‹ Saints et saintes de DieuChapitre 3 sur 68 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

relies, quand ce sont des vertus î Ce n'est pas le saint, c'est le surhomme. Le surhomme ne doit rien à Dieu, il doit tout à lui-même et à lui seul. Le surhomme est le rare et laborieux produit de l'évolution, laquelle aboutit toute à lui, le genre humain n'existant qu'à cause de lui et pour lui : le surhomme c'est le grand homme. Le surhomme n'est pas seulement celui qui dépasse le niveau commun et ordinaire de l'humanité, mais F homme qui se surpasse lui-même par l'effort, et par le succès obtenu à tout prix. Il ne domine pas seulement, il commande. Il n'est pas supérieur au genre humain pour le servir mais pour l'asservir, son unique devoir comme son unique fin consiste à (( fabriquer de la pensée et de l'esthétique », selon Renan, a « fabriquer de la volonté et de la force », selon Nietzsche. Le surhomme, c'est le génie et le pouvoir, avec l'orgueil de l'un, le despotisme de l'autre. En somme, au lieu du christianisme, c'est le stoïcisme avoué qui nous revient, en compagnie de l'épicurisme. C'est Caton, c'est Lucrèce, c'est Sénèque à côté de Pétrone, c'est Marc-Aurèle, cette idole de Taine.

Chez nous, le surhomme n'est pas le stoïcien, c'est le chrétien. Il a son prototype dans Tado-

rable personne du Fils de Dieu fait homme, pour nous en offrir le modèle dans sa vie, ses vertus et sa mort. Jl a sa survivance dans tous ceux qui se sont modelés ou qui se modèleront sur ce type primordial de perfection humaine, pour atteindre à ce que saint Paul appelle, dans sa langue intraduisible, la taille de « l'homme parfait, jusqu'à la pleine mesure de l'âge du Christ ' )).

L'homme parfait; tel est dans les épîtres de FApôtre et dans la langue de l'Évangile et de l'Eglise, le surhomme selon le Christ : vinim pt^rfectum, hominem perfectnm; ce nom se retrouve vingt fois dans saint Paul. Au chrétien qui, dans sa vie a porté cette perfection à un degré reconnu juridiquement héroïque, l'Église catholique décerne authentiquement le nom de Saint. Voilà notre surhomme. Xous ne le chercherons donc pas dans les Pfti.sées de Marc-Aurèle, ni dans les Hommes illustres de Plutarque, non plus qu'aujourd'hui dans les Hrros de Carlyle. Le héros, le

1. i'olos., iJ 28. Docemus hoininein in omni sapientia utexhiî.earaus omnern hominem perfecluin in Christo Jesu.

Et Colos, II. 2 et .3. Et Volo vos instrui in cliaritate, in agnotionern myslerii Dei Patris et Chri>ti .Jesu, in r/uo suai omnes thestiuri sapienthc cl scienlbi .

Eph., IV. 13. Occurrarnus omnes in virum perfecfum. 'm laensuram xtati^ {j(enif»dims Chrisfi.

PRE l'A CE.

sage, le grand homme pour nous, c'est l'homme parfait de rÉvangile. Et le vrai surhomme, l'homme supérieur, vraiment digne de ce nom. et le seul qui le soit, c'est le Saint!

Grusun, ce 25 mars l'Ut.

Fête de V Annonoio.tion à la T. S. V

Le 8 ynai 1868, je fus appelé par M^ Dupanloiip à r/iomieur de prêcher, dans sa cathédrale d'Orléans où fêtais vicaire, le panégyrique de Jeanne d'Arc, eu la f'étp (uuhipIIp qu'i^ dans notr^ liturijie cValors, s'appelait cplle dp la Dél'icrance dp la VIUp ».

Le discours fat, suirant rusaijp, 'rniprimé par les soins de la Municipalité, à an nombre d'exemplaires limité à la distribution officielle quelle en fait aux diqnitaires et fonctionnaires des diverses adiuinist rat ions.

Aujourd'hui, quarante-trois ans après, dans rps

"nuées qui ont va Jeanne d'Arc monter si haut

dans r admiration des peapAps pt jusque ' dans les

splendeurs des Saints )->, je me suis rappelé cette

•ntrnêe, pt j'ai retrouvé cp discours. Je me su/s

juveuu aussi qup j'avais été ensuite un des jwjes du tribunal canonique constitué par M^ CouMlié

SAINTS CT SAINTKS nt DIEU. I

2 JhANNE UAia

pour préparer lintrodiiction, auprès da Sainî- Sièrfp, de la cause de héafificalion de notre sainte li hé rat ri ce. Et je me suis senti le désir, arec Je dernir très cher, de lui rendunler mon Jtommar/e, né fût-ce fju en rajeunissant celui cjue je lui offris piddifj u cm en t au trefo is .

C'est hien le même discours^ dont la jurénilité s'accuse cV ailleurs par des traits que je n'ij ai pas effacés. On y reconnaîtra aussi^ à la trop vaste eonception du sujet, la trace de cet énje cjiii emhrasse plus qu'il ne peut étreindre. Forcé (dors de me horner, je m'estime heureux de pouvoir cette fois restituer ci ma pensée complète le déreloppement que farais dû lui refuser par respect pour les minutes d'une telle assemhlêe, en une telle journée.

Cette penst'e. directrice de tout le présent discours, en est aussi la morale : r'est l'action de la Prorideiue dans le qouremement des nations eomme relui des âmes. Elle se traduit et éclate ici dans deux qrands faits qui s'ensuirent l'un de l'autre : Huit mois d'héroïsme préparant huit jours de uûracle. Elle se formule en principe dans cet axiome qui ne fut jamais plus utile à méditer qu'aujourd'hui : Aide-toi. le ciel t'aidera!

Deus saiifi/jt'l'-s fecit nationes orbis terrarum. Dieu a lait ijutTiïisables les nations de la terre. {Li '•}'>' lie Ui Sofiesse. i. 14.

monseigxkir ^ Messieurs.

(^est le divin privilège des nations chrétiennes qu'elles peuvent être guéries. Les sociétés antiques n'eurent point cette puissance, ni ne connurent cette fortune : Celui qui s'est appelé Résurrection et Vie ne vivait pas en elles. Aussi bien c'est pitié de voir tous ces grands corps sociaux naître, se formel-, grandir, puis déchoir tour à tour irrémédiablement, pour fînalement tomber les uns sur les autres dans la poussière où l'histoire ne retrouve plus guère que leurs noms.

Notre Dieu nous a fait de plus vivaces destinées : j'en atteste, Messieurs, la merveilleuse résurrection nationale que vous êtes venus solenniser en ce jour. C'est en ce jour qu'autrefois la France, après cent années de passion mortelle, s'est relevée du tombeau. C'est ici que la pierre qui devait sceller le sépulcre a été renversée, que les gardes furent terrassés, et qu'on a vu paraître l'ange de la vie reconquise, l'ange de la délivrance, que vous nommez déjà dans vos cu-urs.

Que le temple se pare donc comme pour une nuuvelle Pàque ! Que ses tours s'illuminent des

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