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du manque de travail se comptent par millions4. Il est regrettable que les travailleurs fassent de grosses dépenses en boissons. Il importe qu'ils comptent davantage sur eux-mêmes et moins sur l'Etat et les municipalités, moins sur la charité aveugle, moins sur la philanthropie mal éclairée. » Il annonçait en même temps que le gouvernement faisait faire maintenant des travaux qui n'auraient du être exécutés qu'ultérieurement et qu'il emploierait à cet effet 125 millions d'oclobre à mars prochain.
Il y a dans la petite et dans la grande industrie un nombre considérable de salariés stables qui ne chôment pour ainsi dire jamais, excepté dans le cas de maladie.
Si les travailleurs peuvent trouver un remède aux mortes-saisons par l'exercice de deux professions, il n'en est ordinairement pas de même dans les autres cas. En temps de crise tout le monde souffre, employeurs et employés, ceux-ci plus que ceux-là parce qu'ils n'ont pas les mêmes réserves d'argent et que, tandis que le patron réduit ses frais en fermant, en tout ou en partie, son atelier, l'ouvrier nepeut guère réduire les frais d'entretien de sa famille sans subir de dures privations. Le chômage par transformation ou délaissement d'une industrie est souvent plus pénible encore parce qu'il est définitif. On dit que dans ce cas l'ouvrier changera de métier. Sans doute ; mais en attendant qu'il sache un autre métier ou qu'il trouve une autre place? Quant aux ou-
i. Au mois d'août 1908, d'après la statistique du Board of Irade, 12 p. 100 des ouvriers chômaient dans la mécanique, 2 5 p. 100 dans la construction navale, deux grandes industries qui souffraient plus que les autres; mais il n'y avait que 5,5 chômeurs p. 100 om tiers dans l'enseinhle des autres industries. En Allemagne, un député affirmait qu'il y avait 34o.ooo chômeurs.
vriers instables ou incapables, il n'y a guère que lacbarité qui puisse venir à leur secours. Il en est de même des ouvriers vieillis qui se replacent bien difficilement.
Les socialistes accusent le machinisme et la grande industrie moderne d'avoir aggravé le chômage ; les syndicats ouvriers endossent volontiers cette opinion *. C'est une erreur. Nous avons dit qu'il l'a dans certains cas rendu plus apparent et plus navrant en mettant sur le pavé des masses agglomérées. L'opinion populaire est portée dans ce cas à s'exagérer le mal. Mais la statistique a constaté que le chômage est précisément moindre dans les grands ateliers que dans les petits et surtout que dans le travail à domicile ; nous en savons la raison. Au temps passé, sous le régime de la petite industrie, le chômage résultant de nombreuses fêtes et autres causes ne laissait guère que a5o journées productives dans l'année2. Aujourd'hui la moyenne paraît être de 290 à 3oo et la majorité des ouvriers stables dans les usines et manufactures n'est presque pas atteinte par le chômage 3.
Les essais de statistique faits dans les pays étran-
1. Dans le projet de contrat collectif que le syndicat des terrassiers a proposé aux entrepreneurs (1 3 août 1908), l'argument suivant est donné en vue d'une augmentation de salaire : a Le chômage d'autrefois et celui d'aujourd'hui. En 1882, le machinisme n'avait pas remplacé le grand tiers de travailleurs manuels qu'il jette aujourd'hui sur le pavé, tant dans l'industrie qu'aux champs.. » Le syndicat généralisait trop ; ce qui est en partie vrai pour l'agriculture ne l'est pas pour l'industrie dont le nombre des ouvriers a augmenté.
2. Un document officiel, le calendrier de la Cour des monnaies, porte 1 55 jours fériés ; reste 210 jours de travail.
3. L'Office du travail ne compte pas dans les coefficients de chômage qu il calcule le syndicat des mineurs du Pas-de-Calais (environ 3o.ooo ouvriers), parce que le chômage y est à peu près nul.
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gers confirment à peu pics les résultats de la statistique française. Dans l'Etat de Massachusetts, de 1889 à 1895, la proportion pour les principales industries a été trouvée très faible (1,9 p. 100 en 1891) dans les années prospères et en grande augmentation en temps de crise, par exemple en 1890 où elle s'est élevée de 2,9 en juin à 22,3 en septembre. Dans le Rhode Island, en 1894 et 1895, le chômage a varié de 7,3 p. 100 (février 1895) à /|,5 (juin 189/i).
Le Gensus des Etats-Uni6, en 1890, a relevé une proportion de 16 chômeurs pour 100 travailleurs dans la population masculine au-dessus de 10 ans et de 10 dans la population féminine, et une longueur de chômage de 1 à 3 mois pour la moitié des chômeurs et de plus de 3 mois pour l'autre moitié1.
En Angleterre, la moyenne annuelle donnée par le Board of trade de 1887 à 1896 a été d'à peu près 3 p. 100 dans le bâtiment, de 6 dans les usines métallurgiques, de 4,5 pour l'ensemble, avec des variations mensuelles de 1,7 p. 100 (juillet 1889) à 10, 3 (janvier 1887). Dans les années de crise, comme 1887 et i8g3, le taux a atteint 8 et 7,5 p. 100, tandis qu'il est descendu à 2,1 dans les années prospères 1889 et 1890 2. De 1898 à 1907 la moyenne, d'après les rapports des « Trade unions », a été [\, 2 p. 100, variant de 2,4 en 1899 à 6,5 en 190/i ; c'est en février qu'il y a eu le plus de chômage. A en juger d'après la statistique des
1. Dans une étude qui s étend de 1861 à 1887, M. Wood a trouvé des moyennes annuelles variant de 1,9 p. 100 (1890) a 12, 5 (1879).
2. La commission anglaise de ComparabiUty of Britlshand Germanstalislics of unemployement (appendice IX) conclut qu'on ne peut pas comparer les données des deux pays sur la durée du chômage.
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trois années 189/4, 1896, 1896,1e chômage serait moindre et moins variable d'un mois à l'autre en Angleerre qu'en France. Faut-il attribuer cette différence à une plus forte et meilleure organisation des syndicats ? Ce ne sont là, d'ailleurs, à l'étranger comme en France, que des indications. Il n'y a pas de statistique précise du chômage, et il semble à peu près impossible qu'on trouve une moyenne générale satisfaisante parce que le taux varie avec les professions, les années, la situation personnelle des travailleurs.
Quelle qu'en soit la mesure, le chômage est un mal qui cause de grandes souffrances à la .classe ouvrière et auquel on cherche des remèdes ou tout au moins des adoucissements. Les gouvernements s'en préoccupent.
Les principaux moyens employés s'appliquent au placement, à l'indemnité et à l'assistance.
Dans presque tous les pays, il existe des bureaux de placement.
En France, il y avait jadis un grand nombre de bureaux de placement privés, surtout pour les domestiques. Un décret du 25 mars i852 les avait soumis à l'autorisation préalable. On a évalué à plus d'un million le nombre des placements qu'ils faisaient en une année. Mais on leur reprochait d'exploiter les salariés qu'ils prétendaient servir, reproche qui contribua à diminuer leur clientèle. Les syndicats ouvriers, qui étaient autorisés par la loi du 21 mars i884 à tenir des bureaux gratuits et qui aspiraient à accaparer le placement, leur étaient
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particulièrement hostiles. Ils ont obtenu la loi du i4 mars iqo/j. Cette loi porte :
« Les bureaux de placement gratuit créés par les municipalités, par les syndicats professionnels, patronaux, ouvriers ou mixtes, les bourses de travail, les compagnonnages, les sociétés de secours mutuels et toutes autres associations légalement constituées, ne seront soumis à aucune autorisation. Les communes de plus de 10.000 habitants sont tenues d'avoir un bureau municipal. Les bureaux payants peuvent être supprimés, avec indemnité pour les bureaux existant avant la loi. »
Contre certains bureaux payants il y avait sans doute des griefs légitimes ; mais la majorité rendait des services. Les municipalités en France n'ont qu'un rôle passif ; les syndicats ont un rôle partial ; la concurrence en cette matière comme en bien d'autres aurait tempéré les abus.
Depuis la loi de i884 des syndicats ouvriers, légalement constitués, se sont occupés du placement ; on en comptait en 1907 i.io5 cpii faisaient ce service. Ils ne sont pas à l'abri de la critique ; le premier reproche est de ne placer que les camarades syndiqués. Or, ces camarades ne sont qu'une minorité dans le métier et, comme la plupart des syndicats ne les admettent qu'à condition qu'ils soient des frères en politique, le placement se trouve détourné de son véritable but. Un autre reproche est qu'ils ne placent les ouvriers que dans l'ordre d'inscription, à peu près comme le faisait l'ancien compagnonnage, et qu'ainsi le patron perd le droit de choisir le collaborateur qui lui conviendrait le mieux. En outre, comme ils ne
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tolèrent pas qu'on embauche au-dessous de leur tarif, l'ouvrier de capacité inférieure que le patron accepterait peut-être à un prix réduit ne peut pas se placer ou, s'il se place, risque d'être promptement congédié. Les petits syndicats, de leur côté, trouvent la charge d'un bureau trop onéreuse. Ce n'est pas qu'ils veulent y renoncer ; mais ils demandent à l'Etat de leur allouer une subvention pour frais de bureau !.
Le placement est un des services pour lesquels les bourses du travail ont été créées. En effet, le vote du conseil municipal de Paris du 19 novembre 1900 porte que la bourse est destinée à remplacer les places de grève, les bureaux payants, et à centraliser l'offre et la demande de travail 2. En 1906, 89 bourses (Paris non compris) ont fait 98.000 placements, dont 62.000 à poste fixe et 3 6. 000 temporaires ; c'est peu relativement à ce qu'elles pourraient faire non seulement pour le placement, mais pour le déplacement dés ouvriers. Si elles se renfermaient dans leur véritable rôle, elles feraient moins de politique et elles se rendraient plus utiles à la classe ouvrière.
En 1906, on comptait 325 bureaux fondés par des syndicats patronaux ou par des fédérations patronales
1. Enquêtes faites par l'Office du travail. Voir clans le Bulletin de l'Office du travail (1907-1908) le dernier article (septembre 19,08) relatif au placement des domestiques. L'article conclut : « De renseignements recueillis auprès d'une quinzaine de bonnes et de domestiques il résulterait que la loi a amené la baisse des salaires (?)... Des sociétés fictives ne se seraient constituées que pour masquer leurs opérations de placement pavant. Des concierges et des marchands de vin s'occuperaient de placement en prenant un gros bénéfice.