‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 86 sur 137 · ACTE Iir. i · texte numérisé non relu

ACTE Iir. i

ERVANN

stupéfait, plein d'horreur

Qu'a-t-il dit?

vers Ximeira :

Qu'as-ta donc?

XIMEIRA

exultante

J'ai ma proie

E R V A ÎS N

Xinieiia! Rien ne sert d'avoir soulTert, prêché, Aimé. Je suis de leur sabbat, par mon péché.

XIMEIRA

Je la Liens! Puisque Ervann est de retour, (je n'ose Y croire encor... pourtant, tout à l'heure... la chose Est certaine... il a fui, mais je le trouverai...) Puisqu'il revient, mon espéré, mon adoré, Plus rien ne la défend contre ma frénésie! Et, c'est l'excès d'ivresse où mon cœur s'extasie. D'elle-même elle va se mettre dans ma main. Oui, Balban, elle va venir par ce chemin. Elle a quitté le cloître, et vient. Je la devance A peine. La voici, dans la nuit, sans défense. Avec ses nonnes, frêle, et croisant les deux bras. Donc, enfin!...

BALBAN

Que feras-tu d'elle?

XIMEIRA

Tu verras!

Ervann se précipite, éperdu.

ERVANN

De qui parles-tu, femme?

XIMEIRA

Ah! Ah! lui! c'est lui!

ERVANN

Louve !

Qui vas tu mordre?

l38 s AI>TE THÉRÈSE.

C'est bien lui. Je le retrouve!

Je le vois ! Je l'entends ! Je le touche !

pTus lirul.il encore.

De

qu]

Parles- tu?

J'ai pleuré, crié, râlé, langui Tant d'heures d'un si long désespoir vers cette heure! Et je languis, je râle, et je crie, et je pleure De délice, à présent! Mon cœur était pareil A de l'éternité d'ombre, — c'est le soleil!

Qui veux-tu déchirer, ô bête hérissée!

X ni E I R A

sans vouloir répondre, toute à sa propre exaltation

Autrefois, je t'aimais, et tu m'as repoussée.

Tu fis bien. Le péché, bien que j'aimasse tant,

Alluiuait dans mes yeux le rire impénitent.

Mais, le mépris, la faim, la soif, tout le martyre,

Je l'ai .subi. Cinq ans, (ils peuvent te le dire.)

J'ai mendié, quêtant à chaque bruit de pas

La désillusion que tu ne reviens pas!

O mon Dieu! Madeleine était superbe, et pleine

De fautes, quand son Dieu fit grâce à Madeleine;

C'est après le pardon qu'elle se repentit;

Moi, j'ai soulTert, d'abord, plus qu'elle ne pàlil;

Et tu peux bien lléchir ta justice cruelle.

Même moins doux que lui. pour moi, meilleure qu'elle.

— Eh bien! non. Qu'vm amour trop vil pour ta pitié

Soit de sa pénitence même châtié;

Inexorable Dieu que la prière irrite.

Sois d'autant plus cruel que moins je le mérite;

Mais soull're, plus fervente encor que je ne fus,

La servante à genoux de tes divins refus!

Que j'endure par toi, mais près de toi sans cesse!

KV.TE JII.

Et, si tu n'en veux pas agréer la caresse. Foule du moins, malgré les bonheurs expiés, Mes doux cheveux sous la colère de tes pieds!

F, U V A N N après une rêverie

Mon propre repentir attendrit ma colère. Pauvre femme!

X 1 M E I R A dans un cri de joie

II m'absout!

Mais réponds.

X I iM E 1 1\ A

Il tolère Que je l'adore!

ERVANN

Dis que celle que tu hais Ce n'est pas elle! Dis qu'en tes atTreux souhaits Ce n'est pas elle, esprit, que tu poursuis, femelle! Dis que ce n'est pas, dis que ce n'est pas...

redressée comme une bcle furieuse

C'est elle!

Elle qui vint, un soir, de son doux geste bleu Précipiter l'enfer où je t'aurais fait Dieu! Elle vers qui, cinq ans, comme à l'astre qui monte Un crapaud, j'ai pleuré du marais de ma honte! Elle, que, seule, après l'absence, après le temps, Ton cœur adore, espère, attend! — Car, tu l'attends! Sinon, pour quel motif serais-tu là? Sans doute. Gomme moi, tu la vis qui prenait celte route. Et tu l'attends pour aspirer, comme tu dois. Ce que garde de ciel Tair qu'ont signé ses doigts! Moi! Que suis-je! la chair, le sang, l'amour, la vie Inassouvie encor d'être plus assouvie.

L'instinct superbe où l'homme en l'imbécillité De la peur eut besoin de voir un révolté. Tu préfères, pâlie et mourante de plainte,

140 SAI^iTE THERESE.

L'extase, en l'autre Rien, d'une âme! Ah! cette sainte! Je la tiens! Et ce dont il faut se réjouir Pour elle, c'est qu'elle ait de la joie à souffrir.

Monstre! Mais non, vouée aux saintes récompenses, Rien de toi ne la peut atteindre.

Tu le penses?

Penses-tu, toi, Balban, qu'ils me reconnaîtront Sous la mitre que met cette torche à mon front?

Elle a arraché du socle la torche de résine, se l'ue, se hisse sur la hauleur, vers le sabbat, elle crie ;

Peuple d'ombre, cohue oii l'enfer humain vibre De rancune lâchée et de blasphème libre. Tournez-vous, ô vaincus! vers qui vous vengera!

Alors des voix d'en bas crient vers elle, tandis qu'apparaissent, se hissant, des têtes sombres et

Ximeira !

Ximeira !

horribles.

DES voix

DES VOTX

DES VOIX

Ximeira !

DES VOIX

, Ximeira !

XIMEIRA

sous la torche

L'envers resplendissant de vos ténèbres, l'aile, Restée en haut, de vos chutes, Dieu parallèle Du Mal, la foi, l'amour, et la beauté, ce ciel, Tout le bienfait inique et providentiel. Votre Ennemi, dans une vierge, l'a fait vivre! Et c'est elle qu'en don de retour je vous livre.

Des acclamations féroces s'élèvent vers Ximeira. ERVANIN

Exécrable !

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