‹ SaintGervais de Rouen Église et paroisseChapitre 2 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

' Le caiéoio da l'an 386.

-dinaire, lesquels étendaient les mains {KHir prier. L'état oii

j'étais entre le sommeil et le plein usage des sens ne me permettait pas de leur parler ni de leur répondre ; je fis alors un effort pour m'éveiller, et aussitôt tout ce spectacle disparut, et je ne vis plus rien.

» J'eus incontinent recours à Dieu, et le priai, par les entrailles de sa miséricorde, que, si c'était une illusion du démon, il l'éloignât entièrement de ma pensée ; mais que, • si c'était au contraire une révélation de sa part, ii eût la bonté de m*ea donner mie plné ample connaissanoe. Je redoublai pour cda mon jeûnetiSt mie autre nuit, les mêmes personnes m*apparurent encore Yers le ehant du coq : mais sans rien me dire.

» Enfin ht troisième nuit, la rigueur du jeûne m'ayant 6té la fiieulté de dormir, ces mêmes jeunes hommes se se présentèrent à moi pour la troisième fois avec un troisième qui paraissait être saint Paul, selon que je le reconnus, parce que l'image que j'ai vue de ce grand apôtre lui est tout k fait semblable. Les jeunes gens ne dirent mot, mais l'apôtre me parla et dit : que ceux que je voyais étaient d'illustres martyrs, lesquels, ayant renoncé, selon la doctrine qu'ils avaient puisée dans ses Épitres, aux ricbesses et aux possessions de la terre, s'étaient attachés uniquement à Jésus- CStrist» et qui, ne désirant rien de ce que la chair peut convoiter, avaient vécu dix années an milieu de cette ville de Milan dans le service de Dieu; que leurs eorps étaient enterrés dans le lieu même où je priais, et qu'en foisani fouir la terre à la profondeur de douze pieds, je les y trouverais dans une pierre creuse ; que je devais les lever et bâtir une église en leur honneur pour les y placer. Je le remerciai de la faveur qu'il me faisait de me découvrir un si grand trésor, et le suppliai de me dire aussi les noms de ces glorieux soldats de Jésus Ciirist. 11 me dit que cela n'était point nécessaire, parce que je trouverais aussi è la téte de leur cercueil

UQ écrit, où leur nom, leur pays, leur naissance et la manière de leur mort étaient rapportés.

» En conséquence de cette . apparition , j'assemblni les • éTâqiieB des vUles Toisines, et après letir aroir déclaré ce que j'avata va et enteDdu^ je pris le premier un instrument, el commençai à ereaser la terre. Les antres évéqaes firent la même diose, «t enfin, après avoir creusé douze pieds, nous trouvâmes ce bienbeureux tombeau que l'apôtre m'avait indiqué : nous l'ouvrîmes aussitôt, et nous eûmes la consolation d'y voir ces saints corps aussi beaux et aussi frais, que s'ils n'y easiient été mis que depuis une heure. L'odeur admirable, qui en sortait, les rendit ençore plus vénérables Ce billet, dont saint Paul m'avait parlé, s'y trouva aussi. Voici ce qu'il portait :

» Moi, Philippe, serviteur de Jésus-Christ, étant assisté de mon fils, j'ai levé et enseveli chez moi les corps de ces glorieux martyrs : run^s'appelle Oervais, l'autre Prêtais. Ils étaient enfants jumeaux de saint Vital, martyrisé à Ravenne pour le nom de lésus-Christ, et de sainte Talérîe, exécutée aiqirès de Blilan pour la même cause. Ayant bérité de leurs biens, ils vendirent tous leurs béritages, et même la maison où ils demeuraient, et en donnèrent l'argent aux pauvres et à leurs esclaves qu'ils mirent en liberté, et se retirèrent dans une chambre, où ils passèrent dix ans en des exercices continuels de piété, c'est-h-dire, k la lecture, à l'oraison et aux pratiques de la mortitl cation chrétienne; et l'onzième année ils endurèrent le martyre. Car comme le comte Astase passait par Milan pour aller à la guerre contre les Marcomans, les prêtres des Idoles furent au-devant de lui, et lui dirent: « Seigneur, si vous voulez emporter la victoire,, et retounier

' Les premier'! rhrétieDS embaamaient les corps des martyrs nv^ des aromates et des parfums. — Tcrlallien, dit (Apolog. 42) : " Tbura plane nos emiraos, si Arabis qoci untar, sciant Sabœi pluris el eartus soas merces GMUiaiB MpeUtndb prollîcari qiMia diii famigtodit. »

à Rome vers les empereurs, plein de {gloire et triomphant, il faut que vous obligiez Gervais et Prolais, deux chrétiens qui • sont ici, de sacrifier aux Dieux : car ces sacrées divinités

sont tellement irritées de leur mépris, qu'elles ne veulent plus rendre d'oracles, ni répondre aux. demandes qui leur sont fûtes. »

9 Astase, sur ce récit effronté, fit chercher ces bienheureux frères ; et les ayant fait amener devant lui, il leur dit: — c J'ai appris que tous êtes les ennemis de nos Dieux, et que Yous leur refuses le culte et Tadoration qui leur sont dus, ce qui fait qn*Us sont irrités contre nous, et qu'ils ne veulent plus être favorables an bien de l*Ëtat; il &ut que vous changiez de conduite, et que présentement vous leur offriez de l'encens, afin que nous puis-sioas délaire les barbares, et sauver les provinces de l'empire des cruautés qu'ils y exercent. » — « Gervais répondit à cela, que c'était de Dieu, créateur du ciel et de la terre, qu'il lallait attendre la victoire, et non pas de ces Idoles inanimées, qui ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n'entendent point, des narines et ne sentent point, une bouche et ne parlent point, des mains et ne touchent point, des pieds et ne peuvent marcher, et un ventre qui est vide et n*a point d'entrailles. » — Ce discours ne plut guère à Astase, il le prit pour un blasphème et une rébellion, et commanda, sans autre forme de procès, que Gervais fût fouetté avec des cordes plombées, jusqu'à ce que la violence de ce supplice lui fit rendre Tftme : ce qui fut exécuté à l'heure même. Ensuite il fit enlever son corps; et s'adressant à Protais, il lui dit : — « Misérable, ouvre les yeux, ne sois pas ennemi de ta propre vie, et ne nous oblige de te faire mourir dans les tortures. » — «Qui est le plus misérable de nous deux? répondit Protais, ou moi qui ne crains point, ou toi qui fats assez paraître que tu m'appréhendes et que tu as besoin de moi. » — « Comment est-ce, dit Astase, que tu as Veffronterie de dire que je t'appréhende f » — « le

le dis avec vérité, répliqua Protais, car si ta ne me craignais point» tu ne nie presserais pas de sacrifier aux Idoles pour avoir une issue avantageuse de ton expédition , et tu ne t'imaginerais pas que mon refus te pût être préjudiciable : pour moi qui ne reconnais point d'autre Dieu que cette souveraine majesté qui règne aux cieux, je me moque de tes menaces et de tes tourments, et je ne fais pas plus d'état de tes Dieux insensibles que de la boue et du fumier que Von foule aux pieds. » ^ Le comte, k cette réponse, ordonna qu'il fftt bfttonnë ; et après qu*on Teut rompu de coups sur le dos et sur le yentre, Tayant fait releyer, il lui dit encore : « Insensé que tu es, demeureras-tu toujours dans ton orgueil et ta rébellion t Quoi donc, veux-tu que nous te fessions périr, comme ton frère est péri entre nos mains? » — t Je ne saurais périr, dit cniin ie saint martyr, en souliraiiL pour Jésus-Chiist, c'est un bonheur infini pour moi que de donner ma vie pour la cunfession de son nom. Ton aveuglement, au contraire, te rend digne de compassion, puisque tu ne connais pas Dieu qui est la source de tous les biens, et sans le secours duquel tu ne peux attendre qu'une infinité de maux. Bien loin de me f&cher contre toi, et de te donner des malédictions, j'imite mon Seigneur Jésus-Christ, qui priait pour ceux qui rayaient crucifié; je plains ton malheur et implore pour toi sa miséricorde, parce que tu ne sais pas ce que tu fins. » Le comte fut insensible à un discours si plein de charité, et sans user de plus grande remise, il condamna le saint confesseur k perdre la téte. Ainsi cette seconde victime fut immolée, et son corps fut joint à celui de saint Gervais.

» Et moi, Philippe, serviteur de Jësus-Cljrist, voyant ces sacrés corps publiquement exposés, je les enlevai de nuit avec mon tils, et les transportai dans ma maison, sans autre témoin que Dieu qui voit toutes choses. Âprès quoi, je les ensevelis dans ce cercueil de marbre que je mis dans la terre,

espérant que rmlercessûm de ces ittnslrea mar^ me ferail obtenir la miadricorde de notre Seigneur léana-CSirist, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Eaprtt dana tons lea siècles des siècles. Ainsi soit-il »

Saint Ambroise, dans une lettre datée de l'an 386, à sa sœur sainte Marcciline, lui mande qu'il transporta vers le soir les corps de nos saints à la basilique de Fausta. Là on veilla toute la nuit, lîi nouvelle imposition des mains. Le jour suivant on les transféra dans la basilique Saint-Ambroise. Pendant cette translation, un aveugle, connu à Milan sous le nom de Sévère» recouvra la vue en touchant le brancard anr lequel étaient portées 1^ reliques. Ce prodige contribtta, dtl-on, à l'extinction de l'hérésie dans Milan,

Saint Augustin était alors dans cette ville : il fiût aussi mention dn même &it dans son damier livre de la OvU ds Dim, ch. S8 K

Saint Grégoire de Tours dit aussi, au chapitre 47 de la

Gloire des Martyrs, que pendant qu'on célébrait la messe (levant les corps de saint Gtjrvuis et de saint Protais, qui étaient découverts, une planche tomba du toit sur leurs têtes d'où jaillit beaucoup de sang qui, ayant été recueilli dans des linges et des vases sacrés, fut distribué à beaucoup d'églises des Gaules et d'Italie.

£u France, en Allemagne et ea Espagne, leurs reliques sont vénérées, leur culte en honneur, car des miracles se sont accomplis où leurs reliques ont reposé.

La Pologne les a pour patrons.

D'après le cardinal Baronius, leur naissance au ciel arriva le 19* jour d^ juin 170 ou 474 , sous Tempire de Haro-Aurèle et de LuciuB-Véms, et Tinvention * de leurs corps a dû arriver

• t Vips (le saint Gervais el saint Protnis, » par Franrnis de Giry. ' Voir aun pièces jiulificaiiTes les ËxlraiU de l'office des saioU Gervait ci i^tau.

' « S. Ambfosii opéra. » Edlt. beaed., t. 2, col. 874, epbl. uii, «d sororem tnaiii.

vars Van 386, date de ia lettre de saint Ambroise à sa Htm*

Quand les Anglais et les Bourguignons ravageaient, au XV* sièdot notre pays et qu'ils s'avançaient vers Bouen, les abbés et religienx de Fécamp, seigneurs au spirituel et au temporel de la paroisse Saint43ervai8, emportèrent, 6ntr*autrès reliques, celles de saint Oervals, qui se composaient d'un petit os du clief, avec du sati^^ ligé, renienuees dans un petit colliei dô cristal, qui était déposé dans un petit reliquaire d'argent doré ».

NouR avons dit que saint Ambroise envoya dans les Gaules des reliques de saint Gervais et de saint Protais. En effet, saint Yictrice, éyéque de Rouen, reçut de saint Ambroise et de plusieurs autres évéques italiens, un phylactère ou reliquaire que Ton portait au oou ; et féerit que saint Vietrioe > composa, à la réception des nombreuses reliques envoyées, nons eon- " fiime que ce n'étaient pas des ossements de ces saints, mais seulement du sang ou de la terre détrempée de leur sang.

Les reliques envoyées étaient eeUes ide saint Jeen rferan^ géliste, saint Luc, saint Naxaire de Hflan, saint Frocule de Boulogne, saint Trajan de Macédoine, saint Mntius, saint Alexandre, saint Datysus ou Dathus, saint Chyndée, sainte Rogate, sainte Léonide, sainte Anastasie, sainte Anatocle, que saint Victrice joignit k celles de saint Jean-Baptiste, saint André, saint Thomas, saint Gervais, saint Protais, saint Agricole et sainte Suphémie de Chaloédoine, qu'il possédait déjà.

Saint Victrice éleva, pour déposer ces reliques, une basilique qui prit plus tard, à cause de ce dépôt, le nom des Oreste et Pylade chrétiens, des deux saints martyrs déjà

' Flambeau astronomique, 1724.

' « Sed qaid ego pauper Vicuicius, culiur vciiier de loci quttliiuie furmidof etc. » (Cap. vi, p. xxviii., De Lmi» Sanetonm» iaiéré dani le neoeil de divers éerils pour lerrlr d'éclairciMeéieDli à I*Htot. de France, ete., par l'ibbé Ubear. Parb, 1798.)

eitës, saint Gênait el saint Protais. — c Mais qu'attendonsnona? dit alors ce saint éTdqWt et pourquoi différer plaa longtemps de remplir les désirs de nos saints martyrs t Ou- Trons le palais destiné k les recevoir, joignons ensemble des reliques, dont la réunion, agréable à nos différents saints,'de- Yiendra pour nous une source commune de grâces. Plaçons dans on même lien ces dignes prémices de la résurrection r et protilons de moments aussi précieux pour confesser ce dont nous nous sentons coupables. C'est un sujet de joie pour des magistrats, quand Us trouvent l'occasion d'user dMndulgence envers des criminels. Ce n'est pas sans raison, mes chers frères, que j'avais commencé ci-devant, avec tant d'ardeur, une basilique ; Tanivée de nos saints justifie mon empressement. £ux*mémes, par l'ardent désir qu'ils m'inspiraient en secret, se foisaient préparer le palais sacré qui ▼a les reeeroir. Oui, cela est ainsi, et je n*en puis douter. Nous avons jeté les fondements, nous avons construit les murs, et nous apprenons aujourd'hui pour qui nous travaillions avec tant d^empressement.

» Aussi, j*ai écarté fort^ent tout obstacle k la prompte exécution de mon entreprise. Je ne puis souffrir ni délai, ni lenteur. Je veux employer mes mains à rouler et mes épaules h porter les plus pesants fardeaux. Oui , que la terre soit arrosée de mes sueurs ! et puissai-je l'abreuver de mon sang, en le répandant pour le nom du Sauveur ! mais qu'elle soit du moins arrosée de mes sueurs, cette terre qui va être consacrée par les autels destinés aux saintes reliques! Nos saints Ap6tres et Martyrs inviteront dWres personnes à venir partager le travail avec nous, s*ik voient que nous nous y appliquions avec assiduité et avec sèle ^ >

n parait, d'après ce que nous venons de citer, qu*il y avait un lieu couvert et bien fermé où saintYictrice voulait déposer

■ « Disours de 9«înt Virtriro k \^ louange des Saints el de levn reliques i » Aaxerre, ITftS, in-12, traduction de i'abbé Morel.

les saintes reliques. « Ouvrons, dit-il, le palais destiné ^ les recevoir. » Cet endroit ne pouvait être que la crypte; noua en parlerons bientôt.

. n résulte» d*aprë8 ce que nous v«iioiis d'exposer, qu'en trouvant la date du discours de saint Yielrice, on saurait alors l'époque de la construction de Toratoiret bftti par saint Yietrice, dont l'église actuelle de salnl Gervaîs occupe la place ^

Ce saint évéque, en s'étendent fort au long à prouver que

les plus petites portions des reliques ont autant de vertu et . d efficace que les corps entiers des saints, et en citant plusieurs exemples, nous dit que les reliques de saint Nazaire font des miracles à Milan ; or, ces reliques ne furent découvertes qu'après la mort de l'empereur Théodose, qui arriva le M jnnvier 395 ; on sait que saint Ambroise mourut le 4 avril 397, par conséquent cet écrit n'a pu être composé que vers l'an 396 2. Nous avons donc une date précise de la construction de l'église primitive de saint (jervais, dont nous possédons l'abside presque tout entière et les trois jolis chapiteaux qui la décorent.

Quelques antiquaires disent qu'il est impossible que ces fragments soient de l'église primitive ; que ce pan de mur n'aurait pu résister à la destruction que les Normands jeté» reiit dans leur invasion de 841 , sous Osclier; dans celle encore plus terrible de 845, et dans les six qui suivirent jusqu'au baptême de liollon; et ces mômes peisoinies assignent au XI' siècle la construction de ces quelques vestiges que nous, nous vénérons comme placés peut-être par les mains mêmes de saint Yictrice.

' « Extat in suburbio Rothornagcnsi ccclesia sab titulo S. Ccrvasii. Hanc non absarde crediderim tocuin occupare inquo S. Viclricius tcmplum poimrat. » (P. Tiii du MoDitnm de 1 abbé Lebtuf qui précède le discours De

' Monitmii de Tabbé Ubwi, p. v.

Ce premier oratoire cimetérial a pu être épargné par les Normands, k cause de sa pauvreté et de son peu de grandeur, parce que ce n'était pas une église, mais un simple oratoire ; on artr-û pu leur échapper parce qu'il était entouré de bois qui le cachaient à tous les regards ; étant isolé et hors de U ville, il n'avait pas à craindre les ineendiet.

Voyvms si ceTéaénble moDimieiit eût pu être eDdommagé par d*aatres qoB par les Normands. La conTersion de Constantin fit affluer tout, comme par attraction, vers la société clirétienne. L'ordre moral domptait Tordre matériel. Le pouvoir se sentait faiblir et s'appuyait sur le christianisme. Les évéques furent chargés alors de l'autorité municipale. La conquête des Francs les trouva presque maîtres en Gaule, le pouvoir central s'étant réfugié à Constantinople. En prenant place parmi les leudes du roi franc, leur pouvoir augmenta.

La seconde Lyonnaise fut plus heureuse que le reste de la Gaule, en ce sens que les guerres des Francs avec leurs yoisins ne la bouleversaient pas, qu'elle garda longtemps les mœurs et le langage romains, c'est pourquoi les écrivains du %• siècle rappelaient encore Frtuieia Bomojia.

Les rots, ou plutôt les chefe francs, pillaient, mais ils hésitaient à tonçher aux biens ecdésiastiiiues. Les terreurs de la religion clirétienne se présentaient k leur esprit redoublées par un souvenir confiis de leurs anciennes superstitions.

Mais je ne m'arrêterai pas à ces suppositions qu'on pourrait traiter chimériq!ies ; je me bornerai à dire qu'il sufl&t d'examiner, avec des yeux d archéologue, ces chapiteaux pour voir qu'ils ne peuvent être du xi« siècle, puisqu'à cette époque les chapiteaux représentaient ordinairement des histoires ou an moins quelques p^sonnages ; en tous cas, ils sont trèsgrossièrement travaillés, et quand ils s'éloignent de leur grossièreté habituelle, c'est qu'on les a fait venir d'ailleurs tout taillés.

Une preuve de plus qaib Téglise de Saint-Gervais ne souffrit pas iMaucoup des guerres jusqu'au xn* sièele» c'est qu'Orderie Vital, qui mourut Ters 4150, noua dit, eu parlant de saint Mellon : c II briOa du temps des papes Busèbe et Melchiade, et s'en alla vers le Seigneur le onzième jour dès kalendes de novembre. Déposé dans la crypte de la basilique de Saint-Gervais-martyr-hors-la-ville, il y resta longtemps. Son tombeau y fut conservé jusqu'à ce jour, mais son corps en fut enlevé après bien des siècles, par la crainte des Danois (880), et fut transféré dans un château du Vexin, qu'on appelle Pontoise. Là il est vénéré dans une chapelle qui porte son nom, et un couvent de chanoines célèbre grandement son culte > »

Ensuite, si révise à laquelle appartenait l'abside que nous voyons eût été construite au n* siède, comme beaucoup de gens ont la bonté de se l'imaginer, comment se fait-il qu'Orderic Yital n'eût pas parlé d'un &it si important dont il était le contemporain.

Ces cbapiteaux ne peuvent donc être que ceux placés par saint Victrice; ils sont de cette école du Bas-Empire qui dominait alors et qui marquait aiisst, dans la sculpture, la décadence de l'empire romain. L'un d eux, G, est remarquable par ses ligures d'aigles, tradition, dit le poétique Ch. Nodier, du séjour d'une légion. Deux autres, DF, fort curieux et bien fouillés, sont des pastiches imparfaits, mais fort jolis du chapiteau corinthien; un autre chapiteau d'ordre dorique trahit des restaurations modernes, et la corniche (n<> 2) du côté droit appartient évidemment à la même époque de ce dernier chapiteau

* Ofétite ViUd, t. n, p. sae^ édit A. Lepranwt.

■ Gm chtpilmx ds rsMde dtt Saint-Gervaii ont été grarés d'après l«t

dessins d'Hyacinthe Langlois, exécutés en 1818 par ordl» deH. de Kergarioo, préfet, et conservés depuis dans les cartons de la Commission des antiquités de la Seine-inférieure. La commonicatioo de ces précieux cartons a été

n y a lieu de croire que les chapiteaux des fûts tronqués «Taient des rapports avec ceux qui existent. La largeur des entre-colonnements est d^environ S mètres, et le contour des colonnes, non compris ce qui est engagé dans le mur, est de

libéralement Moordéfl à H. Thirarr par M. le Stottear-PréfiM de oedéptr-

tement.

En dehors da dessin absidal de Saiot-Gervais, publié, en i82&, dans lea «Voyages piUorasqiieset romentiiqaei dini l'enciMiiie Fnnoe,» t. ii, pl. i48, e'cit la première fols, à ce que ikhu pemoni, que ces préeieui diaplteain «ont édités, surtoal dans leur développement. C'est donc une bonne fortane poar l'archéologie qne l'apparition de ces rares et curieux spécimens de Tart des bas-temps de notre histoire, à une époque où la science crée et rcMiuclle en France rarcbitecture mérovingienne.

M. de Ganmont, à qnl rinlUaUTe appartient en eed comme en nne fouie d'autres points de notre archéologie monumentale, a commencé, depuis quelques années, à éditer, dans les divers recueils dont il dispose, une série de chapiieaui mérovingiens qui, dans peu, constitueront une véritable architecture franque. Les nombreux voyages de notre «avant confrère et sa longue flipérienee dans la matière, le metlaient pins qne lent antre à même da leeaeillir les éléments néoassairw poar établir les règles et ici tjpei de cet

art ignoré on pcrtiu.

Nous diroQ.^ donc que les chapiteaux de l'abside Saint-Gervais de Rouen nous paraissent rentrer entièrement dans la catégorie des chapiteaux que H. de Canmont appelle mérmingittu on eaHmfingiem, et dont 11 signale la présence an Musée de Nantes, provenant de Vertou et de la première église de Nantes. « Bull, monument , » t. xxii, p. 4ijt-84. — Guéraud et Parenteaa, « Catalogue du Musée archéologique de Nantes, » p. 18; à la crypte de Sainl-Drice, dans un foubourg de Chartres; au Musée d'Arles, provenant d'une des églises de cette ville; à la cathédrale de Pnlde (en Alle> magne), et dans la crypte de Jouarre (ScIne-el-Marne). « Abécédaire d'archéo» logie, » lr« édit., p. 15. — « Annuaire de l'Iflstitnt des provinces et des congrès scientifiques, « t. x, p. 170-175.

Le même archéologue cite encore, comme appartenant au vi^' ou au vii« •lède, les cbapiteanx de la crypte de Salnt*Lanrent, de Grenoble. « Congrès archéologique de France : séaDCCs générales tenues en 1857, » p. 37M1.

M. Albrrt ff noir, dont les connaissances sont aussi variées qnc profondes, révèle également des chapiteaux mérovingiens non-seulement à Jouarre, comme tout le monde, mais à Montmartre, près Paris, à Saint-Denis, restes de l'abbatiale mérovingienne de Dagobert I^r, et m Mniéa des Thei^ mes et de l'hAtel CInny, provwant de la cathédrale de Paris, coostmile par Childcbert. (A. Lenoir, « Architecture monastiqne, » L l«r, p. Si^ 2S0, 830. — Id., « Statistique monumentale de Paris.)

Étendant le cercle de ses études bistoriqaes et monnmentales, le même

85 centimètres à 4 mètre. La hauteur de l'édifice offre de vingt à vingt et une assises.

Maintenant entrons dans cette vénérable cryjUe, le plus ancien monument chrétien de la Normandie. Nous y pénétrerons, non pas en curieux visiteur, mais en chrétien reapeetnenz, car» dans ce aanctuaire cimetérial, tout perlera à notre cœor.

Uescalier adad» large d'un mètre, compte 98 mareliea de pierre, banles de 80 centimètres; il se trouve presqo'à l'entrée de la chapélle de la Saînte-Vierfe, dans le bas-côté méridional de l'église. Il fat constmit en 1680. — c Payé à Antoine Millets, M* mosson, la s* de deux cens traise livres dix sept sols deux deniers tant pour sa peyne, jonrnez de masson et manœuvre d'avoir destourné la descente de la cave de saint Mellon de devant le crucifix, où elle est présentement y compris les pierres qu'il a convenu pour (aire la

•ntiqnaira nom fàit voir du diapitMiax antlogaes à nof chapiteaox fnoo» dam les édifices de rilalle, élevét du v* vm» i ièele, par eiemple : à

Saint-Paol-hors-des-Mars, à Sainte-Agnès et h Saint riément, de Rome; à

Sainip^-Moric in Coîméflin, et aillears. Chose fort curieuse pour nous, il nous montre des aigles ornant on chapiteau à l'église de Paren/o, en latrie, Gonatraite aoas Jnatinien. (A. Lenoir, « Architecture mooafiUqae, » t. i",

p» sia et <MS.)

lie nende lavaot connaît depuis longtemps les deux intéressants chapiteaux sortis dp l'i'aïUse franque de Saint-Samson-gur-Rille (Eure). Sauvés par M Rpvcr, en i!« «ont a présent déposés au Musée de la ville

d'Ëvreax. (A. Leprevost et Ëd. Lambert, « Mémoires de la Société des Anliqoiiret de Noraieiidi^ » eniide 1888, p. 478-98; atlas, de 1817 et 1898» pl. fig. 1 à 4« — Rooeh Sntltb, « Colleetaoea anUqaa, » toI. in, p. 1S8. — De Canmont, « Abécédaire d'archéologie, » l'e édit., p. 17. — M., « Annnairede Tlnstitat ries provinces pour 1Hf^8, » t. i, p. 173. — Dav«'son Tomer et Gotman , « Architectural antiquities of ?iormaady , u t. ii, p. 99.)

BaJiD J'alottieial, pour moaeeinpte, qu'en 1888, J'ai leeoDiitt ptasienn

chapiteau analogaes à ceox de Saiot-Genrais, chez M. Daval, perceptear à

Lillebonne. Ces chapiteaoi proviennent des ruines de l'église de Saint-Denis, de Lillebonn^ construite sur un ancien édifice romain, et entièrement déamlie en 18tt4.

(Rote de M. Tabbé Cecbel.)

dite descente, chaux, ciment, le piastre et charriage auivaiit ses acquits. 213 livres 17 sols 2 deniers »

Nous noua sentons saisi, sur la dernière marche de cet escalier, d'une émotion indéfinissable : une obscurité mystérieuse nous environne, el cette lumière si pure, qui, tombant par le soupirail ^ blanchît un simple et primitif autel, nous bit rêver aux effluves de clarté si admirablement décrite* par Fënélon dans sa description de l'Élysée. Hille pieux souvenirs' viennent se presser dans notre imagination et nous font goûter des émotions telles que la religion seule peut les donner. Nous voulons alors conuaUre l'histoire de ces murs, et nous interrogeons chaque recoin avec impatience. Notre imagination, surex.citée par des récits merveilleux, a hâte de recueillir de la bouche de l'historien consciencieux les causes de la vénération des foules. Compulsons les historiens, fouillons les manuscrits, déchiffrons les chartes, coordonnons les imts, et du choc de tant d'opinions différentes jaillhm la lumière.

Saint Mellon fut le premier apôtre qui pénétra dans Rouen ; oe fot par son saint ministère que nos pères reçurent la fol, et que la seconde Lyonnaise, après avoir secoué le joug de l'erreur, se rangea sous les étendards de Jésus-Christ s.

Les légendes racorUeiit que les habitants de Rouen accueillirent ce véiifjrable pasteur avec soumission et respect. Ne faut-il pas croire plutôt qu'ils écoutèrent paisiblement, et comme par curiosité d'abord, les paroles d'une religion nouvelle pour eux. D'ailleurs, les gouverneurs de la ville étaient très-tolérants. Posthumus, après son triomphe sur OaUienns, vint à Rouen, où il séjourna longtemps : fl voulait, par sa tolérance et son amour pour le bien-être du peuple, mériter

' Livres de comptes de la panine de Satait4Servii$, 168S. * Le vérileble boid aotiqae eet ImailNari; ' Hymne, « Prinavoe eanlmas »

le nom de restaurateur des (iaules, qu'il avait grand plaisir à «'entendre donner *.

Tétricus succède à Posthumus, i]iorten266. C'est un ancien sénatetur, ancien consol, gouvemenr de Rouen. 2. liyase rerôtir de la pourpre à Burdigala, puis revient h Rouen, où Ton frappe en son nom des médailles où sont ces mots : « libertés, Loetitia, Félicitas publica K »

Sur les entrefaites, Tempereur Glande-le-Golhiqoe meurt, Aurélien est proclamé chef de tout Tempire, et Tétricus devient son lieutenant, exécute ses ordres, délivre aux églises des terrains, comme cela se faisait à Rome, Milan et Ântioche

Depuis la mort d'Aurélieu jusqu'à l'avènement de Constantin, l'empire est en proie aux factioDs, et cinq empereurs se succèdent dans l'intervalle de dix ans. On n'avait doue pas le temps de persécuter les chrétiens. Dioclétien, aussitôt après son avènement, divisa la Lyonnaise en deux parties K La deuxiim Lyotmaisù comprenait les rives de la Seine; Rothomagus en devenait la métropole définitive ^. Le paci* fique Constance-Chlore, adopté par Dioclétien, était devenu César. U serait trop long d^énumérer ici tous les bienfaits dont Rouen lui fût redevable. Les écrivains chrétiens comme les écrivains païens donnent de grands éloges à sa modération et il sa politique. Il n'y eut que dans la Gaule où la tolérance, si elle n'était pas pn c iusée, fut du moins pratiquée, car l'Orient voyait chaque jour de nouvelles et atroces persécutions.

£n 302, Dioclétien, excité par Oalérius, devint dans sa

' Bréqaigny, « Htat. 4e PoiUnimns, » Académie dee loferipl, t. ns.

' « Académie des Inscriptions, » t. xxvi.

* « Mémoires de l'Académie des lascripUoDS, » t. uvi.

* Gibbon, t. III, p. 103.

^ > Société de lllistolre de Fnaee, 1838, » p. m

* <i Académie de lUmea, » p. IM.

vieillesse le persécuteur des chrétiens qu il avait longtemps protégés ^ Ce dernier, après quelques succès sur Ips Perses, força, en 305, Dioclétien et Maxiraien k abdiquer, se fit déclarer empereur avec Constance-Chlore, et s'étant réservé le gouvernement de l'Italie et de tout l'Orient, il y exerça le despotisme le plus affreux. Ce fut aurtoul contre les chrétiens qu'il s'abandonoa à toutes ses fureurs s. La mère de cet aiieieu gardeur de troupeaux, paysanne grossière et superstitieuse» offrait des sacrifiées aux divinités des montagnes ; indignée de ce que les disciples de l'Évangile refu^ saient de partager son idolâtrie >, elle avait inspiré à son fils, l'aversion qu'elle sentait pour les chrétiens; elle lui disait qu'ils insultaient à ses sacrifices, et qu'ils refusaient de prier pour lui les divinités champêtres ; aussi, le premier édit de Galérius ordomiait-il de brûler les livres saints et d'abattre les églises ; il déclarait les chrétiens infâmes ; il les privait des droits de citoyen ; il défendait aux magistrats de recevoir leurs plaintes, pour cause de mauvais traitements, de vol, de rapt, et d'adultère ; il autorisait toute personne à les dénoncer, soumettait aux tortures et mettait à mort quiconque refusait de sacrifier aux dieux. Mais l>ientAt s'élevèrent des révoltes : Haxence, fils de Maximien, se fit proclamer dans Rome. Maximien reprit la pourpre et força Galérius à le reconnaître. Pea après celui-ci fut attaqW d'un ulcère hideux qu'on regarda comme nue punition de sa cruauté envera les chrétiens *.

Pendant que Galérius répandait la terreur en Orient, Constance- Chlore faisait les délices de l'Occident. Constantin, son fils, lui succéda, et l'on sait qu'en 342 il se fil

' Bossuet.

' Easèbe, « Histoire eccl., » tiv. viii, cbap. 16. « De Vila Coostaoti, » Ht. I, cbap. 57.

, * ChtieanbriaiMi, « ÉtadM èiiloriqaes, » 1. 1. ' Cbstesabriâml. — BoMuel. — Emèbe.

cbrétitin. Telle est, en résumé, Tbistoire de U tolérance à Rouen, pendant Tapostolat de saint Mellon. Farin, Pommerave et antres écrivains lui attribuent la fondation de trois églises. Ils ne citent pas leurs autorités; nous n'en possédons aucune preuve; néanmoins le fait peut être vraisemblable, vu l'esprit de tolérance avec lequel notre contrée fut toujours gouvernée durant l'épiscopat de notre preinicr évôque ; et ce qui corrobore notre croyance, — qu'il n'y eut jamais de martyrs dans notre belle contrée, — c'est la tradition constante de l'esprit de modération en toutes choses qui anima de tout -temps les habitants de Rouen.

Un passage du discours de saint Victrice est un puissant auxiliaire pour nous, car ce saint évdqne, dans son discours De Lande Saneiorum, n*eut pas manqué de parler du sang des martyrs de la foi, versé par le peuple auquel il s'adressait, — sMl y en eut eu de répandu. — « Nous n*avons vu ni bourreau, ni épée nne (dit-il), et nous avons des autels consacrés parles reliques des martyrs qui sont maintenant princes de la cour céleste. Il ne paraît aucun ennemi avide du sang chrétien, et nous nous trouvons enrichis par les soulfrances des saints. Quoiqu'on ne voie présentement ni chevalet, ni torture, nou^ portons avec pompo les trophées des martyrs; quoiqu'il n'y ait ni persécuteur ni sang répandu, nous goû* tons toute la joie des triomphes 3. »

Ces paroles sont-elles asses explicites 1 Nous retrouvons, à douze cents ans de distance, la confirmation de ces mots dans un grave auteur qui dit que c les bourgeois (de Rouen) ont voulu prendre, pour armes de la ville, au lieu d'un porc lubricque et gourmand, un aigneau doux, et amiable, tant pour signifier que le sang de nuls martyrs n'a esté cruellement cspandu comme aux autres villes de ce royaume, ains ont reçeu et traicté humainement ceux que Dieu leur a en*

' Reliques envoyées par saint Ambroiie et les aotfw évéqnct ItaUtni. > Tndiiction de l'abbé Mord. Avunw, 1748.

Yoyés pour les prescher, que pour la bonté, bénigne humanité, et courtoisie insérée au cœur des bourgeois, qui en leur Tille reçoivent toutes sortes de gens »

Admettons donc, jusqu'à preuve du contraire, qu'il n'y eut point de persécution dans Rothomagus ; mais les pays drconvoisins virent de terribles supplices, surtout à Tépoque de la défaite des Bagaudes (286] qui s'étaient choisi pour chefs deux chrétiens, nommés Amandus et Elianus. Les chrétiens partagèrent les conséquences de la défaite : on les persécutii avec acharneineiit. C'est alors (287) que périrent saint Firmin, à Amiens ; saint Qurni n, dans la ville à laquelle il a laissé son nom; saint Ciespia et saint Crespinien, les deux cordonniers de Soissons 2. Nous connaissons les persécutions (303) que Dioclétien fit dans tout l'empire, et s'il y en eut eu à cette époque dans la province de Rothomagus, comme nous Tavons dit plus haut, saint Victrice n'eût pas manqué d'en parler.

Le christianisme fit de rapides progrès dans Rouen ; les premiers fidèles eurent un cimetière ; ils ne voulaient point avoir de conUc^ avec les idolâtres. Saint Uellon construisit un temple caché au milieu du cimetière chrétien. Où Auraitil fait ses premières instructions, et n'était-il pas cache à la connaissance des prêtres des idoles qui étaient adorées à Rouen, de ces prêtres, tout-puissants alors, qui n'eussent pas manqué de le persécuter parce qu'il empiétait sur leur pouvoir ?

La crypte de Satnt-Gervais parait construite à cet eifet, peut^tre en 287, lorsque de glorieux confesseurs scellèrent leur croyance de leur sang dans les pays circonvoisins. Ne pouvait-il pas craindre de semblables persécutions t Peutêtre dans les dernières années de Dioclétien, au temps où

' Taillepied, « Recueil des antiquités et singularités de Ronrn, p. "17^. ' « Histoire de France d'après les doCDJàeaU origioaux, etc. » Henri Bordier et Ëd. LtiartoOi p. 88.

Constance-Chlore n'était que César, et qu'il ne pouvait par conséquent qu'atténuer les ordres de son empereur, au temps où Rictius Varus faisait parade de cruauté dans Amiens, c*est-k-dire de 303 à 305.

Nous pensons plutôt qu'il construisit notre crypte lors^ qu'il eut assez d'adeptes pour former une réunion, c'estrà-dire au milieu de la persécution 287» et dod plus tard, qaand son long séjour dans Rotiiomagus, les nombreux chrëiiens qu'fl avait formés et la tolérance de Constance- Chlore semblaient lui assurer sinon une tranquillité parfaite, du moins un abri contre les violences.

Pourquoi aurait^n fait plus tard ces souterrains, qui gagnaient les bois et dont il reste encore quelques vestiges que le fossoyeur du cimetière rencontre parfois en creusant des tombes*? ces souterrains que la tradition populaire couvre de son antique manteau, et n'oublions pas que les traditions populaires sont la poésie do VHistoire,

Plusieurs de nos plus illustres antiquaires attribuent la construction de cette vaste crypte à saint Victrice. Pourquoi cet évôque raurait-il construite, puisque de son temps le cbristianisme n*avait pas à redouter des persécutions f S'il Veût fondée pour y placer des reliques, pourquoi aurait-il construit des souterrains? N*eût-il pas préféré placer les restes mortels des premiers apôtres de Rothomagns dans réglise métropolitaine t

Saint Mellon se retira, dit-on, pour achever sa carrière, à Héricourt-en-Caux. Ne serait-ce pas plutôt dans une de ses courses apostoliques, telles qu'en faisaient les premiers évêques du christianisme, qu'il succomba, <ians le petit village d'Héricourt, à la fatigue et à son grand âge ? Son

' Vers 1825, M. Louis Leclerc trouva, dans nn de ces souterrains qui se dirigeait vers le nord-oacst, une épée franqoe dont la poignée M tfwm emunnehéo d'nnc hache, ftniairie d'an fùtêùjw de l'époque, une filmle •1 ane beoele; cen iroii objets «oot mérovingiens.

. 01^ méiOTingieDs praveuat des toatemiiM d« Sainl-Oenrab. (U <Me ttli ko«d«, fnndaur wbiirilo. -U lengoew ë« ré^

corps fût» suivant pretque tons les historiens, rapporté de suite à Rouen, pour y être déposé dans la crypte de Saint-6er?ais.

Saint ÂTitien, qui mourut en 895, fût aussi déposé dans la crypte. Si saint Victrice avait bâti notre crypte lors de la réception des reliques dont nous avons parlé, le corps de

saint Avitieii serait resté près de soixante-dix ans sans sépulture convenable ; car ce n'était que hors la ville ([ue l'on pouvait enterrer, selon les usages des Romains, et le cimetière des chrétiens d'alors était sur les bords de la voie publique qui conduisait à Lotum, à Juliobonaet k Caracotinum 1. Le sol de la cavée Saint-Gervais a souvent découvert, aux yeux des ouvriers, des sarcophages dirigés de Test à l'ouest, pour que, d'après la croyance des premiers chrétiens, tous les visages soient tournés vers les premières lueurs de Faurore qui annoncera au monde le jour de la résurrection universelle.

* L'abbé Gocbet, « ?îorinaiidie souterraine, » p. 47.

Vue de la Crypte, prise de l'autel.

La crypte est longue de 41 mètres iO centimètres, large de 5 mètres 25 centimètres et haute de 5 mètres 30 centimètrea environ dn sol à la voûto dont la forme est ronde. Des bancs de pierre entourent toute la crypte, qui présente des murs de petit appareil sur lesquels nous distinguons encore à droite, près de l'autel, quelques vestiges de peînti£res murales, puis la voûte est décorée d'un arc doubleau qui est reçu sur des pieds droits dont le tailloir est taillé en biseau. Nous remarquons la forme, la dimension des pierres aux angles rongés par le temps, et quelques assises de briques romaines. On y voit deux arcades sous lesquelles étaient les cercueils des deux premiers évêques de Rothomagus, et qui rappellent les arcoioUa des catacombes de Rome ^ Ils sont

* Gci sortes de tombeaux sont nommés monummla arcuata par les arckéolocmt MintiBi, inala Icor vérittU* mna antique cet mnoioHa,

élevés au-dessus des bancs d'environ 36 centimètres , ont 2 mètres 20 centimètres de largeur, 93 centimètres de hauteur et 85 centimètres de protondeur.

Saint Mellon fut déposé, en 34 4 , dans le tombeau à gauche,

Tonbera de nint Hèlloa. — GrandeBr : 1 cmtiniètK ponr nièlre.

fin entrant dans la crypte, et saint Avitien, éTèque de Rothomagus et snccessenr de saint MéUon, fot déposé, en 3S5 à droite. Le corps de ce dernier éréque aura été Traisembiablement enlcTé^en mémo temps que celui de saint Mellon.

On sait que ce fut par crainte des Normands, en 880, que l'on transporta les restes de ce dernier saint au château de Pontoise. Saint Avitien, accompagné de Nicetius,archidiacre de son église, assista au concile d'Arles, assemblé, en 314 2^ par l'ordre de Constantin, qui le défraya de la dépense qu'il fat obligé d'y faire. Plusieurs évéques de Rouen, ses successeurs, furent, dit-on, aussi déposés dans la crypte.

A la fin du m* siècle, les arcades avaient été closes par une muraille, dans la crainte des profanations des religionnaires;

' Taillepicd, « Recueil des antiquités et sinfrularilés de la ville de Rouen, » ch. XV, p. 80. — Pommeraye, n llist. des archevêques de Rouen, » p. 51. * « Artdeviriflff leiditai,» «dit. 1770. p. 17S.

ce ne fut qu*au mois de septembre 4723 que M. Bosquer, dtiicial de Fécamp et curé de Saint-Gervais, accompagné de personnages de mérite et de saviiuts, fit abattre en sa présence cette susdite muraille. On trouva, sous l'arcade du tombeau de saint Avitien, les os d'une le derrière d'une autre tête, un os fémur, deux tibias dont un était cassé par le bout et un perroné. Ces os ont été renfermés dans la muraille du fond de ce tombeau ^ .

Tous les ans, le mardi des Rogations, les mères pieuses portent et couchent quelques instants leurs, petits enfants sur les tombes des saints évéques, pour lêê nndn pku

forts Elles vont encore implorer à Tautel primitif la

sainte Vierge Marie, cette mère qui, elle aussi, porte un enfant dans ses bras. Inclinons-nous comme elles devant cette pierre consacrée, qui sert ici d'autel. En avant de l'autel sont, de chaque côté, deux cavités a]i|)elées diaconica ou mcraria, larges de 90 centimètres, hautes de 95 centimètres et profondes de 85 centimètres. On renfermait les calices et les autres vases religieux dans celle de droite, et dans celle de gauche étaient déposés les livres saints et d'offices.

Une sainte indignation d'artistè nous saisit et trouble notre contemplation devant cet antique autel que nous vénérons comme le témoin des saints mystères de notre religion. Le croirait-on 7 cette pierre vénérable à tant de titres repose sur deux pierres qu'on dirait être des chambranles d'un foyer bourgeois. Deux cents francs fbrent alloués, en IS5S, pour faire quelques réparations à la crypte I et quelles réparations lurent faites I Les pierres coûtent donc cher dans notre siècle? Espérons qu'un jour viendra où un sarcophage chrétien de la cavée Saint-Gervais remplacera ces ignobles chambranles. Le tombeau et l'autel seront ici des symboles. Tout montrera à l'homme, sous cette voûte antique, qu'il doit mourir ; tout lui montrera aussi qu'il doit ressusciter un jour 1

* « Flambeau astronomique, » 1724.

On nous permettra d'ayancer ici quelques observations, et sur la consolidation de la crypte et sur quelques dispositions intérieures. Faut-il consolider la crypte? Le bon sens et notre vénération poar cet antique monument nous disent oui ; mais nous eraignons teUement de voir profiiner la majesté que lai ont donnée les ans, soit par une restauration complète on partielle, soit par une imitation imprudente et grotesqne, que nous ne pouvons nous résoudre à voir changer son aspeçt si rempli de respectable vétusté. Pourtant, &udraitF-il laisser crouler un si précieux monument? Non; comment faire alors? Un habile architecte, qui aurait la foi et le talent, satibterait, nous croyoïis, le double point de vue de consolidation et du respect que nous demandons pour. notre crypte.

Nous voudrions aussi qu'un autel primitif, placé au point F du plan géométral de la crypte, au milieu du chœur, en avant du presbyterium, rappelât, par sa position, la disposition des basiliques primitives ; une lampe antique, placée sous rare doubleau, projetterait sa lueur sépulcrale dans cette confession des premiers siècles. Au fond des tombeaux de saint Mellon et de saint Avitien, une inscription, en style lapidaire du iv* siècle, rappellerait aux siècles futurs l'endroit de la déposition des premiers apôtres de Rothoiuagus.

Les historiens se taisent pendant plusieurs siècles, pendant les nombreuses invasions des Normands ; et puis, a-t-on le temps d'écrire quand l'ennemi porte la désolation dans la patrie? Enfin, les Normands n'avaient que des chants de victoires qu'ils conservaient par des caractères auxquels ils donnaient le nom de Ronstabath

Nous ne trouvons donc aucun fait relatif à notre modeste é|^ise jusqu'au commencenrent du x* siècle, et c*esl dans un

* « BMnoils d« difiti écrit» poor «enrir d'éclaiiducinents à rUisioira de France, » par l'abbé tcbeoT, t. u, p. 11.

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