‹ Saints et saintes de DieuChapitre 47 sur 68 · I.A FLANDRE MÉROVINGIENNE · texte numérisé non relu

I.A FLANDRE MÉROVINGIENNE

Or, ce domaine il le fallait dompter comme son maitre. iMais Orner avait appelé auprès de lui trois de ses anciens frères du monastère de Luxcuil. Mommolin, Bertin et Ebetliram étaient de cette race d'hommes à qui la règle des Colomban prescrivait de ne se mettre au lit que quand ils s'endormaient en y allant, de se lever avant d'avoir dormi leur compte d'heures; et de se guérir, étant malades, en allant battre le blé. Au-dessus de ces marécages ils bâtissent une petite chapelle, et quelques cellules pour eux-mêmes : ce sera l'origine d'un monastère.

Voyez-les maintenant, ces hardis pionniers de la culture et de la société, qui partent de là chaque matin pour conquérir le marécage entamé par tons les bouts. Les paysans les suivent au chant de leurs cantiques. C'étaient des pirates hier, ce sont des ouvriers et des laboureurs aujourd'hui. Ils s'enfoncent dans ces profondeurs insalubres, pour une lutte de chaque jour contre une nature rebelle; mais ils avancent de proche en proche. C'est une conquête ininterrompue; la rivière est endiguée, le désert recule, des maisons sont bâties, les terres sont ensemencées, et au centre de ces maisons s'élève la maison de Dieu. Le travail entrecoupé de prières se fait au chant des psaumes. On ne pille plus, on ne tue plus, on ne ravage plus. Ce peuple ne vit plus de ses déprédations, il vit de ses moissons. Il y avait à peine huit ans que les moines étaient là que leur monastère ne suffisait plus au nombre des religieux

•SG SAINT OMtll.

travailleurs qui venaient les rejoindre. Orner vivait au milieu d'eux comme Tun d'eux. Cétait son œuvre, l'œuvre du défrichement et de la civilisation. Il avait dompté la puissance barbare par l'Évangile, il avait dompté la terre sauvage par le travail chrétien ^

0 Jésus, les premiers écrivains ecclésiastiques nous apprennent que vous fabriquiez des charrues, dans l'atelier de Nazareth, à côté de saint Joseph, sous les yeux de Marie. Depuis ce jour-là, permettez à un charron de le dire, depuis ce jour-là, la charrue est bénie !

Enfin entre la charme et l'épée mettez la croix et vous avez un peuple. Car vous le savez bien : ce n'est pas avec du fer que se façonne un peuple, une société, une ville. Ahl cela suffirait peut-être s'il n'y avait là que des corps, mais pour façonner des âmes, il faut bien autre chose. Il faut une croyance, une foi, et c'étaient des ministres de la foi que cet évoque missionnaire essaimait autour de

1. V. OzANAM, J.fi civilisation chrétienne chez les Francs. fil. IV, p. 119 : Les abbayes du vu" siècle, avec leurs pojmlations de trois cents, de cinq cents moines, étaient en outre comme autant de forteresses dont les murs arrêtaient les incursions des infidèles. Elles s échelonnaient des bords de la Somme à ceux du Rhin, cernant lAuslrasie par le Nord, la séparant des contrées païennes, et renfermant pour toujours dans les frontières agrandies de la Chrétienté Ces sociétés obéissantes, chastes, laborieuses, étonnaient les barbares, les retenaient par leurs bienfaits et les fixaient enfin ; ce qui était beaucoup pour les civiliser. Nous avons considéré les abbayes comme des écoles de science sacrée et profane : c'étaient en même temps des écoles d'industrie et d'agriculture, qui conservaient dans leurs ateliers tous les aris de l'antiquité, qui poussaient, avec l'opiniâtreté des vieux romains, le défrichement des déserts.

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lui. C'étaient des missionnaires comme lui : Alommolin qui fut élevé sur le siège de Noyonet de Tournai, pour succéder à saint Éloi ; saint Ebertram qui fut fait abbé de Saint-Quentin, en Vermandois, tandis que saint Bertin allumera un foyer de lumière et de sainteté dans le monastère qui un jour s'honorera de son nom. Il y faut la grâce de Dieu. Or, c'était un. dispensateur de la grâce que cet évoque qui s'en allait de Thérouanne à Boulogne, guérissant et bénissant, faisant jaillir de ses mains les puissances de Dieu, et faisant couler de ses lèvres un fleuve de miséricorde et de paix. Les esprits s'éclairaient, les consciences s'épuraient, lesmœurs s'adoucissaient. La \ie, qui jadis n'avait son orientation que du coté de la terre, s'orientait aujourd'hui vers le ciel.

Il se rencontrait même de ces âmes de choix, comme votre sainte Austreberte de Thérouanne. qui, s'arrachant des bras d'une famille opulente, venaient se consacrer à Jésus-Christ dans la virginité, et chercher la vie des anges dans la solitude du cloitre. C'était la plus belle fleur de l'arbre de la croix ; Orner en trouvait le modèle dans la Vierge des vierges. Il avait conçu pour elle la confiance que tout prêtre et tout apôtre doit concevoir dans Celle qui sur le Calvaire, au pied de la croix, est associée par son fils au mystère de la Rédemption. Ici même, où il lui dédia son premier temple, le culte de Marie est de la même date que le culte du Seigneur Jésus. Mais le plus beau temple qu'il lui éleva fut le sanctuaire dômes-

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tique, le foyer de vos pères. Et si depuis ce tempslà. le cuite de Marie y garde son empire dans la vertu des épouses, la sainteté des mères, la pureté des vierges, rinnocence des enfants, c'est ce saint, cet apôtre, ce père, ce serviteur de Marie qu'il en faut remercier.

Il y a, je ne l'ignore pas, il y a aujourd'hui des hommes qui, dans la conception de la cité, voudraient volontiers se passer de la croix ; c'est simplement provoquer le retour à la barbarie. Ici, à Sithiu, avant d'être chrétien, le pouvoir était aux mains de la piraterie. Eh bien! quand le chrétien s'en va, le pirate revient. Il en est de même du travail. Du moment où il cesse d'être chrétien, le travail est la guerre; la guerre sociale qui menace notre monde aujourd'hui, qui le bouleversera demain. Je ne puis développer ces choses, mais je puis bien vous Taffirmer : ce qui manque à la conception de la cité moderne, c'est l'acropole : la hauteur qui porte un temple surmonté de la croix.

Après la mission, l'immolation eut son tour. Il n'y a pas d'apôtre complet sans cette consommation suprême. " Pouvez- vous boire mon calice? demande le maître à Jean et à Jacques. — Nous le pouvons », dirent-ils. On ne peut être apôtre jusqu'au bout qu'à ce prix.

Orner, de quelque côté qu'il se tournât, voyait

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répanouissement de ses œuvres : De Thérouanne à Boulogne, il voyait Dieu adoré et son nom sanctifié. H voyait la vie monastique et virginale fleurir près de lui; et ses disci[)les sortant de là pour conquérir tout le pays deTEscaut à la Somme. Il voyait saint Ouen de Rouen, saint Vandrille de Fontanelle venir rechercher sa prière et honorer ses vertus...

Mais que dis-je, mes Frères .•* Non, il ne voyait rien de cela. Le vieil évêque était aveugle, ses yeux ne voyaient plus. C'était sa part du calice, Tindispensable calice que Dieu verse à ceux qu'il aime et à ceux qui l'ont aimé. Omer y avait trempé ses lèvres avec amour. La croix de .Jésus-Christ avait touché ses y eux qu'elle avait fermés à jamais. Mais les yeux de l'àme n'avaient jamais été plus largement ouverts aux visions intérieures, qui déjà lui donnaient l'entrevue anticipée de la vision béatifîque de l'éternité.

On vous a raconté vingt fois, dans cette chaire, comment, pour un moment, la vue lui fut rendue : sa visite à Arras pour la translation des reliques de saint Vaast; l'évèque de la ville, saint Aubert, qui l'accompagne à la procession solennelle et guide fraternellement la marche incertaine de l'aveugle ; puis tout à coup ses yeux qui s'ouvrent, le voile qui tombe, la vue qui revient. La foule enthousiaste acclame la puissance de Dieu et la sainteté de son serviteur; on entoure le vieillard de félicitations, avec mille actions de grâces. Lui aussi rendait grâces; mais à sa reconnaissance se joignait une demande : c'est de rentrer dans la nuit de sa

précieuse cécité pour ne plus rien voir que l'invisible beauté de son Dieu. Orner avait fait son sacrifice : il n'en voilait rien reprendre. Sa prière fut exaucée.

Quelque temps après il mourut. Il mourut comme on mourait alors, plein de bénédictions. 11 mourut comme était mort saint Martin de Tours, l'apôtre des Gaules, son modèle, à qui il avait consacré parmi nous un autel. Ah! si, à cette dernière heure, Dieu avait donné au saint aveugle la vision de l'avenir, et s'il avait pu voir ce qui devait se faire ici, cette ville qui porte son nom, et vos nobles luttes du passé, et votre foi présente, de quelle allégresse aurait tressailli son cœur et que d'actions de grâces il eut emportées dans Téternité 1

Mais il aurait eu aussi une grande tristesse. Il aurait vu Thérouanne, sa ville épiscopale, disparaître cruellement de la face de la terre ; et ses yeux de père se seraient remplis de larmes. ïl l'aurait cherchée sur ce sol où elle n'a pas même laissé la trace de son passage, rien, rien, etiam periere niiricV. Et ce sont des mains chrétiennes catholiques qui ont fait ces ruines! Et c'est il y a trois siècles seulement, qu'une ville chrétienne a pu connaitie des horreurs de destruction dont le paganisme eût rougi!

Du moins à ces barbaries devons-nous une réparation, saint Orner le demande. Vous le devez à cette ville gisante (jui a été vot; e mère, vous, Ornerrois, qui aviez hérité de son siège épiscopal, de son rang, et de sa gloire! Vous la lui devez à cette

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heure du douzième centenaire de la mort de votre fondateur, car Tlieure est solennelle, et ce tombeau d'une ville est son tombeau à lui. La réparation que vous lui devez, c'est de l'exhumer de ces ruines. C'est de rechercher la trace de sa cathédrale, de ses églises, et d'y réveiller le souvenir, puisque nous ne pouvons plus y réveiller la prière et la vie. C'est d'élever là quehjue monument commémoratif, qui, pour simple et solitaire qu'il fût, dresserait vers le ciel les deux bras d'une rroix sur ses murs tombés.

Ce sera votre œuvre, Monseigneur, et une des plus saintes gloires de votre épiscopat. Et lorsque, par vos soins, on aura dégagé ce cadavre d'une ville du linceul de déljris sous lequel il demeure enseveli: lorsqu'on aura retrouvé quelque chose de ce que le saint Évêque a laissé sur la terre, ce jour-Icà, Monseigneur, nous serons tous avec vous; nous formerons autour de vous et autour des reliques de votre glorieux devancier, le cortège qui le ramènera chez lui. Nous le prierons avec vous, nous le prierons pour vous. Ce jour-là vous aurez ajouté un nouveau titre à vos titres, un nouveau nom à votre nom, et nous saluerons en vous YÉvêque àWrras, de Boulogne, de Saint-Omer et de TherouanneK

Ainsi soit-il.

1. ïhérouanno, à 16 kilomètres sud do Saint-Omer, sur la Lys. très ancienne ville d'origine romaine. François P"- en avait fait la principale de ses forteresses sur la limite des Pay.s-Bas. Charles- Quint la prit en 1553, et la fit raser impitoyablement. Il n'en resta plus rien.

L'ÉDUCATION UL PELPLE

Panégyrique prononcé le dimanche 1 'juillet 1900,

en l'église Saint-Maurice de Lille, à la clôture du triduum

d'actions de grâce de la canonisation.

MOXSEIGXELR, MeS FrÈRES,

Ce fut un grand jour dans l'Église que celui du 2i mai de cette année, auquel le souverain Pontife Léon XIII — que Dieu garde I — daigna porter le Bienheureux de La Salle aux suprêmes honneurs de la canonisation. Ce n'est pas seulement la France pour qui ce fut un beau jour; c'est l'univers chrétien tout entier, représenté par ces 30 ou 40.000 pèlerins du Jubilé qui, ce jour-là, assiégeaient la Basilique vaticane resplendissante de clartés électriques. Et lorsque, sur la Sedia qui le portait, Tauguste nonagénaire, étendant ses deux bras, bénissait ce peuple immense qui l'acclamait en toute langue qui est parlée sous le ciel, on pouvait bien comprendre qu'il ne s'agissait

29 i SAINT J.-B. DE LA SALLE.

plus de la Fiance seulement; mais que c'était réellement nrln et orbi peuplé par ses *20.000 fils et rempli de leurs œuvres, que s'étendait cette large bénédiction.

La France en particulier saluait dans cette élévation céleste d'un de ses fils, une puissante intercession ac(piise à la cause de l'enseignement populaire chrétien, en si cruelle souttrance chez elle. Et elle bénissait la Providence miséricordieuse, qui lui envoyait cet allié supérieur, justement au plus fort de Tassant meurtrier livré à cette citadelle de nos libertés.

Chrétiens, je suis venu vous parler de cet homme. Si vous voulez en deux mots connaître les deux grands traits de sa physionomie, reportez-vous, s'il vous plait, à près de deux siècles en arrière. Lorsqu'au mois d'avril 1719 on apprit, à Rouen, que M. de la Salle venait d'expirer dans une pauvie cellule, méconnu, calomnié, poui'suivi, touché des foudres épiscopales, deux paroles éclnlèrent aussitôt sur son cercueil : « C'était notre Père! » s'écriaient les pauvres et les enfants, et ils pleuraient avec sanglots. « C'était un Saint! proclamaient d'autre part les prêtres et les fidèles ; et déjà on se disputait ses reliques.

UnPère, unSaini . fHo?nme du Peftpleei l Homme de Dieu : n'( st-ce pas, en vérité, toute la vie et toute l'àme de Jean-Baptiste de la Salle; et ne vous serait-ce pas, Messieurs, un double et utile sujet de méditation? J'en ferai, s'il vous plait, le sujet de ce discours.

L'ÉLtUCATION DU PEUPLE. 29;

L Homme du Peuple, dabord. (^est un grand nom, mes Frères, très fréquemment usurpé par les flatteurs de ce peuple. Et combien d'arrivistes s'en sont fait un panache, de nos jours I

Jean-Baptiste de la Salle, lui, le fut éminemment; et peu d'autres parmi nous le furent plus réellement que cet humble et sublime éducateur de millions et millions d'enfants du pau\Te peuple.

Certes, malgré ce qu'avait fait l'Église, pendant et depuis le moyen âge, il restait encore beaucoup à faire pour les écoles de garçons, au xvh siècle. Beaucoup à faire dans les méthodes, beaucoup à faire chez les maîtres, dont la très courte science et le dévouement à gages n'était pas selon le lumineux et le généreux esprit de l'Évaniiile. Âli 1 se demandaient les Saints, si à ces enfants qui sont les enfants de Dieu, des maîtres étaient donnés qui se fussent eux-mêmes consacrés à Dieu? Et si pour eux l'œuvre de l'instruction devenait une Religion? Si cet enfant du peuple, qui trouve Dieu dans sa mère au foyer domestique, qui trouve Dieu dans le prêtre à l'Église et à l'autel, trouvait encore Dieu à l'École, dans un religieux, son maître béni et dévoué et aimé, qu'il appellerait « mon Frère! »

L'homme qui, vers la fin du xvii^ siècle, se disait secrètement ces choses à lui-même, était un prêtre de l'Église métropolitaine de Reims. Liiomme qui rêvait de se faire l'instituteur des

2'jo SAIM J.-JI. DE LA SALLK.

petits, était un docteur de lUniversité. L'homme qui rêvait de servir et faire servir ainsi les enfants du pauvre peuple était un gentilhomme de race.

On était en l'année 1678, à l'apogée brillante du règne du grand Roi. On ne parlait alors que de la guerre des Pays-Bas, du traité de Mmègue, des victoires de Turenne et de Gondé. L'éducation du peuple, l'école de l'enfant du peuple : il s'agissait bien de cela I

Cependant c'était aussi Tannée de la prêtrise de Jean-Baptiste de la Salle. Le Dieu fait homme qui venait de recevoir ses serments était « le Dieu fait pauvre » que la Galilée avait appelé « le Fils de l'ouvrier ». L'église où il avait célébré si première messe, sur un autel en fête, ne lui avait pas dérobé la pauvre boutique de Nazareth où il voyait Jésus travaillant aux côtés de Joseph et de Marie. A ce Jésus ouvrier qui venait de le sacrer prêtre, AL de la Salle jura qu'aux enfants des ouvriers serait consacré son sacerdoce. A eux ses biens, ses forces, son âme entière, tout luimême et quand même, jusqu'au dernier soupir. Telle est sa vocation, telle sera sa mission. Gomment il y sera fidèle, il faut maintenant le voir.

Pour être au peuple, M. de la Salle commencera par se faire peuple lui-même. Le peuple est humble, et lui est de ceux que l'on appelle grands. 11 est chanoine de Reims; prébende même avant d'être entré dans les ordres! C'était un corps illustre que le Chapitre de Reims, avec son costume prélatice, ses riches revenus et des devoirs

LKDUCATIOX DU PEUPLE. 201

faciles. Oli! mon Dieu, qu'à cela ne tienne! Le chanoine descendra spontanément de sa stale; il résig-ne son bénéfice et présente sa démission. Scandale de ses confrères, révolte de sa famille, refus de son archevêque, M^"^ Maurice Le Tollier, qui lui ferme sa porte. Mais, la porte de l'archevêché est toute proche de la cathédrale : le démissionnaire évincé va s'y prosterner dans la prière, versant des torrenis de larmes et conjurant le Dieu de l'autel d'agréer son sacrifice. Il se relève, retourne plus confiant au palais épiscopal, qui cette fois s'ouvre à lui. Le cœur de TÉvêque s'ouvre de même : « Avez-vous bien réfléchi, avez-vous bien consulté? » La démission est acceptée ; et le chanoine, qui ne Test plus, vole auprès de ses pauvres frères qu'il réunit dans son oratoire pour chanter ensemble le Te Deum et fêter son bonheur : le bonheur de n'être plus rien, et de s'être fait peuple pour le peuple.

Le peuple est pauvre, lui est riche. Outre sa grosse prébende canoniale, il possède un beau patrimoine; que cela est donc loin de la condition du peuple! Qu'à cela ne tienne encore! Ayant renoncé aux dignités, M. de la Salle se dépouillera de ses biens, sa charité aidant. Dans un temps de grande famine, il vend ce qu'il possède, et aux mendiants qui affluent chez lui de partout, il donne, il donne toujours; et il donne si largement qu'un jour il ne lui resta plus rien : « Eh bien, quoi.^ dit-il à ses frères qui lui en font la remontrance, le pis qui puisse arriver, ce sera

d'aller à notre tour mendier de porte en porte. Eh bien, s'il le faut, nous le ferons 1 » Et il le fit. et il y eut uu jour où, en voyage, mourant de faim, il fut heureux de recevoir d'une pauvre femme un morceau de pain noir. Il se mit à genoux pour le manger, à genoux pour remercier Dieu de cette grâce insigne : la grâce de n'avoir plus rien , d'avoir connu la faim, cette souffrance du peuple !

La société d'un homme du peuple, ce sont les gens du peu[)le. Mais lui, un grand de la terre, appartient à un autre monde. Il tient maison chez lui dans la maison de ses pères, où il reçoit sa famille, accueille ses amis, élève ses frères plus jeunes. Mais encore une fois, qu'à cela ne tienne! Le 24 juin 168i, le noble homme quitte sa demeure, pour en prendre une de louage, mais celle-là toute simple, toute nue. Seulement elle est plus grande, car il a décidé d'en faire le noviciat de ses premiers disciples. Voilà désormais son monde à lui!

Sans doute, par leurs vertus, ces disciples sont l>ien dignes de lui. Que je les vois donc braves, généreux, ardents, enthousiastes, ces jeunes hommes quil destine à l'enseignement du pauvre! (le sont déjà des religieux avant d'en porter le nom ! Mais aussi, combien simples, rustiques et incultes encore! Et voilà les gens dont lui, un de la Salle, se fait moins le maître que l'ami, le compagnon, le frère ; partageant leur vie. leur gîte, leur table, de préférence à celle des « honnêtes gens » selon l'expression du temps.

LEULCAllO.N DL PKLPLlù. 2/0

Eh bien oui, il en est ainsi, et qu'on en dise ce qu'on en voudra : non seulement, il vivra avec eux. mais il se fera semblable à eux. On le verra, lui le riche bénéficier d'hier, chaussé de gros souliers garnis de clous, sous une soutane rapiécée et des nippes dont les pauvres eux-mêmes ne veulent pas. Il balaiera sa chambre, il lavera la vaisselle, il se placera au réfectoire derrière les garçons d'écurie, il partagera leur grossière et rude nourriture ; et, si le cœur se soulève, et s'il en vomit jus:[u'au sang, il luttera pendaot trois jours, mais il ne cède: a 2:>as. Encore arriva-t-il plus d'une fois que la communauté, en entrant au réfectoire, trouva li table sans rien dessus, pas même un morceau de pain. On disait quand même le Benedicite, et Dieu bénissait la table, en y envoyant du moins, non pas hélas 1 de quoi vivre, mais de quoi ne pas mourir, pour pouvoir travailler encore.

« Mais enfin, Monsieur, lui représentait un Révérendissime Abbé du voisinage, est-ce là la façon de vivre d'un homme de qualité? » La façon de vivre d'un homme de qualité? Je ne sais. Mais c'était bien la vie d'un homme de sainteté, t't de sainteté conquérante et de délicate charité. Car désormais quel est donc celui de ces hommes du peuple, de ces enfants du peuple, qui craindra de l'aborder, et qui rougira devant lui de la bassesse de sa condition, en le voyant, lui xMonsieur de la Salle, plus abaissé qu'aucun d'eux? Car désormais quel est celui de ses disciples qui reculera devant la souffrance, la pauvreté, la faim.

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en voyant son chef anéanti, immolé plus qu'aucun de ses frères? Ils n'avaient plus qu'à se jeter dans le sacrifice jusqu'au cou. comme lui.

Comme lui. vous dis-je. hommes du peuple comme lui : c'est bien le caractère saillant de rinstitut des Frères des Écoles chrétiennes; et l'on a dit justement qu'il n "y avait pas d'œuvre et de société qui ressemblât plus à son auteur et fondateur que celle-là. Homme du peuple; mais à ce nom, qui est ici un nom d'honneur, gardez-vous bien. Messieurs, d'attacher une idée quelconque de vulgarité et d'infériorité, qui abaisserait le niveau (le ces nobles existences. C'est chez elles, au sein d unefière simplicité et modestie, la vie religieuse la plus parfaite, la culture intellectuelle la plus intense, l'action pédagogique la plus délicate et la plus puissante à la fois. L'exemple et la direction de leur premier maître leur a voulu en tout cette perfection, préparé cette distinction, et les a tenus dans cette élévation desprit et d'habitudes qui dès lors les place à cent coudées au-dessus des magisters de leur temps.

D'abord il les met hors de pair avec eux par la transcendance d'un christianisme de vie, pour laquelle il leur donne des instructions spirituelles que j'appelle sacerdotales : aussi bien leur ministère ne sera-t-il pas un sacerdoce? Voilà pourquoi de plus il les lie à Jésus-Christ indissolublement par les trois vœux reli.gieux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, pour qu'ils soient bien, aux yeux du peuple, la représentation de Celui de qui l'Apôtre

écrit : <- Vous aviez dix mille pédagogues; mais il n'en est qu'un qui soit aussi un père : c'est le Christ. »

Hommes du peuple déjà par la sage adaptation de leur enseignement aux besoins et aux conditions d'existence de ce peuple, ces nouveaux maîtres le seront surtout par le sacrifice de toutes leurs heures et le don de tout leur cœur, à cette famille d'adoption et de tendre dilection : Ohl que c'est bien « le cher frère », comme ces petits l'appellent I

Mais par-dessus tout ils seront les hommes du peuple par la religion d'un enseignement qui s'inspire de la foi et des espérances éternelles. Estce que là n'est pas le premier besoin de ce peuple, comme son premier bonheur et son premier honneur? Est-ce que cet enfant du peuple n'est pas premièrement l'enfant de Dieu, lui dont Fange voit la face de notre Père céleste? Et Jésus-Christ dans l'évangile ne l'a-t-il pas sacré l'héritier présomptif du royaume des cieux?...

Mais c'est là, mes Frères, un sujet qui a déjà été traité excellemment ici dans les instructions de ces trois derniers jours. Ma tâche à moi, et elle est belle, est de vous parler moins de l'œuvre que de son grand ouvrier. Vous savez maintenant comment et combien il se fît l'homme du peuple. Mais l'aurait-il été s'il n'avait été premièrement l'homme de Dieu? Et tant de sacrifices eussent-ils été supportables s'il n'avaient été allégés par un immense amour? Amour de Dieu, union à Dieu, à son cœur, à sa volonté, et enfin à sa croix.

C'est par où, mes chers Frères, j "achèverai ce discours.

Lhistoire de Jean-Baptiste de la Salle nous apprend qu'un jour qu'il répandait son cœur au pied' des saints autels, immobile et comme en extase, il fut surpris en cet état par deux personnes qui le connaissaient : « Priez pour M. de la Salle, dit l'une d'elles, car, voyez donc : il perd l'esprit! — Vous dites Inen, répliqua l'aulre. mais l'esprit qu'il perd, c'est l'esprit du monde, afin de se mieux remplir de l'esprit de Dieu. »

L'esprit de Dieu : c'était bien là en eflet près de Dieu qu'il le puisait, mes Frères, dans de longues oraisons où son ànie se fondait dans le cœur du Maître éternel. Jean-Baptiste de la Salle était un homme de prière; vous l'eussiez rencontré dans les rues de Reims, de Paris, de Chartres, de Marseille, de Rouen, égrenant son chapelet et conversant avec Dieu. Vous l'eussiez vu passant des journées entières aux pieds du crucifix, passant des nuits entières devant le tabernacle. Ou bien, s'il le pouvait, il s'enfuyait dans la solitude, il se cachait dans le saint désert des Carmes Déchaussés, à la Garde-Chàtel, dans l'Eure; il gravissait les rocs escarpés et neigeux de la Grande- Chartreuse. A Reims, il s'enfermait dans la crypte qui fut le lieu de la sépulture de saint Rémi; ou bien, il se retirait dans un petit jardin, près de

là, pour être seul, en trte à tète, en cœur à cœur avec Dieu.

Son rendez- vous divin, c'était le saint sacrifice. Quand il descendait de l'autel, racontent des témoins, il était transporté, haletant du saint amour; et il devait sasseoir. avant de pouvoir répondre aux questions qu'on lui posait, et de se dévêtir des habits sacerdotaux. Lorsque ensuite, descendant de là, il s'en allait à ses frères, à ses enfants, à ses pauvres, ce n'était plus un homme, qui traitait avec des hommes : c'étaient des discours de Dieu.

Uni au cœur de Dieu par le lien de la prière, pur le lien de l'amour, il n'était pas moins uni par l'obéissance à sa volonté sainte. On vit rarement une àme plus fidèle et plus soumise que cellelà : u Seigneur, que voulez-vous que je fasse? " C'est pour cela qu'il prie, qu'il écoute, qu'il attend dans le silence intérieur; qu'il attend des jours, des mois et des années, qu'il consulte ses supérieurs, ses confrères, ses égaux, parfois ses inférieurs, jusqu'à ce que brille l'étoile de la volonté de Dieu. Alors il marche à l'étoile : vidimus stellam, et venimiis.

Pour lui aussi, sa nourriture est de faire la volonté du Père! « Je ne fais pas ma volonté propre, mais la volonté de mon Père qui m'a envoyé. » Il accomplit une mission. Or, mes chers Frères, quand une volonté humaine a commencé de la sorte par s'abdiquer elle-même, la volonté divine se substitue à elle: et, comme c'est

30i SAINT J.-B. DE LA SALLE.

une volonté qui fait tout ce qu'elle veut, l'homme entre ainsi à pleines voiles dans les puissances de Dieu! (( Courage alors et confiance I » Voilà toute l'histoire de la Salle, tout le secret de sa force, toute l'histoire de sa vie et de son œuvre. S'il s'obstine à cette œuvre, c'est qu'il sait qu'elle est l'œuvre de Dieu; et si parmi tant de combats, il réussit dans cette œuvre, et s'il l'implante dans vingt lieux où elle est appelée, c'est qu'il n'est et ne veut être que le ministre et le servant de la volonté toute-puissante de Dieu.

Mais je n'ai pas dit tout : cette puissance a son point d'appui dans la croix i\ laquelle Jean-Baptiste de la Salle demeura toute sa vie fidèlement et amoureusement attaché. Le P. Barré, un religieux minime, lui avait dit un jour cette parole charmante : « Le parfait chrétien doit être comme le coq du clocher, qui tourne à tous les vents, mais sans quitter la croix! » En fidèle chrétien Jean-Baptiste de la Salle n'a pas quitté la croix. Et cependant à quels vents de contradictions u'a-t-il pas été exposé; par quels vents de tempêtes, de persécutions n'a-t-il pas été assailli, secoué?

Les sacrihces des commencements dont nous avons parlé ne sont rien auprès de ceux qu'ensjitele fondateur connaîtra chaque jour. Il lutte contre le dénuement, contre l'injustice, contre l'hérésie, contre toutes les passions d'en bas elles puissances d'en haut. Ces communautés, ces écoles qu'on lui a demandées et qu'il a accordées, main-

tenaat on leur refuse tout, les subsides, les pensions promises, les donations, les legs. Il en est réduit à faire vivre sa communauté avec dix-sept sous par jour. On lui intente des procès, et, ces procès, il les perd invariablement; on a pu dire agréablement qu'il n'en avait gagné qu'un seul, le procès de sa canonisation.

il souffre de la part de sa famille, cette famille de frères et de sœurs qu'il a élevée, mais qui lui tourne le dos : ce pauvre leur fait peu d'honneur, lui qui aujourd'hui couronne leur nom de tant de gloire !

Il soutire de la part des Jansénistes : ah! s'il voulait dire comme eux, comme ils seraient avec lui, comme ils l'exalteraient, comme ils le soutiendraient! Mais, lui, veut n'être qu'avec l'Eglise, et ils se mettent à le haïr comme les Jansénistes savaient haïr.

Il souffre de la part des maîtres laïques; maîtres d'école patentés^ ou écrivains-copistes dont la corporation s'efiVaie de la concurrence; « Qu'est-ce ceci? Quels sont ces gens de rien, affublés de ce costume bizarre, et qui ne portent pas perruque comme nous, qui n'ont pas un privilège du Parlement comme nous? De quoi se mêlent-ils d'apprendre à lire aux enfants du peuple; de les instruire mieux que nous ; et, ce qui est plus grave, de les instruire pour rien, sans leur faire payer l'écolage comme nous? » De là, procès encore, saisies, amendes, confiscations, expulsion; on se croirait déjà en pleine persécution maçonnique du vingtième siècle.

Il soullic de la part de faux frères ou de jeunes novices qui le quittent. Il soulfre de récroulement de plusieurs colonnes vivantes de son institut, qui menacent d'écraser la maison de leur chute. Enfin, lui aussi, comme Jésus, a la douleur de rencontrer un Judas qui le trahit.

Il souffre, il faut bien le dire, des dignitaires de l'Église qui veulent le bien comme lui, mais qui le comprennent autrement que lui. Le curé de Vaugirard, où est son noviciat, fait fermer sa chapelle : — dans ce temps-là, parait-il, les curés n'aimaient pas les chapelles. — L'archevêque de Paris, iM^ de Noailles, circonvenu par de faux rapports, le dépose de ses charges et titres de supérieur. Un jour vient où n'y pouvant plus tenir, le vieillard s'enfuit, s'exile, va se cacher dans le midi de la France. Là, apprenant que son institut est livré aux mains des dissidents, il revient pour le défendre. A peine de retour à Paris, un nouveau coup l'atteint; un coup de crosse qui lui porte au front le plus indigne outrage : le saint homme se voit retirer ses pouvoirs de prêtre! Il reçoit cet arrêt sur le lit de douleur où il agonise : « Mon Dieu, mon Dieu, s'écrie-t-il, m'avez-vous donc abandonné? » Puis résigné : « Je remets mon àme entre vos mains. J adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard! »

C'est ainsi qu'il mourut le 7 avril 17J9. Il mourut sur la croix: sur la croix de Jésus; et voilà pourqjioi, comme Jésus, le lendemain de sa crucifixion, tout se convertit à lui. Cet homme cruci-

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fié était u vraiment un fils de Dieu >k Et cette vie, commencée clans le dépouillement de soi-même, poursuivie tout entière dans l'union à Dieu, s'achèvera, se perpéiuera dans la gloire et la fécondité.

Telle est la vie de tous les saints et le prix de leur renoncement. Bien souvent je me suis plu à comparer ces grandes Ames à ces lacs placés sur le sommet des montagnes et qui furent, en un autre Age, le cratère de volcans aujourd'hui éteints. Le cratère a commencé par se vider luimême, en vomissant ses scories de feu, de cendres et de lave. C'est le dépouillement nécessaire. Puis alors, Feau du ciel est descendue dans le gouffre ainsi déblayé, élargi, comme dans une graD(!e coupe, et il l'a rempli jusqu'au bord. C'est l'union divine dont je parle, et la plénitude de la grâce d'en haut. Enfin, l'apostolat : le lac s'est ouvert un émissaire dans les flancs de la montagne, et il a déversé ses eaux dans la vallée où il a fait descendre la fertilité et la vie.

Où ne le portez-vous pas aujourd'hui, ce fleuve de doctrine et de sainte vie, chère et grande famille de Saint Jean-Baptiste de la Salle ? Déjà de son vivant, son dernier regard près de se fermer, pouvait se reposer sur 300 frères, ses disciples. 23 maisons, 10.000 élèves, les premiers fils de ses larmes et du sang de son cœur.

Et aujourd'hui, écoutez I N'entendez-vous pas ces chants qui, durant ces trois jours, forment un

vaste concert de tous les points du monde, de lEurope, des Indes, de TAfrique profonde, de rOcéanie et des Iles, des deux Amériques, de la Chine aujourd'liui menaçante? Et partout l'on prononce à genoux, le nom d'un homme placé dans les splendeurs des Saints? C'est, mes chers Frères, le nom béni de votre père, c'est la voix grave et mâle des 19.520 frères que vous comptez aujourd'hui sur le globe; c'est la voix fraîche et pure de vos 500.000 élèves. Et celui qui, du haut de son Siège apostolique, vient de donner l'antienne à ce concert universel, c'est le Pontife nonagénaire qui, de sa voix encore vibrante, vient d'entonner cet hymne, de proférer ce nom, et d'agenouiller tout l'univers devant lui !

Et nous aussi, ô Saint glorieux, nous nous unirons à ce chopur. Grâces soient à Dieu! Grâces soient à vous! Xous vous les devons bien, ces actions de grâces, nous, peuple de cette France de qui, depuis trois siècles, vous élevez des millions et des millions d'enfants, lesquels sont partout les meilleurs fils de la Patrie comme de l'Église. Nous vous les devons bien, nous, prêtres de cette Église catholique, à qui vous apportez, rien qu'en France, le concours de iV.280 de vos frères auprès de 21V. 775 jeunes chrétiens, qui sont encore la meilleure espérance de la foi, dans le peuple. Nous vous les devons bien, nous particulièrement, peuple de la ville de Lille. Et puisse notre hommage et notre reconnaissance effacer les récents outrages dont une fureur impie a tenté de

déshonorer le front des plus innocents et des plus méritants de vos fils ! '

Ils croient vous devoir, o Père, à votre intercession, le commencement de justice qui leur a été rendu. Vous ne laisserez pas votre œuvre inachevée, vous qui habitez le sein de la justice éternelle. C'est de là que vous nous bénissez. C'est là que vous nous attirerez, là que nous vous rejoindrons, là que nous vous verrons un jour, que nous chanterons avec vous l'éternelle gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il I

1. Allusion au procès maçonnique intenté au Frère Flamidien suivi par son acquittement éclatant prononcé par la cour de Douai, toutes Chambres réunies. — Voir mes Vingt ans de Rectorat : vinctîts Christi, p. 273-282.

LES BIEMIELIIEUX MARTYRS

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