‹ Saints et saintes de DieuChapitre 25 sur 68 · Mgr Dennel, évoque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer · texte numérisé non relu

Mgr Dennel, évoque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer

OÙ un de vos futurs évèques amena Clovis et ses francs au baptistère de Reims sous la main de Rémi, dans une solennité quil avait préparée et de laquelle, en très grande partie, lui revient le mérite devant Dieu, comme il doit lui revenu* dans la mémoire des hommes.

C'est de cet homme, c'est de cet évêque, que nous célébrons la fête, et de qui doit vous entretenir ce discours. Le cadre en sera beau et large. C'est Tolbiac, c'est Reims, c'est Arras; et derrière Arras, c'est toute la Gaule du Nord qui va nous apparaître. C'est Clovis, c'est Rémi, et par-dessus tout c'est Dieu : le même Seigneur Jésus-Christ que nous, fils des Francs, nous venons, après quinze siècles, prier aujourd'hui encore de nous demeurer tîdèle : Vivit Chris tus <jui d'dùjil Francos!

Mes Frères, un mot résume toute la vie de votre saint Vaast : il fut éminemment l'ouvrier de la foi. Et, comme dans sa carrière on distingue trois étapes. Toul, Reims, et Arras, nous le verrons, à chacune d'elles, s'appliquer au travail de cet ouvrage de toi. — A Toul. il prépare, dans la sainteté et la prière, la victoire de la foi. — A Reims, et sur le chemin de Reims, il inaugure, par la doctrine aïjprise au roi Clovis. le triomplie de la foi. — A Arras, il assure, par la vérité et la charité, les conquêtes de la foi et l'établissement du royaume de Dieu. O sera tout le discours.

Ah ! mes Frères, cette foi. achetée au prix de tant de sueurs, de larmes et de sang, puis-je oublier «fu à cette heure elle subit douloureuse-

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ment, dans une terre clirétienne, une effrayante éclipse.' Vous nous la rendrez, ù Dieu, dans toute >a lumière et sa liberté, par l'intercession de celui qui l'alluma parmi nous. Et si ces quelques paroles pouvaient v contribuer. Dieu l«^s aurait bénies!

C'était donc au v siècle, et dans cette région de la (iaule septentrionale où se place le berceau de la patrie française. Elle s'appelait alors d'un nom romain: mais la domination romaine n'avait fait là qu'une œuvre de force, et l'œuvre de la force ne dure pas. Le christianisme était venu qui, à ce corps sans àme avait commencé à infuser son àme de foi, d'espérance et de charité. Mais à peine le bon grain était-il tombé dans cette terre prédestinée, que voici les barbares qui accourent, foulent lechampde Dieuaupasdeleurschevauxde guerre, y piétinent la semence et les germes, mettent tout à feu et à sang, puis s'en vont, ne laissant derrière eux que des cendres et des ruines. C'étaient les Vandales, lesSuèves. les Alains, puis les Huns dAttila. Celui-là, un barbare même aux yeux des barbares, s'était ouvertement appelé le Flt^au de Dieu. Tu en savais quelque chose, ù Église d'Arras! Ce nom d'épouvante, tu pouvais le lire écrit en traits de îeu dans l'incendie de tes bourgs. Ainsi rien n'avançait : c'était toujours à recommencer.

Et cependant l'Église appelait autre chose. Ce qu'il lui fallait, ce qu'il lui faut encore, ce sont

des institutions publiques à vivifier : et pour cela de Tordre, de la stabilité, ce que notre langue a nommé excellemment un État; et il n'y avait pas alors d'État chrétien. Ce n'était pas l'Empire romain qui y pouvait prétendre : avec Constance et Valens il est arien ; avec Julien il est apostat; sous les Césars même orthodoxes, TÉtat, lui, ne se convertit pas, il reste païen de politique, d'habitudes, de mœurs comme de langage. La Gaule barbare n'est pas davantage certes une société chrétienne : Les Visigoths. les Bourguignons ont renié le Christ Dieu. 0 Seigneur, nous avons eu hier « le fléau de Dieu » ; mais le soldat de Dieu, le peuple de Dieu, qui nous le donnera?

Je vois bien un peuple nouveau. Il est fier, il est vaillant, il porte le nom de Franc, et il en a la chose. Le regard du Christ est sur lui, car déjà, avec Mérovée, il a lait l'œuvre du Christ, en brisant le Fléau de Dieu aux Champs Catalauniques. Mais cet auxiliaire de Dieu n'adore guère aujourd'hui d'autre Dieu que son épée. Et pourtant l'heure s'annonce solennelle pour lui : son avènement est proche. Il vient d'élever sur le pavois un chef de grande espérance, qui, lui aussi, a donné de premiers gages à l'Église, en prêtant aux évoques une main secourable, quoique trop souvent despotique, violente. Mais ne lui parlez pas, à lui non plus, quant à présent, de faire bénir sa francisque par le Dieu des vaincus. Clovis, le fier Sicambre, ne courbera pas sa tête. Clovis (( le fils des dieux », restera fidèle à ses dieux.

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Celui-là a dit vrai qui a écrit que '< si la domiiiation est le fond d'un Romain, l'indépendance est le fond d'un barbare ». Soit; niais si vis-à-vis de rhonime l'indépendance parfois peut être une légitime fierté, vis-à-vis de Dieu et de la loi de Dieu l'indépendance est un désordre et une lâcheté, c'est le mal et le malheur. Qui donc le sauvera, ce barbare, de sa barbarie, en le faisant entrer dans l'ordre éternel du devoir? Et, ce prince, qui lui fera trouver la souveraine dignité et la vraie liberté dans ce qu'on appelle ' la royauté du service de Dieu »? A Dieu de la lui conférer. Mais qui l'obtiendra de Dieu?

Chrétiens, il est une puissance surhumaine que saint Bernard a nommée « une toute-puissance suppliante ». Est-ce que, dans l'histoire politique des nation?, on ne signale pas des négociations plus efficaces que des batailles, et une diplomatie plus utile que la stratégie? Nous avons, nous aussi, notre diplomatie céleste, et nos négociateurs qui s'appellent les saints.

(.eux qui tiennent la plume, et qui la tiennent contre FÉglise, se sont complu à montrer les évoques d'alors circonvenant Clovis. pour se faire de lui un protecteur, en faisant de lui un chrétien. Leurs yeux de chair n'ont vu que cela. Mais ce qu'ils n'ont pas vu, ce sont ces armées de martyrs que la Caule chrétienne avait donnés au ciel, et qui au ciel présentaient à Dieu l'offrande de leur sang pour le rachat du prince franc et de son peuple. Ils n'ont pas vu ces délégations de pontifes, de vierges, de

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moines, dauacliorètes qui, delà teire. emportaient vers le trùne de Dieu <( ces vases de parfums qui >ont les prières des saints - . Os plénipotentiaires de notre salut, cachés aux yeux des hommes, pr<V sents devant la face de Dieu, la rançon de la patrie reposait entre leurs mains. La patrie française fat rachetée par eux. C'est par leur crédit que nous pûmes être annexés au royaume de Dieu : nous sommes la conquête d'une grande prière. Et, du côté de la terre maintenant, voulez-vous me suivre dans un foyer d'oraison sublime ? C'était dans la ville de Toul. dans la tribu des LeiicL sur le chemin de Strasbourg. Là se cachait, dans une cellule, un de ces puissants devant Dieu, mais que les hommes ignorent. On l'appelait Vndastus. dont vous avez fait saint Vaast. Vous avez écrit sur son lieu d'origine de savantes dissertations auxquelles je sais rendre hommage ; mais pour le moment je ne veux savoir qu'une chose : c'était un honmie de Dieu. Ce précurseur de notre salut était, comme .lean-Baptiste, " une lampe ardente et luisante » ; ardente de sainteté, brillante de doctrine. C'est à ce double titre de sa doctrine et de ses vertus qu'il sera désigné au choix de l'évêque Irsus pour être le maître do religion de Clovis, et plus tard au choix de Rémi pour être l'évêque d'Arras-. Uuand sa légende nous dit qu'il excellait sur tout

1. Trois hommes, nous dit un texte primitif, brillaient alor^ romme trois étoiles auciel des Gaules : Kemi. évoque de Reims. Principe, son frère, évéque de Soissons et Vaast, futur évêque d'Arras. (Cliroïiiqvf rin sxjclxri dan^ le> Acia Soncforum. — Feb. I, p. 791.

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autre en esprit de religion et que c'était entre tous un homme de désirs, qu est-ce ù dire, sinon qu«comme le prophète Daniel et le vieillard Siméon. il portait dans son c«»'ur d'impatientes ardeurs du salut de son peuple ? Comment Dieu y répondait-il dans le secret de leur entretien? Comment se traitait cette affaire entre la terre et le ciel ' A quelles conditions de larmes, de jeûnes, de travaux et de sacrifices était mis le succès ? Depuis combien de temps durait cette sainte conspiration? Ces choses n'ont pas d'histoire : elles ne sont écrites que dans le livre de vie : et Dieu nous en réserve les révélations pour être une des plus ravissantes surprises de l'éternité. Mais les résultats qui en sortent éclatent dans les événements. f>r écoutez. ehrétien>, contemplez un de ces grands éclats de la srâce de Dieu.

Mes Frères, on a raconté la bataille de Tolbiac; mais on n'a pas assez exactement dénombré les forces qui de part et d'autre étaient en ligne ce jour-là. Oui, il y avait les Allemands débordant sur notre pays, par un chemin hélas! qu'ils ne devaient pas oublier de sitôt ! Oui. il y avait les Francs de Clovis. qui se présentent bravement pour leur barrer le passage. Ils soutiennent le choc; mais, moins nombreux, ils cèdent : ils vont tre rompus, écrasés: c'est la déroute. Cependant, .ittendez :

Quel est donc, mes Frères, entre les deux armée-, cet Auxiliaire invisible que Clovis. dans sa détresse, invoque aujourd'hui pour la première fois ' < Dieu

de Clotilde, donne-moi de vaincre, et je tombe à tes genoux ! Aussitôt tout change de face, la fortune des armes a tourné, les Allemands plient, les Francs triomphent. Quel renfort est donc soudainement survenu? Regardez du côté du ciel; et reconnaissez-y ces légions que depuis longtemps la prière y tient en réserve. C'est à leur fête saint Denis, saint Germain, saint Aignan. saint Loup, sainte Geneviève. Et, pour ne parler que des vôtres, saint Piat, saint Chrysole, Fuscien, Victrice, Yictorice. Abaissez vos yeux : sur la terre, c'est le pape saint Hormisdas. c'est Avite de Vienne; c'est Rémi de Reims ; c'est le moine Yedastus, que je viens de vous faire entrevoir. Mais qui donc encore ailleurs, mais en même temps que lui? Je m'en veux, mes Frères, de ne vous avoir pas encore nommé, en la saluant, une jeune princesse, Clotilde, fille des rois de Rourgogne, laquelle, il y a deux ans, est venue apporter à Clovis la douce lumière et les premiers parfums de l'Évangile, dans la foi vive et les tendresses de réponse chrétienne. Je vous devais, Mesdames, de vous montrer, dans cette femme, dans cette sainte, le modèle de cette « toute-puissance suppliante » à laquelle en définitive appartient la victoire de conversion qui fait le sujet de ce discours. Clovis en témoignait lui-même, quand ensuite, à Reims, il disait à la pieuse priante : " J'ai vaincu les Allemands, mais vous av^'z vaincu Clovis! »

Vous verrez bientôt le reste. Mais vous ne quitterez pas. mes Frères, ce champ de Tolbiac sans

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en retirer pour vous une grande leçon. C'est que les peuples vraiment forts sont les peuples qui prient; il n'y a que ceux-là de forts. Et voilà pourquoi, de tous les symptômes qui décèlent tristement la décadence d'un peuple, aucun ne m'eflraie autant que de le voir proscrire Ja prière publique des lèvres de ses assemblées, de ses parlements, de ses tribunaux, de ses armées. On a dit que la prière est la respiration de l'àme : que dirons-nous d'un peuple qui ne respire plus? Hélas I nous ne le savons que trop ; et, si l'anémie nous gagne, si les énergies morales défaillent en face du devoir; si nous nous sentons si faibles dans le combat de la conscience contre les trahisons ou contre les transactions qui entament l'honneur ; si conséquemment nous voyons chaque jour succomber quelque chose de ce qui était la vieille et bonne France de nos pères; n'est-ce pas parce que l'air est vicié que nous aspirons dans nos poitrines, et que nous avons cessé d'aspirer le souffle vivifiant des cieux?

Nous voici ramenés à la cellule de saint Vaast: mais il n'y est pas seul; Clovis est auprès de lui, qui implore son assistance. Le roi, au retour de Tolbiac, s'est arrêté à Tout: il lui faut un homme de Dieu qui l'instruise de la religion de ce Christ qu'il veut adorer. Il ne marchera au baptême que par un chemin de lumière, et c'est ce moine qui en portera le flambeau devant ses pas.

Mai> puurquui lui. mes Frères, lui jusqu ai«jr,< caché, inconnu et obscur, plutôt que tant de doctes personnages qui resplendissent alors dans l'Église des (.aules? Que voulez-vous? Vaast est un saint. D'autres, sans doute, eussent montré au erand catéchumène la vérité de l'Évangile éclatante dan^ leur parole; lui. le saint, la montrera visible dans sa personne. Et le voilà, le fier Sicambre. fumant encore, pour ainsi dire, du sang de sa victoire, qui sïncline, humble catéchumène, sous les leçons de rhommo de Dieu, comme on représente les lions couchés docilement aux pieds des hommes du désert qui les domptaient par la puissance du seul nom de Jésus.

U parlait donc de Jésus, de sa crèche, de sa croix, à ce roi barbare qui ne connaissait que les dieux de sa Germanie voluptueuse ou guerrière. Il lui parlait de l'humilité, de la patience, de 1.» chasteté, à ce soldat qui ne connaissait que sa framée et sa coupe, le sang et les plaisirs. Et puis, il lui parlait encore du devoir des rois, lui rappelant les conseils que la Lettre de Rémi lui avait apportée, le lendemain de son élection : • Protégez tous les citoyens, soulagez les affligés, secourez les veuves, nourrissez les orphelins. Que votre audience soit accessible à tous. Partout si vous voulez être loi. faites paraître d'abord une conduite royale. . Il lui disait enfin comment il fallait faire monter Jésus-Christ sur le pavois, et avec lui la foi, la loi, la paix, l'ordre, l'honneur, la justice, de laquelle on dira que, - fùt-elle bannie du cœur

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de- tous les hommes, elle se doit trouver encore dans le cœur des princes ». Kn même temps que l'éducation du catéchumène, c'était notre éducation nationale qui se faisait ainsi dans celle du premier de nos princes chrétiens.

Tandis que le catéchisme royal se poursuivait ainsi sous la tente, le vainqueur de Tolhiac suivi de son armée s'acheminait vers Reims. La doctrine avait donné à Clovis la lumière, la sainteté vivante le pénétrait de sa chaleur, le miracle survint qui lui imprima le mouvement. Lumière, chaleur, mouvement : c'est la conversion tout entière.

En traversant un pont, à Rilly-sur- Aisne, le saint prêtre rencontre un pauvre, un mendiant : il est aveulie. Vaast le montre à Clovis: puis s'approche, pose ses doigts sur ses yeux, et lui rend la clarté. « Et moi aussi, je sais, je crois, je vois s'écrie le roi barhare. comme le martyr antique; et. résolu à tout, il t'ait diligence vers Reims, escorté ou plutôt amené par ce moine vainqueur, qui. tout à l'heure, sera son parrain et, par là même, le parrain de toute la France chrétienne.

Vous n'attendez pas de moi que je vous refasse 1x1 peinture de ce jour de Noël 'i-90. ni que je vous montre votre patron assistant à ce triomphe qu'il avait préparé. J'estime que chaque année le présent jour vous en apporte le splendide tableau, souvent tracé de main de niaitre. Mais puisque je vous ai parlé du pacte qui, en cette journée, fut signé entre le Christ et la nation des Francs. rappelez-vous trois paroles qui me semblent ren-

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fermer les trois principales stipulations de ce pacte. Je vais vous les redire.

. Courbe la tête, doux Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle co que tu as adoré. » C'est la première parole, celle de saint Rémi au payen de la veille. C'était l'engagement de la France à répudier lidolàtrie, l'apostasie, l'hérésie, pour n'adorer que Jésus. Tel est le premier article du pacte national; et il y a justice à le proclamer : juscpi'à nos jours. la France y a été fidèle ; elle fut toujours chrétienne.

L'arianisme est venu : France, courbe-toi devant la sophistique d'Arius. La France a répondu qu'elle adore Dieu dans le Christ, fidèle à la foi de Nicée.

L'islamisme est venu : France, courbe-toi devant le croissant du prophète. La France a brisé le croissant et adoré la croix.

Le protestantisme est venu : France, courbe-toi sous le vent de révolte qui souille de Wittemberg et de Genève. Et la France catholique renouvela ses serments à l'Église romaine.

Le philosophisme est venu, suivi de sa fille ainée, la Révolution. Et la France a répondu qu'elle ne courberait sa tête ni devant les sophistes, ni devant les bourreaux.

Et aujourd'hui, ce pacte quatorze fois séculaire, voici qu'après quatorze siècles de fidélité, on voudrait nous le faire déchirer? On voudrait rompre celte alliance de l'Église et de la France, et nous prosterner encore devant ces nouvelles idoles, dieux d'or, dieux de boue et de chair, qui ont

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aujourd'hui des palais, en attendant des temples, à (|ui il faut des piédestaux, en attendant des autels? Ahl non, c'est venir trop tard; et j'entends la F'rance répondre, comme ce vieillard octogénaire à qui l'on demandait de sacrifier aux faux dieux : « Il y a quatorze cents ans que je le sers, et il ne m'a jamais fait de mal; je ne blasphémerai pas le nom de mon bienfaiteur et père ! >

Il est rapporté qu'un jour, on racontait à Clovis l'histoire de la Passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ et les tortures de sa croix, quand tout à coup le barbare se dresse, et la main sur son épée, il s'écrie : « Que n'étais-je là avec mes Francs? C'est la seconde parole, mes Frères, celle qui engage l'épée et le bras de la France à la défense du Christ. C'est le second article de notre pacte national-, et nous rendons encore à la France cette justice de reconnaître qu'elle y demeura iidèle. Elle était là avec ses Francs, les Francs de Charles Martel, pour défendre l'Église contre les Sarrasins. Elle était là avec ses Francs, les Francs de Pépin et de Charlemagne, pour défendre l'Église contre Didier et les Lombards. Elle était là, avec les Francs de Louis VII, de Philippe-Auguste et de saint Louis, pour défendre le Christ contre les Sarrasins qui profanaient son tombeau. Elle était là enfin, à la Passion du Christ et de son Vicaire sur la terre, avec les Francs de Mentana et de Castelfidardo, pour le défendre contre des bandes de spoliateurs d'outre-monts. Qu'elle a bien mérité le nom de fille aînée de l'Église !

11 est ra[»[K.rif tiifin qirau matin de >ûn \J^^tême, Closis francinssait le seuil de l'église de Reims, entouré de ses guerriers, quand la voyant parée, illuminée. resplendissante, pleine déclat et d'harmonies, il se tourna vers les évêques et ne put se retenir de leur dire : « Est-ce là ce rot/aume que tous m'a'ez f/romis? •> Qu'entendait-il par là? Sans doute le catéchiste, qui lui avait promis le royaume du ciel, lui avait dit aussi que son royaume terrestre serait Timage de l'autre, tant que la religion y garderait son autorité. La prospérité des États et le bonheur temporel des sociétés est à ce prix. Tel est le troisième article de notre pacte national. Dieu nous a tenu sa parole : lui avons-nous tenu la nôtre?

«' Est-ce la l'iieureux royaume que vous m'avez promis? / Nos pères reconnaissants pouvaient encore le dire à Dieu, tout le temps qu'au-dessus même de misères inévitables, la religion portait si haut la dignité, la grandeur et la prospérité de la France catholique. Mais aujourd'hui partout où je dirige mes pas. dans les assemblées publiques, les grandes écoles, les campagnes et les villes. f£u'entends-je, mes Frères, que vois-je?... Quelle révolte I Quels blasphèmes! Quelles lois! Quelles violences! C'est oiïicielleiiient le schisme qui se prépare, c est l'apostasie qui se déclare. Mais en même temps, en conséquence, quelles mœurs, quels déchirements, quelles luttes au dedans, que d insécurité, que de menaces au dehors, que de souffrances partout! Ce sont les nôtres, mes Frè-

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les : Dieu me garde cry insister. Mais quand la France, oublieuse des promesses de son baptême, a cessé de chercher premièrement le règne de Dieu et sa justice, peut-elle s'étonner, l'infidèle, que lui soient refusés ces dons de paix, de tranquillité, de prospérité et de félicité qui étaient le surcroit » promis à sa fidélité?

-Maintenant nous sommes à Arras. Quand au lendemain du sacre, Vaast, fait évèque par Uemi. fut envoyé par lui dans le pays des Atrébates, il dut se féliciter de son partage, car la terre qu'on lui assignait était une terre de choix : fune>i met ( edderunt in 'pfceclaris, pouvait-il dire. Ces Ner- \iens. ces Morins, exirpmi hominum, comme les appelait le poète, ces sarde-barrières des confins de la terre et de l'océan, Dieu leur avait tout donne : limmensité de leurs plaines fertiles et l'immensité des flots. Il leur avait donné bien davantage encore, en leur ouvrant, par la prédication de son Évangile, les perspectives infinies de Téternité Siagrius et Piat. avec ses compagnons. Lucien de lieauvais et Rieul de Senlis. Fuscien et Victorice, Diogène, et même le grand Martin de Tours vous avaient visités ; mais le Dieu qu'ils avaient prêché était encore pour beaucoup le Dieu inconnu. Vos pères ne passaient pas pour une conquête facile. Atrehatum genus intravtahile, disait-on du temps de César. C'était vrai aussi de la conquête morale

Beaucoup de vos apôtres avaient péri à la tâche. Le prêtre Diogène, un Je vos premiers missionnaires, était tombé sous les coups de ces idolâtres, à l'autel même où il offrait le sacrifice de la miséricorde. Que leur apportait donc pour les conquérir Tévêque qui leur était envoyé parle Seigneur des cieux.

Vous recoimùtes votre Moïse à deux rayons de sa face : le rayon de Ja vérité, le rayon de la charité : in veritate, in cltaritatp. Plus tard il eut écrit ses deux mots sur son blason. Monseigneur ^ ; dès lors il les portait resplendissants dans sa vie. imprimés dans son cœur.

La vérité, saint Vaast la voulait sans alliage. Un trait de sa vie rend compte de cette belle intolérance. A une table où le roi lui-même est invité, l'évêque voit, à côté des coupes bénies pour les chrétiens, d'autres coupes profanées par les rites païens. Il fait un signe de croix, les coupes profanes se brisent. Admirable leçon, si j'en comprends bien le sens! Nest-ce pas cet étrange mélange de la vérité et du mensonge, du bien et du mal, de la vertu et du vice, qu'on nous sert encore dans ces coupes diverses que la presse et l'enseignement nous présentent au choix? « Il en faut pour tout le monde » . disait le leude Ocin . qui recevait l'évêque à cette étrange table. C'est ce que répète encore le trop facile libéralisme de nos jours. Mais les vrais apôtres du Christ ne len-

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