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CHAPITRE V

VARIATIONS DU SALAIRE (SALAIRE NOMINAL) AUX XIXe ET XXe SIÈCLES.

Dans ce chapitre, il ne sera question que du salaire nominal, c'est-à-dire de la somme que reçoit en monnaie ou en nature le salarié pour prix de son travail. Nous aborderons la question du salaire réel dans un autre chapitre.

Pour les siècles passés on ne trouve en général que des indices clairsemés sur les salaires. Les moyennes qu'on peut essayer d'en tirer ne sont en réalité que des évaluations quelque peu hypothétiques ; elles ont néanmoins un intérêt historique et économique.

Pour les xixe et xxe siècles, la statistique est mieux armée. Elle ne l'est cependant pas assez pour que la plupart des moyennes de salaires ne soient pas aussi de simples évaluations ; mais ce sont des évaluations fondées sur un beaucoup plus grand nombre d'observations que celles des siècles antérieurs. Il y a même eu plusieurs enquêtes qui ont rassemblé de vastes ensembles de faits.

' La diversité de taux des salaires suivant le genre d'occupation et suivant la capacité des individus dans

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l'atelier, suivant les localités, est telle qu'on ne saurait généraliser en cette matière que par approximation.

Relativement à la nature des occupations, il y a une distinction à faire tout d'abord, celle du salaire agricole el du salaire industriel.

De 1789 à 181 1\ il y a eu très vraisemblablement une certaine augmentation du salaire. Les campagnes, affranchies des redevances féodales, ne payant pas toujours le fermage ni même l'impôt pendant la période révolutionnaire, furent relativement assez prospères ; elles eurent beaucoup moins que les villes à souffrir des disettes, en partie factices, de la période révolutionnaire. La population a augmenté malgré les troubles civils à l'intérieur et la guerre à l'extérieur.

Dans les villes qui se repeuplèrent sous l'Empire la conscription fit, surtout depuis 1808, une rude concurrence aux ateliers, enlevant la jeunesse pour l'enrégimenter et raréfiant la main-d'œuvre dans les ateliers. D'après les mémoires des préfets on peut conjecturer que les salaires avaient déjà augmenté au début du xixe siècle ; dans le Pas-de-Calais, le journalier non nourri, qui recevait avant 1789 o fr. 7 4 à la campagne et o fr. 90 à la ville, gagnait en l'an IX 1 fr. et 1 fr. 20 ; dans le département du Nord, un fileur au grand rouet avait 1 fr. o5 en 1789 et 1 fr. 75 en i8o4 ', le maçon de Paris 2 fr. 5o vers 1789 et 3 fr. 25 vers la fin de l'Empire. Peuchet, dans sa Statistique élémentaire, évalue vaguement la moyenne générale du salaire

(( depuis la couturière jusqu'au bijoutier » à i fr. 5o au commencement de l'Empire, tandis qu'elle n'aurait été, avons-nous dit suivant lui, que de i franc dans les dernières années du règne de Louis XVI.

Sous la Kestauration et durant le règne de Louis Philippe, le salaire paraît s'être élevé quelque peu dans certaines industries, entre autres celles du bâtiment à Paris, augmentation très faible d'ailleurs, mais suffisante pour démentir les prédictions sinistres de ceux qui voyaient dans les machines la ruine de l'ouvrier. Même le maigre salaire des ouvriers et ouvrières des filatures et des tissages dont Villermé, en France, a fait un lamentable tableau, était sans doute supérieur au gain que le travail au village leur procurait, puisqu'ils quittaient le village pour la manufacture. Si l'augmentation a été peu sensible alors, c'est vraisemblablement en grande partie parce que l'industrie française avait tout d'abord à combler les pertes qu'elle avait subies pendant la période révolutionnaire et à reconstituer son capital.

Dans l'agriculture, quelques témoignages isolés indiquent un accroissement du salaire. Dans telle ferme de l'Orléanais le premier charretier, payé à l'année 270 fr. en 1810-1820,300 en 1821-1840, l'était à raison de 320 francs vers i85o ; dans telle autre ferme des Ardennes, son salaire passait de 235 francs en 1826 à 285 francs en i845, et les autres salaires augmentaient à peu près dans la même proportion.

Dans une enquête sur les prohibitions faite en i83/i, les manufacturiers, naturellement portés à présenter les choses sous un aspect favorable, indiquaient pour l'industrie textile des salaires de 1 fr. 5o à 3 francs pour

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les hommes avec une moyenne de 2 francs à 2 fr. a 5, et pour lès femmes une moyenne de 1 franc. Villermé, chargé d'une mission par l'Académie des sciences morales et politiques, était plus désintéressé qu'eux ; il a signalé dans la filature de coton à Mulhouse, Lille, Rouen, des salaires de 2 à 3 francs pour les hommes et de o fr. 76 à 1 fr. 5o pour les femmes ; dans le tissage du coton, 1 fr. 5o à 2 francs pour les hommes ; dans la fdature de la laine à Reims, 4 fr. 5o ; à Lodève, 2 à 3 francs pour les tisseurs, 1 franc à 2 francs pour les manœuvres.

L'enquête industrielle dirigée par le gouvernement en 1 84o-i845 a donné comme moyenne probable du salaire dans les départements (Paris non compris) 2 fr. 09 pour les hommes, 1 fr. o3 pour les femmes,

0 fr. 75 pour les enfants, avec des différences suivant les professions graduées de 1 à 4 francs pour les hommes et de o fr. 7/4 à 2 fr. 5o pour les femmes. iV Paris, la moyenne était plus élevée : 3 fr. 5o pour les hommes et 1 fr. 55 pour les femmes. A l'autre extrémité de l'échelle la moyenne de la Mayenne n'était que de

1 fr. 49 pour les hommes et de o fr. 68 pour les femmes.

Dans les industries que la mécanique transformait, le salaire des ouvriers et artisans qui persistaient dans les anciens errements s'amoindrissait. Villermé, entre autres, l'a fait remarquer. Il a fait remarquer aussi que dans certaines fabrications nouvelles, où le personnel capable était très rare, il y avait eu d'abord de très forts salaires, lesquels avaient baissé à mesure que la concurrence de la main-d'œuvre augmentait.

Les sous-préfets, consultés en 1847 Par ^e g°uver-

nement,, ont, les uns signalé une augmentation de salaires depuis i83o, les autres déclaré qu'il n'y avait pas eu augmentation.

Après la chute cTe Louis-Philippe, il a été fait, en vertu d'un décret de l'Assemblée constituante, une enquête générale par cantons dont les résultats n'ont pas été publiés. Les salaires se trouvaient alors très aiTectés par la crise de i848 et le taux général avait baissé, si bien que dans l'industrie ce taux semble n'avoir été alors en moyenne approximative (moyenne sur laquelle influent les bas salaires de l'industrie rurale qui y sont compris) que de i fr. 78 pour les hommes, de o fr. 77 pour les femmes et de o fr. 5o pour les enfants !.

Pour la seconde moitié du xixe siècle, le ministère de l'agriculture fournit des moyennes générales du salaire agricole en France en 1862, en 1882, en 1892. Celui des maîtres valets a augmenté de 29 p.ioode 1862 à 1882 et de 6 p. 100 seulement de 1882 à 1892 ; celui des journaliers, qui, pour la saison d'été, avait plus que doublé de i85o' à 1882 et dont l'augmentation de 1862 à 1882 avait été de 12 p. 100, se trouve avoir quelque peu diminué de 1882 à 1892, sous l'influence probablement de la baisse du prix des produits de la terre 2 ;

1 . Les dossiers de cette enquête sont aux archives de la Chambre des députés. Nous en avons donné une analyse détaillée dans l'Histoire des classes ouvrières et de l'industrie depuis 1789, p. 25g, et Appendice, p. 3oo et suiv.

2 . Cette baisse du salaire du journalier est même contestée par des agro-

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