M' Dennel, évèqiie d Arras
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OÙ il y avait un crucifix et une image de la Vierge ; et d'où de braves chrétiens partaient chaque matin à la vigne et aux champs qu'ils cultivaient en famille pour gagner le pain de leurs nombreux enfants. C'est là qu'en 1802 naissait leur fils aîné, Jean-Gabriel, que Dieu prédestinait à la gloire de ce jour.
Ce qu'il a fait? Il a fait cette grande et sublime chose que Jésus-Christ estime être la point culminant de l'amour : mourir pour ce qu'on aime. Il a quitté sa famille pour se donner à Dieu; il a quitté sa patrie pour se donner aux Ames; et il a finalement livré sa vie elle-même pour ce quil aimait plus que la vie : Jésus-Christ à qui il s'était donné dans la Congrégation de la Mission : Jésus-Christ qui la couronné dans le ciel, et qui vient de le glorifier sur la terre en le déclarant Bienheureux, par la voix de son Pontife, à la face de l'Église catholique tout entière.
C'est en 18i0 qu'expirait, dans rExtrêrae-Orient, ce héros et ce martyr. De même que c'est un homme de notre pays, c'est donc un homme de notre temps. Nos vieillards auraient pu le connaître, ses frèrei^ et ses sœurs sont encore parmi nous, et ils s'unissent aux fêles où se mêle leur nom.. C'est un compatriote de France et un contemporain du siècle, un enfant de noire peuple, un frère de notre sang. Et voici que, du haut du ciel, il nous apporte aujourd'hui ses intercessions, avec sa protection : N'allons-nous pas lui porter, en retour, nos prières et notre hommage?
SON MARTVRi:. -225
Peuple chrétien, écoutez I Ce n'est pas sa vie que je vous raconterai aujourd'hui, c'est sa mort On vous a dit d'aliord sa vocation et sa sanctification; puis sa lointaine mission et son apostolat • : c'est sa passion, son martyre, qu'il faut que je vous dise. Mais ce témoignage qu'il rend intrépidement à sa foi devant les prétoires et les bourreaux, il y avait déjà vingt ans qu'il le portait dans les désirs impatients de son cœur. Ne séparons donc pas, dans l'histoire de son sacrifice, cette oblatlon de vingt années et cette immolation de douze mois de captivité couronnés par le supplice. Or, ce sacrifice, nous verrons premièrement comment il l'a offert et longtemps désiré ; ce martyre, nous verrons comment il Ta souffert et magnanimement consommé. Tel sera, mes chers Frères, le sujet de ce discours consacré à l'honneur du Bienheureux Jean-Gabriel Perboyre, prêtre de la Congrégation de la Mission, martyr de Jésus- Christ.
L'oblation du sacrifice, la préparation du sacrifice. Vous vous souvenez, mes Frères, des divines impatiences de Jésus rédempteur dans l'attente et le désir de sa Passion et de sa croix. C'est « son heure » à lui, c'est" sa gloire »; c'est la coupe dans
1. Ce fut le sujet d'un autre discours, que je prononçai, sous la présidence de M'' Tiiibaudier, au grand séminaire de Cambrai, 5 mars 1890.
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laquelle son amour a soif de se désaltérer. c*e>t « le baiû dans lequel il a hâte d'être plongé », et il est dans l'angoisse " jusqu'à ce que ce magnanime désir s'accomplisse •. Sa croix sera le trône - du haut duquel il attirera tout à lui •>. Et lorsque le temps de sa Passion est enfin arrivé, il en tressaille d'aise, il en prédit, il en détaille, il en savoure d'avance toutes les souffrances, une à une. Il s'y avance en triomphe, parmi les palmes et au chant des bénédictions de la fouie. Il eu hâte les apprêts : Quod facis, fac citiui<. Et lorsqu'il sent l'approche des exécuteurs, c'est lui-même qui donne aux siens le signal d'aller audevant : Siirgite, eamus hinc! Et il marche à l.« mort, emporté par son amour comme sur un char de feu.
Eh bien, grâces soient au Ciell Dieu a fait parmi nous des cœurs qui lui ressemblent, et il les a fait battre d'un même mouvement généreux que le sien. Il y a de jeunes cœurs d'apùtres qui, dans le printemps de leur vie, ont entendu des voix d'en haut (jui les con\iaient à mourir pour Jésus-Christ de la plus belle des morts. — C'était la voix df la foi qui leur disait : « Les hommes ne veulent pas croire à ta parole. Mais si tu leui attestais ta parole par ton sang-? Si tu y mettais ta tête? Si, comme saint Pierre de Vérone, en tombant dans ton sang, tu en écrivais la parole de foi. Credo, sur la poussière humide, est-ce que ce ne serait pas la prédication efficace? Estce qu'il ne l'a ut pas < en croire des témoins