Dont 1 million pour la perte sur les logements
2. Et même 20 pour la compagnie de Blanzy, ce qui n'a pas empêché la propagande socialiste et la grève.
Sans être très nombreux, les patronages de ce genre ne manquent ni en France ni à l'étranger. Quelques établissements sont célèbres en ce genre, comme celui de Sunlight en Angleterre, celui de Solvay en Belgique, celui de Krupp en Allemagne.
Il n'y a sans doute que des établissements importants et prospères qui soient capables de réunir un tel ensemble d'institutions ; ils ne sont pas nombreux. Mais il y a des exemples assez fréquents d'oeuvres partielles plus modestes dans des usines et manufactures, dans les syndicats patronaux, lesquels ont créé des offices de placement, des cours d'apprentis, et même, comme l'a fait la société de l'orphelinat de la bijouterie, une maison d'éducation pour les enfants de ses ouvriers décédés. On pourrait citer à Paris, où l'esprit d'antagonisme est pourtant très accentué dans la classe ouvrière, telles maisons, comme la fonderie de caractères Tuleu et la fabrique de jumelles Baille- Lemaire, qui ont su unir avec succès le patronage à la participation aux bénéfices.
Le patronage industriel ne disparaîtra probablement pas, parce qu'il y a, comme nous l'avons dit, des cas où il s'impose, notamment pour le logement. Mais il a cessé de progresser et même il recule en France. Les grands industriels n'ont plus foi dans l'efficacité morale du patronage. La classe ouvrière est animée d'idées d'indépendance qui y sont contraires. Le socialisme le lui fait envisager comme un soporifique dosé de manière à endormir les travailleurs en leur faisant croire que le capitalisme, qui leur vole le fruit de leur travail, est leur bienfaiteur.
Une telle disposition des esprits est regrettable.
Des groupes d'ouvriers gagnaient et gagnent encore au patronage, qui procure une sorte de supplément de salaire, en tout cas un supplément de bien-être, et qui n'est nullement inconciliable avec la liberté individuelle. Mais il y a des courants d'opinion qui sont plus forts que l'intérêt bien entendu.
Le patronage social est moins menacé que le patronage industriel. Il a même fait depuis un demisiècle de très notables progrès à la fois par l'extension, par la variété des applications et par une meilleure entente de l'assistance. Il se distingue du patronage industriel en ce qu'il n'est pas professionnel, c'est-à-dire qu'il n'est pas exercé par l'employeur à l'égard de ses employés. Il l'est par des philanthropes à l'égard de membres de la société ayant besoin d'aide ; il est inspiré par le sentiment de la charité ou delà solidarité. Le reproche d'asservissement au patron n'atteint pas ce mode, et le lien de reconnaissance envers le bienfaiteur qu'il pourrait créer est le plus souvent porté si légèrement qu'il n'entrave en aucune façon la libre action de l'obligé.
Les institutions du patronage social rendent des services méritoires, notamment aux apprentis. Telles sont la maison israélite de refuge pour l'enfance à Neuilly, la société de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures qui a été fondée par Dumas en 1866, l'orphelinat évangélique des Batignolles, la ligue paternelle des enfants de France
fondée en 1896, le comité de patronage des apprentis de l'Eglise réformée qui remonte à i853, la société d'apprentissage des jeunes orphelins à Paris, beaucoup plus ancienne, les nombreux patronages de la société de Saint-Vincent-de-Paul fondés sous l'inspiration de M. de Melun, la société des amis de l'enfance pour l'éducation et l'apprentissage des jeunes garçons pauvres de la ville de Paris, etc. C'est au département de la Seine qu'appartiennent ces institutions.
On en trouve aussi dans les villes industrielles de province. Il était à propos d'en indiquer l'existence ; il n'y a pas lieu d'y insister, parce qu'elles ne se rattachent qu'indirectement à la question du salariat.
On peut citer comme s'y rattachant davantage les ligues de consommateurs qui se proposent de réserver entièrement leur clientèle aux marchands et fabricants qui non seulement vendent des produits de qualité loyale, mais des produits fabriqués dans des conditions convenables relativement à l'hygiène, au salaire et au bien-être des ouvriers. L'idée a pris corps d'abord en Amérique, grâce au dévouement de Mrs Lowell : « Le devoir du consommateur, disait-il. est de rechercher dans quelles conditions sont fabriqués les articles qu'il achète et d'exiger que les conditions soient au moins morales et permettent au travailleur de vivre dignement. » Une soixantaine de ligues se sont formées aux Etats-Unis qui ont eu quelque succès et ont fait reculer à New-York le « Sweating System » ; elles publient des « listes blanches », c'est-à-dire des listes des maisons qu'elles recommandent; elles conseillent l'emploi du «label», c'est-à-dire delà marque de fabrique, par les maisons recommandées. Elles ont
fait quelques imitatrices en Europe et, au mois de septembre 1908, s'est tenu à Genève un premier congrès des ligues sociales d'acheteurs.
L'intention est bonne. Que sera1 la pratique? Ges listes blanches, dressées sur lès indications des syndicats, seront-elles toujours bien renseignées et impartiales, et, quand le congrès émet le vœu que a les acheteurs ne se désintéressent jamais des conflits entre les travailleurs et les employeurs et s'efforcent par des moyens variés et appropriés à chaque cas de servir la cause pratique de la justice, » n'engage-t-il pas les ligues dans une voie dangereuse ?