIRA

Hors le sien, tout amour est ennui!

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