‹ Saints et saintes de DieuChapitre 62 sur 68 · LE MARTVRK DU SANG · texte numérisé non relu

LE MARTVRK DU SANG

ce sont les mérites de M. ("Jet qui m'ont sauvé. » Mais celui-ci ne se pardonne pas. La couronne du martyre est tombée de son front, sa blessure ne se referme plus; et c'est en bumble pénitent, que la victime montera de (iethsémani au Calvaire. 0 Jésus, Saint de Dieu, Agneau de Dieu, qui avez porté le péché du monde, vous avez donc voulu que votre martyr, dans sa Passion, connût aussi l'agonie d'une conscience écrasée par le poids d'un péché qui n'était pas le sien !

L'heure de sa mort était proche. Cependant elle semblait hésiter à frapper. Tant de vertus, tant de charité, avaient ému les mandarins d'une telle vénération qu'ils implorèrent en sa faveur la clémence impériale. « Non. répondit M. (let, l'Empereur ne voudra pas que je vive. Dans quinze ou vingt jours d'ici j'attends ma condamnation, et je me prépare à mourirpour le nom de Jésus-Christ: Mi/ii vivere Chinstus est et mori lucrum. >-

Ces derniers jours d'attente, il les consacra à écrire à ses confrères des missions du Nam-Tang et du Pé-Tang des lettres admirables qui rappellent celles (|ue saint Paul adressait de sa prison de Rome à ses chrétiens d'Asie. Comme celles-ci, elles portaient en tète : Ego vinctus Christl. Comme elles, elles se terminaient par un tranquille abandon de sa vie au Seigneur : « J'ignore quand mon supplice me sera accordé. J'attends mon sort avec patience et abandon à la volonté de Dieu... Soit que je vive, soit que je meure, je me recommande à vos sacrifices et prières. »

o*' LL iilLMlELlŒl \ 1 KANrulS-HEGIb CLtT.

Ayant appris ce qu'il appelle « la résurrection de sa chère (Congrégation de la Mission », rétablie par le gouvernement français, il écrivit à ses premiers Supérieurs pour s'en congratuler avec eux. Maintenant il pouvait mourir. Groupant autour de lui ses compagnons de chaînes, le vieux chef les anima à se bien comporter dans le suprême combat. Huit principaux chrétiens de sa mission étant venus à lui, il les réunit dans un dernier repas, et là. à cette table funèbre, il leur donna ses derniers ordres et les bénit. C'était une scène de la primitive Église.

L'arrêt de lEmpereur arriva : Le chr éiien Lieou, — c'était son nom chinois, — était condamné à être pendu en croix et étranglé.

Un jour donc, 18 février 1820, les gardes vinrent le prendre dans sa prison : " Me ramènercz-vous ici? » Et comme les soldats se taisaient : i( Dites la vérité, le cbrétien ne craint pas la mort. » C'était à la mort qu'on le menait. Lieou tressaillit de joie, son visage s'éclaira : « La moi^t m'est un gain ! » tel était le continuel refrain de son espérance. Une dernière fois, il s'agenouilla devant M. Chen, son compagnon de supplice, qui lui donna l'absolution. Comme on lui présenta des habits neufs pour ce jour de fête : « Non, pas de fête, dit-il, je mourrai comme un pénitent que je suis. » Tous les chrétiens fondaient en larmes : « Oh! bien plutôt, leur disaitil, réjouissez-vous de mon bonheur! » Et finalement ce mot d'ordre presque traduit des lettres

Page 1