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Lemaire, Histoire et antiquités de la vilh- d'Orléans

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consentaient à ]>riiler leurs faubourgs, afin d'ôter tout refuge aux assiégeants : c'étaient «■ les plus beaux laubouriis du royaume » K La chronique ]ie dit que ce mot, mais sous ce mot quel tableau! Et dans ce tableau l'apparition de (juelie grandeur morale !

Tn jour donc, le jour du sacrifice suprême, on vit les pères et les mères, passant par vos poternes, venir chercher un refuge dans l'enceinte murale, traînant après eux le cortège triste et fier ;]e leur fils et de leurs fdles. Puis tous ces émi- -rants. debout sur le rempart, regardèrent autour deux le vaste embrasement qui enveloppait la ville d'une ceinture de flammes. C'était leurs maisons qui brûlaient, c'étaient leurs toits qui croulaient, c'était le foyer de leurs aïeux, l'abri de leur vieillesse, le lieu du berceau de leurs petits-enfants. Ils ont donc tout sacrifié, tout perdu; mais (lu moins les Anglais ne s'établiront pas là I Le duc de Bedfort avait osé écrire : " Nous aurons Orléans à notre merci ! > Ainsi lui répondiezvous. Messieurs, à la Spartiale : « Viens la prendre I .) Et ce fut aux lueurs de ce magnanime incendie, allumé pai* vos mains, que l'ennemi icconnut l'héroïque cité qui venait de mettre entre elle et l'Anglais ce rempart de feu. de endres et de ruines.

Les femmes rivalisaient d'ardeur et de dévouement : et, à voir leur courage, on pressentait

:. Jounud du siège, 12 oclobre. et du 0 uu 20 novembre.

ET LA DELIVliANi K D UULEA.NS. 1»

Jeanne d'Arc. Un historien a dit : < 11 n'y avait personne de si FraDçais que les Françaises. • Les unes s'armaient de la lance ou apportaient aux fossés les fascines et le bitume: les autres accouraient rafraîchir les soldats, entlammcr leur courage, panser leurs blessures et recueillir leur dernier souffle '. Mesdames, c'étaient vos dignes mères. Et, chose à remarquer : la première victime de ce siège fut une femme, frappée par un boulet à la porte Chesneau ^.

Il n'y a pas jusqu'aux enfants qui ne mettent la main à l'ouvrage, et <jui ue uKjntent au rempart où ils gouvernent le canon. L'un d'eux, un hardi écolier au cœur ardent, à l'œil perçant, arme une pièce et pointe si juste qu'aussitôt, de l'autre côté de la Loire, un uiouvement se produit : : est Salisbury, un grand chef, qui vient d'être frappé à mort.

Mais que peut l'héroïsme contre des forces toujours renouvelées? Les bombardes anglaises de Saint-Jean le Blanc font pleuvoir des boulets de pierre qui écrasent la ville; les maisons en sont criblées, les éditices défoncés, le gouverneur blessé ; les Tourelles nous échappent après six heures de combat. Faut-il dire le nom de :* ux <iui tombèrent alors? Je vous nommerai du

!. Cliroaique manuscrite : u Auli unes lurent vues durant las- -aut qui Angloys repoussoient à coups de lances des entrées du l'oulevart. et ez fossés les abatloient. >y

2. Journal du siège, du 12 au 17 novembre. — Ihid.. 24 octobre.

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moins, Pierre de la Chapelle, notre compatriote '. Vous succombiez des premiers, avant Tapparition de l'ange de la délivrance ; mais le Dieu des batailles a visité vos ossements. Votre château de La Chapelle Saint-Mesmin, humble donjon alors, était réservé par l'Église à une gloire paciBque et féconde. Là. sur le riant coteau qui fat votre domaine, une jeunesse devait croître qui s'honore de vous comme d'un vaillant ancêtre, portant votre nom dans ses fêles, arborant votre image dans ses galeries, et aspirant dans son sein votre ame de héros ^.

Salisbury tombé. .leau Talbot le remplace. On est au cœur de l'hiver. Tout est glacé partout, excepté les courages. Soixante-onze bouches à feu hérissent nos murailles du coté de la Loire, et répondent nuit et jour au canon des Tourelles. Les forges de Guillaume Duizy fabriquent les boulets; Jean-le-couleuvrinier manoeuvre gaiment, sur le pont, cette fameuse Marie-Jeanne, dont chaque coup touche le but. Tout est donné, vendu, fondu pour la défense; et. comme les ressources s'épuisent, le peuple s'assemble aux Halles et vote une nouvelle taille de six mille livres tournois '. Ohl vous espériez. Messieurs, contre toute espé-

1. M. Lkuhl.n de CMAr.Mi:TTE>, Histoire de Jeanne d'Arc, t. I. p. 112 : (' Pierre de la Thapelle. dont le château s'élevait au bord de la Loire, à peu de dislance d'Orléans. )' C'est là que se trouvent aujourd'hui la maison de campagne des évéques et le Petit Séminaire de La Chaf)ellH Saint-Mesmin.

2. P. -S. Le Petit Séminaire de La Chapelle est devenu aujourd'hui la proie des dépradatenrs officiels de la UV République.

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