LA FRA>'CE BAPTISÉE
tendent pas de cette sorte. Cliréliens, mes frères, écartez de vos tables, éloignez de vos lèvres et brisez toutes ces coupes qui ne vous verseraient qu'un mélange insipide ou malsain. Ainsi serezvous apôtres comme votre premier apôtre; et, comme lui aussi, vous ferez d'autres chrétiens, en vous montrant chrétiens fièrement et fermement, envers et contre tous.
L'apôtre de la vérité fut secondement Tapôtre de la cliarltè. Vous vous représentez bien l'allégresse de vos pères le jour où leur évêque, franchissant la porte de votre ville pour la première fois, y guérit deux infirmes : l'un aveulie, l'autre boiteux, qui reconnaissent à ce siî:ne l'envoyé du Seigneur : <• Un grand prophète a paru parmi nous et Dieu a visité son peuple. » La charité faisait son entrée aveclui; elle ne quitta plus ses pas.
Elle avait tant à faire dans ces temps de désastre : tant de malheureux à secoimr, d'opprimés à délivrer, d'infortunés à soulager 1 Rhadagaire de Cambrai tenait la campagne pour les anciens dieux des Germains, comme Clovis pour le Dieu de Clotilde. Et cont['e ces loups dévorants, il n'y avait d'abri que la houlette du pasteur, l'Évêque « Défenseurde la cité », comme on lui en donnait officiellement le nom.
Il l'était contre ces ravageurs barbares dont le souvenir terrifiant est demeuré dans la mémoire populaire. Qu'est-ce donc, par exemple, sinon la barbarie en chair et en os que cet Ursus de la légende, ce fauve gauche et lourd qui. à l'approche
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(le Vaast, se levé des broussailles d'où il exerçait ses déprédations, et sur son ordre va se cacher, pour ne plus reparaître, au delà de la rivière? J'ai bien des raisons de croire à la férocité de quelque chef barbare, laquelle ne désarma que devant Ihomme de Dieu, qui la dompta par la croix et lui commanda de reculer au nom du Roi des cieux.
Entre ses mains, cette croix allait devenir un instrument de civilisation morale et chrétienne. Votre évêque y consacra quarante ans de son apostolat. Parvenu à ce terme, qui fut celui de sa vie. le moissonneur put se retourner pour contempler son œuvre. Elle était belle ; la voici : « Partout resplendit en ces lieux la connaissance de Ja loi divine, le nom du Christ est sur toutes les lèvres; les mœurs fleurissent, et l'honnêteté répand son parfum en tout lieu. La maison de Dieu se repeuple de monde, et la maison du pauvre ne manque pas d'aumônes pour ses besoins de chaque jour. )^
Et maintenant finissons, mes Frères. Je le ferai par une seule parole : soyez dignes de vous-mêmes, l^s siècles vous ont fait une noblesse d'une rare distinction : cette noblesse obligée. Vous fûtes les premiers fondateurs de la patrie française : c'est d'ici, de Cambrai, de Tournai, que partirent ces Mérovingiens, qui furent vos ancêtres : refaitesnous des Français dignes de leurs aïeux. Vous fûtes les premiers l'ondateurs de la patrie chrétienne : faites-nous des chrétiens dignes de ces grands croyants. Tout a commencé parmi vous, tout peut recommencer par vous.
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Vous aviez au moyen ài:e, comme foyer de vie et de régénération, l'Institut monastique si florissant ici. Vous nous avez donné piésentement IX'niversité catholique de Lille : Est-il présomptueux de croire et d'espérer qu elle peut être parmi vous une source, et former un courant des plus pures eaux du christianisme doctrinal, moral et social? Sans doute ce n'est encore à présent qu'un ruisseau : mais il ne tiendra qu'à vous d'élargir ses rivages, pour qu'il devienne un fleuve intarissable, et capable de porter une nouvelle vie de loi dans la contrée entière. .
Monseigneur, il est raconté dans Thistoire de saint Vaast qu'au ix*' siècle, son vénéré corps, menacé d'être profané par les invasions normandes, fut emporté d'Arras et déposé à Beauvais. Il y fit des miracles, et ion raconte, par exemple, comment par lui (( les lampes furent remplies subitement dune huile très pure qui répandait au loin une clarté comme divine ■ : c'est l'expression de la légende. Mais Vaast n'avait été que prêté à Beauvais. La province de Cambrai le rappela à elle, et il revint à Arras. où l'évèque Honorât célébra son retour par un beau discours sur ses vertus pastorales et en particulier sur sa grande charité.
Je ne connais pas. Monseigneur, ce sermon d'Honorat, et je ne sais même s'il s'appliquerait exactement ici, dans toutes ses parties, car ce n'est pas seulement le saint corps de Vaast que Beau-
vais nous restitue'. Nous sommes plus riches aujourd'hui; et à plus juste droit que ce peuple consolé, nous pouvons bénir celui qui vient, ou mieux qui nous revient au nom du Seigneur; lui chanter le Benedictus, et lui demander de faire descendre surnoustous en ce jour sa « Bénédiction spirituelle dans le Christ ». Ainsi soit-il.
1. M'^'" Dennel, piêiredu diocèse de Cambrai, venait d'clre transféré de Beauvais à Arras.
Panégyrique prononcé, le 22 août 1886. dans l'église de Sainte-Radegonde de Poitiers.
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Mes Frères,
Votre liturgie poitevine, justement louée par l'Église, décerne à Fillustre Patronne du diocèse et de la ville un nom qui déborde les limites de l'un et de l'autre. Elle Ta appelée, dans son Office, la Mère de la Patrie. Telle en efTet m 'apparaît la mission de Radegonde, étudiée à la double lumière des événements de sa vie et des conseils de la Providence générale de Dieu dans le gouvernement des peuples.
Vous le remarquerez d'abord : depuis qu'une femme bénie entre toutes les femmes eut Tlionneur d'être associée à la rédemption de la Patrie universelle, il semble que Dieu ait voulu que chaque Patrie particulière eût aussi dans ses plus