PROCESSION DU LUNDI DES ROGATIONS
Le lundi des Rogations, tout le clergé de Rouen se rassem* blait dans l'église cathédrale. On ehantait Tantienne Esmgê, Damne, etc., pendant qu*on encensait les autels et que la procession se préparait à se rendre à Saint-Gervais. En sortant par le portail Saint-Romain, un chantre commençait par : c De Junaokm êamni, t puis, t Cum joeuindUat», » et autant d*antres chants qu'il était nécessaire, suivant la volonté du chantre, et selon les saints patrons des églises sur le territoire desquelles la procession passait. On chantait ensuite sept psaumes, puis quand la procession était parvenue à Saint-Gervais, on chantait le répons Concède. Un prêtre disait le verset et roraison, puis prêchait devant le peuple. Le sermon terminé, on se prosternait en récitant des prières; un chantre commençait le répons des saints : 0 eontUutêia ma/rtyrtm; puis on se retirait.
Alors troift chantres du siège supérieur commençaient la litanie : HumiU pnot $t nticerd dê90titme ; et le chœur répondait et chantait jusqu'à la chapelle de Saint-Nicolas de Beauregard au cimetière Saint-Hanr. Quand la procession arrivait à l'entrée de l'aître de la chapelle de Saint-Nicolas, on cessait la litanie et le chantre commençait ce répons : Quâdam die, et le chantait en passant devant ladite chapelle. Après le répons, le prêtre disait le verset : Orapro nobit B.Nicoktef ensuite roraison Deus qui beatiim Nicolaum. La procession s'en retournait, un chantre commençait ce répons : Ex eyus timbâ. Ensuite, trois chantres du second siège reprenaient la litanie où les chantres du siège supérieur l'avaient laissée.
et chantaient jusqu'à l'endroit qu'on appelle la Crosse, où ils la finissaient par les deux dernières strophes dont la dernière est grecque. <c La procession va sur le bord des fossés dans lesquels il y a des tours, des écoutas on voûtes et plufsîeurs échos qui retentissent de ces beaux chants avec leurs cadences. On ne peut rien entendre de plus agréable, ni de plus charmant ^ Arrivés à la Grosse, on y faisait station ; quand les chantres avaient cessé de chanter, un seul chantre commençait Tantienne : c ItH swnt viri saneH, » puis le prêtre disait le verset et l'oraison. De là la procession se séparait et les chantres reprenaient la litauie Àudœm Dei, etc., qu'ils finissaient au chœur
Nous ajouterons que, près de l'église de Saint-André du taubourg Cauchoise, il y avait un magnifique reposoir où l'on posait les châsses qui se portaient aux processions, savoir :
La ch&sse de Notre-Dame,
— de Sainte-Anne,
— de Saint-Sébastien,
— de tons les saints,
— de Saint-Sever,
— de Saint^Romain.
Depuis le commencement du dentier siècle, on ne porte plus la châsse de Notre-Dame-de-Pitîé, qui appartenait à une confrérie fondée à l'église Saint-Jean, la châsse de Saint-IIerblaiic, la châsse de Sainte-Ursule, mais on n'oublie jamais de porter celle de Saint-Gervais, ornée de lleurs et de fruits.
Dans ces processions, on portait les bannières des confréries des Saints-Innocents, de Saint-Sébastien, de Saint-Barthélemy, de Saint- Jacques, de Saint-Christophe, de Sainte- Anne et de Saint-Sever, suivies des maîtres et confrères de ces confréries.
* D6 Ifoléon (Lebrun des Marelles), n Voyages lilurgiques en France » p. 944.
> « R. P. Johanni^ Ahrincensis episcopi, deinde Hotonug. ueh. Iib«r de olBeiiii ccclesiaaUcIs, 1679. » P. 171.
«OURCË SALXT-FILLEUL.
VUE DB LA SOURCE DE SAINT-VILLIUL, BIf iSM,
d'après le Livre des Fontaines.
La source d'Yonville, autrement dit de Saint-Filleol» est le premier baptistère de nos contrées. Toat semble corro* borer notre assertion. D'abord le nom du trésorier des finances de Clotaire t*', roi de Soissons ; ensuite sa situation au bas du premier cimetière chrétien ; puis cette rue du Bas (qui se dirige de la ville vers la source), et dont on a tronqué le nom, car nous la voyons dans le Uvn dt$ Finuaihm portant la rue du Bastême.
Dans le manuscrit si connu sous le nom de Livre des FontaineSy nous avons vu trois fois répété les mots de rm du Bastème dans la page 8 ou verso de la quatrième feuille de l'article intitulé : Source d'Yonviite.
Espérons que bientôt la rue du Bas reprendra son a»eienne appellation.
Les eaux de la source d'Tonville viennent d*one montagne que Ton nomme Pestel, et le réservoir de la source, connu sons le nom de SainhFilleul, est situé à quelques pas de la rue du Renard. Centrée, bfttie en pierre et surmontée d*iine petite et modeste chapelle, s'ouvre sur un escalier de trente-
ûaq marches» an baa duquel se trouve» du côté gauche, la réservoir de la soaree qui jauge à peu près 4 mètres, cubes.
Sa lace de Fetcalier est un eaoftl de S pieds environ de large sur 6 de hauteur, an milieu duquel est une petite rigole qui reçoit les eaoz de trente-deux pleureurs. Le canal peut avoir une centaine de pieds de profondeur. Son histoire se trouve sur une plaque de marbre noir scellée dans la muraille et sur laquelle on lit rinscription suivante :
Régnante Ladovico XV, Ex Utnm visceribas, recipienles agoam Hic ficUles canicnli, Improviso limo olim obstracti, FoqU> pari Javamcn civiiaii RoUMOMgeBti
Avi et proavi, variis leraporibus, labore operoso * CuDicalos lympha? (lucoli parentes
Rcstitu(Vc.
?Junc urget adhuc rediviva collnvics:
Ergo ad ultimos usquc nepotes Uadc sublcrrancum facilius delur iter, Sic ab infimis gradibos aquedactam xi hexapedùm Contrai in fornicem, lapide pereoni, Conctlio decfwnniBt J. L. 6. Gallois de Maqnerrille, miles, miiJor, F. L. Bigot» G. N. Bordier, P. J. A. LevaTMsenr, En. L. LenoblOb P. Leo Davecgter» Eqaesy G. J. B. Prosper Dewhanps, Eqnet ifidilci»
P. M. Durand, procnrator régis et ariils.
M. DGCLiyiII.
Les travaux, pour conduire les eaux de cet'e source dans Rouen, furent commencés en 1510, mais en lof-j l'on arrêta • le cours h une cuve, rue du Cliouquct, puis en ^518 i l'on conlinua ces beaux canaux, jusque dans la ville. La plus
* farhi, édlUon dv Sonillet, v partie, p. 27.
aîxle partie de la dépense fut payée par la munificence de iiuiUauiDe Leroux, seigneur du Bourgtheroulde, et conseiller au Parlement de Normandie ^. De la cuve Sainte-Filleul les eaux vont se jeter dans un autre réservoir qui dépend de l'Hôtelr-Diea, el après avoir fourni à ce magnifique établissement deoz pouces d*eau, un tuyau de plomb conduit les eaux par la rue du lieu-de-Santé, alimente, par embrancbement, la me de Crosne, traverse le boulevart, passe rue de FonteneUe, places du Vîeax-Harché, de la Pucdle, d*où un tuyau de décharge se termine k la place Henri IV, et la branche principale se dirige vers la fontaine Usieux, après un nouvel embrancliemeiit pour le port.
Voici la liste des fontaines qu'alimente la source Sainte Filleul, et la date de leur érection :
4257, des Gordeliers, au coin de k rue Nationale. 1514, de la rue de FonteneUe, près la Préfecture. 4544, de la place du Vieux-Marché.
- 45SO, de la rue de FonteneUe, près la rue Racine. 4529, de la me de Crosne.
4540, de Lîsieux, me de la Savonnerie.
1559, du Vicux-Palais, actuellement place de Henri IV. 4560, de Saint-Vincent, rue de la Vicomte.
4560, (\e la Pucelle, place de la Pucelle d'Orléans. 4590, de la Petite-Boucherie, sur le port.
Produits de l*eau dê la stmm dTcHiotils, prk» à la faiMM
de LitUusB
Terre calcaire 1 gros 25 grain».
Séiénite » 42
Sel marin. — Sdf non déliquesceDs » 21
ISitre À base terreuse, i
tJa pm de Ml marin > Sdi déUqmion» » 39
à baie lemaM. •
S gn» 45 grains.
' Legnille^ «t Lettres sur Rouen, » p. 88*
* Ce rapport est extrait du célèbre ouvrage : « Collections d'observations sof les maladie», etc., » par Pecq de la Clôture, p. 256 et 239.
Di là praporHon du différmtê» matiiènt wnimmu dans ces eaux.
des résidus au total de Teau.
par Uvra.
kAI'l»ORT '
4m piÊflm eoMenaes dans cbaqa« téMa m Md de ces résidus. 1
SKLb >'0N l.it,LlnLK.a<;.LNS
■tléoite.
quantité.
nature.
IBilHM
Sel marin
Xilre à b«- 5!f> tf rreiibf ,u n peu de iiel marin A base lerreute.
SELS DEttlj'- l^^-i^-^f-N'â-
CIMETIÈBE SAINT-MÂUR.
Le cimetière Saint^Maor a toojûurs servi de lieu de sépultiiie aux hôtes de rHôtél-Dien.
n y a?ait encore dans ee cimetière, avant 4793, trois ehapelles dont la plus ancienne était celle de Saint-Nicolas ; il en est &it mention dans une bulle d*Urbain III, de Tan 1485, adressée au prieur de la Madeleine. A l'entrée du cimetière, du côté de l'Orient, sa destuialiuii * laiL de servir de lieu de sépulture aux religieux et religieuses de l'Hôtel-Dieu, quand ils mouraient de la contagion 2.
Thibault, archev(*M|ue de Rouen, dédia cette chapelle, en 4224, à saint Nicolas. A cette occasion il donna indulgence aux fidèles qui la visiteraient tous les ans le jour de sa dédicace, le 43 janvier, féte de saint Haur. C'est par ces causes que le nom de Saint-Uaur est resté au cimetière. En 4436, vu prieur de la Madeleine, NicolaaLecras, ordonna en Chapitre que tous les dimanches de Garâme, après Yépres, on chanterait dans cette chapelle Toffice des morts. On voyait
* Ce rapport est extrait dn célèbre ouvrage : « Collections d'obserrttiOQi
tnr 1m maladies, etc., » par Le Pa q du la Clôture, p '>:îri vi '2^9.
^ P. Théod. Le^ras, a IHolice historique sar ie& dem hôpitaux et l'asile des aliénés de Rouen, » p. 61.
«Dcore, avant la RéTolntion, les tombes et les épitaphes des réiigieax et religieuses qui y furent inhomés La deaxîème chapelle, au milieu du cimetière, sous le
▼ocable de saint Jàieaiu;, lut construite en <288.
La troisième chapelle, appelée chapelle des Trépassés, quoiqu'eUe tût dédiée h saint Lazare, était la plus fréquentée, parce qu'on y disait souvent la messe pour les défunts. Elle fut construite, eu 4472, par Guerard Louf, sculpteur et bourgeois de Rouen, originaire d'Utrecb ^, qui forma en même temps la confrérie des peintres et sculpteurs réunis, sous les titres des Agonisants» de la Résurrection du Sauveur, de Saint-Lazare et de Sainte-Martiie >.
€ Désireux de décorer la chapelle de Saint-Nanr d'une manière digne de leur art, les frères décidèrent que chaque membre, au Jour de sa réception, donnerait trente sols pour son embellissement. » Les vitraux étaient magnifiques; nous verrons plus bas comment les appréciait un artiste corapétent. Le mobilier tLait aussi fort riche; il «se composait d'une croix, de vermeil, d'un ciboire de vermeil, d'un ostensoir très-riche, d'un calice, de deux chopinettes vermeiiiées, plus un bahut tinement travaillé reafermaot leurs statuts et lettres de bulles ^. »
n y avait dans cette chapelle d'excellentes grisailles « celles surtout, dit Pierre Levieil, qui donnent sur le cimetière ont mérité do tout tençips Testime des connaisseurs et l'admiration des spectateurs* » Ces grisailles représentaient rhistoirs de VÂncien et Nouveau Testament.
Un grand nombre de ces vitraux ont été sauvés de la destraction par M. Lecarpentier, professeur h l'école de dessin de la ville. M. Crevel, cuic de Saint-Romaiii, les lit restaurer
' P. Tbéod. Lo::Tn% « Notice historique wr les deux bApitaax et l'afitie
des aliénés de Rouen, v p. 61.
• Ibidem.
• Ooin-Leeraii, c HfsloM des Gorporacioits et des Confréries, • ^ S64.
• Ibidsfli.
et replacer dans son église, ie reste a disptru sous le souffle révolutionnaire.
En parcourant le cimetière, nous n'avons tu rien de re* marquablc, si ce n*est un monument restauré par le maire H. de MartinviUe» qui représente un cippe dans lequel est enchâssée une plaque de marbre noir sur laquelle nous lisons :
Ici lepofcnt Ift M des pferet capaciot, qui, s^éitnt dèdléi 4 rasciitancQ ipirilncile 4es maiidct d« la peste pendant le* années 1723, 1723, 1724,' y ont fini lears Joars dans Teiercica da la diariti ; lears cendres, éloignées de celles de leors trbrc^, sont les illustres marques d'an zèle, qai n'a pu êtn empêché, ni par la crainte de la maladie contagieuse, ni par Tamoar qne les hommes ont naturellement
de vivre.
Le m^mr Avan^ilc qui les avait déjà privés (ir: i uis les biens de la terre, les a fait mourir dans le lit d honneur, puisque ça été en exerçant la charité, qui est la première de touici les vertus.
Porle ane sainte envie à lenr condition ; et si ta ne vt n être méconnaissant, ne reltase pas les prières à ces âme» géaéraises, qnl ont sacrifié leur vie pour la bien da publie.
Nous nous empressons de transcrire la liste de leurs noms» que Farin a eu soin de publier. On ne saurait assez &ire connaître ces généreux martyrs de la sainte charité.
Le père Ghristofle, d'Âmiens.
Le père Sébastien, de Rouen.
Le père Dlnminé, de Rouen.
Frère Julien, de Nesle-Lalt.
Le père Barthélémy, d*Eu.
Le père losaphat, de la Poterie.
Le père Ange, de Rouen.
Le père Girard, de Saint^LÔ.
Le père ISicolas, de Caen.
Le père Simon, de Rouen.
Le père f elix, de Valognes.
Le père Maclou, de Dieppe.
Le père Ândré, de Dieppe.
Le père Jean-Baptiste, du Havre.
Le père Charles, de Hoiifleur.
Le père Alphonse, de Rouen.
Le père Yves, de Hontfort.
Frère Claude, de Cherbourg.
Le père Alexis, de Rouen.
Nous n'avons pas parlé du cimi tiëre Saint-Gervais parce qu'il ne contient rien de remarquable. Le cimetière actuel est situé, depuis 1784 , au côté nord de l'église, sur le triage delà croix Hellet. L'ancien cimetière était au midi de l'église; devenu propriété communale, lors de la Révolution, il fut vendu à plusieurs particuliers ; c'est aujourd'hui la rue Ghasselièvre.
GOCVEMT DU FBÉCIBOX-SAIfG.
Dans la rue Grevier, en &ce de la rue du Roi, existait, il n*y a pas encore un siècle, une communauté de religieuses sortie d'un couvent du tiers-ordre de Saint-Dominique , établi è Aumale. L*archevéque de Harlai, second de nom, leur avait
permis de s'établir à Rouen, par acte du i l septembre 4 657. Elles curent ensuite la permission des conseillers échevins
de Roweij, qui, ayant communiqué leur requête à l'assemblée des YiDgM^uatre, autorisèrent les religieuses à établir leur m<mastère où il leur plairait. ' ,
Elles reçurent ensuite Tautorisation du roî, datée du S8 mars 1658 ; leurs lettres d'établissement portaient Tamortlssement des biens qu'elles acheteraioit pour leur couvent : le Parlemoit enregistra ces lettres le 20 juillet suivant, i à condition que ces religieuses ne quêteraient point, qu'elles seraient suilibanuiicnt dott''es, et qu'elles ne pourraient s'habituer dans la ville sous quelque prétexte que ce iùt, ni même y faire aucune acquisition de maison. »
Elles arrivèrent à Rouen, le 43 novembre 1658, conduites par M.^^ la duchesse de Vendôme, et elles se logèrent sur les paroisses de Saint-Gervaia et de Saint-André.
Le 4 S novembre 1658» le grand-vicaire de rarchevéque, le sieur Gaulde, bénit leur chapelle» qui se trouvait sur la rue Grevier. Saiiit Dominique en était le patron, et la titulaire sainte Catherine de Sienne.
n 7> avait dans cette chapelle deuic confréries érigées à perpétuité, la première sous l'invocation de Notre-Dame du Rosaire; l'autre sous le titn- du Préiieux-Sang de Notre- Seifjneur Jéms-Christ, fond '*' jKir noble dame Marie-Ânne de Pestel, fille du sieur marquis de Norman ville.
Les religieuses, étant en partie sous la mouvance de Saint- Gervais, s'obligèrent, par acte en date du i 0 septembre 4682,' de donner annuellement à perpétuité un chapeau de roses le jour du Saint-Sacrement à l*(égli8e de Saint-Gervaîs, en reconnaissance de ce 'que les religieux de Fécamp les avaient déchargées de donner homme mouvant et vivant;
A l'occasion d'un autre achat de t^ain, elles s'obligèrent à donner, outre le chapeau de roses, un bouquet de fleurs au prieur de Fécamp.
Ces religieuses eurent îi souffrir les persécutions des jésuites. Ëlles n'avaient pas voulu suivre les mandements de
la bulie Unigenitus ; alors l'archevêque de Tressaii leur fit défense de recevoir des novices, et les jésuites les traitèrent de jansénistes. L'archevêque de Tavannes refusa cotistamment aux dominicaines, bien reiklées, de relever les défeâses que son prédécesseur leu'r avait &itiBs avee la plus grande injustice.
. Le monastère, ne recevant plus de novices, diminua éensiblêment; enfin, un décret d*extinction donné parTarohe^ véque Dominique de La Rochefoucauld, fn date du 47 décembre 1764, unit ce couvent au monastère du Saint^acrement, rue Morand.
Il avait été représenté à l'archevêque que la communauté des religieuses dominicaines du Sang-Prétieux, située au faubourg Cauchoise, autrefois très-nombreuse, se trouvait actuellement réduite à une seule religieuse, professe de chœur, avec une seule sœur 'converse ; que l'anéantissement de &it de cette communauté venait d'une défense que le roi avait jugé à propos de faire en Tan 4 782, de recevoir à Taveiitr aucune novice, ce qui aurait été exécuté jusqu'à présent sans espérance de fiiire révoquer les ordres du roi.
L'emplacement qu'occupait ce couvent était très-considérable. Il s'étendait depuis la rue Grevier jusqu'à la rue Lé/.urier-de-la-Alai tel, et presque toutes les maisons du côté nord de la rue Saint^dré appartenaient à cette communauté.
DÉCOI}Y£AX£S, AKXIQUITÉS.
Lesol'du quartier Cauchoise est riche eu antiquités, et nous ne pouvons mieux faire, pour en constater l'évidence, que d'onprunter, à la NomanàiU iOtOeTToin», de M. l'abbé Cochet 1, les quelques lignes suivantes :
' « La Normandie souterraine, oa notice sur des cimetières et des cintelières francs explorés en Normandie, » par M. l'abbé Godiet, p. 4547.
«c Jp suis très-porté H croire que les tombeaux m plomb, découverts a HoueU) en 4837 et en 4828, rue du Renard et aux environs, appartiennent aussi au rr* siècle de notre ère. Le plomb dont ils étaient composés, les médailles de Julie- Marnée (S35), des deux Posthumes (858) et de Xetricus (267), les hochets, les médailles et les vases, les perles et les divers colliers semblent le démontrer. Ces tombeaux ont été admirablement décrits et illustrés par H. Hyacinthe Langlois, dans- une NàHe$ insérée dans les Mémàim de la SoeiiU âa Antiquaires de Normandie et dans un Mémoire publié à Rouen, par l'auteur, en 1829 2. Nous renvoyons le lecteur au texte, aux gi ivures et aux objets eux<-mômes conservés au Musée de Rouen.
» Ce n'est pas seulement la rue du Renard qui a fourni des sépultures dans cette partie de la ville, mais iqut le quartier Cùuehoiee, tous les environs de Téglise Saint-Grervais. Cette colline était la principale nécropole du vieux Rothomagus, sous la domination romaine et dans les premier temps du Christianisme. C*est là que furent inhumés au tv* siècle ou transportés au v«, par saint Vietrice, les deux premiers évéques de Rouen, saint Mellon et saint Âvitien. L*orajtoire des saints Gervais et Protais iiti tuL qu'un moyen de sauctilier ces catacombes des premiers clirétiens. Ce vaste dortoir de nos pères était plaré au ÎMtrd de la voie qui conduisait dans le pays de Caux, et notamment à Lolum, à /witodona> à Caroeotinum. Aussi, k toutes les époques où l'on a creusé ce vaste champ, où la mort règne en souveraine depuis seize sièdes, on y a trouvé des s^uUûres de tous les temps. En 4846, lorsque Von fonda les additions laites au bas de la nef de Saint^ervais on trouva, sous uiïe mu-
' T. IV, p. 236-52.
' u Mémoire sur des Tombeau gallo-ioiiiiins, etc., » in-So de H pages. Rouen, Baodry, 1829.
* « BsTM de Roueo, » année 18I6> leaMitn^ p. fBIt,
raille romaine en petit appareil, relié avec des assises de briques, des cereoeils de pierre de Saint-Leo, conehés dans
les fondements môme de ces murs antiques , k peu près comme nous en avons vu, en liiaU, sous k> inurs de l'église de Pavilly, est du xi° siècle. Autre rapiH i chement tort curieux, c'est (jue les fondations de la crypte de la trèsantique église de Saint-Seurin, à Bordeaux, ont été aussi posées sur de vieux sarcophages U
» Nous allons énumérer rapidement les autres sépultures trouvées de nos jours. En 4834, on découvrit, dans la rue SairU-Genaii, un cercueil de plomb renfermant les ossements d'une femme avec un gobelet de verre et deux médailles de Tétrîcus En 4833, on trouva, dans la rue Roul~ fond, deux tombeaux en pierre avec couvercle en dos d'ftne La face de l'un est ornée de deux tétes^ de boucliers et enseignes entrelacés, tandis que l'autre porte cette inscription incomplète : « ev£rini everi fili ^. »
1 R BaUetin moDamental, » t, viu, p. 269.
^ < Catalogne do Muée départmieiital des aniiqnité* de Hmun, » de
mu, p. 41.
^ 9. Le premier de ces lombeauï, qui est sarni de son couvercle, esl orné, sur ia face aiiiërieure, de deux télés ou masques, et de boucliers et d'cnsdgiie* enlacés; sur le» eôtéi» de dnperiei. On y a troavé qadqms ôt'» sementi «t un ftegmeni d'élollé brad^ en or ; il ne pme eacnne inseriptieii.
Lonf^ncnr. 2 m. 11 c.
Largeur 0 74
Hauteur, san» le couvercle 0 60
10. Le «econd tonilmn est sans onMOunts; mtis» sur sa fMe intérleaf^ est ineie rinscriptieii suivante :
BVBRINI EVERI FILI.
Aux Dieax mânes d'ETerinns fils d'Everas.
Longueur * ~ . . . . 2 m. 44 c.
Largeur 0 68
Hanteor 0 65
Ces deni tombeanx ont été donnés an Musée par M. Ronlland, banquier . k Rouen, dans ia propriété dnqnel ils ont été déeonYerts, à quelques pieds de profondeur dn sol.
n Caulogue du Musée départemental des antiquités de Houen, » 1840. * Idem, Ibidem, #. 6 at 7.
» En 1837» dans eette même rue nouvellement créée, on trouTa encore deux sarcophages placés l'un h c6té de Vautre. L*un était en marbre rouge, Vautre en pierre de Vergelé, tous deux d*un seul morceau et creusés en auge, te cercueil de marbre» long de S mètres et large de 72, a été jugé, par M. de Caumont, provenir des carrières de marbre rouge de Vieux, près Caen. c Ce qui, ajoute-t-il, achève de prouver, ainsi que l'avait déjà démontré le marbie dit de Thorir/ny, que les carrières de cette localité étaient exploitées sous la domiiiatiun romaine t. » Les couvercles des deux tombeaux étaient de simples dalles. Le sarcophage de marbre, semblable à celui de saint Romain 2, contenait le squelette d'une femme, ayant de chaque côté de sa tête deux fioles de verre à long col s. AuHiessous de la tête et aux hanches étaient trois gobelets blancs et très-fins. Le sarcophage de pierre renfermait un cercueil de plomb qui avait contenu les restes d*un enfant^. Bn dehors de ces cercueils on a encore trouvé un vase en terre et des fioles de verre. H. Deville lui-môme, dans la note quMl a donnée sur cette découverte, n'hésite pas è l'attribuer à la dernière péiiode de la doniinâtion romaine dans les (îaules, par conséquent au ou au siècle ^. Je suis persuadé que le savant coiiseï valeur de notre Musée reportait également h la même épotjue le grand sarcophaj^e en pierre, découvert en 484'!, dans la rue Louis-Auber, rentérmaut un squelette d'homme accompagné d'une fiole lacrymatoire ^t. »
* « Bolletin monomental, » l. viu, p. 444.
' Le larcophag» (l« aainl Bomiln, évéqae de Rouen, mort en 646, forme
l'anUil de l'éf^lise qui porte son nom. Ce eercaeil, en merbre ronge, provient vraisemblablement des carrières du Calvados.
' K Catalogne du Musée départemental des antiqnités de Rouen, » de 184S, p. 16.
^ » Mémoires de la Société des Antiqualree de Normandie, » t. x, p. 979.
" « Cûtaln^'nf» du Musée, '• p. 18.
' Vabbé Cochet, « Normandie isoaterrainc, » 11. 47.
Tomme nous Tenons de le voir, remplacement consacré à i'eglisn et au cimetière présente d'inU rt ssantes étuflés archéologiques. Farin, ie premier, ne nous dit-il pas qu'en 4659, € lorsqu'on fit un mur pour clorre le cimetière du côté du Mptentrion, od trouva, sous terre, des fondements, des voûtes et des ceves entières, qui étaient encore des restes de ees anciens édifices » Lebrun des Harettes, dans ses Voi/agei Uêurgiquet m F^ramf ^, nous signale la découverte (▼ers 1690) de trois cereueils en pierre , et à Tun desqads il y avait, ditp-il, one inscription de quatre on cinq mots latins an lettres oneiales.
On trouva, en 4825, rue Saint-André-liors-Ville, près de la rue Saint-Maur, un squelette humain entre les tibias duquel étaient agglomérées 27 pièces de cuivre oxydées. Plusieurs de ces pièces de monnaies portaient U légende CkmumUnùpolis. On en a rencontré quelques-unes qui sont asses rares. D'uc côté nous voyons l'effigie deConstantin-Meone, et au revers deux victoires tenant diacune.une couronne, et autour desquelles se lit : < VictorisB dominornm Augustorum nostrorum. » .
Les brillantes lignes que nous avons empruntées à l'érudit archéologue normaiid, M. l'abbé Cochet, nous donnent un aperçu de ce que notre sol du quartier Cauchoise peut offrir d'intéressant pour la religion, l'archéologie et l'histoire.
L'église de Saint-Gervais lut toujours très-pauvre, et il en est résulté un dicton populaire; ainsi, quand on parle d'un homme riche, tombé dans la misère, d'un nouveau Job, on a coutume de dire :
n est désargenté comme le Christ de Saint-Gervâis.
' Faria, edilioti du Suuiiiel, l. ii, v«- partie, p. 2. ' P. 4*7.
Leftnbourg Saint-Gervais était, avant la Révolntioni partagé en quatre quaf tîera, qui portaient les noms de Saint- Génwif , de Sainê-Froknt, de la Vallée et du Quoftiir'Nmtf,
Depuis la délimitation de la paroisse» la division a changé, ainsi qu*on a pu le voir au quatrième chapitre.
Les places du faubourg sont modernes, excepté celle de Sain t-Ger vais, sur laquelle se tient Ions les ans, le 20 juin, une foire érigée en i 026, en faveur des religieux de Fécamp, par le duc Richard II.
Pendant la Révolution, la foire appelée foire (le la FraurmUé avait lieu le 4*' messidor sur la même place, appelée plaee Maubtugê} mais on revint, en 4795, aux anciennes dé> nominations*
I<a grange dtmeresse était située ill'encoignure de la place et de la rue des Forgettas. La geôle et la juridiction de la haute justice dudit lieu étaient entre les n^ 73 et 7ft de la rue ' Saint-Genrais, à l'encoignure delà place. En voici la description, prise dans le livre-terrier de la baronnie de Saint-Gervais, daté de 4783, ii*^ 85 : « La geôle et juridiction de la haultc justice dudit lieu de Saint-Gervais, appartenant à MM. ies prieur et reli^^^ieux de l'abbaye royale de Fécamp, consistant en un fonds de terrein édiiie du manoir seigneurial de la dicte baronnie, consistant en une maison, cave, chambres, greniers, jurisdiction et geôle avec un jardin, le tout contenant huit perches trois quarts, clos de murs et en forme de triangle, borné d'un côté vers le nord et d*on bout en pointe vers l'orient par la grande rue du dit lieu de Sahit- Gervais, d'autre côté par le sieur Buquet pour l'article précédent (n<*84), et H. Duhamel en partie pour Tart. 83, et d'autre bout par le sieur Demarets pour le suivant (85), une petite ruelle entre les deux. »
Auparavant, le prétoire et les prisons étaient dans le fond - diL Val, sur la terre dite des Fourneaux. Ce petit vallon se trouve au bout ouest de* la rue Gbasselièvie. Le gibet de la justice de Saint-Gervaîs était sur le versant du Monl-aux- Malades, au-dessus de la propriété de M. Louis Leclerc, dont nous ayons déjà parlé. Dans un plan de Rouen de on ^ peut voir dans le fond du Val, au-dessous du gibet, les prisons et le prétoire aux toîts aigus, vastes constructions dont on rencontre des vestiges dans la terre dite des Fourneaux, sans doutP en mémoire du siège de Rouen par Henri IV. On sait que ce prince avait établi sur ces côtes tout sou matériel de guerre.
La place Cauchoise fut formée lors de la destruction de la porte Cauchoise, en 4772, et agrandie vers 4830. fille por^ tait, en 4794, le nom de Mablg*
La place et Tavenue de la Maddeine se formèrent vers 4783, en même temps que le Ghamp-de-Foire; Tavenue du Montr-Riboudet fut aussi Tobjet des soins de IL de Crosne. Nous n'indiquerons que la date de construction de THôtel- Dieu (1749) et celle de l'église Sainte-Madeleine (1781), parce f que ces deux beaux monuinents demandent une notice toute
particulière (|ui n'entre point dans le cadre de notre travail.
Cette portion du faubourg Saint-Gervais était et est encore 1 j 'c" appelée Pré de la Bataille, en mémoire de la célèbre bataille ' " gagnée par Guillaume-Longue-Epée , en 931, sur Rioul, ^ M .'' comte du Gotentîn, qui avait osé venir attaquer notre duc jusque sous les murs de sa capitale.
La rue du Renard, dont le nom vient évidemment d'une enseigne, était connue sous le nom de Pavé de Deville. En 45SS, elle portait le nom de chemin d'Yonville. Nous avons vu, dans un chartrier de l'abbaye de Fécamp, qu'elle a aussi porté le nom de rue de Lomer.
Nous nous faisons un d(;voir de diie (juclques mots concernant réglise Saint-Audré-hors-la-Ville. Cette église était
primitivement hors des murs; mais, par suite' do l'agrandissement de la ville, elle se trouvait dans les murs, quand, en 1472, on la bâtit à la place où nous l'avons vue il y a quelques années. Elle (îit supprimée en 4794. Son entrée principale était sur la place Caucboîse. Cette petite église était de la plus grande simplicité. Elle avait été donnée, en 40â7, par Richard III, h Tabbaye de Jumiéges. Il y avait dans cette église deux confréries : celle du Saint-Sacrement et celle de la Sainte- Vierge.
La rue Saiiit-André-liors-ia-VilIe porta, en 1794, le iioui de rue Caton-d'll tique ; son ancien nom lui fut rendu en 1795.
Plusieurs auteurs ont dit que Guillaume-le-Cunquérant 8*était fait transporter dans son palais de Saint-Gervais, où il termina ses jours. L'honorable M. A. Leprevost releva l'erreur, en faisant remarquer l'expression ^d'un auteur du temps, Orderic Vital, qui dit : c Non in domo suA* » Non dont fOA paUHs, maU dam le primré d» Satnl-Geroaw. II ne s'ensuit pas de là que le roi Guillaume n'eut point de palais dans ce faubourg. Tout, au contraire, semblerait indiquer qu'il y en eut un : d'abord la dénomination donnée aux rues du Roi et de la Tour-du-Hoi. Non-seulement ces (Iciiuminations , mais ^'expression môme d'Orderic Vital semble corroborer cette opinion.
Nous avons trouvé, concernant le ( hàteau de la Motte, situé dans la vallée d'Yonville, une note trop Curieuse pour ne pas la consigner ici.
Cette gentilhommière, du xvi« siècle, située près de Ta- ^ venue Houl-Riboudet, est entourée de fossés ; il y avait jadis chapelle, colombier et pont-levis'. Nous ne citerons que le sommaire des pièces qui concernent ce petit manoir.
€ T. Procédures et entr'autres un réquisitoire du promoteur de l'officialité de Saint-Gervais, e3f.emption de Fécamp, du 20 juin 16(51 , toucliant les débauches t^ui se commettaient dans le château de la Motte, vallée d'ïunville, paroisse Saint-
(Servais, qui appartenait aux héritiers de M. Roque, conseiller au ParlemoDt de Rouen ; dans lequel château» il y aTait une chapelle, et pour parrenir à rinterdiction d'icelle : information fiit faite en conséquence le même jour ; et la sentence de rofficial de Saint-Gervais, du S5 du même mois, qui a ordonné Tinterdiction de la dite chapelle et fait défense à tout prêtre d*y eélébrer, n*y ikire aucunes fonetions sacerdotales, H peine de suspense actuélie, etc. »