LE BIENHEUREUX 1 RANÇOIS-REGIS CLET
leur faciliter le retour au pays. Ce héros était un père.
C'était un père, et c'est de là que lui vint finalement son intime et plus rude supplice : encore le martyre du cœur. A la suite de son interrog-atoire, un de ses confrères, M. Lamiot, avait été découvert, pris et emprisonné. Ne serait-ce pas lui, M. Clet, qui, par ses réponses imprudentes et dans ses lettres, aurait laissé deviner la retraite de son ami? Une fois entrée dans ce noble cœur, cette pensée s'y enfonce comme un poignard, que lui-même y retourne obstinément, impitoyablement. C'en est fait désormais de sa paix et de sa joie. Même la joie de son martyre en est empoisonnée : « On vient de m'annoncer que, dans peu, demain peut-être, je serai supplicié. » Mais il ajoute aussitôt : « Toutefois, gardez-vous bien de me regarder comme un martyr. Je ne dois plus vous paraître, aujourd'hui, que comme le meurtrier de plusieurs de mes frères, compromis par moi; et je subis ici-bas la peine que je mérite. Heureux si, par mon supplice, je puis expier mes péchés et éviter ainsi les tourments éternels! »
En vain, on s'efforce de l'éclairer, de ie détromper. Lui-même écrit à M. Lamiot une lettre, suppliante et mouillée de ses larmes : « Je prends tout sur moi! » répète-t-il généreusement. Son confrère étonné, attendri, l'écouté, le rassure. Au heu d'être son meurtrier, M. Clet est plutôt son sauveur. En effet, il est élargi : « Ce sont, écrit-il,