‹ Salariat et SalairesChapitre 54 sur 111 · CHOMAGE · texte numérisé non relu

CHOMAGE

Le salaire journalier et le salaire hebdomadaire ne fournissent pas la mesure exacte et la moyenne générale du gain annuel dont vit l'ouvrier. Il faut tenir compte du chômage qui réduit le gain de l'année. Que nous apprend à ce sujet la statistique française? L'enquête de 1 891 -i8g3 sur les Salaires et durée du travail a prouvé que la moyenne des jours de travail dans les principales industries était de 290 jours avec des extrêmes de 327 jours dans les industries chimiques et de 255 dans la construction en pierre ; d'où il semble résulter que le chômage général est très inégal en durée moyenne suivant les professions et que le bâtiment est une des plus mal partagées.

On a interrogé la population au moyen du recensement. Celui de 1896 a indiqué une proportion de 3,i chômeurs sur 100 salariés, en général, le jour du recensement (mois de mars) ; celui de 1901, unepro-

portion de 3,4' ; pour les salariés de l'industrie cette proportion s'élevait à 4,5 p. ioo en 1896 et à 4,6 en 1901 (4,7 pour les ouvriers et 4,4 pour les ouvrières2). Par départements la proportion variait entre 8,4 (pour les ouvriers dans la Seine) et 1 environ (dans le Lot) ; par professions, de o,46 (dans les mines et carrières), professions stables, à 33, 1 (dans le moulage en plâtre).

Il y a naturellement moins de chômeurs dans un département tout agricole que dans un département où afflue constamment une immigration de travailleurs, et on en trouve moins dans une grande industrie régulière comme les mines que dans une industrie morcelée comme le moulage en plâtre.

D'après les renseignements fournis alors par les recensés on peut estimer que la durée du chômage antérieure au jour du recensement avait été de huit semaines.

Ce ne sont là que des indications approximatives.

L'enquête de 1 891 -1893 a calculé que pour 100 places il se trouvait 116 ouvriers, dont 79 étaient stables toute l'année et 37 instables. Parmi ces derniers la moitié (soit 17 1/2 p. 100 du total des ouvriers) restait par conséquent une moitié de l'année en chômage, et ce n'étaient pas naturellement les meilleurs ouvriers. Voilà un second indice. Mais en temps de crise cette proportion

i. Le 2k mars 1901, 227.557 hommes et 86.973 femmes ont déclaré être en chômage sur 6.100.000 hommes et 3 millions de femmes employés dans des établissements privés. La Seine et les Bouches-du-Rhône étaient les départements où la proportion du nombre des chômeurs relativement au nombre total des ouvriers était la plus forte. Mais il y a lieu d'ajouter que les- grandes villes sont d'ordinaire celles où affluent le plus de non -valeurs.

2. Suivant les syndicats ouvriers, le chômage en mars 1896 était de h. 8 ofx> et en mars, i 901 de 11 0/0. --■'•; — '-/ •-■-

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peut grossir beaucoup. Ainsi, à Berlin, pour ioo places vacantes dans les industries mécaniques, 1 26 ouvriers offraient leurs services en juillet 1906 ; en juillet 1908, il y en avait 3o8. En France une enquête demandée par le Conseil supérieur du travail a établi que le chômage avait varié p. 100 de 7 en 1897 à 9 en 1902.

Un certain nombre de syndicats ouvriers français fournissent mensuellement des renseignements. Quoique ces renseignements ne portent que sur une minime fraction de la classe ouvrière ' et qu'on ait lieu de penser qu'ils tendent à exagérer plutôt qu'à atténuer le chômage, ils sont utiles à recueillir. Ils accusent une moyenne annuelle dans l'industrie et le commerce de 6,8à 10,7 p. 100 du nombre total des ouvriers et employés. Cette moyenne n'atteint pas 6 dans l'industrie du livre2, tandis qu'elle est de i3 à i/i dans les textiles et qu'elle a varié de 12,1 en 1907 à 18,6 en 190/i dans le bâtiment, industrie dont la moyenne mensuelle monte jusqu'à 3o et même [\o (janvier 1906) en hiver. De 1900 à 1904, années de langueur économique, le nombre des chômeurs a été en augmentant ; il a été au contraire en diminuant de 1905 à 1907, années d'activité : ce qui est logique 3.

Il faut distinguer du chômage, qui est accidentel, les mortes saisons que supportent régulièrement certaines

1. i/jo.ooo à 306. 000 ouvriers par an depuis 1900 fournissent ces renseignements.

2. Dans l'industrie du livre, le maximum du chômage est pendant les vacances.

3. A la fin de 1907 cependant, depuis la crise américaine, le chômage a augmenté. Dans la mégisserie, on a constaté jusqu'à £o p. 100 d'ouvriers en chômage (Annonay, Millau), en partie à cause de la crise et en partie à cause de la mode des gants de fil.

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industries, comme le bâtiment, les modes, les conserves, et contre les inconvénients desquelles beaucoup de travailleurs se garantissent en exerçant une indus trie accessoire l. Elles figurent, d'après une note de l'Office du travail, pour un tiers dans le chômage total.

Il faut distinguer aussi la maladie, qui n'est pas une cause industrielle d'interruption du travail et dont les sociétés de secours mutuels atténuent les effets ; la maladie figure pour un quart (d'après l'Office du travail) dans le total.

En somme, les causes principales de chômage sont : i° causes économiques : l'excédent ordinaire de l'offre du travail sur la demande, cause permanente, la mortesaison, la torpeur commerciale qui est la suite d'une crise, la grève, le délaissement d'une industrie par la consommation, la transformation des procédés de fabrication ; 2° causes personnelles : la maladie ou l'infirmité, la vieillesse, l'irrégularité résultant de la flânerie, de l'insubordination ou de l'incapacité du travailleur.

A première vue, on est facilement porté à exagérer le nombre des chômeurs. Pendant la crise de 1906, en Angleterre, un membre du parti ouvrier à la Chambre des communes, Keir Hardie, disait les larmes aux yeux (27 octobre) : « Il y a 2.260.000 ouvriers ou manœuvres sans travail, c'est-à-dire, en y comprenant leurs familles, 6.760.000 victimes. » A quoi le ministre John Burns répondait : u II est faux que les victimes

1. Un aide-maçon à qui je demandais à New- York comment vivaient l'hiver les ouvriers du bâtiment : « En obtenant de balayer les rues quand on a de hautes protections, » me répondit-il. En France, beaucoup de inaçon9 retournent l'hiver dans leur pays.

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