LA MAISON COMMUNE — LES ÉCHEVINS
Je désire avant tout fixer la valeur du titre donné à cet article, et vous dire dans quelle pensée je l'ai rédigé.
Je n'ai pas entendu faire l'histoire de la Commune de Saintes ; je sais ce qu'il ne m'est pas permis d'entreprendre ; d'ailleurs les matériaux m'auraient manqué.
Mais quelques recherches dans les archives de l'Hôtel de Ville ont mis entre mes mains des documents qui peuvent ne pas être sans intérêt, soit pour l'histoire de notre localité, soit pour celle de la province, soit enfin pour l'histoire générale du pays. Et, à vrai dire, les mêmes éléments conviennent souvent à l'histoire envisagée sous ce triple point de vue, tant ont été graves les événements accomplis à certaines époques dans l'ancienne province de Saintonge.
Un beau travail sur cette province, œuvre de talent et de conscience, vient d'être récemment terminé. Son auteur,
qu'il me soit permis de le dire sans faire suspecter mon amitié pour lui, mérite la reconnaissance des amis de l'histoire K
Cependant, quelque longues qu'aient été ses veilles, quelque variées qu'aient été ses investij^ations, l'historien peut rarement s'applaudir d'avoir tout découvert, d'avoir tout divulgué. Les sources de l'histoire sont si nombreuses et si diverses ! ... elles sont si fécondes ! ... qui pourrait se flatter de les avoir épuisées? D'ailleurs l'histoire ne doit pas tout dire ; elle veut marcher rapidement ; elle ne saurait s'arrêter à de médiocres détails, et son caractère grave éloigne d'elle une foule de faits auxquels elle peut reconnaître un mérite relatif sans consentir à les enregistrer.
Mais ces faits, ces détails ne sont pas perdus pour les localités qu'ils intéressent. Les notices, les dissertations, les mémoires, aux formes moins sévères, aux allures plus familières et plus libres, à la marche moins pressée, s'en emparent, et, toujours auxiliaires de l'histoire, ils recueillent ce que, parfois, celle-ci n'a pas découvert, ou développent ce qu'elle n'a fait qu'indiquer.
Nos archives municipales ont été, je crois, peu interrogées jusqu'à ce jour, ou, du moins, leur exploration n'a pas laissé de traces durables. Elles sont malheureusement
* M. Dangibeaiid parle ici de l'ouvrage de son beaii-frère, M. D. Massiou : Histoire politique, civile et religieuse de la Saiîitonge et de l'Autiis.. . 6 vol. in-8° : les ier, 2% 3« et 6«, Paris, Pannier, 1838; les A' et 5% Paris, Lance, et la Rochelle, Lacurie, 1836. C'est sans contredit une œuvre de talent : la narration en est vive et attachante; mais écrit-on avec justice et avec impartialité l'histoire des siècles et des institutions passés sous l'inspiration des idées politiques de son propre temps? Un écrivain, avec de telles dispositions d'esprit, comme artiste et comme juge, risque de perdre lo ton et le sentiment de l'époque dont il trace la ligne et peint la physionomie.
bien incomplètes. Le temps, les guerres, les révolutions ont exercé sur elles d'irréparables outrages. Des documents précieux ont disparu. Cependant elles doivent en posséder encore, et si la louable pensée de l'administration locale n'est pas abandonnée, le classement et le dépouillement des registres de notre ancien Échevinage révéleront des richesses encore ignorées 2.
Telle est. Messieurs, l'impression qui m'est restée de recherches bien incomplètes encore. J'ai voulu vous en rendre juges et, si j'obtiens votre approbation, ajouter à d'importants travaux d'ensemble quelques faits isolés, qui pourront servir soit à les compléter, soit à les faire mieux comprendre. Ce sera d'ailleurs pour moi un moyen de payer mon tribut à l'affermissement et à la prospérité de notre Société.
Permettez-moi de commencer par redire en peu de mots ce que nous savons déjà des franchises municipales de la Commune de Saintes. C'est, je crois, un point de départ utile à établir ; peut-être éclairera-t-il quelques-uns des faits dont je me propose de vous rendre compte.
La date précise de l'érection de la Commune de Saintes n'est pas connue ; mais tout porte à penser que l'affranchissement des bourgeois de l'ancienne métropole des Santons
* Rapprocher de ce passage notre Rapport sur les anciennes archives de la Mairie et du Palais de Justice de Saintes, imprimé dans le Recueil des Délibérations du Conseil général de la Charente-Inférieure ; session de 1862. La Rochelle, Mareschal, 1862, in-8°. Ce rapport a été tiré à part, émondé de ses fautes typographiques les plus saillantes : Évreux, Hérissey, 1862, in-8°.
fut contemporain du mouvement social qui, au commencement du xii« siècle, enfanta, pleines d'avenir, les nombreuses fédérations démocratiques du moyen âge 3.
Ceci s'induit de la charte d'Aliénor d'Aquitaine, premier monument écrit des libertés communales de la ville de Saintes. Cette charte fut donnée à Niort , l'an du Verbe incarné 1199.
Ces libertés furent confirmées par Phihppe de Valois , par Louis XI qui , en 1 482 , substitua la charge de Maire à celle des deux Jurés qui, jusque là, avaient gouverné la ville 4.
3 Voir la Monographie de la ville de Saintes , par M. l'alibé Lacuric , dans le Hecueil des Actes de la Commission des Arts et Monuments de la Charente- Inférieure^ Saintes, Hus, in-8"; tome I^"-, n° 5. Dan.^ cette étude intéressante, M. Lacurie retrace les origines de la Commune de Saintes entée sur lo municipe romain. Il est regrettable que notre savant abbé n'ait pas surveillé de près la correction des épreuves de son travail ; un peu plus d'attention lui eût fait rectifier bien des erreurs de noms.
4 Cet alinéa contient quelques inexactitudes que nous devons relever; il exige de plus un complément.
D'Aliénor à Louis XI les libertés communales n'ont pas été confirmée^-' seulement par Philippe de Valois (1333. 1338. 1347); elles l'avaient été précédemment par Philippe le Hardi (1^9) et par Philippe le Bel (1302); elles le furent plus tard par les Rois Charles V, Charles VI et Charles VII, et par Charles, duc de Guyenne. Quant à Louis XI, il les confirma en 1476 et en 1482. Dire que c'est lui qui substitua la charge de Maire à celle des deux Jurés qui jusque là avaient gouverné la Ville est une double erreur, également reproduite par M. Lacurie dans sa Monographie.
L'administration municipale à Saintes n'a pas toujours été exercée par dos Jurés. Avant l'époque citée par M. Dangibeaud . le Corps de Ville a eu des Maires à sa tète. Nous ne voulons en donner que les preuves suivantes : la charte octroyée par
Philippe de Valois, en décembre 1347, porte expressément : « Philippus, etc
concedimus de gracia speciali , quod ipsi et successores sui de cetero corpus et communitatem seu universitatem spectantibus habeant majorem quem quociens
fuerit et eis placuerit auctoritate propria eligant et constituant prout major
et scabini, burgenses et habitatores ville nostre de Rupella, ipsis communitate, libertatibus et juribus ad eam spectantibus uti possunt.. . >»
Les considérants de la charte de Louis XI du mois d'août 1476 expliquent comment peu à peu est tombé en désuétude l'office de Maire : Saintes, y est- il dit,
Elles le furent encore successivement par Charles VIII 5, François I^r 6^ Henri II 7, Charles IX 8, Henri III 9, Henri IV i<>, qui consacra expressément en faveur des Maire et Échevins le titre de noblesse demeuré incertain jusqu'à lui, et enfin par Louis XIII ^^
Les franchises municipales de la Ville y Cité et Faubourgs de Saintes sont rappelées dans les lettres patentes de Charles IX du mois d'avril 1561. Elles attribuaient au Corps de Ville, entre autres beaux privilèges : « la charge de la justice et « police de ladite ville, connaissance et juridiction sur tous
« a eue le temps passé corps, colliege et communité ; c'est assavoir, maire, pers et eschevins. .., et jusques a ce que au moyen des grans guerres qui le temps passé ont eu cours audit pays, ladicte ville et pays d'environ ont esté dépopulez, diminuez et desnuez de habitans , pour la quelle cause furent despieça au lieu dudit maire, ordonnez certains jurez qui depuis ont eu semblablement l'auctorité que avoit ledit maire, lesquelz jurez depuis, tant par nous que par nos prédécesseurs Roys de France, ont este confermez »
Et Charles VIII, plus explicite encore, dans le préambule de sa charte de mai 1492, après avoir rappelé les privilèges accordés par ses ancêtres, s'exprime ainsi : « Nos prédeccesseurs.. . obmisdrent et laissèrent de mectre exprimer et particulariser les previleiges , libertez... au lieu dudit maire, qu'ilz avoient faculté d'avoir, misdrent et ordonnèrent deux jurés jaçois ce qu'ilz en eussent l)onnes Chartres et lettres patentes et aucteniicques. . . »
L'autre erreur que nous signalons et qui fait l'objet de notre seconde remarque est celle-ci : ce n'est pas Louis XI, mais Charles VIII qui, se rendant aux sollicitations réitérées des habitants, rétablit le Maire à la place des Jurés.
s Charles VIII (1483. 1484. 1492) et aussi Louis XII (1498).
6 François I" (1517).
7 Henri II (1547).
8 Charles IX (1561).
9 Henri III (1576).
•0 Henri IV (1597). Ce Roi accorda effectivement le privilège de Noblesse au Corps de Ville, qui, à diverses reprises pendant le xvi« siècle, l'avait sollicité; mais ce droit, toujours contesté, ne reçut jamais qu'une application précdire. Il existe des arrêts du Conseil d'État entièrement contradictoires, les uns favorables, les autres opposés audit privilège. Louis XIV trancha la question par la négative.
" Louis XIII (1612).
(( les habitants demeurant en icollc et es faubourgs; coher- (( tion et contrainte touchant les guets, gardes et répaa rations d'iceiles ; ensemble la garde des clefs des portes (( de ladite ville de nuit et de jour, et de faire statuts, or- (( donnances, cris et proclamations, inhibitions et défenses (( publiques en ladite ville et faubourgs pour le bien, police (( et gouvernement d'icelle, avec toute connaissance des « denrées et marchandises y vendues et exposées en vente, (( et de mulcter, le cas échéant, jusqu'à la somme de (( 60 sous tournois et au-dessous ; lesdites mulctes appli- « cables au profit et affaires communes de ladite ville ; et (( que lesdits Maire , Échevins et Pairs seraient perpétuel- (( lement exempts et déchargés de toutes commissions « publiques; aussi qu'ils pourroient acquérir, franchement « de toutes finances et indemnité , fiefs , choses nobles ou « parties d'iccux, de gens nobles et autres. »
Ces privilèges furent aussi confirmés par Louis XIV, en 1644 ; mais, à leur grande douleur, le Maire et les Échevins ne furent pas maintenus dans l'exemption du droit d'aides, et ils furent privés du titre de noblesse pour lequel , à diverses époques, ils avaient fait tant de démarches et de sacrifices, ainsi que l'attestent plusieurs délibérations écrites dans les registres de l'Échevinage.
Les Échevins s'assemblaient en la Maison Commune pour y traiter des affaires publiques, sous la présidence du Maire et Capitaine de la Fille et Cité.
Cette maison, à l'époque d'où partent mes recherches, c'est-à-dire vers 1570, était. Messieurs, celle où vous venez de disposer votre musée; elle avait une salle basse et une salle haute que nous reconnaissons très-bien dans la disposition actuelle du local. Mais la tour que vous voyez aujour-
d'hui n'existait pas alors. C'est dans le courant de 1587 que sa construction, entreprise peu d'années avant, fut terminée. Il devait cependant en exister déjà une, car, à Saintes comme ailleurs, les Échevins s'assemblaient au son de la campane, et la cloche qui, de nos jours encore, sert à rappeler aux habitants certains avis municipaux, est d'une époque antérieure, ainsi que l'atteste l'inscription suivante : « Je fus faiete estant Maire Jehan Relyon, Van 155^ »2. » D'ailleurs , le beflroi étant un des attributs des communes , celle de Saintes en possédait nécessairement un.
Mais il est probable que l'ancienne tour avait été grandement endommagée lors du siège de 1570, comme le furent les autres parties de l'Hôtel de Ville. Les nobles Échevins résolurent donc d'en construire une nouvelle. Déjà, dans les premiers mois de 1584, ils avaient décidé l'édification «d'un beau et honneste pourtail devant ladicte « Maison, où les armoyries du Roy, celles de ladicte Ville (( et pareillement celles de M^ le Maire seroient ».
Didier Vitry, maistre maçon, fut chargé d'élever le nouveau beffroi communal, qui devait être composé d'une tour divisée dans sa hauteur par deux voûtes, d'une vis et d'un dôme couronné par une lanterne. Ces quelques mots sont la description aussi exacte que complète de la tour actuelle ;
i« Jehan Relyon , contrôleur des tailles en l'Élection de Saintes, Maire de la ville en 1552 et en 1569.
Probablement le même que Jehan Relyon, devenu ensuite président de l'Élection, et qui était en 1576 le second des Échevins par ancienneté. Le Corps de Ville l'envoya cette année avec son doyen d'âge , M de la Clocheterie , auprès du Roi de Navarre, alors à Brouage. Au mois d'août 1578, Relyon fit partie d'une députation , composée en outre de Prahec , de le Breton , de Grelaud et de Huon , qui se rendit à Cognac au-devant des Reines ; celles-ci arrivèrent à Saintes le 2 septembre. Ce furent Relyoo, Aymar, Prahec et Senne que le Corps municipal désigna pour porter le poêle. Relyon comptait encore parmi les Échevins on 1.596.
il ne peut donc pas y avoir de doute sur son identité. Les Échevins s'étaient engagés à fournir les matériaux saîis discontinuation de l'œuvre afin que la besougne fut prorrjptement terminée. Mais, à cette époque de détresse générale, ils ne purent, faute d'argent, tenir leur promesse. Vitry leur adressa une sommation ; il se plaignit « de ce qu'il (( n'étoit fourni d'estoffes nécessaires pour le parachève- « ment de la tour » et protesta de ses dommages-intérêts. Des mesures furent prises et le travail achevé. Le maistre maçonrequt dix écus d'indemnité et perdit néanmoins trente écus dans son entreprise, ce qui, si nous en croyons la' supplique qu'il présenta alors aux Échevins, fut sa totale ruyne.
Les Échevins se réunissaient tous les samedis, à l'heure de midi : ils étaient avertis par le son de la cloche ; le Gager de Ville chargé de la sonner était condamné à la prison s'il y manquait. Mais il faut bien le reconnaitre, sans prétendre cependant valoir mieux aujourd'hui que nos nobles aïeux municipaux, l'exactitude n'était pas leur première vertu. Le Corps de Ville était rarement au complet ; souvent aussi le Conseil se séparait sans avoir rien fait, faute de voix suffisantes pour opiner. Après le siège de 1570, les choses en étaient venues à ce point que le procureur du Roi se vit dans l'obHgation de faire des réquisitions à ce sujet. 11 exposa « qu'aucun des Échevins, dont la plupart étoient ab- (( sents, ne se immisçoity ne fsej présentoit à faire son debvoir. (( Les portes de la ville étoient ouvertes toutes les nuits et (( l'on y entroit comme dans un village ; la brèche demeu- « roit sans être redressée ; les remparts se démolissoient et « les bois étoient emportés ; les rues étoient tellement (i infectes qu'il étoit impossible, sans péril et offense de sa
(( personne, d aulcun d'aller par if elles ; il y avoit en la ville (( infinies maladies, et ceux qui venoientdes champs étoient (( incontinent infectés et saisis des dictes maladies ; toutes les (( autres choses concernant la police étoient assez mal ré- (( glées.» Le procureur du Roi requit en conséquence qu'il fut enjoint aux Maire, soubz-Maire et Échevins « de se « retirer promptement en la ville et de s'assembler en la « Maison Commune d'icelle, pour donner ordre et pourvoir (( es choses sus dictes, tellement qu'il n'en advint inconvé- (( nient aulcun et que les habitants n'en fussent endomma- « gés; et ce sous peine de mille livres et de répondre en (( leurs privez noms des inconvénients qui pourroient ad- (( venir. »
Cette injonction fut en effet donnée. Gardrat , sergent royal, reçut ordre de la signifier à Simon Goy ^3, pris comme Procureur de la Ville ; mais celui-ci déclina la qualité qu'on lui donnait, et la signification fut faite à François Pichon, le plus ancien des Pairs et Échevins ^^.
13 Simon Goy, S"" de la Besne et de la Vallée. Nous le voyons sur les listes de l'Échevinage d^s 1570. Il professait le culte réformé, et, avec ses collègues de cette religion, il fut écarté provisoirement du Corps de Ville en 1572 et remplacé par un calholique; mais sa réintégration eut lieu peu de temps après. \\ figurait encore parmi les Échevins en 1592.
La famille Gcy a donné trois Maires à la Ville, tous trois S'» de la Besne, savoir : Pierre Goy, en 1553 et en 1562; Etienne, en 1603, et Jehan, en 1624 et en 1631. Ce dernier était procureur du Roi au Présidial; il avait épousé M"^ de Montaigne, de la maison de l'illustre auteur des Essais.
14 François Pichon résigna son office d'Échevin en 1571. Il appartenait à une famille qui a occupé avec distinction les plus hautes charges de la magistrature, soit au Présidial, soit à l'Élection. Un d'entre eux, Jehan Pichon, avocat au Parlement de Bordeaux, fut Maire en 1637, en 1641 et 1642. Nous le retrouvons plus tard avec les qualifications de S'' de Coursion, conseiller du Roi, élu en l'Élection de Saintes, Maire en 1651 , nommé de nouveau en 1652 après les troubles de la Fronde, et continué en 1653 et 1654.
Les Pichon, S" de la Gord, de Richemond, de Saint-Thomas, de Magezi, de la
Les Échevins rentrèrent dans la ville, mais ils n'en furent pas plus exacts à faim leur debvoir, ainsi que l'attestent de nombreuses délibérations.
Cependant les statuts de la Ville avaient des peines contre les défaillants. Ils prononçaient cinq sous d'amende par chaque défaut. Mais un nouveau règlement, du 14 janvier 1581, éleva l'amende à dix sous pour le second défaut, et à vingt sous pour le troisième. Ces défauts devaient être payés à la première sommation , à peine de double , et les Échevins renonçaient au bénéfice d'appel. Il fut arrêté aussi que ceux qui ne paieraient pas l'amende encourue n'auraient pas voix délibérative au Conseil.
La présence des Échevins était surtout importante le jour des élections ; aussi ceux qui s'abstenaient un tel jour étaientils punis de soixante sous d'amende.
La déchéance pouvait même être prononcée contre l'Échevin dont les absences s'étaient succédé trop longtemps. C'est ce qui arriva à Jacques-Jehan Baudet ^^. Mais cette déchéance n'eut pas de suite parce qu'il justifia qu'un créancier, évidemment plus soucieux de ses intérêts qu'ami de la liberté municipale, s'était avisé de le faire emprisonner pour une dette de cinq cents livres, au moment même où il se rendait à l'Hôtel de Ville.
Chapelle, de Monteraut, de Coursion, etc., anoblis en 1700, ont voté en 1789 à l'Assemblée de la Noblesse de Saintes, convoquée pour les États Généraux. Cette famille ne nous paraît pas devoir se rattacher aux Pichon de Longueville et de Parempuyre. Nous n'en connaissons point les armoiries.
16 Dans la séance du i3 janvier 1571, le Corps de Ville prononça la déchéance de Baudet, par le motif que, depuis longtemps, celui-ci n'assistait plus aux assemblées. Contrairement à l'opinion de M. Dangibeaud, nous pensons que la décision du Conseil eut une suite ; car nous ne voyons plus l'Échevin Baudet sur les listes de 1572, et nous savons qu'il fut remplacé par Guillaume Martineau le 49 janvier de ladite année. Au reste, il avait pu donner sa démission après s'être justifié.
A l'inexactitude des Échevins venait souvent aussi se joindre la négligence dans l'exécution des décisions. Aussi, Senne, Maire et Capitaine de la Ville en 1574 '^, avait-il écrit ce titre accusateur en tête de l'un des registres des délibérations : « Papier des délibérations de la noble Mai- « son de la ville de Xaintes, proposées et non exécutées, ut « fieri solet. »
Les Échevins pourvoyaient par l'élection aux places vacantes dans le Corps de Ville, après avoir juré en leur conscience au Maire de eslire un des habitants de la ville homme capable, suffisant et idoine.
16 Ythier Senné, S' de la Fourest, procureur au Présidial, Maire en 1574, Échevin avant 1568 et jusqu'en 1590. Il exerça longtemps l'office de Greffier du Corps de Ville.
On trouve dans la Notice : Restauration à Saintes de l'Eglise de Sainte-Colombe, par l'abbé Briand. . . , la Rochelle, 1850, br. in-8°, le texte d'une inscription relative à Franzoise de la Valade, damoizelle , femme de noble Hoffitier se rfme sievr de Ladovr, désedee le 30 mars 1588 en l'âge de 87 ans. Ce noble officier nous avait toujours paru assez étrange et nous doutions que le vénérable abbé eût convenablement déchiffré l'inscription. M. Louis Audiat trouve à la place : Noble Homme Ytier Senné, sieur de Ladovr, et il conjecture qu'il s'agit du Maire de Saintes en 1574. La leçon de M. Audiat est évidemment excellente; seulement nous nous permettrons de lui dire, d'une part, que Ladovr, en tenant compte des abréviations du style lapidaire , doit être La Fovrest , et de l'autre que nous avons un peu de peine à croire qu'Ythier Senné, le Maire de i574, soit le même que celui de l'inscription : il aurait alors occupé la première charge municipale à un âge singulièrement avancé , si on se reporte aux 87 ans que comptait Françoise de la Valade au moment de son décès , et si on songe que notre Échevin siégea dans les assemblées de la ville jusqu'en 1590. Il est vrai que dès 1584 Senné avait pris le prétexte de son âge pour obtenir la faveur de se faire aider par son gendre pour la tenue des délibérations. La pierre tumulaire est ornée d'un écusson en losange dans lequel M. Audiat découvre un chevron, accompagné en chef d'une pomme de pin à dextre^ et d'un fer à cheval à senestrCy et en pointe d'une moitié de pomme de pin et d'une moitié de fer à cheval. D'après ce blason, la femme d'Ythier Senné n'appartiendrait pas à l'ancienne famille noble des la Valade , qui a donné son nom à Saint-Georges de la Valade, près de Saintes, et dont les armoiries, suivant le Nobiliaire de la Rochelle , par Laine , étaient : D'azur, au chevron d'or, accompagné d« 3 croissants d'argent, 2 et 1. (Ne serait-ce pas là pourtant celles des Guillier?)
Ces places étaient fort enviées. Les concurrents ne négligeaient aucun moyen de se concilier les sufirages de ceux dont ils voulaient devenir les pareils. En 1580, Barbreau rn r.nriit 17^ Aux tcrmcs des statuts, il fallait remplacer cet Echevin dans les vingt-quatre heures. Quatre prétendants aspiraient à sa dignité. L'un d'eux, Jehan Fonteneau, avocat au Boi au Siège Présidial »^, invoquait un arrêt de 1570 qui avait décidé « que ceulx de la religion prétendue réformée (( ne entreroient es Conseils de la Ville et que, au lieu d'ic( ceulx, en seroient prins de bien bons fidèles catholiques *^. » Il rappelait ensuite une nomination précédemment faite en sa faveur, et déclarait qu'en cas de refus de le nommer il s'opposait à ce qu'un autre fut élu. Mais cette opposition n'arrêta pas le Conseil, qui donna la préférence à Raymond Ogier 20. cinq ans plus tard, en 1585, il s'agissait de
17 Jacques Barbereaii , marchand, reçu Échevin le 27 septembre 1572, mort en 1580.
*s Jehan Fonteneau, avocat du Roi au Présidial, mort en 1603. Son père, Pierre Fonteneau, avait exercé la même charge et figurait au nombre des Échevins avant 1568.
19 L'arrêt invoqué par Fonteneau joua un grand rôle en 1572 dans la composition du Corps de Ville. Il donna lieu au remplacement de tous les Échevins protestants, mais cette mesure ne fut que provisoire.
L'arrêt de 1570 était en contradiction avec Tarticle 22 de l'édit de Saint-Germain du mois d'août de la même année, dont voici les termes : « Et pour oster toutes plaintes à l'advenir, avons déclaré et déclarons ceux de la dite religion [reformée] capables de tenir et exercer tous estats, dignitez et charges publiques, royalles, seigneurialles, et des villes de ce royaume ; et estre indifféremment admis et receus en tous conseils, délibérations, assemblées, estats et fonctions qui despendent des choses susdites sans en estre en sorte quelconque rejettez ne empeschez d'en jouir incontinent après la publication de ce présent édict. »
«0 Raymond Ogier, S' de la Barrière, Maire en 1595, décédé en 1598. Il remplaça en 1572 un des Échevins de la R. P. R. momentanément suspendus. Ces Échevins ayant été rétablis, il dut attendre des vacances dans le Corps de Ville pour y prendre rang. Il ne fut nommé qu'en 1580.
Le nom d'Ogier est aussi écrit Augier. C'est probablement à la même famille qu'appartenait Antoine Augier, Maire en 1557.
remplacer Jehan Saulnier, avocat 2t. Plusieurs candidats se présentaient. Charles Dompierre, procureur au Siège Présidial, alléguait la promessse du Maire et des Échevins pour la première vacance ; Jehan Thibaudeau , procureur du Roi 22, aspirait à la place du défunt, son gendre, afin de la conserver au fils de celui-ci ; les sieurs Dreux 23 et Huon 24 proposaient de faire avoir à leurs dépens l'appui de MM. les Généraux des Aides de Paris pour la confirmation des privilèges de la Ville ; le premier ofi'rait même de consigner une
21 Jehan Saulnier, avocat au Présidial , désigné par provision à la place d'un Échevin du culte réformé, en 1572, fut admis au Corps de Ville le 25 janvier 1575 et mourut en 1585.
*2 Jehan Thibaudeau, procureur du Roi au Présidial, avait effectivement remplacé un des Échevins de la R. P. R., suspendus en 1572.
Un membre de la même famille , Jehan Thibaudeau , S' du Cormier, bachelier en droit, enquêteur pour Sa Majesté en Saintonge, avait occupé la Mairie pendant l'année 1520. Il était encore Échevin en 1528.
23 Thomas Dreulx, S»- de la Pommeraye, receveur des deniers en la Généralité de Poitiers, Échevin de Saintes depuis 1586, était alors Procureur du Corps de Ville. Il exerça cette fonction pendant plusieurs années. En 1587, il fut envoyé auprès du Roi pour les affaires de la cité. Thomas Dreulx ne figure plus en 1592 sur les listes de l'Échevinage. Nommé conseiller au Grand Conseil, il obtint une charge de secrétaire du Roi en 1593. Notre Échevin appartenait à la famille de Dreux-Brézé , qui posséda en Saintonge, auprès d'Écurat, la Pommeraye, Dreulx et le Portd'Arclou (le Port à Clou sur la carte de Cassini). Armoiries : D'azur, au chevron d'or, accompagné en chef de deux roses d'argent, et en 'pointe d'un soleil d'or. (Voir sur l'origine de cette maison la généalogie insérée dans le Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou, de M. Beauchct-Filleau.)
«* Jehan Huon, S' de la Tousche, procureur du Roi en l'Élection de Saintes, Maire en 1585. Il remplaça d'abord par provision, en 1572, un Échevin de la R. P. R. suspendu de ses fonctions ; il entra plus tard définitivement au Corps de Ville , oîi nous le suivons jusqu'en 1592.
La famille Huon compte deux autres Maires : Denis, en 1601, et Jérémie, en 1623. Elle a été anoblie en 1699, et a figuré à l'Assemblée de la Noblesse de Saintes
en 1789.
Huon , S" de Jarlac , de la Tousche , de Senousches , de l'Isle de Rosne, d'OrvilIe, d'Auvignac, du Brillouard, de Cormon, de Chaillonnais , de Monlabeur, de Létang, etc., portent : D'azur, au cej) de vigne d'or grimpant autour d'un écfuilas d'argent, soutenu d'un croissant de même, et accompagné de deux étoiles d'or en chef.
somme de cent écus, el consentait à la perdre s'il ne rendait pas les Généraux favorables dans tel délai qui lui serait fixé par II Tompagnie. Enfui Michel Badifïe 25, marchand, devait, disait-il, hériter, à l'exclusion de tous autres, de la dignité de son père, à qui Saulnier avait momentanément succédé. Mais sa requête fut rejetée et le Conseil décida qu'il serait passé outre à l'élection. BadifFe appela de suite de cette décision au Greffe de la Maison Commune. Son recours fut sans doute accueilli, puisque j'ai trouvé son nom parmi ceux des Échevins de l'anné* t >^T Peut-être aussi le Conseil, lors d'une nouvelle vacance, le dédommagea-t-il de ce premier échec.
L'élection n'était pas cependant le seul moyen d'arriver aux honneurs de l'Échevinage : un Échevin pouvait résigner son titre et désigner son successeur. C'est ce que fit en 1584 Henri Couldreau 26, qui, au lit de la mort, se démit en faveur de Jehan, son frère, avocat au Siège Présidial, à condition qu'il rendrait la charge au fils du résignant quand celui-ci aurait atteint vingt-cinq ans. C'était à cet âge seu-
*5 Michel Badiffe, S"^ de Jarlac, reçu Échevin en 1585, fut élu Maire en 1605; il était encore Échevin en 1608.
Les Badiffe, S" de la Tousche, du Maine-de-Vaux, de Jarlac, de Vaujombe, de Romaneau, etc., anoblis en 1644, convoqués à l'Assemblée de la Noblesse de Saintes en 1789, portent : De sahle , au croissant d'argent, manteté, arrondi de même; au chef cousu d'azur, chargé de trois étoiles d'or.
H Henri Couldreau, reçu Échevin le 20 décembre 1570. Il était huguenot ; aussi fut-il remplacé provisoirement par un catholique en 1572 : son rétiblissement s'effectua avec celui de ses collègues de la R. P. R. suspendus pour le même motif.
Jehan Couldreau , S'' de l'Anglade , avocat au Présidial , se trouve au nombre des Échevins jusqu'en 1593; après lui, François Couldreau, qui occupait également en 1598 les fonctions de conseiller au Présidial. Nous voyons dans l'un le frère et dans l'autre le fils de Henri.
lement qu'il était permis d'entrer dans les conseils de la Commune.
Il y avait encore un autre moyen d'y siéger, et ici la condition de l'âge était modifiée : quand un Échevin mourait sans avoir résigné son lien, son fils , âgé de vingt ans , pouvait le remplacer en le demandant au Corps de Ville, et il était préféré à tous autres. Cet article n'existait pas dans les statuts primitifs; il fut voté lors des élections générales de 1581, et mis au papier rouge des statuts et privilèges pour y avoir recours au besoin.
Mais il paraît que de semblables nominations ne passaient pas toujours incontestées. En 1588, Jacques Aymard, enquêteur pour le Roi au Siège de Saintes, fut reçu à la place de Jehan, avocat, son père 27; mais son admission n'eut lieu qu'à la charge de prendre le fait et cause de la Ville dans le procès que pourraient intenter Luc et Pierre Roy, procureurs au Siège Présidial 28, qui avaient présenté requête aux mêmes fins.
Les Échevins n'entraient en fonctions qu'après avoir, entre les mains du Maire, prêté serment sur la Passion de
«' Jehan Aymar, S'" de Mathon , avocat au Présidial, Maire en 1573. Il avait été installé dans sa charge d'Échevin le 19 janvier de l'année précédente, et mourut en 1588. 11 fut remplacé au Corps de Ville, le 26 mars, par son fils Jacques, S"" de Mathon , enquêteur pour le Roi en Saintonge, qui devint Maire en 1600, en 1609, 1610 et 1611. Son petit-fils, Jehan, conseiller du Roi et garde des sceaux du Présidial, fut également Maire en 1629.
Aymar, quelquefois Aymard, S" de Mathon, du Pérou, de la Fromigère, etc., portent : D'argent , à 2 mouchetures d'hermine^ en chef, et 1 losange de gueules , en pointe.
*8 La famille Roy figure dès les plus anciens temps à l'Échevinage : Jehan Roy était Juré en 1483 et en 1487. Un autœ Jehan Roy, procureur au Présidial, fut élu Maire en 1572. (Voir la note 57.)
Notre Seigneur Jésus-Christ , figurée au livre rouge y et « pro- (( mis de garder les statuts et ordonnances des privilèges « de la Ville ; porter honneur et révérence au Maire et es •« anciens Échevins , se trouver aux conseils et y vaquer. » Ils payaient , préalablement aussi , un droit d'entrée de 20 écus applicable aux besoins de la ville. D'après les privilèges, ce droit n'était que de 10 écus; mais les malheurs du temps firent sans doute doubler le chiffre ^9. Les nouveaux élus devaient payer aussi un écu à chacun des Gagers de Ville.
Chaque Échevin avait sa place marquée dans la salle du Conseil; chacun opinait à son tour, suivant le rang qu'il occupait dans l'assemblée.
Entre autres privilèges des Échevins, j'ai trouvé dans les registres de la Mairie la mention des suivants :
Exemption de droit de souchet tant que les Échevins vivaient et gardaient leur ofiice , à la charge par eux de se purger par serment que le vin vendu était de leur cru;
Exemption du péage au bateau de passage sur la rivière;
Exemption de contribuer aux francs-fiefs et nouveaux acquêts;
i V inption de l'arrière-ban : François, duc de Valois, comte d'Angoulême , lieutenant du Roi ^o, avait fait saisir les biens d'Olivier Robert, seigneur de Romfort^î, qui n'a-
» A cette époque, le droit d'entrée était de 20 écus; il s'élevait à 10 écus seulement pour le flls admis à la place du père. Dans le milieu du xyii^ siècle, la taxe montait à six vingts livres.
30 Depuis François Ie«-, Roi de France.
81 Olivier Robert, éc, Sb"" de Romefort, avait été reçu Échevin en U92. (Voir sur les Seigneurs de Romefort ou Romfort , en la paroisse d'Écurat , l'article de M. l'abbé
vait pas obéi à l'arrière-ban ; mais celui-ci se prévalut de sa qualité d'Échevin et obtint en 1512 main levée de la saisie.
Les Échevins faisaient comparaître quelquefois devant eux les individus inculpés de certaines violations aux statuts et ordonnances, et ils leur infligeaient la peine encourue. Contrairement aux édits et ordonnances qui défendaient d'ouvrir les boutiques les jours de fête, rmsinement les [estes d'Apostres, plusieurs marchands avaient ouvert les leurs le 21 décembre 1587, jour de fête de Monsieur saint Thomas. Le conseil condamna les déhnquants, les uns à un demi-écu, les autres à un quart d'écu d'amende, applicables, deux écus aux Sergents-Gagers , et le reste aux ferrures des portes et fenêtres de la chambre du trésor. Quelques mois après, pendant le carême, contrairement aux édits du Roi et constitution de V Église , le Maire trouva dans la boutique du boucher Barguenon unjarron de bœuf et la moitié d'un agneau : le coupable fut condamné à un sou et un denier d'amende , et il lui fut fait inhibition et à tous autres de tuer et exposer en vente aucunes viandes pendant le carême, « sinon par exprès commandement (( du Maire, en cas de nécessité pour les malades et valé- « tudinaires, iceulx ayant obtenu dispense de l'Évesque ou (( son grand-vicaire. »
Le Corps de Ville était composé de vingt-cinq Échevins ; ils éhsaient chaque année parmi eux : un Maire, un Sous- Maire, un Juge, un Procureur, un Receveur et un Greffier. Ces six derniers étaient plus spécialement appelés Officiers de la Ville»
Lacurie inséré dans le Bulletin monumental, et tiré à part sous le titre de ; Excut' sion archéologique de Saintes à Luçon. . . Paris, Derache, 4853, in-8°.)
C'était le treizième de janvier, jour de [este de Monsieur saint-Hilaire , qu'avait lieu le grand chapitre général pour les élections. Voici ce qui s'y pratiquait : suivant les bonnes ruulu/neSy les Échevins commençaient par aller ouïr la rnn=;se dn '^"^nt-Esprit rînn- l'église de Monsieur saint-Pierre . Cette messe avait de la solennité; la psallette y chantait des cantiques. De retour à la Maison Commune, le Maire sortant faisait quelquefois une harangue pour remercier ceux qui l'avaient élu et s'excuser de n'avoir pas mieux rempli sa charge; il déposait sur la table du Grellier les clefs du trésor, celles des portes, des ports et des ponts de la ville, et le livre rouge , dont les articles étaient lus ensuite par le Procureur. Cela fait, on nommait deux scrutateurs , d'ordinaire les plus anciens Échevins , pour, de concert avec le Maire et les autres Ofiiciers de la Ville, voir et visiter les brcvf'f.': OU bulletins qui allaient être donnés. Le Maire donlî nt ensuite défaut des absents que n'excusait pas une disjH'iise légitime, après néanmoins les avoir fait appeler liuib ibis à la porte de la Maison Commune. Quant à ceux retenus dans leurs maisons par maladie, des députés étaient chargés d'aller chercher et d'apporter leurs suffrages.
Lors des élections de 1581, Mathurin Gillebert ^2, lieutenant général , ne se rendit pas à l'assemblée. Senne, Huon,
8« Mathurin Gillel)ert, conseiller du Roi, lieutenant général de la Sénéchaussée de Saintonge et Siège Prêsidial de Saintes, reçu Échevin en 4577. Il avait été député au mois do novembre de l'année précédente aux États de Blois. Gillebert fut remplacé par Pierre Farnoux, en 1583, dans ses fonctions de lieutenant général.
La nomenclature des lieutenants généraux du l'résidial que nous avons dressée dans notre Rapport sur les Archives ne contient pas les noms de ces deux magistrats. On doit les placer immédiatement au-dessus de Jacques Guitard, S»" des Brousses, qui était revêtu de sa charge en 4588, et probablement au-dessous de Charles Guitard, en ayant soin de supprimer la date de 1587, faussement attribuée à la cessation des fonctions de ce dernier.
Grelaud 33^ Debourg 34 et Ogier allèrent chez lui pour con-
33 Jean Grelaud, S"- de Senousches, conseiller du Roi au Prêsidial. Il fut admis à l'Échevinage en remplacement de son père , à la condition qu'il ferait sa résidence dans la ville, qu'il abjurerait le culte réformé et qu'il payerait les lOècus accoutumés. Grelaud accepta ces conditions et prêta serment à la séance du 31 décembre 4575. C'était un homme riche et considéré qui fréquentait la Noblesse. Si M. de Senousches remplit les conditions qui lui avaient été imposées pour son entrée à l'Échevinage, toujours est-il qu'il conserva les relations les plus intimes avec ses anciens coreligionnaires. Sa femme, Marguerite Sarrazin, était protestante ; une de ses filles avait épousé un Guiton de Maulévrier, une autre un Moreau de Panloy. Le 29 octobre 4617, il présenta, avec Elisabeth de la Mothe- Fouquet, sur les fonts baptismaux du temple de Saintes, sa petite-fille Elisabeth Guiton.
Le père de Jehan Grelaud, du nom de Jehan comme son fils, S' de Senousches et conseiller au Prêsidial comme lui , avait été l'un des plus ardents sectaires de la Réforme à Saintes. Le célèbre arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 avril 4569 le comprit dans la liste des rebelles séditieux et crimineux de lèze-majrsté divine et humaine qu'il condamnait à la peine de mort.
On trouve de l'un des deux Grelaud deux pièces de vers latins en l'honneur de Nicolas et de Jean Alain, parmi les offrandes poétiques placées au frontispice de notre livre rarissime par excellence : De Santunvm regione et illvstrioribvs familiis. Nous n'avons pu encore établir d'une manière certaine le véritable auteur de ces productions dans notre Pléiade poétique en Saintonge, pendant le xvi« siècle.
3* Dominique du Bourg, S"- du Pérou, de Dion, de Crue, de la Brunette, de la Saulvetle, etc., docteur en médecine, médecin ordinaire de Henri IV, Maire de Saintes en 4598 et 4599. Il avait été admis à l'Échevinage le 24 novembre 4579, et nous le voyons figurer dans les assemblées du Corps de Ville jusqu'en 4607. Du Bourg avait débuté par être archer dans la compagnie du célèbre capitaine Louis Prévost de Sansac. Le 44 mars 4593, il fut confirmé dans les privilèges attribués aux commensaux de la maison du Roi. Sa femme, Catherine Caiilet, était en 4642 remariée à Samuel Fretard, éc, S»" d'Anviliers en Beauce. Du Bourg cultivait la muse latine : une de ses pièces de vers figure en tête du De Santonvm regione. Son nom est le plus souvent écrit, d'après l'orthographe usitée dans le xvi« siècle : Debourg, et c'est de cette manière qu'il signait.
Notre Échevin appartenait à une branche de la famille d'Antoine du Bourg , le chancelier de France, et d'Anne du Bourg, le martyr de la Réforme. Ses descendants ont principalement occupé les charges du Parlement de Bordeaux ; un de ses petits-fils, Pierre du Bourg, éc. S»" de Porcheresse, a administré la ville de Saintes pendant huit ans, de 4670 à 4672 et de 4676 à 4680.
Du Bourg, Dubourg, Debourg, barons de Fontaines, S'» du Pérou, de Dion, de Crue, de la Brunette, de la Saulvette , de Porcheresse, de la Béraudière, de Sainte- Lheurine, de Saint-Fort-sur-Brouage, du Brandet, de Brézillas, de Saint-Pardoux , de Chassagne, etc., en Saintonge. portent : D'azur, à 3 tiges d'épine d'argent, posées en pal, 2 et 1 ; au chef cousu de gueules, chargé du monogramme de Jésus d'or.
naître le motif de son absence, mais ils n'y trouvèrent que Mademoiselle sa femme ; le mari était sorti de la ville dès la \ h I <prgent-Gager l'appcki inutilement trois fois à la porte de la Maison Commune ; le Conseil en donna défaut. Je n'aurais pas rapporté ce fait, qui n'a aucune valeur par lui-même, si je n'avais pas vu dans le titre de Demoiselle doTin/^ à la femme du lieutenant général la matière d'une réilexion qui peut avoir de l'importance. Au temps dont je parle , la femme d'un homme qui n'était pas noble n avait pas droit au titre de dame ; mais les femmes des bourgeois de Paris pouvaient prétendre à celui de demoiselle en raison des privilèges accordés et confirmés à leurs maris par plusieurs Rois auxquels ils avaient rendu d'éminents services. Le titre donné à la femme de Mathurin Gillebert prouverait peut-être que, par les mêmes motifs, les bourgeois de Saintes avaient obtenu la même faveur 35.
Je reviens à la forme des élections.
Quand la présence ou l'absence de chacun avait été régulièrement constatée , les Échevins se levaient l'un après l'autre , suivant lem* rang et ordre , et portaient leurs brevets au Maire qui les recueillait. Celui-ci et les autres Otliciers, accompagnés des deux scrutateurs, se retiraient dans la salle haute pour faire le dépouillement des votes; ils descendaient ensuite , et le Maire proclamait le résultat de l'élection. C'est alors qu'avaient souvent lieu des protestations, des oppositions, des menaces d'appels. Les Éclie-
33 M. Dangibeaiid attache trop d'importance aux qualifications de dame ou de demoiselle. A la fin du xvi« siècle, le mot de demoiselle placé devant le nom servait aussi bien à désigner les femmes de la noblesse que de la bourgeoisie aisée. Cependant, à la suite du nom, surtout dans le style lapidaire, il conservait encore quelque peu de son caractère primitif.
vins accompagnaient ensuite le Maire chez le fonctionnaire qui devait recevoir son serment. Cette formalité remplie, ils le ramenaient à l'Hôtel de Ville, où il prêtait un second serment entre les mains du Sous-Maire ; les Échevins le prêtaient à leur tour entre celles du nouveau Maire; il en était de même des Sergents -Gagers. Enfin, le nouvel élu était conduit à sa maison par l'assemblée ; on y portait aussi toutes les clefs et le papier rouge où étoient les privilèges.
Le serment du Maire était souvent le sujet de prétentions contraires de la part de différents fonctionnaires qui se disputaient le droit de le recevoir. Après l'élection de 1581, le lieutenant général Gillebert, invoquant les statuts et privilèges de la Ville, revendiqua ce droit en l'absence du Sénéchal qu'il représentait; mais le Conseil décida que le serment serait prêté devant M. de Belleville, gouverneur de la cité 36, ce qui eut Heu. Le heutenant général n'accepta point cette solution; il assigna le Maire 37 en reconnaissance de son droit. Je n'ai pas trouvé le résultat de ce procès; il est permis de croire qu'il ne fut pas favorable au demandeur, ou, du moins, la contestation resta- t-elle longtemps indécise , car Tannée suivante le Conseil arrêta de nouveau que le Maire 38 prêterait provisoirement son serment devant le lieutenant criminel , et qu'il le renouvellerait devant le gouverneur lorsque celui-ci serait présent.
36 Nous pensons qu'il s'agit ici de Charles de llarpedane, cbev., S^ de Belleville, chevalier de l'Ordre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances.
37 En <58l, c'était Henry Moyne, S"" de l'Épineuil, près de Saintes, conseiller du Roi , lieutenant criminel au Présidial qui occupait la Mairie. (Voir la note 47.)
88 En 1582, François le Breton, S' des Romades et de Faye, conseiller du Roi
au Présidial. (Voir la note 42.)
Mais une autre prétention se produisit alors. Jehan Blanrhnrrl, lieutennnt particulières, pensa que ses prérogatives étaient méconnues, et il voulut en obtenir raison en justice. I * * orps de Ville ne s'arrêta point à l'assignation que reçut Ir Maue à cet effet, et M. iic Belleville étant arrivé à Saintes, Je M rment fut prêté entre les mains de ce gouverneur.
guant au lieutenant général, les Échovins s'y prirent plu- tnid do manière à n'avoir plus de discussions avec lui. En 1^^-^ ils décidèrent que le Maire '^^ ferait son serment d'abord devant le gouverneur, et ensuite devant le lieutenant génprnl, attendu qu'Us étoient l'un et l'autre lieutenants pour ^'! Majesté.
A l'époque dont je parle, le Corps de Ville vit porter atteinte à l'un de ses plus précieux privilèges, celui de nommer directement et sans contrôle le chef de la municipalité. Le 2 janvier î >- i ^1. de Ruffec, gouverneur du pays de Saintonge, ville et gouvernement de la Rochelle'*', écrivit la lettre suivante' aux Maire et Échevins : « Je sais (( que bientôt vous devez procéder à l'élection de votre ((Maire, qui est une charge de telle importance pour le (( service du Roi et repos de tous ses sujets , et particuhè- (( roîTionl pour la conservation de votre ville en son obéis-
se Jehan Blanchard, conseiller du Roi , lieutenant particulier de la Sénéchaussée de Saintonge et Siège Présidial de Saintes, élu Maire en 1571 et en 1575. Il n'accepta pas cette dernière fois , et se démit de son office d'Échevin qn'il exerçait depuis le 13 novembre 1570. Son (ils Mathieu lui succéda dans la charge de lieutenant particulier et occupa la Mairie en ! *
40 Alors Jehan Buhet. (Voir la note 6(^)
*• Philippe de Volvire, chev., baron de Ruffec , chevalier des Ordres du Roi, capitaine d'une compagnie de cinquante hommes d'armes des ordonnances, lieutenant général des provinces de Saintonge et d'Angoumois après M. de Belleville, en 1383. (Voir le Dictionnaire des famillts de l'ancien Poitou.)
(( sance, que mon devoir me commande de vous requérir « bien pourvoir d'un personnage bien capable et digne de (( la charge, qui soit homme de bien, entier au service de « Sa Majesté et amateur du bien et repos de tous ses sujets; <( homme qui ne soit point en état ou grade qui le puissent « inviter ou appeller en commissions pour s'éloigner ou
(( abandonner ladite ville Il est besoin de prendre
(( bien garde à la sûreté d'icelle , que vous n'avez point « encore eue , car je suis averti de bon lieu que des pertur- (( bateurs du repos public veillent journellement pour este sayer de surprendre plusieurs villes, à quoi, comme vous (( savez , un homme de la qualité susdite et bien zélé à sa (( patrie peut grandement servir; chose à quoi je vous prie , «Messieurs, le plus affectueusement que je puis, vous « vouloir employer si dignement que Sa Majesté et nous « tous en puissions recevoir tout le contentement que nous (( en pouvons désirer. . . »
Le Roi exprimait lui-même sa volonté par cette lettre du 3 janvier : « Ghers et bieu-amez, d'autant que nous « sommes avertis que vous devez procéder à l'élection du « nouveau Maire en notre ville pour le treizième de ce « mois, et que, s'agissant d'une des premières dignités de « notre ville , il est bien raisonnable que nous soyons avertis « du nom et bonne qualité de celui que vous aurez choisi « pour cet effet, et nous voulons et vous mandons que « ^auparavant l'installer et mettre en possession de ladite « charge, vous ayez à nous faire savoir qui il est, afin de « vous rendre par après capables de notre intention en cet <( endroit. N'entendant toutefois préjudicier ni altérer au- « cune chose en la liberté des droits que vous avez accou- « tumé d'avoir en pareille occasion. Et ce faisant , nous
(( aurons contentement de vos actions et ferez chose qui « nous sera très-agréable. »
Soit que les Écbevins eussent été tardivement informés, soit qu'ils voulussent gagner du temps, ils répondirent au Roi que sa lettre était arrivée trop tard et que l'élection était faite. Mais ils assurèrent Sa Majesté que le sieur le Berthon , Maire élu ^2^ « (^toit bon catholique et son serviteur trèsce affectionné ; qu'il feroit son debvoir, et les Écbevins « aussi. »
Le Roi ne se tint point pour satisfait d'une telle réponse. Il insista pour que sa volonté fut exécutée. De leur côté les Ecbevins répHquèrent, car ils ne voulurent pas, du moins, céder sans protestation. Ils écrivirent donc au Roi et à M. de Tlnffec que l'élection de deux candidats entre lesquels Sa Majesté voulait choisir le Maire était contraire aux privi-
4^ Le Breton ou le Brethon, et non le Berthou.
François le Breton, éc, S-- des Ronmdes, de Paye et de Haultmont, conseiller du Roi au Présidial de Saintes, Maire de cette ville de 1582 à 1584, puis en 1589 et 1590. Il était catholique , et fut admis au Corps de Ville le 5 décembre 1572 à la place d'un des Échevins de la R. P. R. momentanément suspendus. L'année suivante , il fut député auprès du Roi pour les affaires de la Ville , avec l'avocat François Escliasseriaux. Il fut reçu par provision le 12 septembre 1574 ; mais son élection définitive d'Échevin eut lieu le 23 janvier 1575. Il conserva cette fonction jusqu'en 1607. François le Breton fut maintenu dans sa noblesse par lettres patentes registrées à la Cour des Aides de Paris le 23 octobre 1597.
Le Breton, S'» de Faye, des Romades, de Haultmont, de Ransanne , de Saint- Sorlin de Séchaud, de la Tour, Je Panloy, de Coutiers, des Marais, de Bapaulme, etc., portent : D'azur^ à un roseau tiyé d'or, en pal, soutenu à dextre d'un lion du même, et à senestre d'un renard d'argent; le tout surmonté d'une étoile d'or. On trouve aussi comme variante : d'argent, à un roseau tige de sinnple en pal; accompagné d'un lion de gueules rampant, et surmonté d'une étoile de sable en chef.
Cette famille, distincte des le Berton de Bonnemie et d'Aiguilhe, avait déjà donné, avant François le Breton, un Maire en 1538 : François le Breton, éc, avocat du Roi au Présidial. Elle a été maintenue dans sa noblesse par les intendants do Limoges et de la Rochelle, Henri d'Aguesseau et Michel Begon.
— allèges accordés par ses prédécesseurs et confirmés par lui ; ils promirent cependant de faire la double élection en signe d'obéissance , mais ils supplièrent très-humblement « ne « tirer ladicte élection à conséquence pour l'advenir, d'aul- « tant que ce seroit enfreindre entièrement les privilèges « octroyez. » Ils proposèrent ensuite pour candidats Jehan Huon, sieur de la Touche, procureur du Roi en l'Élection, et Jehan Guillebon, conseiller au Siège Présidial ^3.
Cet acte de soumission ne fit pas fléchir la volonté royale. Le 13 janvier 1585, au moment où les Échevins allaient vaquer aux élections dans la forme ordinaire , honorable et sage homme Jehan Fonteneau, avocat du Roi, entra dans la salle et dit avoir été averti d'une lettre écrite par le Roi pour la présentation de deux candidats aux fonctions de Mniip II somma le Conseil de se conformer aux ordres de Sa Majesté, et protesta de tous dépens, dommages et intérêts. Les municipaux n'osèrent pas résister et ils proposèrent les deux candidats de l'élection précédente.
Nous devons croire néanmoins que l'exigence royale ne se reproduisit pas , car on trouve dans les registres plusieurs procès-verbaux dans lesquels il n'est plus question de la double candidature.
Cependant le pouvoir ne renonça pas à toute influence sur les élections communales. Le 5 janvier 1590, Jean- Louis de la Vallette, duc d'Épernon, qui était alors à Angoulême, écrivit au Corps de Ville une lettre que je désire repro-
*3 Jehan Guillebon, conseiller du Roi au Présidial , reçu Échevin en 1579 à la place de son père, Mathieu Guillebon , siégeait encore dans les conseils de la ville en 1607. Nous croyons l'avoir vu, dans un document manuscrit, désigné connue Maire en 1596.
duire, parce qu'elle est un témoignage de la haute estime dont avait su s'environner l'un des hommes qui brillaient alors au premier rang dans la ville de Saintes. Voici comment M. TÉpernon s'exprimait au sujet de François le Berthon, écuyer, sieur de Hault-Mont , de Paye et des Romades, conseiller du Roi au Siège Présidial ^^ : « La saison où « nous sommes ne requiert pas seulement de commettre aux « charges pubhques personnes qui les sachent bien et digne- <( ment exercer, mais de qui l'affection et fidéhté au service u du Roy et au bien et repos de la patrie soit entièrement « connue. Or, encore que je sache que parmi vous il y en (( a plusieurs accompagnés de ces quahtés , sur lesquels i e H me voudrois reposer et confier comme de moi-même , je « désire, pour plusieurs occasions, que le sieur des Romades »< soit encore continué pour cette année. Et, à cet effet, je (( vous ai bien voulu faire ce mot pour vous prier affectueu- (( sèment d'en faire l'élection et lui de l'accepter, et ne se (( lasser de rendre au public les effets de son affection sem- (( blables à ceux qu'il a déjà témoignés, dont il nous en « reste beaucoup de contentement et à lui autant d'honneur. « A quoi m'assure que vous me montrerez vos bonnes \o- (( lontés.» L'auteur de cette lettre n'avait pas trop présumé de ceux à qui il l'adressait : M. le Berthon ^s, Maire l'année précédente, fut continué.
En suivant mes notes, j'aurais maintenant. Messieurs, à vous parler d'une manière plus spéciale du Maire, de ses attributions, de ses luttes avec des pouvoirs envieux de son autorité. Mais je crois devoir m'arrêter ici, et je terminerai par une courte réflexion.
La période de temps sur laquelle je viens de jeter un coup d'œil embrasse vingt années environ, de 1570 à 1590. J'ai indiqué ce qui existait alors ; mais les choses peuvent n'avoir pas été les mêmes avant cette période ; elles ont pu devenir autres depuis. 11 convient donc, je crois , de considérer ce que j'ai dit, seulement comme la constatation de faits actuels, et non comme la révélation d'un état de choses qui n'aurait subi aucun changement depuis son origine jusqu'à sa fin.
Des études ultérieures justifieront peut-être la prudence de celte réserve.
4* Lire : le Breton ou le Brelhon. (Voir la note 42.) 45 Id. Id. Id.