CHAPITRE VIII
COMPLEMENTS ET SUPPLEMENTS DE SALAIRE.
Le salaire, calculé à l'heure, à la journée, aux pièces ou en moyenne pour l'année entière, déduction faite du temps perdu, ne donne pas une idée adéquate du revenu intégral des travailleurs salariés. Il importe de tenir compte dans beaucoup de cas des compléments ou des suppléments de salaire.
Avant d'en parler, il n'est pas inutile de dire quelques mots des deux principaux modes du contrat de louage de travail : le travail au temps et le travail à la tâche, dont le salaire est réglé de manière différente.
Le travail au temps peut l'être à l'heure, à la journée, au mois, à l'année ; les deux premiers modes s'appliquant en général à l'ouvrier, les deux autres aux contremaîtres, aux employés, aux domestiques. Le salaire à l'heure est, dans nombre de professions, particulièrement dans le bâtiment, fixé par des conventions entre patrons et ouvriers ou par des usages qui ont force de convention. Quand les syndicats demandent une augmentation, c'est généralement une augmentation du
prix de l'heure, parce qu'ils craignent que la fixalion à la journée n'induise leurs patrons à prolonger la durée de cettejournée. Les contremaîtres et les employés sont ordinairement engagés au mois ; les domestiques de ferme le sont à l'année ; les employés supérieurs aussi, et même pour un temps plus long. Ces diverses manières de louage ont leur raison d'être et ont leurs conséquences, par exemple relativement au délai de congé en cas de rupture du contrat.
Le travail à tâche ou à façon se fait soit dans l'atelier ou dans un chantier temporaire du patron, soit au domicile du façonnier. Il est payé, conformément à la convention, tant la pièce. Il donne lieu à des retenues en cas de malfaçon : matière à contestations.
Le marchandage, par lequel un chef d'équipe, contremaître ou simple ouvrier, prend à un prix déterminé un travail à façon et l'exécute en collaboration avec des compagnons, puis partage avec ses collaborateurs le prix payé en bloc par le patron, est un genre de contrat qui produit d'ordinaire un salaire supérieur au tarif ordinaire ; cette plus value peut être considérée comme un supplément. Cependant, sur la demande d'ouvriers, un décret du 3 mars i848 l'avait interdit; il ne l'a pas fait disparaître. Il y a un marchandage qui peut être une véritable entreprise, c'est celui d'un sous-traitant pour une partie de l'œuvre dont un entrepreneur général s'est chargé ; il a son matériel d'exploitation et ses ouvriers avec lesquels il traite seul. Cette dernière forme du marchandage est mal vue des ouvriers, qui accusent le sous-contractant de réduire leur part légitime à son profit. Le marchandage dont nous voulons parler est celui qui a lieu
COMPLEMENTS ET SUPPLEMENTS DE SALAIRE I OO,
entre le patron et une équipe d'ouvriers de son établissement, sous la direction du tâcheron, chef de l'équipe ; c'est celui par lequel la part afférente à chaque associé est stipulée, le plus souvent par écrit. C'est un contrat licite, avantageux au groupe des associés comme au patron. Exemple : dix ouvriers, dont huit payés à r franc l'heure et deux à i fr. 20, mettraient 10 heures à faire un certain travail : coût, io4 francs. Ils acceptent un marchandage à 90 francs et ils exécutent le travail en six heures ; ils prennent d'abord leur salaire de 1 franc et de 1 fr. 20, soit 62 fr. [\o ; reste un boni de 27 fr. 60 qu'ils se partagent au prorata de leur salaire à L'heure. Patron et ouvriers y ont gagné et le travail est terminé plus vite.
Très souvent aussi se pratique le marchandage individuel. Exemple : un mécanicien payé 1 franc l'heure fraise 100 pièces dans sa journée ; le patron peut lui offrir le travail de ces pièces à façon pour 9 francs ; l'ouvrier accepte, et les fraise en huit heures, gagnant ainsi 1 franc de sursalaire relativement à son salaire à l'heure.
Les syndicats ne comprennent pas, en général, cette solidarité des intérêts et ne facilitent pas l'augmentation du salaire quand ils limitent la production et surchargent le prix de revient par une lenteur systématique dans l'exécution.
Le complément le plus ordinaire du salaire payé en argent consiste dans la nourriture, ou dans la nourriture et le logement. Aux siècles passés, il n'était pas rare que le compagnon vécût à la table et sous le toit de son
maître ; c'était même la condition à peu près générale de l'apprenti, condition qui était encore très fréquente dans la première moitié du xixe siècle. Elle est devenue maintenant l'exception, surtout dans les grandes villes.
Mais à la campagne les journaliers sont souvent nourris à la ferme, et les domestiques de ferme sont presque toujours nourris et logés. Si l'on consulte les statistiques décennales de l'agriculture, on trouve, pour la seconde moitié du xixe siècle, que la nourriture figure dans le budget des hommes pour 3 7 centièmes environ et pour /jo centièmes dans celui des femmes en 1892.
Il est plus difficile de donner une évaluation pour la part du logement dans le revenu du domestique de ferme engagé à l'année.
Les domestiques de ferme, premier ou second garçon, laboureur, berger, etc., appartiennent à la classe ouvrière par le mode de leur rémunération comme par le genre de leur travail.] Les domestiques attachés au service personnel sont aussi des salariés ; mais ils ne collaborent pas d'ordinaire à la fabrication de produits destinés au commerce dont la valeur puisse servir à mesurer leur productivité ' individuelle ; ce sont principalement des services qu'ils rendent, et leurs produits, quand ils en créent, sont d'ordinaire consommés dans la famille sans qu'il s'établisse par la vente un compte de doit et avoir. Il est vrai qu'il y a des ouvriers dont le travail ne s'incorpore pas non plus dans une matière : tel est, par exemple, celui des hommes de peine.
On peut estimer qu'à Paris un domestique mâle qui a 70 francs de gages par mois, jouit d'un revenu — évaluation vague d'ailleurs — à peu près égal à celui d'un
COMPLÉMENTS ET SUPPLÉMENTS DE SALAIRE l6l
ouvrier gagnant régulièrement 7 francs par jour J et d'un bien-être matériel plus grand, compensation d'une dépendance plus étroite. La plupart des domestiques touchent des gratifications, étrennes, etc., qui sont des suppléments de salaire.
Les pourboires que reçoivent les garçons de peine qui portent des marchandises chez les clients sont aussi des suppléments. Pour les garçons d'hôtel et de café, ce sont plutôt des compléments ; car les pourboires sont comptés, quand ils entrent en service, comme constituant une part importante, voire même la totalité de leurs émoluments. Les étrennes d'un concierge dans une maison occupée par un grand nombre de locataires sont-elles complément ou supplément ? Peu importe ; de quelque nom qu'on les qualifie, ce sont des additions au revenu que font entrer en ligne de compte ces serviteurs quand ils recherchent une place.
Comme complément, peut-être doit-on noter le charbon de terre que les mines de houille accordent pour la plupart à leurs ouvriers, les vêtements que donnaient souvent et que donnent encore quelquefois les maîtresses a leurs femmes do chambre, et divers avantages résultant du patronage dont nous parlerons dans un autre chapitre.
1. A Paris l'ouvrier qui a un salaire de 7 francs à un revenu (pour 3 00 jours) de 2.100 francs; le domestique, avec 70 francs de gages, te loyer étant évalué à 3oo fr., la nourriture à 91 3 francs (a fr. 5o au minimum par jour), l'entretien du linge, le chauffage et l'éclairage à 100 fr. au moins, a un revenu éçal de :s . 1 53 francs.
l(')2 SALARIAT ET SALAIRES
Les sursalaires sont des suppléments de salaires. L'augmentation du prix de l'heure pour le temps pendant lequel l'ouvrier travaille sur la demande du patron après la durée normale de la journée (dans certains métiers) ou pendant la nuit (dans un grand nombre de métiers) est un sursalaire. Le salaire à l'heure ou à la lâche pour les ouvriers, au mois pour les employés, étant une fois fixé, un sursalaire s'y ajoute non comme une gratification due à la libéralité du patron, mais comme l'acquittement d'un contrat quand le service du salarié dépasse la moyenne de ce que le patron a droit d'attendre de lui et qu'il a payé par le salaire. Exemple : des ouvriers à la tâche font 10 pièces dans leur journée de dix heures ; tel en a fait 12 ; il y a bénéfice pour le patron, puisque ce supplément de 2 pièces est obtenu sans augmentation des frais généraux de l'atelier. Il est équitable que l'ouvrier ait une part du bénéfice en recevant de chaque unité supplémentaire un prix un peu supérieur au tarif, et le patron a intérêt à le promettre. Autre exemple : un chauffeur dépense par jour pour alimenter le foyer de sa chaudière une certaine quantité de charbon de terre ; si par une bonne conduite de son foyer il parvient à en user moins, le patron a intérêt à lui donner une partie de la valeur du combustible qu'il lui a épargné. Le premier exemple est la prime à la production, le second est la prime à l'économie. Les cas sont divers ; mais tous constituent une combinaison de salaire avantageuse aux deux par-
lies contractantes qui pour l'industrie devient une cause de bon marché.
Cependant les chefs du parti ouvrier ne recommandent guère l'économie de la matière et ils sont ouvertement hostiles au surplus de production, prétendant que l'exemple de surproduction servirait tôt ou tard aux entrepreneurs à abaisser le tarif à la pièce, que d'ailleurs la production intense des uns enlève à d'autres du travail que les patrons auraient sans elle été forcés de commander. Le premier grief peut trouver parfois sa justification dans les faits ; mais l'un et l'autre prouvent que le parti ne comprend pas assez que l'abondance du travail pour le salarié dépend en grande partie de la prospérité de l'industrie, laquelle dépend elle-même en partie du bon 'marché des produits.
Un autre obstacle à la généralisation du sursalaire, c'est qu'il est souvent très difficile de calculer le supplément de productivité quand le salaire n'est pas aux pièces ou quand il s'agit du fini du travail. Aussi les patrons préfèrent-ils d'ordinaire donner aux bons ouvriers un salaire supérieur à la moyenne ou supérieur au tarif, quand il y a tarif, de même qu'ils n'acceptent des travailleurs de capacité inférieure que pour un salaire inférieur aussi à la moyenne : ce dernier genre de contrat d'ailleurs n'est guère favorable à leur intérêt et ils ne l'acceptent souvent que par charité.
Dans les statistiques agricoles on a tenu compte de la nourriture pour les salariés de la ferme. En général, dans les autres statistiques, on ne mentionne pas les compléments et suppléments de salaires, quoiqu'ils ne soient pas sans importance pour l'existence d'un cer-
lG4 SALARIAT ET SALAIRES
tain nombre d'ouvriers, mais il n'est pas possible d'en calculer la valeur moyenne.
Certaines institutions de patronage industriel et les sociétés coopératives de consommation agissent comme suppléments de salaires. Nous en parlerons dans les chapitres suivants.
Une des conceptions les plus ingénieuses de supplément de salaire est assurément la participation aux bénéfices. Il ne faut pas la confondre avec le sursalaire dont nous venons de parler, ni avec les primes à la vente connues sous le nom de guelte, que des maisons de commerce, surtout des magasins de nouveautés, donnent à leurs employés au prorata de leurs ventes, et qui sont un stimulant efficace.
La participation aux bénéfices de l'entreprise est autre chose. On l'a définie : « Une libre convention par laquelle l'entrepreneur salariant assure à ses salariés, en sus du salaire normal, une part dans ses bénéfices, sans participation aux pertes. » Ce n'est donc pas une association; c'est un mode spécial de louage du travail, un genre de contrat conclu librement entre les parties, qui a pour objet de créer un droit à un complément éventuel de salaire. Elle ne résulte pas toujours, il est vrai, d'un contrat bilatéral écrit; mais, sans contrat, elle n'est plus qu'une libéralité (Volontaire du patron toujours révocable à son gré. Elle est dite individuelle et immédiate, quand le boni est directement payé, après inventaire, à chaque ayant droit; elle est dite encore indivi-
duelle, mais différée, quand le boni est placé à la caisse des retraites pour la vieillesse ou dans une assurance au compte du bénéficiaire et sur livret individuel .Elle estdite collective et réservée, quand le boni est attribué à une institution, telle par exemple qu'une société de secours mutuels, dont bénéficient tous les ayants droit. Elle est dite totale si tous les salariés de l'établissement y sont admis ; elle est partielle quand sont admis seulement les salariés qui remplissent certaines conditions déterminées par les statuts. Elle peut s'appliquer à i'ensemble des bénéfices annuels de l'entreprise ou être sectionnée par atelier si l'entreprise comprend des ateliers divers. Les détails du contrat, quand il y a contrat, varient suivant les espèces.
Une question sur laquelle les partisans de la participation sont divisés est de savoir comment doivent être calculés les bénéfices et comment les ouvriers en peuvent avoir connaissance. Les uns admettent que la publicité des livres de compte et des secrets de la clientèle pourrait avoir de très graves inconvénients commerciaux et que le patron doit être cru sur parole relativement au montant des bénéfices qu'il déclare. D'autres — et ce sont surtout les ouvriers — estiment que bénéfice net est un terme dont il importe de vérifier la réalité, parce qu'un patron peut le dissimuler en le transformant en un accroissement du capital de son exploitation, en abrégeant la durée de ses amortissements, etc., et qu'il importe que les intéressés puissent examiner les livres. Entre ces deux systèmes se place celui de la vérification par des experts, chargés par les ouvriers participants de faire cet examen et d'approuver ou d'improuver les comptes de l'établissement ;
lG6 SALARIAT ET SALAIRES
mais ce palliatif a un grave inconvénient qui est de nature à paralyser la bonne volonté des patrons.
L'obstacle des comptes n'est pas le seul. La participation ne convient guère à un établissement nouveau qui, ayant besoin de compléter son outillage et ses approvisionnements, ne procure pas, dès le début, des bénéfices disponibles, ni à un établissement qui donne des bénéfices dont l'irrégularité mécontenterait les participants, ni à un établissement qui en donne de trop modiques pour constituer un appoint des salaires suffisamment attrayant. Il faut un établissement solidement assis et prospère. D'autre part, sans être une véritable association, la participation est un lien qui nécessite, pour ne pas se rompre, l'harmonie dans la coopération. Cette harmonie, qu'il n'est pas toujours facile d'obtenir de deux ou trois associés en nom collectif opérant sur le pied d'égalité, est bien plus difficile à faire naître et subsister entre un patron et un groupe nombreux de subordonnés qui doivent obéir. Si le patron forme le lien, c'est qu'il espère que ses participants prenant intérêt à son affaire, déploieront une activité et un zèle qui lui vaudront des bénéfices supérieurs à la portion qu'il leur concède. Les ouvriers s'en contenteront-ils, surtout si leur quote-part individuelle est maigre? Pour adopter la participation, il faut, outre la solidité d'un établissement déjà prospère et donnant des bénéfices suffisamment réguliers, un patron qui ait non seulement foi dans le système, et qui réunisse les conditions susdites, mais qui ait l'esprit d'organisation et beaucoup de persévérance ; car ce n'est pas en un jour que l'on réunit dans un atelier un noyau d'ouvriers capables de comprendre la participation et
COMPLÉMENTS ET SUPPLÉMENTS DE SALAIRE I Cy-
cle la mériter. Or, le parti ouvrier français, qui met en tête de son programme la lutte de classe, est hostile à une combinaison qui implique l'accord en même temps que la sujétion patronale.
Il existe pourtant des établissements qui ont pratiqué avec succès la participation. Le plus ancien est celui de M. Leclaire, entrepreneur de peinture à Paris, qui, en 18.^2, a admis à la participation une partie de son personnel." Il comprit que dans sa profession, où les ouvriers, travaillant au dehors par équipes loin de l'œil du maître, étaient plus enclins que dans un atelier concentré à gaspiller le temps par flânerie et la matière par négligence, il pouvait être profitable de les intéresser à se surveiller eux-mêmes. L'expérience réussit. En 1869, sa fortune faite, M. Leclaire, qui n'avait pas d'enfants, eut la générosité de céder sa maison à des gérants associés en nom collectif qui devaient former le « noyau », c'est-à-dire un corps composé des meilleurs ouvriers et employés et recruté par cooptation. M. Leclaire compléta son œuvre en constituant comme commanditaire pour la somme de 200.000 fr. la caisse de prévoyance et de secours mutuels de l'établissement qu'il avait créée auparavant, et à laquelle il fit don de l'outillage, des matières et de la clientèle de sa maison. Cette libéralité fit de la maison Leclaire une société coopérative avec participation sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir plus loin, ainsi que sur le familistère de Guise qui est devenu aussi une société coopérative.
Un petit nombre d'autres patrons avaient introduit dans leur établissement la participation avant 1870, par exemple M. Debernydans sa fonderie. Ils ont eu des
lC8 SALARIAT ET SALAI BE S
imitateurs sous la troisième République. Depuis 1872, l'imprimerie Ghaix accorde i5 p. îoodeses bénéfices à ses ouvriers et employés au prorata de leur salaire, et depuis 1895 verse à la Caisse des retraites pour la vieillesse la somme afférente à chaque participant. VI. Gofïinon, entrepreneur de couverture et de plomberie à Paris, qui avait commencé à pratiquer la participation pendant le second Empire, a régularisé par contrat cette constitution en 1872, accordant 5 p. 100 de ses bénéfices à répartir par portions inégales, suivant le classement, à un groupe d'élite comprenant le tiers des ouvriers, la moitié de la part de chacun lui étant versée immédiatement en espèces et l'autre moitié étant placée en rente viagère sur livret individuel. La maison Laroche-Joubert sous le second Empire, la maison Marne, de Tours, en 1 87/1, ont adopté un système qui est qualifié inexactement de participation, puisqu'il est basé sur le chiffre de la production et sur le chiffre de la vente1, sans considération du bénéfice net, le boni étant versé en espèces pour moitié à l'intéressé et placé pour moitié à son compte à la Caisse des retraites. Dans la fabrique de lunettes Baille-Lemaire, industrie prospère, la participation existe depuis i885 ; depuis 1892, elle est du tiers ou du quart des bénéfices réalisés; elle est répartie au prorata du montant du salaire de chacun, y compris le patron qui entre en ligne de compte avec son personnel dans la proportion du salaire qu'il s'est attribué comme directeur ; chaque ayant droit touche les deux tiers de son boni en es-
1. i,35 p. 100 dans l'imprimerie et 2,5o daus la librairie de la maison Marne.
pèces, l'autre tiers est versé à la Caisse des retraites. Ce sont là des exemples ; nous en pourrions citer d'autres. Cependant il faut reconnaître que le système delà participation, fondé sur un principe recommandable (la solidarité des intérêts du salariant et des salariés) et assez souple pour revêtir des formes très diverses suivant la nature de l'entreprise et la conception du patron, n'a eu qu'une très médiocre fortune. Plusieurs maisons qui l'avaient adopté y ont renoncé1. Les difficultés d'installation et d'application que nous avons mentionnées en détournent la masse des patrons qui ne veulent pas se créer des embarras de cette sorte et n'y attirent pas les ouvriers qui, même quand ils ne sont pas systématiquement hostiles, n'y voient pas un avantage certain et suffisant. La participation n'est pas en progrès. On s'est même demandé si, en se généralisant, elle ne finirait pas par s'incorporer au salaire sans en élever le taux. En tout cas, il y aurait, suivant les maisons, une irrégularité injuste des salaires ayant pour cause non la capacité personnelle du salarié, mais celle de l'entrepreneur salariant.
1 . Un des renoncements les plus connus est celui de la houillère de Whitwood, exploitée par M. Briggs, dont le succès de i8C5 à 1872 a été célèbre ; la participation a été abandonnée par les patrons à la suite de difficultés avec les ouvriers. M. Bord, facteur de pianos, supprima, après vingt-deux ans de pratique, la participation, à la suite d'une grève de ses ouvriers (1892).