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Saintes au XVIe siècle [microform]

La Société archéologique de Saintes a disparu sans avoir publié même les comptes rendus de ses séances. Il reste d'elle un règlement, le souvenir de quelques-uns de ses travaux, et surtout la mémoire de plusieurs de ses membres.

La Commission des arts et monuments de la Charente- Inférieure a pris la place de la Société archéologique. La nouvelle institution, sous les auspices de l'administration et avec le concours des hommes dévoués qui l'ont fondée, poursuit la tâche commencée par sa devancière. C'est là son rôle , et nous aimons à constater qu'elle s'en acquitte avec tout le succès et toute l'autorité possibles; mais un héritage impose des devoirs, et, parmi ces devoirs, il en est un dont nous saluerions l'accomplissement de grand cœur. Au nom de la solidarité qui l'attache à la Société

-ifithî .4^ :Htii^i:»4i's voudrions que la Commission des Irtl.} fi^sf ' î'ird yë* bulletins, consacrât le souvenir de la ba\ aille compagnie disparue; qu'elle en prît les travaux, jusqu'à ce jour inédits, sous son patronage, les signalât particulièrement à l'attention des amateurs de notre histoire locale, appelât sur eux l'intérêt qu'ils méritent, et par ses recommandations inspirât le désir de leur publication, si elle ne les pouvait éditer elle-même.

Ce vœu nous est suggéré par la communication de divers mémoires que M. Dangibeaud, juge au tribunal de Saintes, a lus, de 1841 à 1843, à la Société archéologique , dont il était un des membres les plus assidus.

Ces études historiques se distinguent par le bon aloi de l'érudition, l'élégance du style et la finesse des aperçus ; elles nous ont paru dignes d'être mises en lumière et nous avons songé à les livrer à l'impression. Sur notre demande, le fils de l'auteur, M. Edouard Dangibeaud, — qui ne perdait cependant pas l'idée de publier un jour ces études avec d'autres manuscrits de son père , — nous a autorisé à prendre un tel soin *.

* Dans la pensée qu'une annotation de tous les noms de l'Échevinage de Saintes qui figurent dans les mémoires de M. Dangibeaud pourrait offrir de l'intérêt, nous avons, autant que nos recherches font permis, donné un souvenir à chacun des anciens administrateurs de la ville, jetant aussi çà et là quelques notes de critique et de bibliographie.

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Ce faisant , nous entrons le premier dans la voie que nous inriiauions plus haut. Le chemin parcouru , un livre nous reste entre les mains : nous en faisons tout naturellement hommage à la Commission des arts.

Maintenant, quelques lignes à la mémoire de l'écrivain. Nous n'avons pas eu l'honneur de le connaître , mais la voix publique nous a souvent entretenu de lui, et nous sommes un écho répétant la note universelle.

M. Dangibeaud (Eutrope- Louis) naquit à Saintes le 13 fructidor an IX (30 août 1801). Sa famille, que la tradition fait originaire d'Albanie, se reicontre à Saintes dès la seconde moitié du xvi^ siècle, depuis François Angibaut *, lieutenant du prévôt de Saintonge sous Henri IV. Elle a occupé ensuite pendant quatre générations la charge de prévôt de la province **, et plusieurs de ses membres ont rempli les fonctions judiciaires et municipales.

* On trouve le nom écrit originairement Angibaut, Angibault, Angibaud, puis d'Angibaud et enfin Dangibaud ou Dangibeaud avec la soudure de la particule.

C'est pour Pun d'eux que d'Hozier, à V Armoriai de France de 1696 (Généralité de la Rochelle), a réglé les armoiries suivantes : De simple a la croix d'or. '

Après avoir fait ses études de droit à Poitiers, M. Dangibeaiid fut inscrit en 1824 au barreau de Saintes; il s'y fit remarquer dès ses débuts par une instruction solide, une argumentation nourrie et une parole à la fois sobre et élégante. Son penchant, aussi bien que le désir de continuer d'honorables traditions, l'attirait vers la carrière de la magistrature. 11 fut successivement nommé près le tribunal civil de Saintes : juge auditeur en 1827, substitut en 1830, juge en 1833, enfin, juge d'instruction en 1844. A ce poste il borna toute son ambition, et cependant l'estime que les chefs de la cour de Poitiers professaient pour son talent et pour son caractère lui eût facilité en plusieurs occasions, s'il avait consenti à en profiter, l'accès à des postes supérieurs ; mais l'attachement qu'il portait à sa ville natale et diverses considérations de famille et de position lui firent toujours préférer de rester à Saintes. Le souvenir de cet éminent magistrat est trop vivant encore parmi ses concitoyens pour que nous croyions nécessaire de rappeler ici combien il sut toujours faire preuve, dans l'exercice de ses devoirs, de haute raison, de vraie dignité et de consciencieux dévouement.

En 1833, M. Dangibeaud fut élu membre du conseil d'arrondissement de Saintes, et y marqua sa place, soit dans la discussion des intérêts en cause, par l'impartialité de ses appréciations, soit dans l'exercice de ses fonctions de secrétaire, par la lucidité de ses rapports. Il fut plu-

sieurs fois question de lui pour siéger au conseil général ; mais il ne se mit jamais sur les rangs : il était dans sa nature d'éviter le plus possible les situations qui devaient le placer en dehors du théâtre de son existence modeste. Ajoutons qu'il fit longtemps partie du conseil municipal de la ville de Saintes, dont il étudiait les ressources et les besoins avec la plus constante sollicitude.

A ses heures de loisir, comme délassement aux travaux du tribunal et de l'administration, M. Dangibeaud s'occupait de recherches sur Thistoire de la Saintonge et de l'ancienne commune de Saintes en particulier. Ses goûts et son érudition le firent tout naturellement entrer en 1839 dans la Société archéologique de cette ville. 11 a écrit pour elle les mémoires pleins d'intérêt que nous publions en ce moment*. Pendant le cours de l'année 1839, le baron Lemercier, alors maire par intérim , désigna M. Dangibeaud pour faire partie d'une commission de cinq membres chargée d'explorer les archives de la ville et d'en extraire les principaux documents historiques qui pouvaient s'y rencontrer **. M. Dangibeaud eut pour

* Nous les publions sans le moindre changement; laissant même à l'écrivain la responsabilité de l'orthographe de ses citations que nous n'avons pas contrôlée sur les originaux.

** Les autres membres de cette commission étaient MM. le comte Pierre de Vaudreuil, président; Moreau, bibliothécaire de la ville, vice-président; xMoutlet, principal du collège; l'abbé Lacurie, secrétaire. Us faisaient également partie de la Société archéologique.

mission spéciale de compulser les registres de la Maison Commune à l'époque des guerres de religion. Son analyse, faite avec beaucoup de soin , comprend les registres de 1570 à 1600. Jurisconsulte et archéologue tout à la fois, il s'est également livré à l'étude du droit coutumier de la province, et il a laissé sur cette matière des manuscrits qu'il serait désirable de voir publiés.

M. Dangibeaud était doué d'une grande sensibilité et d'une bonté à toute épreuve; il était serviable pour tous, et aussi sévère pour lui-même que porté à l'indulgence à l'égard d'autrui. Il fut cruellement frappé par la mort de sa femme, survenue en 183G, et dix ans plus tard par la perte de l'une de ses fdles. La douleur que lui causèrent ces événements fut si vive que, jointe aux fatigues de travaux excessifs devant lesquels son zèle ne recula jamais, elle altéra progressivement sa santé.

M. Dangibeaud est mort à Saintes le 5 mars 1849, et des regrets unanimes, encore présents, ont consacré la mémoire de cet homme de bien, dans la personne duquel se trouvaient réunis au suprême degré la probité et le désintéressement, l'amour du devoir et l'austérité des principes.

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