DURÉE HEBDOMADAIRE DU TRAVAIL I
Le sentiment religieux qui a inspire dans plusieurs pays le repos dominical en rend l'observation facile. En France, la défiance du gouvernement contre toute inspiration religieuse en a retardé le vote et en rendra plus difficile l'adoption générale par les mœurs. Cette loi impose aux inspecteurs du travail un surcroît de besogne dont ils s'acquittent péniblement. Les cas litigieux sont fréquents : le rapport de la Commission supérieure du travail en fait foi. Néanmoins il est certain que le repos hebdomadaire est désirable et que la loi peut contribuer à le rendre plus général. Les mœurs auraient peutêtre amené peu à peu, sans contrainte légale, le même résultat si l'Etat et les grandes Administrations qui relèvent plus ou moins directement de lui, avaient résolument donné l'exemple.
En Angleterre, l'obligation du repos dominical, au moins partiel, remonte à l'année 1677. ^a coutume l'a rendu général, en apparence du moins. Une loi du 17 avril 1901 a consacré cet usage pour les fabriques. Depuis un demi-siècle, le nombre d'heures de travail de la semaine a diminué dans certaines professions : par exemple ce nombre était pour les plâtriers de Belford de 60 heures en i85o et de 54 en 1890. Par contre, les tailleurs d'Edimbourg, les potiers de Glasgow sont restés au même taux. Il n'y a guère que les ouvriers du bâtiment qui soient au régime des 8 heures. Le Labour department, dans une statistique de 1893-1899, a constaté que les deux:
tiers des diminutions d'heures de la journée avaient été obtenus au moyen de la grève et un tiers sans grève.
La Suisse, à la suite d'une active propagande faite dans les cantons, a imposé le repos dominical par une loi fédérale qui est strictement observée ; des primes sont même données au dénonciateur. D'après les statistiques, la majorité des ouvriers travaille (travail effectif, sans compter les intervalles) 10 à 11 heures par jour et 67 à 60 heures par semaine x ; cependant dans le tissage la durée est le plus ordinairement de 62 1/2 à 65 heures.
L'Empire allemand a suivi l'exemple de la Suisse et a imposé le repos dominical par une loi de 1891 contre laquelle se sont élevées au début des protestations, mais dont la pratique est entrée aujourd'hui dans les habitudes de la population. Dans les mines, la journée varie entre 10 et 11 heures en Silésie et dans le Harz ; elle n'est que de 9 heures et même un peu moins dans les mines d'Etat du bassin de Sarrebruck pour les ouvriers du fond. Des conventions entre patrons et ouvriers dans divers métiers, principalement dans le bâtiment, ont fixé la durée du travail effectif entre 9 et 1 1 heures, le plus ordinairement à 10 heures ; dans l'imprimerie, les deux tiers des ouvriers travaillent 54 heures par semaine ; dans les manufactures les femmes au-dessus de 16 ans travaillent la moitié environ de 9 à 10 heures et l'autre moitié de 10 à 11 heures; il n'y en a qu'un dixième dont le travail dure seulement 9 heures ou moins. En Bavière et en Wurttemberg, la durée ordinaire de la journée est de 10 à 11 heures.
1. Dans beaucoup d'imprimeries le travail ne dure que 5i 1/2 à 54 heures.