SON AME, SA VIE
blancs et des sueurs que m'a coûtées le service de Dieu... Donnez-moi mes lettres de congé comme les empereurs font aux soldais. » 11 dit adieu à son église de l'Anastasie, nom béni qui témoignait de son espérance en la résurrection de la foi de Nicée : « Adieu Orient et Occident, pour l'union desquels j'ai combattu et par qui je suis accablé! Enfants, gardez-moi le dépôt sacré. Souvenez-vous que j'ai été lapidé parmi vous. Que la grâce de Notre-Seisneur Jésus-Christ soit avec vous tousl » La carrière active de (irégoire était terminée.
Il ne rentra dans sa Cappadoce que pour y pleurer Basile et y déposer sur sa tombe cette oraison dont il lui tressa une immortelle couronne. Il l'a attachée de même au front de son frère, de sa sœur, de sa mère, dans des discours où revit tout ce que lui-même a le plus aimé en ce monde. Nous les lirons ensemble. Ils feront revivre plus que les vertus de ces pures existences : l'histoire, les mœurs, les croyances, les pratiques, les rites de l'Église de ce temps et de cet Orient. Et ce ne sera pas le moindre profit de cette étude qu'elle nous ait fait vivre dans ces à ses, et dans ce milieu riche de révélations sur les hommes et les mœursde l'antiquité chrétienne.
Tel est le cadre dans lequel se placera celte vie ; tel est le flambeau à la lumière duquel nous lirons chacun de ses écrits. Ainsi, tout en prenant de notre saint Docteur des leçons d'éloquence, sans oublier jamais des leçons de sainteté, nous aurons
58 SAINT (iUEGOlRE DE iNAZIANZE.
construit rédifice cFune histoire à laquelle n'auront manqué ni les architectes, ni les matériaux.
Ces matériaux quels sont-ils? Quels sont les documents dont dispose notre étude? Qui nous les a transQiis? Qui a commencé de les mettre en œuvre? Telles sont les questions auxquelles il nous faut répondre, au seuil de notre entreprise. Ce sera d'ailleurs montrer quel culte d'admiration et de religion n'ont cessé d'inspirer d'âge en Age, le génie et la sainteté de Grégoire de Nazianze.
Tel sera le sujet de la prochaine leçon.
KONDATELIl DE l/OKDRE DES «LERCS lŒoLI.IERS MINISTRES DES INFIRMES.
Panégyrique prononcé dans la chapelle des PP. Camilliens à Lille, en la fête de ce saint Patron, le 18 juillet 1880.
Inlirmus eram, et visitastis nie.
J'ctais malade, et vous m'avez visité.
MATin., x\v, 36.)
Mks Révérends Pkrks, Mes Frères,
Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui nous rassemble en ce lieu, pour la première fois, afin de célébrer la gloire d'un de ses meilleurs et plus grands serviteurs!
Et dans quelles circonstances! Une formidable tempête est déchaînée contre l'Église, de ces tempêtes dont il est dit qu'elles ébranlent les fondements de la terre. Elle vient battre même les murs du sanctuaire où nous nous pressons ici, inauguré d'hier, peut-être fermé demain. Nous venons honorer le saint londateur d'un Ordre religieux,
et j'entends retentir au dehors contre les Ordres religieux des cris violents de proscription ' î
Nous n'en parlerons pas moins de la charité, quand même : c'est la réponse de TÉglise : « Persécutez, moi je consolerai. Proscrivez, moi je recueillerai: frappez, moi je guérirai: maudissez, moi je béûirai. Si rien ne lasse votre haine, rien ne lassera mon amonr. Rien ne lassera non plus mon indomptable espérance, car, quoi que vous fassiez, il y a deux choses que vous ne sauriez détruire : la misère dans le monde et la charité dans l'Église. La première est irréductible : ' Vous avez toujours des malheureux parmi vous ». I^ seconde est inépuisable : Chantas nunquam excidit. Dieu même en est le cœur.
Mes Frères, c'est dun apôtre, d'un éminent apôtre de cette divine charité que l'éloge commence ; écoutez-le. Rien de plus réconfortant, surtout à l'heure présente, que la mémoire de ces athlètes des combats du Bien. Tel fut saint Camille de Lellis, tel il vous apparaîtra dans sa Conversion, dans sa Vocation et dans sa Mission. Ce fut le partage de sa vie, ce sera celui de ce discours.
Quand Dieu veut faire d'un homme l'instrument
1. Les religieux Camilliens, visés particulièrement par les décrets et les lois de celte année néfaste 1880, du chef de leur nationalité italienne, durent ensuite quitter la France, et la Maison de Lille qui n'a cessé de les regretter et vénérer, en continuant leur œuvre dans le même esprit.
LES INFIRMES. ' c,\
d'uQ grand ouvrage, il Ty prépare de loin par une suite de dispositions dont le terme, connu de lui seul, se dérobe aux yeux des hommes. Là où tout est harmonie, ceux-ci n'aperçoivent que désordre. C'est qu'ordinairement Dieu travaille derrière le voile; jusqu'à ce qu'enfin, l'œuvre laite et le rideau tombé, l'ensemble des voies di\ines apparaisse dans une lumière totale, qui fait ici-bas le sujet de l'admiration étonnée de l'histoire, et qui fera au ciel celui de nos bénédictions et de notre action de grâces.
Camille de Lellis, né à Bocchianico, en 1550, fut d'abord un soldat. On le voit tout enfant qui suit la fortune de son père, capitaine au service de l'empereur Charles-Quint. Le père meurt : Camille hérite de sa dague et de son épée; c'est son unique héritage. Il s'enrôle contre les Turcs, au service de Venise. On le trouve à Zara, à Corfou, sous le commandement de l'illustre Juan d'Autriche, le vainqueur de Lépante ; puis sur les galères de Naples. en partance pour Tunis : puis à la solde de l'Espagne. Ce condottiere est un cœur d'homme loyal, généreux, franc, mais fruste; un de ces blocs de granit dans lesquels Dieu, quand il lui plait, taille ces " pierres carrées > qui sont des âmes d'apôtres. Mais que parlé-je d'apôtre? Camille alors est-il même véritablement un chrétien ?
Les camps n'ont jamais passé pour des écoles de vertu. Encore moins l' étaient-ils pour ces bandes d'aventuriers de terre et de mer qui, en Italie,
en France, en Espagne, rappelaient trop les Grandes Compagnies du xv siècle. On se battait bien : c'était tout. On se l)attait même hors de saison : car Camille, plus d'une fois, faillit se faire tuer en duel. Hors de là, c'étaient les dés, les cartes et l'oisiveté mère de tous les vices qui dévoraient le temps, hélas! et les âmes! Le jeu fut la passion dominante de Camille. Il jouait tout; un joui' il joua son épée, son arquebuse, sa boite à poudre, jusqu'à son dernier vêtement. Quand il n'avait plus rien, il allait s'accroupir avec les mendiants à la porte d'une église, jusqu'à ce qu'on vint faire rougir le fils des Lellis de son abjection. Mais aux soldats d'alors une noblesse restait, avec une richesse : la loi. On n'avait pas encore imaginé que, pour demander à des hommes le sacrifice de cette vie, il fallait commencer par leur arracher l'espéiance de l'autre I Camille croyait, espérait, priait et adorait. Camille s'agenouillait aux pieds d'un confesseur; il ne s'en relevait pas corrigé et parfait, mais contrit et meilleur. Lui, joueur de nuit et de jour, ne blasphémait pas. ne se parjurait pas; et quand parfois il passait devant un monastère, il entrait pour entendie parler de Dieu et l'y prier. Il se sentait saisi par une main invisible ; il se débattait sous soji étreinte; mais je ne sais quelle voix du Ciel lui disait secrètement qu'il finirait par se rendre.
Chrétiens, laissez faire Dieu. Quand il plait à ce grand Dieu de racheter une àme du mal ou
de l'erreur, il lui fait entendre trois voix qui la désenchantent, l'éclairent et finalement la convertissent. Il y a premièrement la voix de la douleur. Camille de Lellis est frappé dans son cœur : il n'a plus de famille, il n'a plus de patrie. Il se sent seul, vide, souffrant solitaire et désespéré en ce monde. Ce vide est la place que Dieu se creuse dans cette âme. Et combien j'en pourrais rappeler qui, ne pouvant plus dire ici-J)as : Mon pèrel se sont retournés vers le Ciel et se sont écriés : Mon Dieu I
Camille de Lellis est frappé dans son corps. Lui beau, grand et fort, d'une taille de héros, se trouve, dès sa vinstième année, condamné à traîner à la jambe une infirmité qui ne suérira jamais. Ne fallait-il pas que le futur serviteur des blessés et des estropiés fût éprouvé comme eux?
Il va, en second lieu, la voix de la conscience : elle parle dans le remords : < Je suis mauvais, Dieu seul est boni >) Un jour, au couvent des Capucins de Castello di San Giovanni, Camille entend le aardien,. frère Ange, lui représenter l'énormité de sa vie de péché. Une source de larmes s'échappe de ses yeux : o 0 Dieu! misérable que je suis! pourquoi suis-je resté si longtemps sourd à votre voix? Pardonnez à un malheureux qui tombe à vos genoux et qui vous crie grâce, grâce I »
Il y a, en troisième lieu, la voix du cœur insatiable de la soif infinie de Tamour. Camille a tout essayé, et il est rebuté de tout. Il a tout parcouru, et la terre et les mers. Il a, comme l'enfant prodigue, dissipé les trésors de sa vail-
lante jeunesse; et comme lui, le voici qui conduit, non les pourceaux, mais le pauvre âne des Capucins de Manfredonial avec les débris, les loques de cet uniforme d'où pendait naguère l'épée du soldat de Lépante. C'était le dernier fond de la misère humaine que touchait ce pauvre cœur, demeuré ,£:rand quand même, dans son abjection.
C'est parfois de ces profondeurs de rabime que rebondit, si j'ose parler ainsi, vers le ciel l'élan d'une àme créée pour l'infini et rÉternel. Elle a tout épuisé, et connu le néant de tout. Elle n'a plus rien, mais Dieu lui reste, un Père lui reste; elle se redresse vers lui, du fond de sa misère morale, comme Job se redressait vers lui, du fond de sa misère corporelle. A vingt-cinq ans, Camille se retourne vers le ciel ; et pleurant, se frappant la poitrine, il se soulève, se relève ; et d'un cœur nouveau : « 0 Dieu je ne veux plus que vous, et je suis tout à vous ! » C'est le premier cri des convertis. Puis voici le second : Que voulez-vous que je fasse? "
Ce fut le 2 février 1575, fètc de la Purihcation de la Vierge Marie et de la Présentation du Seigneur à son Père, dans le Temple, que fut faite cette oblation. La conversion attendait maintenant une direction. La vocation en décidera. Attendons, écoutons le signal de Dieu.
Camille portait en lui le germe d'un religieux, .leune encore, dès sa dix-huitième année, il était
allé frapper à la porte des Franciscains de Fermo, puis d'Aquilée. Plus tard, deux fois aussi, il a reçu à Trivento, à Sienne, l'habit de saint François, que son infirmité lui commanda de quitter. — Et lui, toujours de dire : a Seigneur, que voulez-vous que je fasse? »
Il le disait et demandait à un prêtre d'éminente vertu, Philippe de Néri, le saint fondateur de l'Oratoire, qui l'appelait s-o^z Bon Camille, qui le faisait venir chez lui, à Saint-Jérome de la Charité; qui le consolait de la porte du couvent, qui se fermait, en lui montrant la porte des hôpitaux de Rome, où il trouverait certainement la réponse de Jésus, avec sa place près de Jésus.
C'estla question vitale qui se dresse à cette heure et dans ce lieu : celle de la vocation. Après s'être posée, d'abord pour Camille personnellement, dans ses entretiens avec l'homme de Dieu, elle se posa bientôt pour toute une milice, une chevalerie de serviteurs jurés des malades, rangés sous la même règle, unis avec lui par les mêmes vœux, et formant ensemble une Religion de cette charité de l'infirme, dans un sacrifice commun, perpétuel et universel .
C'était la question de votre institution à vous, mes cliers Pères et Frères, celle de votre ordre religieux. Et voici comment Jésus lui-même la prit en main et la décida dans une nuit célèbre.
Elle est célèbre en effet, dans la vie de Camille, la vision qui lui fut donnée du Crucifié s'apprcchant de lui, inclinant sur lui sa tête couronnée
d'épines, ouvrant ses lèvres sacrées, et lui faisant entendre à peu près ainsi ses plaintes, ses volontés, ses ordres : ^ Regarde mon fils, cette ciiair crucifiée, cette tète meurtrie, ce cœur percé, ces membres ensanglantés : c'est par de telles souflrances qne j'ai expié tes fautes. Mais ma charité n'a pas cessé encore de porter ces blessures dans les blessures sans nombre des hommes de douleur qui implorent ton secours et celui de tes frères. Ainsi sont-elles consacrées, ces blessures, et telles qu'un sacrement qui requière des mains non seulement respectueuses, mais pieuses, mais religieuses, car Dieu est là. >^
Ils étaient cinq avec Camille, qui reçurent cette investiture et cette consécration; cinq qui, dans ce même hôpital Saint-Jacques, venaient chaque jour, aux mêmes heures, s'agenouiller aux pieds du même crucifix, et y adorer le mystère de Jésus-Christ soufîrant et de Jésus-Christ soulagé dans la souffrance humaine, pour de là aller l'adorer et soulager sur ces autels nouveaux qui son les lits des malades et des mourants.
Et, quand à leur tête Camille, embrasé d'amour, mais confondu dans son indignité, se demanda éperdu si c'était bien à lui que le Crucifié deman dait de lui susciter des ministres de ces autels étranges, et puis de les diriger dans ce ministère sacré, il entendit tomber de ces lèvres divines : « C'est mon affaire, fais en ton œuvre, va, va, va I je suis avec toi. J'y mettrai pour tous ma grâce, et pour toi la grâce des grâces : celle du Sacerdoce. »
C'était une couronne que Jésus lui présentait, mais il la lui faut conquérir clans Tliumilité d'un aride travail. Ainsi verra-t-on Camille, le soldat d'autrefois, n'être plus qu'un petit écolier aux petites classes dii Collège romain, où son âge et sa haute taille font l'amusement de l'école. Ainsi partageait-il chacune de ses journées entre la visite et le pansement des malades, qui lui sont des Christs vivants, et la rude culture, de la glèhe des rudiments, à laquelle l'encourage le sourire du divin Prêtre, qui lui montre son autel à l'horizon prochain '
Un jour futenlinoù Camille consacra le corps et le sang de Jésus-Christ, en la petite église de l'hôpital Saint-Jacques. C'était le 10 juin ioSï. Ce jourlà. mes Pères, Dieu avait fondé votre œuvre. Ce jour-là, dans ces cinq frères communies par Camille, c'était le grand arbre de votre congrégation que le ciel contemplait en germe et en espérance. Ce jour-là dans cet hôpital, c'étaient tous les hôpitaux que vous alliez fonder, c'étaient tous vos malades, tous vos convertis, tous vos ressuscites de l'Europe et du monde qui entouraient invisiblement le nouveau prêtre et faisaient monter pour lui vers le Ciel leurs acclamations et leurs bénédictions.
J'ai dit la conversion de Camille, j'ai dit sa vocation et sa consécration, comment dirai-je sa
Pendant trente ans on vit des prodiges de charité jaillir du cœur et des mains de cet homme de Dieu. Par lui des hôpitaux multiples sont fondés. 11 commence par Rome : c'est la Madonnina, près de la porte du Peuple : la petite maison de la rue des Boutiques-Obscures: la Madeleine, plus tard érigée en Maison-généralice de Y Ordre des ministres des Infirmes, dont Camille est le Père.
Mais plus grand que son œuvre est Vesprit qui l'inspire. Je vous l'aurai fait connaître quand je vous aurai rappelé comment il sut aimer, comment il sut donner et comment il sut s'oublier. Aimer, donner, s'(juhlier, n'est-ce pas toute la charité? Ne fut-ce pas spécialement celle de cet homme de Dieu"'
Camille aimait comme .Jésus. Il se rappelait .ïésus ému de pitié et de tendresse sur les malades qu'il guérissait : « \hl s'écrie-t-il, je mange le pain d'amertume en voyant souffrir ces membres de Jésus-Christ. »
Il les aimait en Jésus. " Celte vue de Jésus- (^hrist en eux était si vive, raconte son historien, qu'il se tenait en leur présence avec le même respect que s'il eût été en la présence de Dieu, leur présentant souvent la nourriture, latètedécouverte, à genoux. D'autres fois, il leur demandait le pardon de ses péchés. D'autres fois, il contemplait leurs chancres et plaies àgenoux, avec des yeux tendres et le visage souriant, comme s'il eût contemplé les plaies mêmes du Sauveur. » Il les a])pelait : " Mon Seigneur ! — Mon Seigneur bien-aimé, <li-
sait-il, que puis-je faire pour votre service? Mon Seigneur et Maître, est-ce que vous avez à me prier? Ne suis-je pas votre esclave^? " — « Salut ^ o fils de Dieu! «s'écriait-il en entrant dans les sordides étables où s'entassaient gisants les malades en temps de peste. C'était pour lui le paradis.
Quand Jésus-Christ voyait à ses pieds les malades qui l'imploraient, il leur disait d'abord : < Allez, vous Mes guéris! » c'est la guérison du corps. Mais par delà, il voyait Tâme, elle aussi languissante, malade, morte peut-être ; et c'est à elle qu'il disait la seconde et plus grande parole : < Vos prchés vous sont remis ; allez et ne péchez plus. » Camille n'est pas seulement l'infirmier de ces malades, il en est d'abord le prêtre. Il les catéchisait, il les confessait, il les réconciliait. Il avait, pour les convertir, l'éloquence du cœur, l'éloquence des larmes. La même main qui leur avait présenté le breuvage pour désaltérer leurs lèvres, leur présentait ensuite le corps de Jésus-Christ : « Je fai donné mes soins, mais je n'ai pu te donner la vie. Mon frère, voici Celui qui t'apporte le salut pour V éternité. Que le corps de Xotre-Seigneur Jésu.s-C/irist garde ton âme pour la vie éternelle. » Puis il disait : « Partez, ame chrétienne, partez! » Ainsi la charité n'abandonnait le corps qu'après l'avoir rendu à la terre, et l'àme qu'après l'avoir introduite dans le ciel.
1. « Sit^nor mio. anima niia, cbe posso far io per voslro servigio. — Dio vi perdoni, fralello : voli pregar me! Non sapete ancora che ml potcte commandarc. essendo io vostro serve e schiavo! >
SALNT CAMILLE DE LELLIS.
Pour finir (".aiiiille de Lellis s'oublie, se cache, se dérobe : c'est particulièrement l'exemple de ses dernières années. Démissionnaire desongénéralat, on le voit dès lors, le plus pauvre, le plus humble, le plus soumis des religieux ses frères, se confondre parmi eux, remplir près des malades les emplois les plus bas, leur laver les pieds et les baiser ensuite. Et pour cela il se traîne, lui vieux et boiteux, dans les vastes salles de l'hôpital du Saint-Esprit: car il souffrait le martyre. On lui représentait qu'il allait s'affaisser, tomber. « Non^ mes enfants, je veux rous servir jusqu'au bout ». Et pour se reposer, il allait passer la nuit devant le Saint-Sacrement.
Le dernier sacrifice le trouva prêt et joyeux : " Voici le lieu de mon repos, je viens y laisser mes restes », dit-il en revoyant la Maison généralice, à Rome. Il fut dire adieu aux affligés : (c Mes enfants, je ne serai plus avec vous que de cœur. » Ne pouvant plus sortir, il garda sur son cœur une des clefs de l'hôpital, comme une clef du ciel. Il aspirait vers ce terme par d'indicibles élans: enfin il y monta. « Seigneur Jf^sus, s'écria-t-il, faitesmoi miséricorde par votre précieux sanq ! » Pendant ce temps ses frères récitaient les prières des agonisants : " Que le bon Jésus vous montre son doux et joyeux visage! » C'est alors qu'il partit dans l'embra^sement de'son Dieu : « fêtais malade, ô Camille, et tu m'as visité. Entre, le béni de mon Père, dans le royaume qui t'est préparé de toute éternité. »
Maintenant, mes Frères, prions ce père et ce patron. Prions, nous avons tant à lui demander aujourd'hui !
Nous lui demanderons d'a]>ord qu'il vous bénisse, qu'il vous inspire, qu'il vous maintienne à ce poste, vous, mes Pères, ses fils, qui êtes venus apporter parmi nous les tré'-ors d'un dévouement dont nos familles savent déjà apprécier le bienfait.
Puis nous lui demanderons, avec vous, qu'il bénisse ceux qui sont vos amis, qui sont aussi les nôtres, et qui ont fait s'élever ces murailles hospitalières par la magie divine d'une charité qui, semble-t-il, a le don des miracles sans fin^
Nous le prieions aussi pour vos collaborateurs, nos honorés collègues de la Faculté, les médecins des corps, afin quil leur inspire cet indispensable amour de Jésus-Christ et des âmes, qui seul peut élever leur noble profession à la sublimité d'un sacerdoce divin.
Et ceux qui persécutent; les proscripteurs, les expulseurs, ceux qui n'attendent que le signal de jeter hors d'ici ces admirables coupables de tant de bien, convaincus de tant de dévouement et de vertu? Eh bien! nous prierons aussi pour eux : c'est rÉvanaile. Et la grâce que nous demanderons à Notre-Seigneur de leur accorder, est celle de pouvoir vous contempler soit ici, soit au dehors
1. La Maison de Sainl-Carnille, à Lille, une des annexes de l'Université catholique, est une fondation de .M. Camille Feron-Vrau et de sa famille. (V. Les l eux Frères.)
à votre œavre de charité, afin que leur haine en soit désarmée, et leur âme conquise.
Entîn. chrétiens, nous prierons Camille pour vos chers malades, vos malades du présent et ceux de l'avenir, ceux qui passent au Dispensaire, ceux qui séjournent à l'Hospice, afin qu'il les accueille de ses pieuses mains dans cette maison qui est la sienne, et que nous l'y reconnaissions lui-même, à la reUgieuse charité de ses fils.
Et, comme tous tant que nous sommes, un jour sera où nous connaîtrons l'heure de l'angoisse et du suprême combat, nous lui demanderons qu'il soit Fange de notre agonie, afin que, comme s'exprime l'Église, dans l'oraison de ce jour, réconfortés par cet ange de U agonie, nous puissions caincre Vennemi, et arriver, comme lui, ci la couronne du Ciel. Ainsi soit-il.
LA FRANCE BAPTISEE
ÉVÈQLX d'aRRAS ET DE CAMBRAI PATRON DE l'aRTOIS ET DE LA FLANDRf:
Panégyrique prononcé dans la cathédrale d'Arrai le dimanche 8 février 1885.
Et hœc est Victoria quœ vincit mundum. fides noslra.