‹ Salmis de nouvellesChapitre 13 sur 23 · LÉGENDE ARABE · texte numérisé non relu

LÉGENDE ARABE

— DOCTEl.l l'ERROV —

Qui n*a pas lu dans la Bible la merveilleuse histoire du fils de Jacob et de Rachel ? L'antiquité, si suave dans ses récits, n'a rien qu'elle puisse mettre au-dessus de ces pages. Jamais les sociétés primitives n'ont parlé une plus belle langue. Moïse, dans cet épisode, est au moins le rival d'Homère. La civilisation hébraïque et la civilisation grecque se rapprochent ainsi lune de l'autre dans les vieux monuments de leur génie.

L'histoire de Joseph ne pouvait échapper aux Arabes ; trop de liens rattachent clans le passé les fils d'Isaac et les fils d'Ismaël. Déjà le fondateur de l'islam s'empare de ces souvenirs et leur donne une place dans le livre qui de-

vient la hase des sociétés musulmanes. Mais Fauteur du Coran est moins tendre que Fauteur du Pentateuque. Sun • récit est plein de froideur et de sécheresse. Toutefois, à entendre les musulmans, il y a une puissance toute particulière attachée à l'histoire de Joseph, telle que Mahomet Ta écrite : c'est un récit de malheurs qui porte malheur. On dit aujourd'hui au Caire, avec une sorte de terreur religieuse, qu'il suffit de lire en commun ce formidable saura, pour que les personnes qui composent l'auditoire ne puissent jamais se réunir. On ajoute que, si on fait cette lecture quarante jours de suite dans une maison, l'édifiée s'écroule et le> habitants sont dispersés, sans qu'il soit possihle d'en avoir jamais des nouvelles.

Du reste, suivant la tradition arabe, Mahomet n'aurait pas mis dans le Coran tout ce qu'il savait de Joseph. Voici un récit qui circule parmi les docteurs de l'islam. « Tous les prophètes, disent-ils. qui ont paru dans le monde depuis Joseph, ont appris de Dieu jusque dans les moindres détails F- événements de la vie du plus beau des prophètes. Dieu en a donc fait la révélation à notre saint envoyé Mahomet. Aus>i 1rs Juifs lui disant un jour pour l'éprouver : « Mahomet, situ es véritablement prophète. « conte-nous Fhistoire de Joseph et de ses frères. » il se mit à raconter Fhistoire du sauveur de l'Egypte, et, modulant son récit, il élevait et baissait la voix tour à tour, et ses yeux répandaient des larmes. Les Juifs, profondément émus, pleurèrent avec lui, et s'écrièrent : — Certes, Dieu a révélé à Mahomet l'histoire de Joseph plus complète qu'elle n'est dan> notre saint livre. Qui donc. Mahomet, t'a appris ce beau récitl car nous le tenons caché et nous ne Pavons communiqué jamais qu'à des Juifs. — C'est mon Dieu qui me l'a révélé. — En effet, ce ne peut être que Dieu. »

L'imagination arabe, toujours prête à prendre son vol, ne pouvait désirer rien de mieux que cette tradition. Elle se trouvait autorisée à sortir non-seulement du texte de la . Bible, qui n'était pas un frein pour elle, mais encore de celui du Coran, où elle devait s'emprisonner : cette liberté que lui laissait l'islam à l'endroit de Joseph, elle en a profité largement. Le fils de Jacob et de Rachel est devenu pour elle un sujet fécond de fantaisies poétiques : elle s'est éloignée à la fois de la simplicité de la Bible et de la sécheresse du Coran : elle a conçu Joseph comme le type et l'idéal de la beauté; il réunit la force de l'homme à la grâce de la femme: prophète et fils de prophète, il a reçu tous les dons du cœur et de l'esprit; il est investi de la double puissance du génie et de la vertu. En un mot, c'est la physionomie la plus ravissante de l'antiquité.

Telle est ridée générale qui domine dans ces récits populaires, que le souvenir de Joseph a inspirés aux Arabes. On la retrouvera dans la légende que l'on va lire, avec ce luxe d'images familier aux Orientaux. Cette légende, je l'ai traduite d'un manuscrit qui me fut vendu au Caire, il y a près de deux ans, et qui a pour auteur, Omar, fils d'Ibrahim, l'Ausaride, de la tribu des Benou-Aûs.

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