‹ Saintes au XVIe siècle [microform]Chapitre 5 sur 5 · IMPRIME DANS LE PROSPECTUS-SPECIMEN DU JOURNAL LTNION · texte numérisé non relu

IMPRIME DANS LE PROSPECTUS-SPECIMEN DU JOURNAL LTNION

Chacun sait dans quelles circonstances fut signée à Châtenoy, le 6 mai 1576, la paix de Monsieur.

Objet continuel des défiances de Henri III, sans cesse exposé aux dédains de son frère et des courtisans, le jeune duc d'Alençon, évadé de la Cour, était devenu le chef des Réformés et des Catholiques unis.

L'alliance de ces deux partis était redoutable. Soutenus par Jean Casimir, fils de l'Électeur Palatin, ils étaient momentanément les plus forts.

Un autre événement compliquait la situation. Henri de Navarre, lui aussi, venait d'échapper à ses surveillants. Parvenu dans les provinces d'Outre-Loire, il s'était écrié : <( Je ne retourne plus à Paris... qu'on m'y traîne! » Catherine avait espéré ramener son fils d'Alençon au devoir; mais ses efforts n'avaient eu qu'un demi-succès, et la trêve de Champigny servit seulement à la politique favorite de la Reine, en lui faisant gagner du temps.

Cette trêve fut suivie de la paix de Ghâtenoy, triomphe

tardif pour les Réformés, dure mais passagère expiation du sang de la Saint-Barthélémy.

L'un des articles du traité établissait, dans les huit Parlements du royaume, des Chambres de Justice mi-parties composées de Catholiques et de Protestants.

Mais ce pacte ne fut pas de longue durée. De nouvelles entreprises amenèrent le traité secret de Nérac (28 février 1579), et, l'année suivante, celui de Fleix, brisé bientôt par de nouveaux orages.

Par ce traité, des membres du Parlement de Paris devaient être envoyés en Guyenne pour rendre la justice aux provinces comprises dans l'étendue de celui de Bordeaux. Ils devaient remplacer la Chambre mi-partie instituée près de cette Cour en exécution du traité de Châtenoy. « Les (( dissidences religieuses avaient jeté tant d'aigreur parmi « les membres de cette Compagnie que les arrêts se res- « sentaient toujours du désaccord des juges, lorsqu'il n'ar- « rétait pas totalement le cours de la justice. » (Massiou, Histoire de Saintonge^ t. \ , p. 20.)

Après avoir siégé dans plusieurs villes, sous la présidence d'Antoine Séguier, les envoyés du Roi transmirent de Périgueux aux Échevins de Saintes la lettre suivante datée de Saint-Germain-en-Laye, le 23«jour de décembre 1583 :

«( De par le Roy,

« Chers et bien amez, recougnoissans combien que la « présence et séance de nostre Chambre de Justice a profité « es lieulx de nos pays et duché de Guyenne où elle a faict « séjour, et de naguère en nostre ville de Périgueulx, pour (( le repoux dudict pays, nous avons résolu de la faire « chemyner es Séneschaussées d'icelui où elle n'a point

« encore esté, et mesmement es villes de Xaintonge, pour « servir en nostre ville de Xaintes, comme celle où est le « siège principal d'icelle Séneschaussée, dont nous avons « estimé de vous advertir, en vous mandant et enjoignant « très expressément que s'achemynant nos aymez et féaulx « les Président, Conseillers et Officiers ordonnés pour « le service d'icelle en ladicte ville , vous ayez à les y « recepvoir, loger et accomoder de lieu pour la tenue de la- « dicte Chambre capable à cest efFect, et aussi des logis qui « leur seront à chacun d'iceulx nécessaires, selon qui leur « appartient à leurs qualités et à ladicte dignité de leurs « offices, et pareillement pourvoir que vivres leur soient « fournis pour prix raisonables , assistant et obéyssant à « nostre dicte Chambre à ce que vous sera ordonné par elle, <( de tous les moyens que vous aurez pour l'exercice et « administration de la justice et l'exécution des arrêts, dé- « crets et ordonnances émanés d'icelle, de manière que nous « soyons en icelle obéys et nostre justice. Et nous assurant « que vous n'y ferez faulte, nous ne vous en ferons la pré- « sente plus expresse , car tel est nostre plaisir. »

Les membres de la Cour de Justice écrivirent de leur côté :

« Nous avons le commandement du Rov de nous trans- « porter, au commencement du mois prochain , pour faire « une séance. A ceste cause, vous ne ferez faulte, après la « présente veue, d'envoyer quelques-uns de vostre Corps « pour entendre la volonté du Roy et recepvoir les comman- « démens de cette Compaignie pour son service. Nous vous « envoyons les lettres que Sa Majesté vous escript pour le « mesme subject. Et sur ce, Messieurs, nous prions Dieu de « vous maintenir en sa sainte grâce.»

Au reçu de ces lettres, les Échevins délibérèrent sur leur contenu. François le Brethon était alors Maire. Soulet et Huon furent désignés pour se rendre à Périgueux, et on leur alloua seize escuz deulx tiers pour leurs frais de voyage et ceux (Vun homme à cheval. Mais comme le jour de l'élection du nouveau Maire approchait, on décida qu'ils ne partiraient qu'après cette élection, à laquelle tous les Échevins étaient tenus d'assister.

Peu de jours après, les députés revinrent porteurs de la réponse suivante :

« Messieurs, nous vous mercions de la peine que vous « avez prinse d'envoyer vers nous et des honnestes offres « que vous nous faites par vos lestres. Nous n'en userons « que pour le service du Roy. Les porteurs de la présente <( ont charge de vous faire entendre l'intention de la Court. <( Vous les croyrez de ce qu'ils vous diront et donnerez ordre (( que toutes choses soient préparées et disposées en vostre « ville selon l'intention du Roy et le commandement que en (( avez reçu de Sa Majesté. »

Ce n'était pas petit embarras dans une ville ruinée, manquant de tout, de pourvoir même aux premiers besoins de Messieurs de la Cour et de leur suite. Il fallait aussi une chambre ri f ei/ et aultres choses à la comodité de la Justice. Chaque Échevin s'y employa : le Maire fut chargé de demander aux Jacobins la chambre du Conseil.

Il parait qu'à cette époque il n'y avait pas de Palais de Justice à Saintes. Au mois de mai io5u, le Corps de Ville résolut d'en construire un pour le profit du Roy et le soulagement de ses sujets. C'est celui dont, malgré les changements opérés il y a quinze ans, il existe encore des parties considérables.

Mais les travaux ne commencèrent que le 20 mar^ 1^85. La première pierre fut myse et appousée du cousté vers la rhue des Jacobins, par M. de Terneau. conseiller au Parlement de Bordeaux, envoyé à Saintes par le Roi pour expédier la Cour présidiale ; plusieurs magistrats et un grand nombre d'autres personnes assistèrent à la cérémonie, et le délégué de Sa Majesté bailla deulx escuz aux maistres maçons.

En 1580, le Présidial siégeait au couvent des Jacobins. Mais, un jour, le procureur des dignes pères trouva bon de fermer ia jju.> le du Palais. Les magistrats expulsés demandèrent l'hospitalité à la Maison Commune. Touchés du désorin qu'on voyoit pour V expédition de la justice, les Échevins leur permirent de tenir les audiences pubhques seulement dans la salle basse do l'Hôtel de Ville. Mais ce bon vouloir ne rendit pas les Municipaux imprévoyants. Ils craignirent les suites d'une prise de possession. Il fut donc bien expliqué que le consentement n'était donné « que par « forme de prest et précayrement, sans que, pour ce, les- « dicts sieurs Maire et Eschevins se départissent de ladicte « salle basse, et en laquelle ils pourroient tenir le conseil <( comme ils avaient accoutumé, toutefois et quantes, pour « les affaires du Roy et du public. De laquelle salle basse '( ledict sieur Maire auroit les clefs, par les mains duquel « lesdicts sieurs de la Justice dudict Siège Présidial les « pourroient prendre et avoir auxdicts jours de l'au-

" dience sans aussi que lesdicts sieurs de la Justice

« pussent répéter les réparations qu'ils feroient faire , et « nécessaires et utiles, en ladicte Maison Commune, les- « quelles y demoureraient à perpétuité pour le bien public. »

L'arrivée à Saintes du Gouverneur, M. de Ruffec, était une

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autre source d'embarras. Il demandnit des meubles pour lui, des logis, au quartier de la porte £:^yuière, pour ses gens et gentilshommes. Mais déjà les meilleurs logements de ce quartier avaient été pris par Messieurs de la Justice, et ce n'était qu'à grande peine qu'on avait pu les accomoder des meubles nécessaires. Le Conseil se borna à répondre que la Ville offrait tout ce qui dépendait d'elle : ce n'était pas beaucoup s'engager.

Cependant on était au 6 février ; rien n'était prêt. Les vivres étaient rares et chers, malgré la recommandation du Roi de les fournir à prix raisonnables. Les magistrats se plaignirent. Le Président menaça d'avertir le Roi du mauvais office des Eschevins en son endroict, mesmc de desloger, ce qui lui viendroit à grand déplaisir. En vain répondit-on qu'il était bien difficile de les satisfaire, à cause des guerres civiles qui avaient désolé le pays depuis vingt ans : il fallut s'exécuter.

Les registres du temps nous ont conservé l'état des meubles fournis au Président et les noms de ceux qui les offrirent. Nous transcrivons ici cette pièce, en témoignage de la misère et du bon vouloir de nos pauvres aïeux :

Le Maire, une nappe et un lit ;

Farnoulx l'aîné 7«, une nappe et six serviettes;

71 II s'appelait Charles. DeuxFarnoux siégeaient à celte époque dans les Conseils de la Ville : Charles Farnoux, l'aîné ; Charles Farnoux, le jeune.

Le premier, S' de la Clocheterie, procureur au Présidial , professait le culte létormé et avait été condamné à mort par l'arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 avril J569. U fut provisoirement suspendu de ses fonctions d'Échevin en 1572. Le Corps de Ville le désigna en 1576, avec Jehan Relyon, pour aller à Brouage complimenter le roi de Navarre. 11 était, dès cette époque, le plus ancien membre Je

De Prahée 72, autant ;

Couldreau 73, autant. 11 offrit de plus de procurer un chasht, en payant la location ;

Pichon 74, deux chandeliers, une nappe et six serviettes ;

Guillaume Martineau 75, une demi-douzaine de serviettes et une nappe ;

l'Êchevinage, oh nous le voyons jusqu'en 1585. Est-il le même que Charles Farnoux, S"" de la Clocheterie, Maire en 1548?

Le second, Charles Farnoux, S»- de la Béraudière, était catholique. En 1584, il exerçait les fonctions de Procureur de la Ville. En 1589, il était devenu l'aîné, et à cette époque un autre Charles Farnoux, dit le jeune, S' de la Gatessière (la Gadessière près de Thenac ?), conseiller du Roi, lieutenant général de l'Élection, figurait pareillement à l'Êchevinage.

7« C'est de Prahec. Arnaud de Prahec, S"- de Therac, conseiller du Roi, élu en l'Élection de Saintes, Maire de la ville en 1558. Il était de la religion réformée et cette circonstance lui valut le retrait provisoire de sa charge en 1572. Nous trouvons dans les registres des délibérations que depuis « il a faict profection et va à la messe. « En 1577, Arnaud de Prahec fut envoyé auprès du Roi pour obtenir la confirmation des privilèges de la Ville. Thomas Dreulx le remplaça à l'Êchevinage en 1586.

La famille de Prahec figure depuis une époque fort ancienne dans les assemblées de la Maison Commune. Geoffroy de Prahec, licencié en lois, était l'un des deux Jurés en 1487; il avait pour collègue Jehan Roy.

Les armoiries des Prahec, d'après la pierre tumulaire de Guy-Geoffroy, dont M. Briand a relevé l'inscription dans sa Notice sur l'église Sainte-Colombe, offrent, suivant M. Audiat, un écusson ainsi écartelé : Au /"■ unefasce; au 3-" trois besants, tourteaux ou annelets; au 2''' et 4'^' un chevron accompagné de trois tours, deux en chef et une en pointe.

•73 Henri Couldreau, Sous-Maire en 1584. (Voir la note 26.)

74 Antoine Pichon, reçu Échevin le 12 janvier 1571 à la place de son père, François Pichon. Il était de la R. P. R. et fut provisoirement suspendu en 1572. Nous le voyons assister aux assemblées de la Maison Commune jusqu'en 1608.

75 Guillaume Martineau, Échevin, installé à la séance du 19 janvier 1572, à la place de Baudet. Il étaii de la R. P. R. et il fut momentanément suspendu pour ce fait pendant ladite année et remplacé par un catholique. Comme ses collègues, Martineau fut rétabli dans sa charge d'Échevin. L'année suivante, il fut député avec François Eschasseriaux auprès du roi de Pologne pour le solliciter en faveur de la Ville. En 1584, il remplissait l'office de Receveur de la Maison Commune. On le voit figurer encore sur les listes de l'Êchevinage en 1607.

La famille Martineau a produit entre autres : Girard Martineau, S"^ de Fontautivc, Juré avant 1487, Maire en 1502 et 1503.

t^ lyon 76^ autant;

Hriiict 7^, autant;

Cyvadier 78^ une poêle à frire et un pot de cuivre ;

Soulet 79, un grand pot d'étain tenant trois pintes de vin, deux chandeliers, une broche de fer, un seilleau et une cassotte ;

Aiorignac ^o, une nappe, six serviettes et une broche de

Dubourg ««, un chaudron de deux seiUraux et un poêlon qui avaient coûté 46 sols ;

Ogier «2, un chaslit ;

Aymard «3^ une nappe et six serviettes ;

Charles Farnoulx le jeune ^\ un lit garni de traversiers ei une couverte ;

Enfin la Fief-Gallette (nous dirons damoiselle de Fief-

'6 Jehan Relyon. (Voir la note 12.)

'7 Ce n'est pas Déchet, c'est Jehan Buhet. (Voir la note 60.)

78 Thomas Cyvadier. (Voir la note 46.)

79 Etienne Soulet. (Voir la note 48.)

80 François Queii, éc, S' de Mérignac et de la Tousche, conseiller du Roi au Présidial de Saintes, Échevin dès 1570. Il avait été compris l'année précédente au nombre des rebelles condamnés à mort par l'arrêt du Parlement de Bordeaux du 6 avril. En 1572, il fut suspendu de ses fonctions d'Échcvin comme huguenot. Le 20 août 1589, il obtint avec son neveu Laur. nt Queu, éc, S"- de Chastelars, un arrêt du Parlement de Paris confirmatif de sa noblesse. M. de Mérignuc figurait encore à l'Échevinagc en 1604. Il avait épousé Françoise le Breton.

Cette famille a donné Arnaud Queu, S' de Chastelars, licencié en lois, Maire en 1525, 1526 et 1527.

SI Dominique du Bourg. (Voir la note 34.)

8î Raymond Ogier (Voir la note 20.)

w Jehan Aymard était Juge de la Ville en 1584. (Voir la note 27.)

8* Charles Farnoux, le jeune. (Voir la note 71.)

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Gallet, ignorant la cause de cette locution famihère), une couverte ^^.

Nous croyons cet état incomplet; ou, pour mieux dire, il n'énumère pas tout le mobilier de l'hôtel du Président. Mais, si nous jugeons de l'inconnu par le connu, si nous réfléchissons aux malheurs du temps, nous nous figurons qu'il n'y eut ni profusion ni luxe dans l'ameublement du logis présidentiel ; et même, sans refuser à Antoine Séguier ces goûts modestes, ces habitudes simples qui comptent parmi les quahtés du magistrat, nous sommes induits à penser que, dans la circonstance, il fit beaucoup de nécessité vertu.

La tenue de la Gourde Justice devait attirer à Saintes, de tous les points de la Sénéchaussée, un p:rand nombre de personnes de l'une et l'autre rehgion. Les partis d'alors étaient prompts à supposer à leurs adversaires des projets hostiles. 3? de Ruflec recommanda d'approvisionner le château de grains et de vins, « aux fins que, par fortune, « s'il venoit quelques inconvénients par ceulx de la reli- « gion, pour raison de la Chambre de Justice, on pourvût « aux inconvénients qui pourroient advenir. »

Les hauts mandataires du Roi tinrent leur audience d'entrée le 20 février 1584. Le Corps de Ville crut devoir s'y faire représenter, pour /'/lonnewr quil debvoit à la Court.

88 M"« de Fief-Gallet devait être fille de Pierre Gallet, S' de Fief-Gallet en la paroisse de Pessines, avocat du Roi au Présidial , Échevin de 1570 à 1577, marié à Jeanne Farnoux.

Les Gallet, Se" de Fief-Gallet, de Tliézac, de Thains, de Feuzes, etc. portent : D'or, au chevron de gueules, accompagné de 3 coqs de sable, pattes, béqués et crêtes d'or, 2 et i. — Là Chenaye des Bois leur attribue d'autres armes : D'azur, à un gallet d'or.

Le Procureur général avait annoncé qu'une place serait réservée aux Échevins delà cité, i Maire, Relyon, de Prahée ^^, Aymard et Cyvadier, députés à cet effet, allèrent, précédés des Sergents-Gagers, prendre le Président à son logis, à six heures du matin.

Cette solennité judiciaire attira un grand concours d'auditeurs. Là, se trouvèrent réunis <( M. de Ruffec, Gouver- « neur, avecque grand nombre de gentilshommes du <( pays ; révérend père en Dieu Monseigneur l'Évêque de « Xaintes ^7; les Lieutenants général et criminel, Maire et « Eschevins de ladicte ville; le Chapitre de Xaintes, et <( le Doyen et le Syndic dudict Chapitre; grand nombre de « gens, tant advocats, procureurs et aultre nombre de aul- « très gens. Et estant tous sur leurs lieulx, M. l'advocat (( général, nommé M. de Lozet, fit une grande remons- (( trance qui dura une grande heure et quart, au conten- « tement du peuple. »

Le 17 juin suivant, la Cour de Justice avait rempli sa mission. Le Président Séguier partait pour retourner à Paris, et il était conduit jusqu'à la Charlotterie par M. de Ruflec, les Lieutenants général et criminel, Henri Roulx, Sous- M tre 88, tous les Échevins et un grand nombre d'habitants.

Nous voudrions pouvoir parler ici des travaux de cette Cour. Peut-être en aurions-nous besoin pour justifier plus complètement le titre donné à ce travail. Cette élude aurait

86 Lire : de Prahee. (Voir la note 72.)

87 Nicolas le Cornu de la Courbe de Brée (1576-1617).

s« Henri Roulx : c'est un nom mal déchiffré; il s'agit ic de Henry Couldreaii. alors Sous-Maire. (Voir la note 26.)

de l'intérêt; malheureusement, les documents nous font défaut, quant à présent du moins.

Cependant n'y a-t-il dans ce que nous venons de dire qu'une date intéressante, l'époque de la construction d'un édifice où siégea, pendant plus de deux siècles, une Compagnie qui ne fut pas sans honneur pour notre province, par ses magistrats et ses jurisconsultes ? Devons-nous rester indifférents aux petits incidents de la vie de nos pères ? Nous ne le pensons pas.

Ce n'est pas uniquement dans d'orageuses commotions, dans des rivahtés passionnées, que nous devons prendre plaisir à étudier notre passé. Les jours de sérénité et d'union ont aussi leur attrait et leurs enseignements. Nous comprenons qu'on s'intéresse peu, au premier coup d'œil, à ces pauvres Échevins, si déchus de leur vieille fierté municipale, voyageant avec seize écus pour entendre, à quarante lieues de leur cité, la volonté du Roi. On rit avec le procureur des Jacobins aux dépens des magistrats réduits à demander un asile pour la loi, un siège pour ses ministres. Et puis, qu'importent ces ombrageux Échevins se croyant déjà à demi dépossédés parce qu'un Présidial, chassé par des moines capricieux, vient demander un abri dans leur Hôtel-de-Ville ? Ces faits, nous ra\ouons, saisissent peu; cependant ils révèlent les idées, les mœurs, les pratiques de l'époque. Si nous voulons savoir ce que furent nos aïeux, ne nous arrêtons pas seulement aux grands événements ; voyons-les dans toutes les situations de leur vie. R ne faut pas séparer le calme de la cité de ses agitations ; il y a des leçons dans l'un comme dans les autres. Dans ces jours de repos si rares durant la longue période des guerres de religion, aimons à vivre, quoiqu'un peu obscurément, avec nos

devanciers. Le moment est favorable pour pénétrer dans leur intimité. Demandons à leurs actions de chaque jour, même aux plus indifférentes en apparence, leurs habitudes, leurs opinions, leurs préjugés, et jusques à leurs défauts : ainsi seulement nous apprendrons à les bien connaître et à les comprendre.

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