‹ Saints et saintes de DieuChapitre 13 sur 68 · M. Vii.i.EMMN. de 1 Académie francaisf · texte numérisé non relu

M. Vii.i.EMMN. de 1 Académie francaisf

El LA DEI.lVKANf K D «UlLilANS.

LA DKLIVRA.NC.!.

Vous Tavez cuiu[)ris, Messieurs, ce n'est pas riiistoire de Jeanne d'Arc <{ue je veux ni ne peux vous raconter, à cette heure. Parlant de votre délivrauce. il importe seulement que je vous dise et démontre comment elle l'ut de Dieu et ne fut que de Lui. Encore quelques instants d'attention, s'il vous plait, et vous reconnaîtrez dans la mission de Jeanne l'inspiration de l'œuvre, le souffle de l'Esprit de Dieu; et dans l'action de Jeanne le bras et la droite de Dieu.

V Esprit de Dieu, viens-je dédire. En ce temps là, l'Esprit qui souille où il veut, passa sur la face aride et ensanglantée de la France, comme un souffle de printemps. Et celle qui le reçut dans son sein vir,i:inal, était, comme le prophète Amos, occupée à paitre le troupeau de son père. î'n jour le ciel s'ouvrit, des voix en descendirent; la bergère reconnut la voix des patrons de la France, saint Michel, l'archanae des célestes combats, sainte Marguerite et sainte Catherine, deux saintes vierges martyres : c'étaient les envoyés de Dieu.

Que lui disaient ces voix .^ D'abord « d'être bonne fille, douce, pieuse, charitable, d'aller souvent à l'é.i^lise, et de i^arder son cœur de tout péché mortel. » C'était la loi de Dieu.

Elles lui disaient ensuite d'aller à Orléans, pour

28 jeannl: D'arc

délivrer la ville : < Fille de Dieu va, va, va! >■ Qui donc l'envoie ainsi? " Messire Jésus, roi du Ciel. » C'est la volonté de Dieu.

Sa résolution est prise : <( Quand j'aurais eu cent pères et cent mères^ et que j'eusse été fille de duc ou de roi. je m'en serais partie, car mon Seif-neur le veut. - Qui donc la soulève ainsi? C'est la force de Dieu.

Sa mère pleure, puis elle embrasse l'enfant qui obéit à Dieu, son père courroucé, menaçant, désarme et s'attendrit : il est le vaincu de Dieu. Son oncle ne la traite plus de folle et lui fait des adieux pleins de larmes. A Vaucouleurs, Beaudricourt ne parle plus de la souffleter, mais lui procure des armes : pour le service de Dieu.

Le peuple lui donne un cheval; Jean du Metz lui jure que, Dieu aydant, il la mènera au Roy. Qui donc les a tous et toutes subjugués, éblouis, terrassés et cun([uis? La lumière de Dieu.

Puis ce roi lui-même qu'elle reconnaît entre tous et maluTé tout : Gentil prince, le Hoy des cieuv m'envoie vers vous et vous mande que serez sacré en la ville de Reims ». qu a-t-il donc vu en elle? La niessai:ère de Dieu.

Et enfin cette Université de Poitiers, devant qui elle doit porter témoin: na,£:e de sa mission, comme qui dirait, Messieurs, l'Institut de ce temps-là, qu'a-t-elle donc reconnu authentiquement en elle? Une inspirée de Dieu. « En nom Dieu, s'écrie-t-elle. qu'on me laisse donc aller à

ET LA DEMVIîANrE D ORLEANS. 29

Orléans ; j'en ferai lever le sièue ; voilà mon signe. Partons donc : ce n'est plus le temps de parler, mais d'agir.

Agir : le roi s y dispose: l'escorte de Jeanne est formée ; son épée est une épée marquée de trois croix; son étendard se déploie. Elle part. Orléanais, relevez le front : après la prophétie le miracle. Après l'Esprit de Dieu, voici le Bras de Dieu.

C'était aux premiers jours de mai. Tout était comme aujourd'hui radieux de vie, de jeunesse et d'espérance. Ou était au temps pascal: l'Église chantait les hymnes de la résurrection; tout disait l'Alleluia sur la terre et dans le ciel. Votre cathédrale célébrait la fête de l'Invention de la croix, en même temps que la fête de cette Dédicace mémorable où l'on avait vu une main sortir du nuage pour bénir le teaiple et le peuple. Quel présage, Messieurs!

Orléanais regardez ! Voyez-vous s'avancer sur les bords de votre fleuve ce cortège qui se presse pour votre délivrance? Quels sont ces hommes mêlés aux chevaliers et aux soldats.^ Des moines, des prêtres, une vierue! Quels sont ces étendards qui se mêlent aux lances des i^uerriers? Une bannière où l'image du Sauveur du monde, avec les noms sacrés de Jésus et de Marie, flotte an souffle du printemps. Qu'entendez-vous dans les airs.' L'hymne grave du Ve/ù Creator spiritus chanté par ces voix de soldats. En vérité, Messieurs, est-

30 îeanm: dakc

ce une expédition militaire ou une procession.' cïeanne entre dans vos murs, parmi vos cris de joie. Où se dirii:e-t-elle d'abord? Ici, dans votre cathédrale. > pour y rendre, comme elle dit, ses respects à son Créateur ». Vous la verrez de même, durant toute cette campas ne. se retirer dans les éi: lises, verser d'abondantes larmes à l'élévation du Gorpsdu divin Sauveur. s'avancer à la Table Sainte avec les petits et les pauvres, et faire chanter dans le camp les hymnes à la Mère de Dieu. Ahl Messieurs, la grande prière a plus fait pour votre rédemption que les i:rands coups d'épée. L'action de Jeanne est xainie, parce qu'elle est de Dieu. De plus son action e^ipure, viriiinalement pure. Je ne sais quelle atmosphère toute céleste de chasteté enveloppe sa personne et s'en exhale comme an parfum de lys et d'encens. Bientôt voici qu'autour d'elle ou ne blasphème plus. Voici que ces bandes de pillards et de ■ paillards >'. coiume on disait, consentent à chasser du camp leurs ^c loUes femmes ». Un jour Jeanne indii:'née a brisé sou épée sur le dos d'une de ces misérables, qu'elle expulse. Avant le combat, chacun viendra se confesser et se faire absoudre de ses péchés. Moyennant cela, maintenant, elle répond de tout : " Laissez-moi faire, dit-elle, ils sont bien confessés, pénitents et de bonne volonté: tout ira bien 1 >■ Messieurs, me permettrez- vous de croire que, de toutes les victoires de Jeanne, il n'en fut ^uère de plus miraculeuse que celle-là?

Surtout l'action de Dieu est forte, prompte,

Page 1