‹ Salmis de nouvellesChapitre 14 sur 23 · SIR QUI SOIT LA BÉNÉPICTIOS DE LIEU, SANS ADDITIONS M SUPPRESSIONS · texte numérisé non relu

SIR QUI SOIT LA BÉNÉPICTIOS DE LIEU, SANS ADDITIONS M SUPPRESSIONS

Jacob dans le pays tic Chanaan. — Miracles. — Naissance de Joseph, iils <l< Ràhyl. — Joseph emmené de la demeure de son père.

Lorsque Jacob eut reçu il»- Dieu l'ordre de retourner au pays de Chanaan, il en informa La ban, son oncle. « Que Dieu, «lit Laban à Jacob, te récompense du bien que tu m'as fait. Il m'est pénible de me séparer de loi el île mes lillcs; mais la volonté de Dieu est au-dessus de la mienne Prends de mes biens ce qui te plaira, et pars. — Je ne désire que des troupeaux, reprit Jacob. » Et Laban lui donne mille têtes de gros et de menu bétail, cinq cents chameaux, autanl de chevaux, de mulets et d'ânes, avec les bergers <'t les serviteurs qui lui étaient nécessaires.

Jacob partil ; il avait alors dix garçons el une fille. Arrivé près du pays où étail son frère Ésaû, il lui envoya des présents, et Ésaû vint au-devant de Jacob, el les deux frères si reconcilièrent. Rsau, touché <•( ému, dit à Jacob :

« Oublie le passé, et pardonne-moi. Dieu fa élevé au-dessus de moi, car il t'a accordé le don de prophétie ; prie Dieu pour moi. » Et Jacob fit des vœux pour son frère, puis il lui dit : « Dieu t'accordera ses bienfaits; de tes reins sortira Ayoûb le prophète, le pieux, et Alexandre Zoùl- Carnein, roi vrai croyant qui conquerrav l'Orient et l'Occident. ))

Les deux frères se séparèrent. Jacob, arrivé dans la terre de Chanaan, se construisit une demeure, pour lui. ses femmes, ses enfants et ses troupeaux.

Il y avait alors pour roi, en Ghanaan. un prince appelé Singar, fils de Daran, et habitant la forteresse de Sélàlim. Informé de l'arrivée de Jacob, il marcha avec une troupe nombreuse contre le prophète, dans l'intention de le tuer. Mais, quand il sut que Jacob n'avait avec lui que peu de gens, il se repentit d'avoir fait de si grands préparatifs contre des étrangers qui semblaient inoffensifs. Et il dit à ses courtisans : « Je croyais vraiment que nous allions à la rencontre d'une armée. Mais suivez-moi. vous seulement, et voyons ce que sont et ce que vont nous dire ces intrus. »

Le roi s'avance vers Jacob, et le trouve assis sous une hutte en roseaux. Le prophète avait un djubbeh de laine, un turban de laine et un caleçon de laine. « Qui es-tu? dit. le roi à Jacob; d'où viens-tu, et pourquoi t'établis-tu sur mes terres sans ma permission? — Je suis Jacob, iils d'Ishâc, fils d'Abraham, l'ami de Dieu ; j'arrive de Syrie, je m'établis ici par la permission de mon Dieu, le maître de la terre, et je viens, par ordre de ce Dieu, f appeler toi et ton peuple à la vraie foi. Si tu crois en lui, ta puissance se consolidera, et tu auras une magnifique récompense. Si tu refuses de croire, je te combattrai. — Et avec qui. dit le roi offensé, me combattras-tu? où est ton armée? — Je

mbattrai par la force de Dieu el la force de sesang - -t par la s dix enfants. qui sont mes fils.

L . !•• lu roi éclata : mais un des courtisans dit au prince: Comment cet homme te résisterait-il 1 C*esl un i. •

L roi -'en alla el se retira dans sa citadelle. Jacob continua, m à l'appeler à la vrai»1 foi. Enfin

Choumoun ' <lit a son p>'uv : Prophète du s a ur, si tu me le permets, je te ferai bon compte de la citadelle '1

. — 1 lit J son tils. Et Ghonmonn -'approche

de la citadelle, »'t en frappe la porte d'un violent coup de en prononç s mots: Mon Dieu, ouvre-nous-la,

fu es la meilleure îles clefs. Au nom du Dieu d'Abraham, 'Visite et de Jacob ! Et la citadelle s'ébranle el s'écroule, '•t. en tombant, écrase le roi el presque tons ceux qui étaient enfermes avec lui. î «s fils pénétrèrent à travers

durent un butin immens L famille patrie] - lans d'autres lieux égale-

ment fortifies. Il y avait soixante et dix citadelles. L'éponles envahit t"Ut-->. el elles - - mirent à Jacob. Ensuite l'ai . G brie! vnrt annoncer an patriarche qu'il iur. :•■ deux fils. ] sept et Benjamin. Jacob était

alors en prière. Il se 1ère i l'instant, va trouver Ràhvl". -'unit a elle, .--t la voilà mère de Joseph. En réjouissance, re un grand festin, el distribue de la nourriture aux pauvres el aux malheureux. Ce fut une grande fête.

: h vint an monde, »-t Jacob le s r le baisa es •-ntiv les veux.

grandit; et. «lit h' -avant kàh-'l-Ahhàr. Dieu lui donna <[uatt - qu'il avait aussi données autrefois

Simon dans le texte biblique.

bel

à Abraham, en le déclarant son ami. C'étaient la chemise de l'amitié, la ceinture de la victoire, envoyée du ciel à Abraham, quand Nemrod le fit jeter dans la tour de feu, le sceau de la prophétie, et enfin le bâton de la lumière. Et ce bâton avait cinq branches dont l'une portait tracé : « Abraham, mon ami ; » l'autre : i Ismael. mon holocauste; » la troisième : « Ishâc, mon pur ami : i la quatrième : a Jacob, mon Israël ; » et la dernière : « Joseph, monbien-aimé. sans tache. »

Les quatre dons de Dieu à Joseph furent l'origine de la jalousie que conçurent les dix, fils aînés de Jacob contre leur jeune frère. Cette jalousie s'accrut encore par l'amour plus empressé et plus tendre de Jacob pour Joseph, et Roubil en eut les cheveux blancs.

Un jour. Joseph qui dormait entre les bras de son vieux père, s'éveilla en sursaut et tout épouvanté, « Qu'as-tu. mon cher enfant '? s'écria Jacob. — G mon père! je viens de voir en songe qu'on m'a pris mon bâton, qu'on l'a planté en terre, qu'il a poussé de suite des racines, s'est étalé en rameaux, s'est couvert de fruits et a élancé sa tige dans les airs. Sont arrivés mes frères, qui ont planté leurs bâtons autour du mien; mais leurs bâtons n'ont eu ni racines ni branches. Et mon bâton s'est incliné et penché vers les leurs, les a arrachés et les a jetés au loin, i

Jacob écouta ce songe sans l'expliquer, mais la haine et la jalousie des frères de Joseph s'en irritèrent davantage. Le vieillard, par sa pénétration et sa puissance prophétitiques. s'en aperçut, et il commença à craindre pour son jeune fils.

Lorsque Joseph eut accompli sa dixième année, son père égorgea un mouton, le fit rôtir, le servit, et appela ses fils à manger. Jacob était préoccupé pour son fils, absorbé dans ses réflexions. In mendiant se présenta à la

porte, "n ne lui donna rien, et il 9e retira. Jacob s'émeut t. .ni à coup : àvez-vous, dit-il. donné quelque nourriture pauvre 1 — Non. tune nous l'as pas commandé. Jaeob, afflige de cet oubli, reprochait à ses enfants leur peu de charité, lorsqu'une voix mystérieuse dil ces mots au \i<'u\ patriarche : i Jacob, le fumet de ton repas a jeté un-' Bamme dévorante dans le cœur uV ce malheureux ; nne Damme au>si ardente t.- dévorera le cœur. Une tris-

SS4 profonde pénétra Pâme du vieillard.

Li nuit suivante, Jacob vit en songe son cher Joseph .m milieu d'une plaine déserte, <-t »lix loups se ruaient sur lui pour If déchirer. Le jeune enfant se débattait, luttait, .'t tout à coup parut un autre loup vigoureux et fort qui !»■ débarrassa, le délivra, et ensuite l' jeta dans un trou :

sepfc n'en sortit que ti"i- jours après

Jacob se réveille : il étreint Joseph dans ses bras, le couvre de ses baisers, le serre contre son cœur, et F inonde ws li tî : s. i garda bien <le parler à <|ui que

ce fut «le sa vi-ion.

Lorsque Joseph était dans sa treizième année, il eut, ■m nuit, du jeudi au vendredi, un autre songe merveilleux. Il dormaii à côté de son père, et tout ;i coup il s'éveilh* épouvanté. Pourquoi cette frayeur, mon fils? «lit lacob. — Omon père! je voyais ouverte la port." descieux; ••t la tune scintillante semblait prête à se briser, tanl elle pétillait d'un vif éclat; le soleil brillait aussi, et moi, il m.- semblait me voir \<"'tu d'un manteau dont la splendeur éclairait toute la terre. Onze étoiles se détachèrent «lu firmament; leur lumière égalait enlledu soleil .'t de la lune, elles se prosternèrent devant moi. — Hou enfant, gardelai de raconter et songe à tes frères; ils t.- tendraient quelque piège; caj Satan est toujours prêt i pousser au mal.

Cependant le récit de ce songe parvint aux frères de Joseph, et porta leur haine au plus haut degré. Choumoun dit : « Comment! Joseph nous serait-il un jour imposé comme maître? N'a-t-i! pas toutes les préférences de notre père ? C'est pour cela qu'il vient nous raconter tant de visions mensongères. — Tuons-le, dit un de ses frères, ou bien perdons-le dans un lieu éloigné et désert. Notre père alors nous rendra toutes ses affections. — Non, dit Juda, ne tuez pas cet enfant. Jetez-le plutôt dans un puits. Il pourra alors être recueilli par des voyageurs. — Mais, dit Roubil, notre père ne nous confiera pas son Joseph. Voici peut-être un moyen d'entraîner l'enfant avec nous. Nous nous mettrons à jouer devant lui; il se laissera probablement attirer au jeu avec nous, et nous l'éioignerons alors peu à peu de la maison. » Le projet fut accepté, et tous, en présence de leur jeune frère, se mirent à jouer avec leurs bâtons. Joseph, animé par leur joie, prit aussi son bâton, et se mêla à ses frères. Puis, par un beau moment d'entrain, Roubil dit au jeune enfant : « Certes, Joseph, si tu connaissais le plaisir d'un repas à la campagne, au milieu de nos prairies, si tu savais comme on boit avec délices, si tu voyais nos jeux, nos amusements, qui réjouiraient même les anges, tu voudrais être des nôtres, partager notre vie! — Mes frères, dit Joseph, allez donc prier mon père de me laisser aller avec vous. »

Et ils allèrent dire à Jacob : « Pourquoi craignez-vous de nous confier Joseph? Pouvons-nous lui donner de mauvais conseils? Permettez-lui de venir demain à la campagne jouer avec nous ; nous aurons soin de lui. — Je serais trop inquiet, mes enfants; j'aurais peur que, si un moment vous le laissiez seul, il ne devînt la proie du loup. — Si \o loup le mangeait, il faut avouer que ce serait un

peu fort, nous étant là. — Eli ! si Joseph le désire, je le laisserai aller avec vous. — Oh ! oui. mon père, s'écrie l'enfant, permettez-moi de les accompagner. »

Le lendemain. Jacob habilla Joseph, lui fit mettre un caleçon, une chemise, un turban et une ceinture; lui donna un bâton, et lui prépara des provisions et de l'eau.

Mes infants, dit-il à ses fils, si Joseph a faim, donnezlui à manger: s'il a soif, donnez-lui à boire. » Puis il les lit jurer de lui ramener promptement son cher Joseph. Jacob les accompagna tous jusqu'à une certaine distance, et. avant de revenir sur ses pas, il embrassa son jeune fils, I'- -erra contre son cœur: « Que Dieu te protège, mon enfant ! i dit-il- Et, en s'en retournant, il s'arrêta quelques instants sur une colline pour suivre des yeux ses fils. Dès qu'il ne les aperçut plus, il se repentit de sa condescendance, il revint triste et pensif.

Joseph dans le puits. — Le loup parlant. — Joseph vendu à la caravane

de Mâlek.

Bientôt les frères dé Joseph doublèrent le pas, et le pauvre enfant, laissé derrière, hâtait sa marche, pleurait, et ne pouvail suivre ses frères, et il leur criait : t Donnezmoi à boire! Se- frères brisèrent le vase à Peau, "t lui répondirent de loin : •< Dis à tes songes, à tes visions, de l'apporter à boire. — Je vous le jure par les cheveux blancs d'Abraham, je n'ai pas menti en vous racontant mes son- -' s. Ensuite, les frères jetèrent les provisions aux chiens.

Accablé de fatigue, de faim, de soif, l'enfant marchait péniblement, s'épuisait, et il conjurait ses frères d'avoir pitié de lui. Vaines prières. Un d'eux vint à lui, et le souffleta. « 0 mon Dieu! comme vous avez vite oublié ce que vous avez promis à notre père, oublié que je suis votre frère! »

Quand on fut au loin, près d'une montagne dans le désert, un des fils de Jacob dit : « Allons, il faut tuer Joseph ici. ' — Ne le tuez pas, dit Juda ; vous auriez tous les malheurs de Càbyl lorsqu'il eut massacré Hàbil *.' » Néanmoins Joseph allait être tué par ses frères lorsque la montagne leur cria : « Gardez-vous bien de tuer Joseph auprès de moi! » Ils s'éloignèrent, et, à quelque distance, ils rencontrèrent un loup qui leur parla en hébreu : « Si vous avez le malheur de tuer Joseph, je rassemble contre vous toutes les bêtes féroces, qui vous mettront les chairs en morceaux. » Peu effrayés de ces menaces, les fils de Jacob continuèrent leur route.

Ils arrivèrent à l'endroit où étaient leurs troupeaux, et ce ne fut que quelque temps après que Joseph les atteignit ; il était haletant, affamé, brûlant de soif. « Ileconduisez-moi auprès de mon père, dit Joseph ; je vous jure par le ciel que je ne lui dirai rien, que je ne me plaindrai pas. — Enfant de Râhyl, lui répliquèrent-ils, nous ne te lâchons pas que tes songes menteurs ne te viennent enlever d'ici. — Oh! reconduisez-moi auprès de mon père ; je serai soumis en esclave à toutes vos volontés ; toutes les fois que vous reviendrez des pâturages, je vous honorerai par toutes les marques possibles de respect. Oh ! ne me tuez pas. Je prierai Dieu de vous pardonner, de vous faire grâce pour vos intentions. Vous, enfants de Jacob, craignez donc Dieu, et ne

' Caïn et Abel.

versez pas mon sang. Uappelez-vous donc que vous descendez d'aïeux purs et suints. — N'écoutez point toutes ces belles paroles, dit Clioumoun. t Et il appliqua un soufflet à Joseph.

Le malheureux enfant, épouvanté, désespéré, se précipite vers Juda, s'attache à lui : « Mon frère, g'écrie-t-il, ta mère est sœur de ma mère, et tu ne me défends pas contre la violence de qui veut m'égorger! Tu ouhliesdonc que, si Jacob mourait, c'est toi qui nous servirais de père! >»

Juda. tout ému. e*t serrant Joseph contre lui : i Je vous défends de toucher à cet enfant ; je prendrai sur vous, ici. I»' talion de son sang, et je découvrirai votre crime à Jacob. — Nous voyons tes intentions. Tu veux sauver Joseph pour l'en luire un mérite auprès de Jacob, et avoir ensuite la haute main sur nous. Par Dieu! tu vas nous livrer Joseph. ou nous te tuons avec lui. — Mais, dit Juda étonné, il vaut mieux le descendit1 au fond d'un puits, où l'ennui, le chagrin, la douleur, mettront bientôt fin à ses jours; au moins. \ous ne serez point souillés du sang d'un frère.

Cet avis fut accepté: Juda se leva el se sépara de Joseph, i Je n'ai donc plus d'espoir; tu m'abandonnes. Juda ! dit Joseph. — Mais, dit Juda à ses frères, je ne \mi> livre cet enfant que lorsque vous m'aurez promis, par serment, de ne pas attenter directement à sa vie, de ne pas le lapider dans le puits, de ne pas essayer de lui faire le moindre mal. i Tous jurèrent, et l'enfant pleurait. Juda lui dit : i Va. mon frère, va, il le faut-, ils vont te descendre dans le puits, mais Dieu saura t'en retirer, te garantir de malheurs. Je vois une magnifique lumière t'entourer: en elle est le présage assuré de ton salut, de ta délivrance. »

On prit Joseph et on le conduisit à un puits étroit, ayani de l'eau saumàtre. Ce puits, situé sur le bord d'un

chemin, avait été creusé par Sera, fils de Noé, et portait cette inscription : « Le puits de la douleur, s On enleva à Joseph sa chemise et ses autres vêtements ; on lui lia une corde autour des reins. On le descendit à demi-profondeur du puits, et on lâcha tout à coup la corde, afin que la violence de la chute tuât le malheureux enfant. Mais l'ange Gahriel le reçut dans ses bras, et lui dit : « N'aie pas peur, cher enfant. Dieu est avec toi, et je suis Gabriel. »

Or, vers le milieu du puits, un quartier de rocher s'avança, et forma un siège qui reçut Joseph.

Quelques instants après, le fidèle Gabriel reparut avec des mets qu'il apportait du paradis. Joseph mangea. L'ange lui fit jaillir des parois du puits une eau plus douce que le frais rayon de miel. Joseph but. L'ange le revêtit aussi d'une chemise du paradis, et dit au fils de Jadob : « Répète ces paroles saintes : 0 mon Dieu! ouvrier de toute œuvre, réparateur de toute infortune, consolateur de tout abandonné, compagnon de tout étranger, toi, toujours près et jamais loin de l'homme, fais que mon malheur soit joie et bonheur; sors-moi d'ici, ô Seigneur des miséricordes ! » Et l'ange disparut.

Les frères de Joseph revinrent à la bouche du puits pour lapider leur frère. Juda leur rappela avec énergie leur serment, et ils renoncèrent à leur projet. Mais Choumoun se penchant sur le puits : « Joseph, cria-t-il, grâce à Dieu, qui nous a rendus maîtres de toi, et qui accomplit à présent les présages de les songes! — Choumoun, répondit Joseph, tu dis grâce à Dieu . oui, grâce à Dieu partout et pour tout ! » Les autres frères de Joseph insultèrent tour à tour â son malheur, lui reprochèrent ses prétentions à les dominer malgré son jeune âge, le traitèrent de visionnaire, l'accusèrent de mensonge et de trahison. « Je mets mon espoir en Dieu, répondit Joseph ; le mensonge et la

trahison sont dans votre cœur, car vous avez trompé votre

prie. Dieu vous en demandera compte un jour. El toi, Juda. ne parle point à Jacob de tout ce qu'ils m'ont fait! Mais, lorsque tu passeras auprès d'un malheureux, d'un homme victime d'une injustice, rappelle-toi Joseph. Et, quand tu verras Benjamin, embrasse-le en souvenir de moi : appelle-le désormais l'unique fils de Jacob. »

Les frères de Joseph partirent, égorgèrent un chevreau. en enlevèrent la peau, le firent rôtir, le mandèrent, et trempèrent dans son sang la chemise de Joseph. Ilsretournèrenl ensuite à la demeure de Jacob.

Mais le vieillard, qui les attendait, ordonna à sa fille de monter sur la terrasse de la maison, afin d'épier le retour il.' son cher Joseph. Lorsque la jeune fille fut monté.', elle entendit de loin les cris de lamentations de ses frères, et elle s'empressa de redescendre. «Qu'y a-t-il. ma fille? dit Jacob. — Voici mes frères, ils arrivent en pleurant. Le vieillard resta consterné. Et ses fils entrèrent tout en larmes, i Pourquoi ces larmes, mes fils'! s'écrie tout à coup Jacob: quoi ! je ne vois pas mon cher Joseph, la fraîcheur de mes veux. — Oh ! un affreux malheur nous est arrivé. Nous étions à courir, à jouer: nous avions laissé Joseph près de nos vêtements... un loup l'a dévoré. Ifélas! tu ne nous crois pas, et cependant le malheur n'est que trop vrai. Voilà sa chemise, elle est toute souillée deson sang. ■ Jacob poussa un grand cri. et s'évanouit. Revenu a lui : i Joseph, ô douleur! dit-il. Ton songe me l'avait prédit. Mes précautions, mes soins, mes craintes, ne t'ont servi de rien. Bêlas! je t'endormais près de moi. ta tête reposée sur mon bras; et. dans ton paisible sommeil, je te couvrais et te réchauffais de mon vêtement. Tu étais ma félicité, mon fils, tu étais nu-- délices. * Puis, agité, emporté par la douleur, Jacob monte sur la terrasse de sa demeure,

<'t criant à grands cris : « Oh ! lions du désert, habitants sauvages des sables, oiseaux dévorants, Jacob a perdu son fils ; non ! plus de joie et de bonheur pour le malheureux père, et plus de joie et de bonheur non plus pour vous! » Et tout ce qui l'entourait pleurait avec lui.

[I revient vers ses fils, et, prenant la chemise ensanglantée, il l'agite, la fixe longtemps. Il n'y aperçoit point les traces des dents et des griffes du loup. Et tout à coup : « Oh! ce loup n'a pas été cruel pour Joseph ; il ne lui a pas déchiré ses vêtements. Comment donc a-t-il pu retirer Joseph de sa chemise sans la déchirer? » Et, s'adressant à ses fils : « 11 y a là quelque mensonge, quelque ruse méchante. Non, un loup n'a pas dévoré Joseph ; amenez-moi le loup qui a dévoré mon fils. — Nous te ramènerons. » Les frères de Joseph sortirent, allèrent à la chasse, prirent un loup et ramenèrent à leur père. « Voilà le loup, direntils à Jacob; c'est lui qui a dévoré Joseph. — 0 mon Dieu ! s'écrie tout à coup le vieillard, mon Dieu, je t'en conjure, fais parler ce loup. » Dieu exauça la prière de Jacob, et voilà ([ue le loup éleva la voix et dit : <( Prophète de Dieu, tes fils m'accusent injustement. — Ils t'accusent d'avoir égorgé mon enfant. — Dieu me garde d'un pareil attentat! ne sais-tu donc pas que la chair des prophètes est défendue aux bêtes sauvages? Et puis je suis un loup étranger dans ce pays ; je viens tout récemment d'Egypte pour rendre visite à un loup de mes amis, qui habite cette contrée. Tes fils m'ont attrapé à la chasse, et m'ont amené devant toi. »> Jacob congédia ie loup, qui répéta en s'éloignant à grande course : « Non, par Dieu! je ne reste pas dans un pays comme celui-ci, où les fils d'un prophète mentent si audacieusement, et accusent ainsi les bêtes sauvages. » Et, cheminant, le loup versa des larmes.

Jacob demeura seul, plongé dans sa douleur. « Que ne

puis-je savoir, disait-il, en quel lieu ils t'ont caché ou tue! S'ils t'ont caché. Dieu aura soin de toi; s'ils t'ont tué, Dieu m'en tiendra compte au jour du jugement. »

Vers I;i nuit. Joseph, toujours dans le puits, pleurait, fondait en larmes. Les anges des sept deux, émus de la désolation de l'enfant prophète, pleuraient aussi. Joseph répéta la prière que lui avait apprise Gahriel, et Dieu lui envoya de nouveau son ange. « Prends courage, dit Gabriel à l'enfant, sèche tes pleurs; Dieu te retirera d'ici, te confiera le salut de l'Egypte, «1 mettra tes frères à tes pieds. » D'autres anges encore vinrent consoler Joseph et s'entretenir avec lui. Trois jours se [lassèrent ainsi.

Le quatrième jour, une caravane arabe s'arrêta près du puits. C'était la caravane de Màlek, fils de Zarr, de la tribu arabe des Khozaïdes. « Va nous tirer de l'eau du puits, » «lit Màlek à son serviteur. Et celui-ci de descendre le seau. Joseph s'attrape à la corde, et l'ange Gabriel, le prenant par le bras, l'assied sur le seau. Le serviteur de Màlek trouve le seau pesant, se penche sur le puits, regarde et aperçoit un bel enfant, au visage resplendissant comme la lune au milieu des nuits, i Bouchray, cria aussitôt le serviteur, viens m'aider. il y a ici un jeune garçon, i Bouchray (c'était le nom d'un individu de la caravane) accourut; Joseph fut retiré du puits; et sa chemise ayant touché la figure de Bouchray, qui était borgne, l'œil perdu recouvra subitement la lumière.

Les gens de la caravane furent stupéfaits de la beauté du jeune prophète. Maisbientùt les lils de Jacob arrivèrent, et réclamèrent Joseph. « Cet enfant, dirent-ils, est notre esclave; il y a trois jours qu'il s'est enfui, et. depuis ce temps, nous courons à s* recherche. — Qui ètcs-vous'.' répondit Màlek. — Nous sommes les lils de Jacob. — Soyez les bienvenus. Mais, par Dieu! il est impossible que

cet enfant soit un esclave. Dites-nous qui il est. » Alors les fils de Jacob dirent en hébreu à Joseph : « Vois ce qui le convient le mieux, ou de te déclarer ici notre esclave, et nous te vendons à ces Arabes, ou de te déclarer notre frère, et nous te prenons avec nous et te tuons. » Et des larmes tombèrent des yeux de Joseph. « Pourquoi pleures-tu, mon fils? lui dit Mâlek. — Je vais être séparé de mes maîtres. — Tu es donc esclave? — Je suis esclave. » Joseph, par cette réponse, entendait mentalement esclave de Dieu. « Voulez-vous me le vendre? dit alors Màlek. — Volontiers. » Le marché fut conclu pour dix-huit drachmes.

Un jour que Mahomet lisait le passage du Coran où il est dit : « Ils vendirent Joseph pour quelques viles drachmes, » il s'écria : « Comme ils ont vendu à vil prix mon frère Joseph ! »

Les fils de Jacob se partagèrent le prix de la vente. Juda allait en recevoir sa part lorsque Joseph l'arrêta : « Ne prends pas cet argent : Dieu t'en demanderait compte au dernier jour. » Et Juda versa des larmes.

« Maintenant, dit Mâlek aux vendeurs, écrivez-moi le contrat de vente, afin d'éviter toute cause possible de contestation entre nous. » L'acte de vente fut écrit; il commençait par ces mots : « Acheté par Mâlek, fils de Zarr le khozaïde, un esclave des fils de Jacob. » Et les noms des dix frères furent écrits dans le contrat. Il fut bien stipulé que Màlek s'engageait à ne chercher aucune raison rédhibitoire.

Le contrat fut plié et remis à Joseph, comme il est d'habitude dans les ventes d'esclaves, et on lui commanda de le conserver soigneusement. En partant, les fils de Jacob dirent à Mâlek : « Rappelle-toi bien que nous t'avons vendu là un esclave qui ne songe qu'à s'enfuir, un esclave menteur, enclin au vol; si tu veux le garder, aie soin de le lier comme il faut. )>

Départ de h caravane. — Orage. — Arrivée en Egypte. — Merveilles.

Màlek revêtit Joseph d'un manteau de laine grossière, et le lia convenablement. « Permets-moi, dit Joseph à Mâlek, <le faire mes adieux à mes maîtres, les enfants de Jacob. — Va leur Taire tes adieux. » Et Joseph s'avança vers ses frères; mais ils s'éloignèrent de lui. Joseph, entravé dans ses liens, marchait avec peine et en piétinant; arrivé [très de ses frères, il les embrassa, et leur dit en hébreu : « Que Dieu ne vous demande jamais compte de votre conduite envers moi ! » Màlek appela ensuite Joseph, <jui revint, et la caravane partit. L'esclave fut placé sur un chameau à nu.

Après un jour démarche, on passa près du lieu où était le tombeau de Bâbyl. Joseph le reconnut, et, emporté par Pémotion que lui causait le souvenir de sa mère, il se glissa du haut de son chameau à terre, et, s1 attachant ;'i la tombe de Râhyl, il l'arrosa de ses lanm-v. ci si voix tremblante prononça ces paroles de douleur : « 0 ma mère! lève, lève la tète de dessons la tombe, 'kt viens voir ton pauvre fils : viens voir ce que lui ont f;iit ses frères; il- L'on! éloigné de son père, il< l'ont laissé avoir faim et soif, ils l'ont souffleté, ils l'ont M-mlu comme an esclave, i Et une \.»i\ répondit : i Prend- courage, Dieu aura soin de toi. „ Hàlek, n'apercevant plus Joseph, crut l'avoir perdu. Il le chercha, <-t le trouva en pleurs sur la toml.<\

Qu'as-tu à pleurer 1 lui dit Nâlek : personne de nous ne

t'a frappé ni maltraité. — Ne me frappe pas, Mâlek; ce tombeau est celui de ma mère ; en passant ici, je n'ai pu me défendre de m'en approcher et de dire adieu à ma mère. » Màlek appliqua un souffleta Joseph, et le poussa brutalement devant lui pour lui faire rejoindre la caravane. Et les entraves déchiraient les pieds du malheureux enfant.

Joseph, replacé sur son chameau, pria : « 0 mon Dieu, prends pitié de mon enfance, de ma faiblesse, de mon dénûment. Si j'ai fait quelque faute, je t'en demande pardon au nom des saints prophètes mes ancêtres. » Le bel enfant avait à peine fini sa prière, que Dieu envoya une nuée orageuse ; une profonde obscurité enveloppa la caravane ; un ouragan violent gronda, les éclairs étincelèrent, la foudre tonna, et la terre trembla sous les pieds des chameaux; tout était sombre, noir; les voyageurs ne s'apercevaient plus entre eux; la caravane fut obligée de s'arrêter. Et une voix inconnue cria : « Que celui de vous qui a commis une faute, et ne s'en est pas repenti, en demande pardon, sinon la caravane va périr. » Alors Mâlek dit à ses compagnons de voyage : « Ces malheurs ne nous accablent qu'à cause de cet esclave hébreu. Je l'ai frappé sur la face, et il aura prié Dieu de nous en punir. » Et Màlek s'avança auprès de Joseph, s'excusa de l'avoir maltraité, le supplia de demander à Dieu leur pardon et leur salut : « Je t'ai frappé, mon fils, lui dit-il; tiens, voilà ma joue, soufflette-moi comme je t'ai souffleté. — Màlek, répondit Joseph, je suis enfant d'une famille qui ne connaît pas la vengeance, et qui ne frappe personne à la face. Toi, promets-moi seulement et jure-moi que jamais tu ne souffletteras un homme, soit libre, soit esclave. — Je te le jure. — Eh bien! Dieu nous a pardonné à tous. Mon Dieu, fais cesser l'orage. » Et l'orage cessa.

Ensuite Màlek enleva les liens de Joseph, et plaça sous lui une fourrure, afin de lui rendre plus doux les mouvements du chameau. On se remit en route

La caravane arriva sur les frontières de l'Egypte. On lit laver Joseph dans un canal ; et, pendant que reniant prophète était dans l'eau, les poissons jouaient et folâtraient autour de lui. Quand Joseph sortit de l'eau, sa lumière prophétique et l'éclat de sa beauté illuminèrent la terre. Des yeux du saint enfant jaillissait une splendeur <jui se réfléchissait jusqu'aux cieux.

Màlek para Joseph de vêtements neufs, et le plaça sur un chameau magnifiquement harnaché. En traversant l'Egypte, l'éclat de la face de Joseph rayonnait à travers les voiles qui cachaient les demeures des femmes, et jusque dans les appartements occupés par les hommes. Les Égyptiens étaient stupéfaits; tous se demandaient d'où arrivait cette lumière. On en parla aux compagnons de Màlek : « Cette lumière, dirent-ils, vient d'un esclave que nous avons amené, s On se rassembla, -on courut à la maison de Màlek. qui, pour dérober Joseph à la multitude curieuse, voila sa porte avec un grand voile tissu d'or et de soie.

A l'arrivée du saint esclave sur la terre d'Egypte, les eaux du Nil avaient retardé leur crue ; la terre se desséchait, les arbres se flétrissaient, les grains enchérissaient, les gouverneurs tyrannisaient. Mais, quand Joseph fut entré dans la vallée du Ml, Le lleuve s'accrut de seize coudées dans une seule nuit, les gouvernants furent justes, les gCÛns se vendirent à bas prix. Et Ton sut que tous ces bienfaits étaient dus à la miraculeuse influence de Joseph.

Ce fut alors que tout ce qu'il y avait de grands personnages, de riches, de puissants eu Egypte, accoururent

en foule chez Màlek. L'Arabe les reçut avec bienveillance, et leur demanda le motif de leur empressement. « Nous désirons savoir ce que tu as apporté à vendre. — Apprenez que toutes les merveilles que vous avez vues depuis quelques jours en Egypte sont dues à l'arrivée de l'esclave que j'ai amené de la vallée de Cbanaan. — Fais-nous donc voir cet esclave ; si tu as dessein de le vendre, nous l'achèterons. — Certainement, je veux le vendre. — Quel jour? — Vendredi, de grand matin, je le conduirai au marché. » Sur cet avis, on sortit de chez Màlek.

Mise en vente de Joseph. — Grande assemblée. — Foutfyr et sa femme Zolaykha.

Màlek se rendit aux lieux des criées, y loua une estrade d'environ vingt coudées de haut, la décora magnifiquement, et la fit couvrir d'une sorte de dôme tissu de cannes de joncs entrelacées et maintenues par des baguettes d'or et d'argent. Autour de cette coupole, il laissa flotter de grands voiles pourpre, et au milieu il dressa un siège d'ivoire et d'ébène.

Pendant ces préparatifs, des crieurs furçnt expédiés dans toutes les provinces d'Egypte, pour annoncer la venue de r'esclave hébreu amené par Màlek. Une foule innombrable afflua de toutes parts : ce fut un spectacle où les riches et les grands, hommes et femmes, voulurent paraître avec la magnificence et le luxe le plus recherché.

Les femmes des riches avaient avec elles des parfums.

<lu nuise, «le l'ambre, pour les répandre sur Joseph. Lazyz. ou premier intendant du Pharaon, parut avec Zolavkha. sa femme, à eette cérémonie extraordinaire. Du côté de lazyz, se rangèrent les hommes, et du côté de Zola\kha. les femmes. L'azyz donna ordre de faire paraître l'esclave.

Aussitôt Màlek alla trouver Joseph et lui dit : « La foule esl rassemblée pour te voir. Que dois-je faire? » Joseph ne répondit pas. t Mais ne t'ai-je pas acheté des enfants de Jacob? — Ne me rappelle pas les enfants de Jacob ; ils m'ont abreuvé d'humiliation et de douleur. Toi, fais de moi ce que tu voudras. »

Alors Màlek habilla Joseph d'une mantille de soie mêlée, et d'un pourpoint de soie pure d'un vert éclatant ; il para la tète du jeune Hébreu, laissant flotter les cheveux en ondes légères, parsemées de perles et de gemmes ; il lui posa ensuite sur le front une couronne de rubis, lui attacha des pendants d'oreilles en pierreries enchâssées dans l'or, et brillantes du feu des étoiles : en outre, il lui passa aux doigts dix anneaux d'or, aux poignets des bracelets d'oc, et aux pieds de- périscélides d'or, lui ceignit les reins d'une ceinture étoilée de pierreries en groupe, séparées par des verroteries noires d'un grand pris ; puis il lui jeta sur les épaules deux écharpes «l'or, scintillantes de pierreries et de perles, et par-dessus, un surbai t en réseau, tissu de perles-, enfin il lui chaussa les pieds de sandales de corail, et lui mit à la main une baguette déjoue

Ainsi paré, Joseph fut monté sur un cheval blanc pommelé, a\ant une selle d'or, relevée de pierreries, une bride et une têtière toutes semées de perles, et <1<^ «'iriers d'argent.

Il l'ut <(»nduit. dans cet appareil, au lieu de la vente, et

parut sous la coupole de l'estrade. Puis un crieur fit entendre ces mots : « Voilà Joseph, voilà l'esclave que veut vendre Màlek. Bonheur à qui voit Joseph ! Qui veut acheter Joseph? » Et les Égyptiens se demandaient entre eux : « Mais qui pourra acheter un si bel esclave et toute la parure qu'il porte? » Joseph, par sa beauté, éblouissait tous les regards.

Des marchands éthiopiens étaient venus en Egypte avec d'immenses richesses, afin d'acheter des esclaves pour leur roi. Dès qu'ils aperçurent Joseph : « Accepte, dirent-ils à Màlek, tout ce que nous avons de richesses pour prix de cet esclave. » Màlek refusa. Il y avait aussi, dans la multitude, une femme du sang de l'antique tribu des Bénou-Ad. Cette femme s'appelait Farâh, fille de Tàïn. « Màlek, dit-elle, j'achète cet esclave pour son poids d'or et son poids d'argent. — C'est trop peu. — Et encore pour son poids de musc et son poids d'ambre, et pour tous les biens que je possède sur les bords du Nil, et pour ce que renferme cetécrin. » Et Faràh fit un signe à une de ses suivantes, qui lui remit un écrin en or. Faràh en retira un collier d'éblouissantes pierres précieuses, qu'elle avait eues de l'héritage de son aïeule.

En ce moment, Zolaykha, femme de Foutfyr, envoya dire à son mari : « Achète-moi cet esclave, à quelque prix que ce soit. » Foutfyr fit proposer à Màlek, pour conditions d'achat, de lui payer cinq fois la valeur offerte par Faràh et dix mille dinars, en remplacement du collier. Le marché fut conclu, et on apporta de quoi solder le payement. On plaça Joseph sur le plateau d'une balance, on {'équilibra cinq fois par son poids d'or et par son poids d'argent ; et Foutfyr, émerveillé, ravi de la beauté de Joseph, considérait le prix qu'il donnait comme au-dessous de la valeur réelle. Joseph alors n'avait que quatorze ans.

Quand Mâlek eut reçu le prix de la vente il avança la main pour enlever la couronne que Joseph avait sur la tête : la main de Màlek se dessécha aussitôt: et il dit à Joseph : « Demande à Dieu de me rendre l'usage de ma main, et je te donnerai cette couronne. — Mon Dieu, dit alors Joseph, mou souverain Seigneur, si Mâlek est sincère dans sa promesse, rappelle sa main à la vie. » Le miracle fut accompli. Mâlek prit alors vingt drachmes d'argent qu'il venait de recevoir, et en lit présent a Joseph. Le fils de Jacob invoqua de nouveau la bénédiction de Dieu pour. Mâlek; et les richesses de l'Arabe lurent subitement multipliées.

.losepli emmené chez Foutfyr. — Rencontre d'an Arabe de Chanaan. — L'Arabe va porter à Jacob des nouvelles de Joseph.

L'azyz Foutfyr prit Joseph et remmena vers son palais. Dans le trajet, un Arabe monté sur sa chamelle les rencontra; et la chamelle, reconnaissant Joseph, s'avança vers lui, lui baisa les pieds, el les arrosa de grosses larmes. L'azyz resta interdit de surprise. L'Arabe pressait à grands coups sa chamelle, qui résistait et témoignait un attendrissement toujours croissant. « Ce jeune homme est ton fils? dit l'Arabe à Foutfyr. — Non, c'est mon esclave. — .l'admire u beauté, dit l'Arabe à Joseph, et je m'étonne de la conduite singulière de ma chamelle. — Si tu savais,

enfant des Arabes, qui je Suis 61 CC qu'est ta ebamelle. tu te garderais bien de blâmer cet acte d'émotion. — Qui dune es-tu 1 Que Dieu prolonge tes jours! — Qui je suis!

Je suis l'œuf que la poule a couvé à l'écart ; quand approcha le temps cTcclore, un ordre est venu de Dieu, et l'œuf a été brisé avant le temps. Et toi, Arabe, d'où es-tu? — Je suis des rives du Jourdain, de la vallée de Chanaan. » A ces derniers mots, Joseph, troublé, faillit s'évanouir. « Enfant des Arabes, continua-t-il en reprenant ses esprits, dis-moi, connais-tu, dans la vallée de Chanaan, un bel arbre, au tronc vigoureux, aux racines fortement enfoncées dans la terre, aux fleurs suaves, aux fruits savoureux? Une sève vivace court dans ses veines ; ses rameaux sont épais, touffus et robustes. Cet arbre est visité par les anges. 11 y a douze grandes branches; mais une d'entre elles, le vent de la tempête l'a arrachée. — Oh! que tu me décris bien cet arbre, l'image de Jacob et de ses fils! et la branche arrachée est Joseph. — Joseph! quoi ! as-tu donc appris comment il a été arraché? — Hélas! le pauvre enfant, sorti avec ses frères, était allé à leurs pâturages... un loup l'a dévoré. — Non, mon ami ; ce loup est un mensonge; un loup n'a pas mangé Joseph : Joseph est plein dévie. Dis-moi, pourrais-tu porter de mes nouvelles au vieux Jacob? Je suis son fils, je suis Joseph. »

Soudain l'Arabe descend, s'incline jusqu'aux pieds de Joseph, et les embrasse : « Je suis affligé, dit-il, d'avoir osé lever si haut la voix devant toi, enfant chéri de Dieu ; je suis coupable, j'ai manqué de respect; mais je ne te connaissais pas! Pardonne-moi! — Oh! oui, je te pardonne ; mais connais-tu Jacob ? — Eh ! comment ne le connaitrais-je pas? Il est mon voisin; et je l'ai laissé en proie a la douleur, désolé de t' avoir perdu. Il s'est bâti une nouvelle demeure qu'il a appelée Yasiledes douleurs. — Quand tu rentreras dans la vallée de Chanaan, va trouver mon père sur la fin de la nuit ; c'est l'heure où la prière est le mieux exaucée ; porte mes saluts et mes sou-

vonirs à Jacob; dis-lui que tu as vu en Egypte un jeune Hébreu vendu comme on vend les esclaves. S'il te demande de mes nouvelles, dis-lui mes douleurs, mes peines, mes pleurs; dis-lui que l'abondance des larmes que j'ai versées a usé la mouche que j'avais sur la joue droite. »

L'Arabe enfourcbe sa chamelle et part. Lorsque, dans sa marche empressée, il traversait une tribu, un village, on lui criait : « Que porte donc ta chamelle? que portes-tu toi-même? — Les paroles d'un prophète à un autre prophète. »

Parvenu à sa demeure. l'Arabe aperçoit sa femme, et s'arrête un moment. « Pourquoi, lui dit-elle, ne descendstu pas de ta chamelle pour te reposer? — Laisse-moi, ne me fais pas de questions. Je ne puis pas te raconter ce que j'ai vu avant de m'ètre acquitté de la commission dont m'a chargé celui qu'on a vendu comme un esclave. » L'Arabe se rendit à la demeure de Jacob. Arrivé à la porte, il appelle à grands cris, et répète : « Salut, Jacob. Je te salue, Jacob, père des douleurs. Je viens ici de la part de Joseph, i Personne ne répondit à l'Arabe. Il appelle encore: même silence. Dieu ordonne alors au zéphyr léger d'aller porter les paroles de l'Arabe dans l'oreille du patriarche. Et Jacob tressaille, se lève : « Zéphyr, dis-moi, est-ce bien vrai? Qu'y a-t-il ? — Prophète de Dieu, répond l'Arabe, écoute : j'étais en Egypte : j'arrive ici, il y a un moment. J'ai vu à Memphis un jeune homme qu'on venait de vendre comme un esclave; il s'appelle Joseph. » Jacob poussa un cri. et s'évanouit. Dès qu'il reprit ses sens : i Mon Dieu, dit-il tout agité, tu as suspendu autour de moi les lampes de la douleur, et leur lugubre lueur ne s'éteindra que lorsque lu me rendras mon lils. Dis-moi, ô enfant des Arabe-, aurais-tu voulu me leurrer d'un malheureux espoir, moi prophète du Seigneur? —

Je te le jure par la barbe blanche d'Abraham, j'ai vu Joseph, — 0 mon cher enfant! ô mon fils!... Dis-le moi encore... Arabe, tu as donc vu mon fils? — Oui, je l'ai vu. — Approche, approche-toi de moi... viens. » Et Jacob l'enlaça de ses bras, et le serrant contre son cœur : « Mais, dis-moi, comment l'as-tu vu? — Je l'ai vu, prophète du Seigneur, vu de ces deux yeux-là. » Et Jacob embrassait les yeux de l'Arabe, et lui embrassait la bouche. « Lui astu touché la main? — Oh! oui... — Oh! donne-moi ta main, que je la baise! » Et Jacob s'appliquait, se tenait la main de l'Arabe sur la joue, sur le cœur. Puis il lui dit : « Heureux enfant des Arabes, parle-moi donc de mon fils, parle-moi de ses traits, de sa beauté... — Prophète, figure-toi un jeune homme brillant des grâces du premier âge, aux joues imberbes, magnifique d'éclat; quel beau visage ! un beau front ouvert et lisse, des joues arrondies et pleines, un nez descendant du front en ligne droite, deux superbes arcs de sourcils; et ses dents de neige, légèrement séparées, brillaient quand il parlait, comme sur un fond de roses; admirable de taille, il semblait un beau bloc d'ivoire parfaitement tourné; le ventre dégagé et léger, les cuisses et les jambes dessinées comme si elles étaient tenues dans un vêtement qui les façonne. Il a sur la joue droite une mouche légère, presque effacée par les pleurs. Sur le ventre, un point blanc éclatant. Ton cher Joseph m'a recommandé de te rappeler ce point blanc que tu aimais à caresser, à embrasser. Et il m'a dit ercore : Dis à Jacob, lui qui a bâti une retraite qu'il a appelée la retraite des douleurs, dis-lui que, pour moi, c'est dans mon cœur que se sont amassées toutes les peines et toutes les souffrances ; dis-lui bien que s'il s'est condamné a s'abstenir de mets agréables, moi, je ne prends qu'une nourriture mêlée de sang, des breuvages mêlés de larmes.

Va dis encore à Jacob ces paroles de son fils : « Mon père, a demande donc à Dieu qifil me réunisse à toi, avant que « Ja mort ne nous sépare dans ce monde. »

Jacob, à ces mots, versa un torrent de larmes. Puis, d'un air doux, mais accablé : « Enfant des Arabes, dit-il, que désires-tu de moi? puis-je faire quelque chose qui te -oit agréable! — Prophète de Dieu, oui, tu le peux. J'ai épousé quatre-vingts femmes, et je n'ai jamais eu d'enfant. Prie Dieu qu'il me donne un fils, et qu'il me mette avec toi au paradis, i Jacob demanda à Dieu ce que l'Arabe désirait ; l'Arabe lit ses adieux au vieillard, et alla rejoindre sa chamelle. Il allait monter dessus et partir lorsque Dieu donna la parole à la chamelle : t Mon maître. dit-elle à l'Arabe, n'ai-je pas été ta compagne pour venir ici. pour remplir ton message 1 Rentre auprès de Jacob, et dis-lui de faire aussi à Dieu une prière pour moi. » L'Arabe rentra, exposa au patriarche la demande de sa chamelle, et Jacob pria pour la chamelle.

L'Arabe partit.

M Joseph cli' i. Zolaykha. — Elle tente de le séduire

L'azyz FoutlYr. arrivé à son palais, prit Joseph par la main, et le conduisit à sa femme Zolaykha : i Aie bien soin de cet enfant, dit Pazyz à sa femme; il nous sera utile, peut-être même l'adopterons-nous pour notre tils. » Car l'outfvr était impuissant.

Zolaykha s'éprit d'un violent amour pour son jeune

180 JOSEPiï, FILS DE JACOB..

esclave. Elle le comblait de prévenances et d'attentions, lui faisait servir les mets les plus recherchés et les plus savoureux, les boissons les plus pures et les plus suaves. Elle lui désigna pour habitation un palais particulier qu'elle avait au milieu d'un jardin.

Joseph arriva à l'âge de l'adolescence. Zolaykha, enivrée d'amour, mit en œuvre toutes les ruses et toutes les suggestions pour séduire Joseph. Le jeune Hébreu résistait, s'enfuyait... Zolaykha. trompée dans ses désirs et dans ses espérances, s'attristait, maigrissait, perdait sa fraîcheur. Un jour, toute désolée, elle racontait ses peines à une deses suivantes; cette femme lui conseilla de construire un petit palais : « Orne, dit-elle à sa maîtresse, orne ce palais avec toute la magnificence possible, fais-en un séjour d'enchantements et de plaisirs. Puis tu appelleras Joseph, et vous ne vous séparerez qu'après avoir satisfait votre amour. » .

Zolaykha ordonna de suite la construction du palais. Au milieu, fut élevé un kiosque en coupole à douze faces en argent massif, couvertes en dehors de lames d'or et d'argent, et, en dedans, revêtues et incrustées de pierreries. De grands voiles en soie y furent suspendus; des flambeaux en pierres précieuses furent attachés à des chaînes d'or, et un siège d'or fut placé en face de l'entrée, dans l'intérieur du palais.

Sur le côté, fut construit une chambre ou boudoir en briques d'or et d'argent alternées dans leur position. Les portes étaient d'ivoire avec des encadrements d'argent et des clous en or. A chaque angle du boudoir, fut placée une gazelle d'or dont les yeux étaient de rubis étincelants, et devant laquelle étaient deux bassins, l'un en or. et l'autre en argent. De l'une des gazelles devait couler du vin, qui tombait dans les deux bassins: la seconde

devait verser du miel; la troisième, du lait; et la quatrième, de l'eau. Auprès de chaque gazelle devait être une des suivantes de Zolaykha, ayant à la main une coupe et une soucoupe d'argent. D'autres suivantes porteraient des plateaux d'argent sur lesquels seraient i\c> cassolettes d'or où brûleraient des parfums.

En face de l'entrée, dans l'intérieur, Zolaykha s'étail fait représenter avec Joseph; et elle avait couvert le sol de poussière de musc et d'ambre. Au milieu était un petit bassin en corail, rempli d'eau de rose et d'eau de camphre. A la porte, on avait placé un paon en or, avec des pattes d'argent, la tête couverte de rubis, les ailes d'argent colorié, et le corps rempli d'ambre et de musc. Une rivière d'eau limpide coulait autour de ce palais, et semblait arroser des arbres d'or et d'argent dont les fruits étaient des perles, des coraux, des rubis. Zolaykha fit pavoiser les bords de cette rivière de tentures de soie, dont chacune portaiUà son sommet une grande sauterelle en argent.

Quand tout fut achevé, Zolaykha pria son mari de venir voir le nouveau palais. Foutfvr émerveillé s'écria : i En vérité, il faut appeler cette demeure le séjour de la volupté. ))

Dès que Foutfvr fut parti. Zolaykha ordonna qu'on lui amenât Joseph, assurée qu'elle était de le séduire par tant d'appareil, d'éclat et de mervei1' . Lorsque Joseph fut entré, Zolaykha appela ses le .es. et le fit parer avec la plu- grande magnificence, uis les femmes se retirèrent, abattirenl tes rideaux, et enfermèrent leur maîtresse avec le bel esclave. Zolaykha était dans ses plu- brillants atours, lue fois qu'elle fut seule avec celui qu'elle aimait, elle

s'approcha de lui. et. toute tremblante, toute frémissante d'amour : « .le sais £ toi, Joseph : me voilà, c'est pour toi.

à cause de toi, que j'ai fait enrichir ce lieu de délices et de bonheur ; vois, c'est pour toi que tout cela a été préparé. — Zolaykha, tu m'as amené ici à ma perte; tu me conduis au crime, au malheur. N'ai-je pas assez des tourments, des humiliations dont m'ont abreuvé les enfants de Jacob? Sans pitié pour ma jeunesse, il m'ont vendu... Hélas ! que ne m'ont-ils vendu à un maître qui eût fait de moi un simple esclave à sa discrétion. Zolaykha, je tremble que cette demeure, que tu as appelée le séjour du bonheur, ne devienne un séjour de peines et de repentir, une case de l'enfer. — Joseph, que tu es beau, que ta face est belle, que beaux sont tes yeux noirs étincelants, tes cheveux noirs, tes noirs sourcils! — Zolaykha, si tu me voyais trois jours après ma mort, tu ne verrais rien de plus hideux, de plus repoussant que moi. — Je te le dis. Joseph, je suis ivre d'amour; je sens mes yeux s'éblouir. Oh! lève tes regards sur moi; vois, moi aussi, je suis belle; vois ces charmes... — Cette beauté «st pour ton époux et non pour moi. »

La blanche Zolaykha, aux beaux sourcils, séparés par un demi-cercle ravissant, au beau front paré d'une couronne semée de pierreries étincelantes, était agitée, hors d'elle-même. Rapprochée de Joseph, elle l'accablait de caresses. « Joseph, dit-elle, pourquoi rester insensible à mon amour? Le sais-tu? Mais tu auras les prémices de ma vie; Joseph, je suis vierge encore. »

Joseph était ému, bouleversé... Passant la main sous ses vêtements, il noua par sept nœuds la ceinture de son caleçon; il serra le premier nœud au nom d'Abraham; le second, au nom d'Ismaél ; le troisième, au nomd'Isaac; le quatrième, au nom de Jacob; le cinquième, au nom de Moïse; le sixième, au nom de Jésus; et le septième, au nom de Mahomet. Et levant les yeux au ciel : « Mon Dieu.

dit Joseph, couvre-moi de ta protection, soutiens mon courage, et ne détourne pas de moi ta face sainte, ne me laisse pas succomber'.... Eli quoi! Zolaykha. pense à Dieu, sache donc que. si je consens à ce que tu me demandes, mon nom sera rayé du temple des prophètes, et écrit au livre 'des criminels réservés au feu. — Mais, Joseph, considère tout ce que j'ai fait pour toi. je suis au désespoir; situ me résistes, c'en est fait, je mets fin à mes jours : ta mort alors esl méritante. Tu n'échapperas pas à la colère de mon mari, i Et, pour donner plus de force à ses paroles, pour intimider Joseph, elle saisit un couteau... Joseph l'arrête et lui enlève Parme de la main. Tout bouleversé, tout enflammé, Joseph fléchissait... H dénoue un nœud de son caleçon, et une voix mystérieuse lui fait entendre ces mots : t 11 y a des anges qui vous observent et qui enregistrent vos œuvres. » Joseph se laissait vaincre par l'attrait du plaisir; il délie le second nœud. Et la voix mystérieuse lui dit : « Garde-toi de la luxure; en elle est l'abomination, en elle est le malheur, i Mais Joseph dénoue le troisième nœud. Et voilà qu'il voit paraître une main sans hras. sur laquelle étaient tracé- ces mots : « L'adultère se souille avec la femme adultère, et le crime est égal pour tous les deux... » Joseph dénoue le quatrième nœud. Et une \<>i\ lui dit : Nous voyons toutes vos œuvres quand vous les laite-, i Joseph dénoue le cinquième nœud; et la voix prononce ces paroles : i 11 n'\ a d\euvres secrètes de deux, où Dieu ie- soit troisième connue témoin. » Le sixième nœud est encore dénoué. Mors une voix plus terrible crie à Joseph ; i Hien n'est caché à ton Dieu, pas même h- ciron

invisible, sur la t * - 1 1 1 dans l'air. » .Mais la passion avait

vaincu Joseph, et le démon lui courait dans les veines; Dieu avait laissé allume] dans s<»n serviteur un feu pareil

au feu de soixante-dix hommes passionnés. . .Et le septième nœud est dénoué. Mais tout à coup les anges s'émeuvent et crient à Dieu : « Seigneur, va au secours de ton serviteur Joseph. — Taisez-vous, leur dit le Seigneur; je vois tout cela : je le savais à l'avance, et mon serviteur ne faillira pas. Toi, Gabriel, va retenir Joseph. » Gabriel, prenant la figure de Jacob, descend et apparaît sur un des côtés du mur du palais, s'arrête en face de Joseph, et reste immobile, se mordant le doigt. Puis il s'adresse à Joseph : « Mon fils, dit-il, n'as-tu pas assez des peines et des humiliations dont tes frères t'ont abreuvé? Si tu pèches, ton nom sera effacé du nombre des prophètes, et écrit au nombre des réprouvés. »

Joseph , frappé de cette apparition et de ces paroles . s'arrête saisi de honte ; il regarde autour de lui , il remarque un grand voile flottant. « Zolaykha, dit-il. qu'y a-t-il derrière ce voile? — C'est le Dieu que j'adore ordinairement ; je l'ai caché avec ce voile , afin qu'il ne puisse me voir. — Eh quoi ! tu as peur d'un Dieu aveugle e sourd , impuissant pour le bien et le mal ; et moi , combien ne dois-je pas plus craindre mon Dieu, mon créateur, celui qui m'a fait ce que je suis?» Et soudain Joseph s'enfuit et se précipite vers la porte. Zolaykha s'élance sur les pas de Joseph , le saisit par derrière , et lui déchire son vêtement depuis la nuque jusqu'au bas des reins. Au même instant arrive l'azyz. Il rencontre Joseph ruisselant de sueur et son vêtement déchiré. « Qu'y a-t-il? dit-il à Joseph? — Chez toi je n'ai vu que le mal, le péché, ce que la pudeur me défend de t'expliquer. — Pourquoi ce trouble? Allons , rentre avec moi. — Seigneur, dit Zolayka à son mari , quelle peine mérite celui qui a attenté à l'honneur de ta femme , si ce n'est la prison ou un châtiment rigoureux? — Et qui donc attente à ton honneur?

— Gel esclave, cet Hébreu. — Quoi ! s'écria Foutfvr en /adressant à Joseph, c'est ainsi que tu me récompenses du bien que je t'ai fait? Tu me trahis ! » Et Foutfvr. armé il»1 son sabre, levait le bras pour en frapper Joseph. a Prince, dit Joseph, c'est Zolaykha elle-même qui a voulu me séduire , et... — Et la preuve de ce que tu oses avancer?...— Prince, je vous la donnerai, la preuve, et mon innocence vous sera démontrée. » •

Dieu chargea l'ange Gabriel de disculper Joseph par un miracle. Zolaykha avait une sœur dont le fils n'était encore âgé que de six mois. Lange descendit subitement du ciel auprès de l'enfant, l'assit sur le berceau et lui dit : «Va témoigner de l'innocence de Joseph. » L'enfant se lève, va se présentera Foutfvr. et là . toussant et crachant comme l'orateur qui se prépare à parler, il dit à l'azyz : « Pourquoi outrages-tu ton esclave? Il n'est pas coupable. Examine : si la robe est déchirée devant, ta femme a raison, et l'esclave est menteur; mais, si la robeest déchirée par derrière, c'est ta femme qui a menti, et l'esclave a dit la vérité. » Foutfvr. voyant la robe de Joseph déchirée par derrière : c À vous est la trahison, dit l'azyz à Zolaykha, voilà de vos honteuses fourberies. »

Zolaykha rougit, et Foutfyr dit à Joseph : « Garde secrète cette aventure, afin que je ne sois pas la risér du monde. Toi. Zolaykha , repens-toi de ta faute, demande grâce à Dieu. » Puis il partit et jura de ne pas la revoir avant quarante jours. Il retira Joseph, et l'attacha à son service particulier. Zolaykha, déçue dans ses espérances et dans ses convoitises, ne \it plus Joseph. Plongée dans la douleur, elle ferma les portes du séjour (les plaisirs , et

défendit . dans son palais . à tous les gens de sa suite et de -on sen ice de porter aucune parure. Dans sa solitude . Zolaykha se rappelait Joseph, et elle pleurait amèrement.

Quand sa principale gouvernante lui disait : « Pourquoi toujours cette tristesse , ces chagrins? — Eh ! j'ai perdu mon bel esclave , j'ai perdu Joseph. » Et, lorsque Zolaykha passait près du boudoir, elle se troublait et versait des larmes. Enfin elle trouva le moyen de faire introduire Joseph chez elle à F insu de son mari. « Joseph, dit-elle. T amour me consume , me tue. Je ne puis plus rester ainsi. Il faut que tu cèdes à mes désirs. — Mais quoi ! Zolaykha. après tout ce qui s'est passé , tu cherches encore à me séduire ! Aie donc la crainte de Dieu , rentre dans la voie du bien. »

Rien ne put distraire la pensée de Zolaykha , et ses tentatives de séduction se renouvelèrent sous mille formes différentes.

Zolaykha met à l'épreuve la vertu de plusieurs femmes de la cour. — Festin. — Joseph envoyé en prison.

Le bruit se répandit que Zolaykha avait cherché à séduire son esclave, et que, tourmentée d'une passion ardente, elle le poursuivait chaque jour de ses sollicitations. Les femmes de la cour surtout en parlaient, et leurs discours déchiraient la femme de Foutfyr.

Zolaykha, informée des reproches qu'elles lui prodiguaient par affectation de vertu, voulut que leur propre expérience la disculpât à leurs yeux.

Elle fit décorer deux appartements qui furent tendus de soieries entremêlées d'or, et convia à un festin les plus nobles de ces femmes. On se réunit dans celui des deux

appartements dont la porte était éclairée par les rayons du soleil. La lumière devait frapper le visage de Joseph au moment où il serait introduit, et lui prêter ainsi un nouvel èelat. On était au printemps; les arbres étaient diaprés •le (leurs, Pair était frais et enivrant, les parfums embaumaient le palais.

Au commencement du repas, Zolaykha donna l'ordre à ses suivantes de parer son esclave, et de mettre en œuvre toutes les inspirations de leur art. Elles le revêtirent d'abord d'une tunique jaune . chamarrée de dessins qui formaient des anneaux rouges avec des fils d'or et de légères figures d'oiseaux en émeraude, et, sous cette tunique doublée en soie verte , on apercevait une magnifique camisole d'une pourpre éclatante. Elles posèrent ensuite sur sa tête une riche couronne de pierreries, qui laissait passer un ruban de ebeveux conduit avec grâce par derrière les tempes et les oreilles, ondulant jusque sur les épaules; le reste de la chevelure, qui devait flotter librement sur le dos. fut semé de bijoux. On releva encore cette parure par des pendants d'oreilles et un collier d'or incrusté de rubis et de perles. Une ceinture enrichie de trois cent soixante étoile- d'or, dans lesquelles s'enchâssaient *\r< pierres précieuses , enveloppa les reins du bel esclave : elle était soutenue par des bretelles, et formait une espèce de collier. Une double écharpe flottait en ondes libres sur tout cet appareil. Joseph chaussa (\*'> sandales d'un blanc pur, mais chamarrées de dessins verts et dorés. Enfin doux filets de cheveux avaient été tournés en scorpions -m ses tempes «'t sur ses joues; les bords de ses paupières et ses sourcils lurent teints avec du kcuhi, afin de donner plus de feu au regard. Joseph ainsi paré et orné, on lui mit à la main un chasse-mouche monté sur un manche d'or.

m JOSEPH,, FILS DE JACOB.

Le repas approchait de sa fin; les compagnes de Zolavkha avaient mangé et vidé les coupes. Elles étaient dans cette chaude émotion qui aiguise les sens. On servit des fruits et on apporta des couteaux. Les convives prirent chacune une orange et un couteau, et, au moment où elles allaient commencer à couper les fruits qu'elle tenaient à la main , Zolaykha ouvrit la conversation sur sa passion pour Joseph. « Vous avez, leur dit-elle , entendu parler de mon amour pour mon jeune esclave? — Certainement ; mais ce qui nous surprend , c'est qu'une femme de ton rang ne porte pas plus haut ses désirs. Les fils des rois seraient tout au plus dignes de ta grandeur et de ton élévation; comment as-tu pensé à Rabaisser jusqu'à un esclave? — On ne vous a point dit les choses telles qu'elles sont; Joseph n'est pas à mes yeux un esclave. » Et Zolavkha fit un signe à ses suivantes. Soudain on écarta le rideau qui voilait l'entrée de l'appartement où se tenait Joseph , et le jeune Hébreu apparut clans tout l'éclat de sa beauté. « Avance, lui dit Zolavkha, avance d'un air gracieux et souriant, lève ton beau visage, laisse-nous voir la flamme de tes yeux. » Joseph s'avança, le chasse-mouche à la main, et alla se placer derrière Zolaykha. Tous les regards se fixèrent immobiles sur lui ; les convives demeurèrent stupéfaites d'admiration. Joseph sourit, et ses lèvres entr'ouvertes découvrirent comme deux rangs de magnifiques perles. Mais Joseph souriait du regard audacieux e impudique de ces femmes ; il s'étonnait que Dieu ne l«is punît pas à l'instant même.

« Qu'avez-vous? dit Zolaykha à ses convives. Pourquoi ce silence? » Et tout à coup, par un mouvement subit, toutes s'écrient : « Ce n'est pas là un esclave... c'est un ange. » Et; sans s'en apercevoir, sans rien sentir, elles se coupèrent les doigts ; la beauté, les grâces de Joseph les

: v aient fascinées. << Zolaykha, dirent-eires, jamais on n'a vu rien de si beau. Quel cœur de femme pourrait rester calme?i Et elles frissonnaient; les émotions voluptueuses les agitaient, les bouleversaient. Zolaykha, aussi troublée

que ses compagnes : « Voilà celui pour lequel vous m'avez blâmée, accusée. — Zolaykha, jouis de ton esclave, il n\ a que des insensés, des femmes aveugles, Injustes, qui puissent te blâmer. Jouis de ton ange. — Hélas! i! esl sourd à mes prières. »

A ces mots, toutes accablèrenl Joseph de caresses; chacune, en secret. Tappelait à elle. le flattait, l'excitait, le voulait pour elle seule. Joseph resta insensible à leur>

"gestions, inflexible à leurs tendresses.

La manœuvre ehangea de direction: les nobles dames pressèrent Joseph de se rendre à sa belle maîtresse : « Elle faime. elle meurt d'amour pour toi. dirent-elles. — Il préfère ma colère, reprit Zolaykha; eh bien! je saurai le punir: je le ferai jeter en prison, et là il verra ce que c'est que souffrir. Je le jure par ce Dieu (et elle montrait une statu»- de Mercure en émeraude), s'il me résiste encore, je l'accable de ma vengeance. » Joseph résista.

Alors on l'emmène, on le dépouille rudement de sa panne, et on le revêt de grossiers vêtements de laine. En même temps, Zolaykha envoie demander à Foutfyr d'incarcérer Joseph, coupable d'insubordination et d'outrages. L'ordre fut donné immédiatement et exécuté. Traîné par les satellites de Pazyz, Joseph pleurait, et les anges du ciel fl» niaient avec lui.

Mil

Joseph en prison. — 11 explique les songes cTAbroûhâ et de Ghàleb. Visite de Zolaykha à Josepli.

Foutfyr avait trois prisons : la prison des tortures, noi souterrain qui jamais ne voyait la lumière, rempli de vi pères et de scorpions ; la prison de la mort, gouffre horrible creusé à quarante coudées sous terre, et où les condamnés, précipités la tête en bas, mouraient avant d'avoi atteint le fond ; enfin, la prison simple, bâtie auprès du palais de l'azyz, et réservée à ceux qui appartenaient au service du roi ou à la suite de l'azyz, et qui étaient condamnés à la simple détention. C'est là que Zolaykha lit préparer une loge étroite pour Joseph. Avant d'éloigner le rebelle esclave, elle lui dit : « Tu m'as mise au désespoir; je ne sais plus quel moyen de douceur employer pour toucher ton àme. Maintenant, je vais te livrer aux tourments : il faut que tu souffres autant que tu m'as l'ait souffrir, que tu maigrisses, comme tu m'as fait maigrir moi-même. Au lieu de parures, tu vas revêtir désormais des vêtements de grosse laine qui t'irriteront la peau; on te mettra des entraves de fer qui te mangeront la chair des pieds. » On revêtit, en effet, Joseph d'un grossier vêtement de laine, et on lui passa des entraves de fer, puis on l'entraîna en prison.

Joseph, en entrant dans son cachot, inclina la tête, et dit : « Gloire à Dieu! » Et les larmes lui tombèrent des yeux. L'ange Gabriel se présenta : « Pourquoi pleures-tu? c'est toi-même qui t'es conduit en prison. — Je pleure parce

que je ne vois pas ici île coin où je puisse prier; tous ces lieux sont impurs. — Prie en quelque lieu que tu voudras, ar, ù cause de toi. Dieu a purifié le dedans et le dehors e cette prison jusqu'à une distance de quarante coufées. »

Le fds de Jacob resta longtemps en prison. Deux individus. l'un appel»'1 Abroûhâ et l'autre Ghâleb, 1»' premier, grand chanson du pharaon, et l'autre, son grand panetier. avaient <:té mis en prison en même temps que Joseph. Abroûhâ eut un songe, et engagea Ghâleb à l'accompagner auprès du jeune Hébreu pour en demander l'explication, i La nuit passée, dirent-ils à Joseph, nous avons eu un songe, et nous désirons que tu en expliques le sens. — Voyons quels sont vos songes. — J'ai rêvé, dit l'échanson. que le roi me délivrait et me rendait ma fonction. En parcourant le palais, je rencontrai une vigne enroulée autour d'un dattier, et les raisins étaient entremêlés de dattes mûres. Je cueillis trois grappes de raisin et quelques dattes. Je les pressai dans une coupe que j'avais à la main, et le roi m'appela, et me dit : « Donne-moi à boire. » Je lui présentai la coupe, et il but. — Songe d'heureux présage, dit Joseph; demain, le roi te rendra ton ancienne fonction. Souviens-toi de Joseph. »

Le panetier prit la parole, et raconta un songe qu'il n'avait pas eu. cherchant à rendre son récit différent, dans les circonstances, de celui de l'échanson : « J'ai rêvé, ditil, que le roi me retirait d'ici, me présentait un panier de pain, que je chargeai aussitôt sur ma tête.ie m'arrêtai -m un monticule, et je vis des oiseaux noirs se précipiter sur mon pain et !»• becqueter. Explique-moi le sens de cette vision, toi. homme de vérité; dis-moi ce que m'annonce mon songe. — Songe sinistre! demain tu seras pendu sur un monticule, et les oiseaux viendront te manger la tète.

— Tu le trompes, réplique le panëtier, car je n'ai rien rêvé, je n'ai rien vu ; je me suis moqué de- loi. — Vu ou non. l'affaire est jugée; vous m'avez consulté tons les deux, je vous ai répondu ; ce que je vous ai annoncé s'exécutera, que vous ayez eu ou non les songes que vous m'avez racontés. » La prédiction de Joseph fut accomplie. Mais l'échanson oublia José] th.

Cependant Jacob, toujours en proie à sa douleur, versait des torrents de larmes; il en perdit la vue, et ses yeux blanchirent. Jacob demanda à Dieu de lui envoyer lange de la mort. Dieu exauça son prophète. A l'arrivée de Lange. le patriarche le salua et lui dit : « Depuis longtemps je désire te voir. — Et pourquoi cette envie de voir celui qui emporte les âmes? — Chacun a son heure fixée pour mourir, et chaque œuvre a sa valeur. Toi et moi, nous sommes les serviteurs du Très-Haut. Mais j'ai une question à t'adresser. — Laquelle? — Je te demande, au nom de Dieu, de me dire si tu as enlevé Lame de mon fils Joseph. — Non, ton lils est plein de vie et de santé. — C'est tout ce que je voulais savoir. » Et l'ange disparut.

Joseph, dans sa prison, passait la plus grande partie du temps en prières et en pleurs. L'ange Gabriel le visita un jour, et lui dit : « Quel est celui qui t'a donné ta beauté?

— C'est mon Dieu. — Qui t'a sauvé des pièges de Zolaykha et a manifesté ton innocence en faisant parler un enfant encore au berceau? — C'est Dieu. — Eh bien! ce Dieu m'envoie te saluer et te dire : « Tu as oublié mes pro- « messes; tu as oublié ces recommandations de ton père : « Si un malheur te frappe, garde-toi d'implorer le secours « des hommes. » Et cependant tu as prié l'échanson de se souvenir de Joseph auprès du roi. Le pharaon et son échanson sont deux infidèles: ils adorent des dieux imaginaires. Prépare-toi donc à souffrir encore, et revêts le vê-

JOSEPH, FILS Di: JACOB. I 19

temenl de !a patience. » Joseph affligé jeta un ni : s Grfuv! grâce I ô mon Dieu ! » Va il se prosterna . et pria tourle jour et toute la nuit.

Zolaykha, toujours obsédée par le souvenir el l'image de Joseph, résolut de réprouver encore. Elle lit ordonner au geôlier de le faire paraître à la porte de la prison. En même temps elle commanda à ses suivantes* de couvrir de tapis il»' soie l'espace qui séparait la prison du palais. Le geôlier amena son prisonnier. Zolaykha s'avança sur les tapis jusqu'auprès de Joseph. Mais, en le voyant sous son grossier vêtemenide laine, le visage pâli, les pieds déchirés par les fers, elle se troubla et tomba évanouie. Ses femmes l'enlevèrent, et la portèrent dans son palais. Lorsqu'elle revint à elle, elle s'abandonna à sa douleur, se reprocha sa cruauté, et elle ne cessait de verser des larmes. Elle lit demander à l'az\z la délivrance de Joseph, mais Dieu le fit oublier à Foutfyr, et le Dis de Jacob passa sepl années en prison. Chaque jour Joseph s'humiliait devant Dieu, et lui demandait la lin de ses peines el de ses chagrins.

Dieu prépara la délivrance de son serviteur.

g du roi. — Joseph, retiré de su prison, es! élevé ;'• la dignité il premier ministre.

Le pharaon avait coutume de célébrer tous les ans une grande fête sur les bords du .Nil. Une foule innombrable accourait à cette cérémonie présidée par le pharaon luiniriiie. qui l'aisiit servir un immense festin pour toute

la multitude, et contemplait ce spectacle du haut d'un trône.

Or, Tannée de la délivrance de Joseph, cette fête eut lieu le jeudi, et ce fut dans la nuit sainte du vendredi que Rayân, le pharaon d'alors, eut un double songe. Il vit sept belles vaches qui avaient le ventre en fer et dont les pis versaient du lait en abondance. Puis apparurent sept vaches maigres dont les yeux lançaient des étincelles de feu, et dont les cornes ressemblaient à d'énormes lances. A l'aspect de ces vaches, le roi eut peur ; et voilà que chacune d'elles se précipita sur une des vaches grasses, et la dévora. Puis tout disparut. Le roi se retourna, et aperçut à sa droite sept épis verts comme des tiges d'émeraudes, avec des feuilles pourprées. Le roi saisit un de ces épis, i'égrena dans sa main, et il s'en détacha une telle quantité de grains, qu'ils remplirent le giron de sa tunique. Le prince émerveillé considérait ces grains, et voilà que tout à coup ils se métamorphosèrent en perles qui se rangèrent en colliers. Le roi à cette merveille resta comme interdit. Mais soudain apparurent sept épis fanés, d'un jaune mort. Pharaon en égrena un ; mais il n'en sortit pasun seul grain. Alors le roi s'éveilla, et, tout agité, il appela les devins et les prêtres, leur raconta sa double vision, et leur en demanda le sens. Mais Dieu, pour amener l'élévation de Joseph, leur fit oublier en ce moment leur science divinatoire. « Ce ne sont là, dirent-ils, que de vains fantômes, et nous ne savons pas expliquer ces visions. »

L'échanson Abroûhà se présenta au roi, baisa la terre, et resta immobile : « Que veux-tu ? lui dit Rayàn . — Prince, permettez-moi d'aller jusqu'à la prison; j'y ai vu autrefois un jeune homme appelé Joseph, qui s'entend merveilleusement à interpréter les songes. S'il existe encore, il

expliquera certainement le vôtre. » Rayân envoya l'échan-

son vers Joseph.

Abroûhâ se présenta au fils de Jacob, et s'excusa de l'avoir oublié pendant sept ans. « Ce n'est pas ta faute, dit Joseph. Dieu conduit tout. — Quoi qu'il en soit, reprit vivement l'échanson en s" attribuant le songe du roi, voici le sujet de ma visite. J'ai eu un songe. » Et il raconta la vision «le Rayân. « Ce songe-là, ce n'est pas toi qui las eu. Il n'\ a que les rois ou les enfants des rois qui aient de ces visions; et, de plus, elles ne viennent que dans une nuit de vendredi. — Tu dis vrai, ce songe appartient au roi. — Je te l'ai dit. Retourne donc à ton maître, et donne-lui le conseil que voici : Semez abondamment toute l'Egypte pendanl sepl années consécutives; moissonnez, mais laissez les grains en épis, et serrez-les dans cet état: ils se conserveront mieux. N'égrenez que ce qui sera nécessaire ;iux besoins il*- chaque année. Ensuite il arrivera sept années de sécheresse, de stérilité et de lamine, qui emporteront presque toutes le- réserves. L'année suivante, les eaux. du fleuve abreuveront généreusement le- terres, et l'abondance renaîtra, et l'olivier fructifiera, et la vigne donnera ses raisins, i

L'échanson s'empressa d'aller rapporter ;'i Rayân les paroles de Joseph, i Qui t'a donné cette interprétation 1 dit le roi ;i l'échanson. — C'est Joseph, ce jeune Hébreu qui est en prison. — Comment! dit le roi à ses courtisans, Joseph est encore en prison 1 — Oui. prince. — Qu'on me l'amène ; cependant, que ce soit de -mu plein gré, car c'est lui qui >Y>t choisi en quelque sorte la prison pour demeure, i L'échanson s'empressa de rapporter à Joseph les paroles du roi. « Va, lui dit Joseph, retourne auprès de ton maître, et prie-le d'appeler les femmes qui se sont coupé les doigts au festin de Zolaykha. et «le leur deman-

der si j'ai rien fait pour les séduire. » L'échanson partit et transmit ces paroles au pharaon. Piayân appela aussitôt Zolavklia et les autres femmes qui avaient assisté au festin, et les questionna. Toutes protestèrent de l'innocence et de la pureté de Joseph.

Abroûhâ courut annoncer à Joseph cette déclaration, et Joseph en rendit grâces à Dieu.

Le pharaon dit à son conseil : « Certes, ce jeune Hébreu est un homme de bien, je veux me rattacher et le combler d'honneurs, et je vais le recevoir ici en grande pompe. »

Rayàn ordonna alors de préparer le grand hippodrome de son palais, de le parer et d'y rassembler le peuple. Cet hippodrome avait une étendue de trois milles carrés. Le pharaon y descendit, et, quand il fut près d'y entrer, on en ouvrit la grande porte, dont le bruit retentit dans tout Memphis. En même temps on hissa au-dessus de cette porte un pavillon vert; le bruit de la porte et la vue du pavillon annonçaient au peuple l'arrivée du pharaon dans le grand hippodrome.

Dès (jue le roi fut arrivé, on planta au milieu de l'espace un dattier d'or avec des feuilles d'émeraudcs. Cinq cents officiers de la cour, portant chacun un plateau d'argent sur lequel étaient des poudres de musc et d'ambre bordaient le chemin depuis la prison de Joseph jusqu'à l'hippodrome. Rayàn remit à son vizir sa couronne, son étendard, sa lance, son épée, son manteau royal, son cheval appelé Tammàh. Le roi seul montait ce cheval. « Va, dit Rayàn à son vizir, va, avec les grands de la cour, te présenter à Joseph, pare-le de tous ces insignes de ma royauté, fais-le monter sur mon cheval, déploie au-dessus de sa tète mon étendard royal, et revenez ici tous en grand appareil. Je fais Joseph mon serviteur particulier, mon

JOSEPU, FILS 1>K JACOB

premier ministre. » L'ordre du roi lut exécuté immédiatement : et le premier vizir marchait à côté de Joseph »<t lui tenait rétrier.

Lorsque Joseph fut sur le point de quitter La prison, tous les reclus se pressèrent autour de lui. et le supplièrent de prier Dieu pour eux. Alors Joseph levant les mains au eiel ; i Mon Dieu, dit-il. regarde ees hommes d'un œil de miséricorde. )) Et; au moment où le fils de Jacob franchissait l«' seuil de la prison, l'ange Gabriel avec soixante-dix mille anges vint faire ses compliments à Joseph, et lui dit : <■ Réjouis-toi : voilà l'accomplissement de la promesse qui t'a jadis été faite dans le puits. »

Joseph s'avança avec un cortège pompeux, au milieu de la foule et des soldats rangés sur son passage. 11 rayonnait de bonheur <it de beauté: cinq cents officiers jetaient sur sa mute la poudre de musc et d'ambre. Lorsque Joseph approcha de la porte de L'hippodrome, his grands pontifes allèrent à sa rencontre, le soutinrent par le bras pour l'aider à descendre de cheval, puis marchèrent devant lui. •'t L'introduisirent près du pharaon. Rayân se leva de soit siège, '-t j lit asseoir Joseph à sa place. — g Je connais ta vertu, ta fidélité, ton intelligence, lui dit le roi. et. à iiunpter de ce jour, je te donne tout pouvoir. Je me repose sur toi du soin (\^> affaires de IT.g\ pte. Tu siégeras comme moi sur un troue : seulement ton trône aura quatre doigts de moins que le mien en hauteur. Et vous, ajouta-t-il eu s' adressant à la foule qui L'entourait, vous voyez en Joseph I»' dépositaire de ma puissance, le représentant de mes volontés; il veillera au salul du pays. » !><*> ce moment, Rayàn ue s'occupa plus pour ainsi dire des affaires de l'Etat; retiré dans son palais, il lai-><;) !<• gouvernement an\ mains du vertueux Hébreu.

Gouvernement de Joseph. — Misère de Zolaykha. — Joseph devient

son époux.

Foutfyr était mort , et l'histoire des séductions de Zolaykha était oubliée. Joseph s'attira l'admiration publique par sa sagesse et sa justice. 11 eut soin que l'Egypte fût bien cultivée et ensemencée dans toute son étendue: et, à l'époque des moissons, il recommandait toujours de laisser les grains en épis.

Sept années se passèrent de la sorte ; puis vinrent les sept années de sécheresse et de disette. Bientôt on eut recours aux réserves de Joseph, qui alors ouvrit les greniers publics.. La première année, il vendit à prix d'or et d'argent ; il recueillit ainsi tout l'or et l'argent de l'Egypte jusqu'à la dernière obole. La seconde année, on acheta les denrées en échange des bijoux et des parures ; la troisième, en échange des esclaves; et, par là, esclaves et parures passèrent entre les mains de Joseph. La quatrième année , on acheta les grains aux dépens des chevaux, des chameaux, des mulets, des troupeaux ; la cinquième, on aliéna les demeures, les constructions , et, la sixième, on vendit les champs et les propriétés rurales. Joseph avait acquis ainsi toutes les richesses de l'Egypte. La septième année, les Egyptiens au désespoir vinrent le trouver : <( Vends-noils du blé au prix de nos propres personnes: car nous ne possédons plus rien. — Vous accepteriez vraiment cette condition? — Quoi ! n'est-il pas plus avantageux d'être esclaves de qui nous nourrira que de mourir de faim? » Joseph accepta le marché.

Zolaykha fut atteinte des mêmes malheurs que le reste

des Eg3 ptiens. Il lui fallut aussi rendre ses bijoux . ses parures, ses palais, tout ce qu'elle possédait, car elle eut faim : sa fortune s'évanouit; elle fut réduite à abandonner Ifemphis, et à se contenter, pour demeure, d'une simple cabane en tiges de maïs sur le boni d'un chemin. Elle traînait ses jours dans la misère; la souffrance l'usa, hâta les outrages de la vieillesse : et, pour comble de calamité, elle devint aveugle. Néanmoins elle adorait toujours une petite idole qu'elle gardait chez elle . c'était son dieu ; Zolaykha ne le quittait plus.

Josepb était tout-puissant, et son nom inspirait partout le respect el la crainte. Il sortait une fois par an en grande pompe, pour inspecter par lui-même les gouverneurs,, les cbefe des différentes branches d'administration dans Memphiset dans la plupart *\^> provinces. Les hennissements de Tammâh, le cheval de Joseph, s'entendaient jusqu'à une distance de deux milles; et. comme Tammâh avait soin de ne /hennir que lorsque Josepjh le montait, il annonçait ainsi à tous les grands, à tout le peuple, à Memphis entière, que Joseph venait de monter à cheval. Le cortège du ministre hébreu se rassemblait de suite ; car il ne sortait jamais qu'avec six mille hommes, et pas un costume, dans une si grande foule, ue ressemblait à un autre. Mille jeunes guerriers, armés de lances . le précédaient. Mille autres Égyptiens, portant à la main une baguette d'or, le suivaient immédiatement. Le reste du cortège se composait de mille chevaux de rechange richement caparaçonnés; de mille étendards flottante au vent : de mille enseignes ; de mille tambours dont le bruit se mêlait aux acclamations de la multitude enthousiasmée.

La malheureuse Zolaykha, vêtue d'une grossière tunique de laine , se tenait sur le bord du chemin lorsqu'elle entendait approcher le cortège de Joseph, et, quand Joseph

passait, elle rappelait du plus fort de sa voixet implorait son secours. Mais les cris des spectateurs , les sons des tambourins, étouffaient ses cris. Enfin, désespérée de tant souffrir, un jour elle s'adresse à son idole : « Ignoble idole, dit Zolaykha, fi de toi; et fi de qui t'adore! tu n'as pitié ni de ma vieillesse, ni de ma débilité, ni de ma peine. A présent, je te répudie ; le Dieu que je veux avoir, c'est le Dieu qui a élevé Joseph au trône de l'Egypte, et l'a couronné' de gloire. » Et Zolaykha brisa sa statue : \\r> ce moment, matin et soir, elle invoquait le Dieu du liis de Jacob.

En jour que Joseph passait au milieu des grands et de la foule, près du triste réduit de Zolaykha, elle se mit à crier de toutes ses forces : « Gloire au Dieu qui des rois orgueilleux fait des esclaves, et des esclaves dociles et purs fait des rois ! » Soudain Dieu ordonna au zéphyr de porter ces paroles à l'oreille de Joseph; Joseph s'émut, et dans ses yeux brillèrent quelques larmes. Puis, s'adressant à un de ses, serviteurs : « Vois, lui dit Joseph, ce que désire cette bonne vieille, et donne-lui ce qu'elle demande. » Le serviteur la conduisit à la demeure de Joseph. Zolaykha paraissait alors avoir quatre-vingt-dix ans.

Joseph, rentré dans son palais, quitta, comme d'habitude, ses habits de soie , revêtit une tunique grossière . et , se renfermant dans son oratoire , il se prosterna devant Dieu et pria. Puis il se rappela la femme qu'il avait entendue louer le Dieu puissant; il la fît appeler : « Que désires-tu, ma bonne vieille? lui dit-il. — Ce que je désire, il n'y a que Joseph qui puisse me l'accorder, repritelle d'un ton affligé, et la tête tristement baissée. — Je t'ai entendue prononcer de saintes paroles, mon cœur s'en est ému. Dis-moi ce que tu veux. — Joseph , reprit Zolaykba d'une voix: attendrie, comme tu m'as vite oubliée ! — Et qui donc es-tu? Quel bien ai-je reçu de toi? — C'est

moi qui ai tant cherché à te rendre heureux . qui t'ai fait bâtir la demeure (\c< plaisirs, qui l'ai assis sur le trône du pharaon . qui t'ai mis la couronne sur la tête, hélas ! Je suisZolaykha. — 0 mon Dieu! Dieu de la vie et de la mort, Dieu immortel î Quoi ! Zolaykha, tu es encore de ce monde, mi. objet de trouble et de peines! — Joseph, tu me reproches d'être encore de ce monde ! Eh oui î que ne suis-je morte depuis longtemps î — Dieu ! qUe sont devenues ta beauté, tes grâces, ta grandeur, ta fortune? dit Joseph, le> larmes aux yeux. — Tout cela ;i disparu par la volonté de celui qui t'a retiré de ta prison, et t'a accordé la puissance qui l'environne aujourd'hui. — Zolaykha, je te donne . ;'i ton choix, trois demandes à m'adresser, je te promets de te les accorder : et ensuite tu te retireras d'ici. — Me jures-tu d'accomplir ce que tu m.' proposes là ? — Je te le jure par la barbe blanche d'Abraham.— Prie ton Dieu de me rendre en même temps la Mie, la jeunesse et la fraîcheur de l'embonpoint. » Joseph pria Dieu, et ce premier vœu fut exaucé. Zolaykha ouvrit les yeux, et les fixa en souriant sur Joseph. a Prie Dieu maintenant, ajouta-t-elle , de nie rendre mes grâces et ma beauté d'autrefois. )> Joseph pria . et la prière fut exaucée. Et. à l'aspect des charmes de Zolaykha, il détourna les yeux. « Hâte-toi, dit-il tout ému . hâte-toi de me faire ta troisième demande. — Ma troisième^ demande... est que tu m'épouses. » Joseph, comme frappe de la foudre, resta muet, interdit, le regard abaissé vers la terre. Alors Gabriel apparut subitement au fils de Jacob, i Dieu te salue, lui dit l'ange, et m recommande de ne point repousser le- vœux de Zolaykha : épouse-la, et qu'elle soit ta femme dans ce monde et dans l'autre. » Joseph épousa Zolaykha. Les anges vinrent en complimenter le fila de Jacob, qui avec eux.

rendit grâces à Dieu , et pria que , pour combler son bonheur ici-bas, il lui fût accordé de voir bientôt Jacob.

ïl lit construire pour Zolaykha un palais magnifique . à douze faces. L'or, l'argent, les pierreries, y étincelaient de toutes parts. C'est dans ce palais que Joseph consomma son mariage avec Zolaykha. Mais, avant de s'unir avec elle. il lui dit : Dieu t'a-t-il donné quelque enfant de Foutfyr? — Il était impuissant. » Joseph s'unit avec Zolaykha , et, dune seule couche, elle lui donna deux fils, beaux comme le soleil et la lune . L'un fut appelé Afnï m, et l'autre Ofraytham *.

Arrivée des frères de Joseph en Egypte. — Us s'en retournent, puis reviennent avec Benjamin.

Tendant les années de stérilité, la disette se fit sentir aussi en Syrie et au pays de Chanaan. Jacob et ses enfants et leurs troupeaux eurent faim. Le vieillard dit à ses fils : « Voyez en quelle détresse nous sommes. — Et que faire? — Allez en Egypte acheter des grains. — Père, comment pouvez-vous penser à nous envoyer chez ces pharaons de la terre, que vous savez être nos ennemis? ■ — Je sais, mes enfants , que l'Egypte a pour représentant du roi, pour dépositaire du pouvoir, un homme juste. Allez, vous le saluerez de ma part, et il vous vendra du grain. »

Les dix fils de Jacob partirent chacun avec un chameau et un sac d'argent. Arrivés à la frontière de l'Egypte, ils furent arrêtés par un officier que Joseph avait posté pour garder l'entrée du pays. « D'où êtes-vous, dit l'officier

* Manassès et Ephraîm.

aux voyageurs, et qui ètes-vous .' — Nous sommes les fils de Jacob, fils d'fsaae, fils d'Abraham. — Vous êtes tons enfants de Jacob? — Oui, tous. — Nul ne peut pénétrer en Egypte que parla permission directe de l'azyz. Je vais lui écrire, i Et il traça ces mot> :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

« Or sus, je vous informe que , sur ma frontière, il vient de se présenter à moi dix hommes-, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau que ces étrangers. Ils se disent fils du prophète Jacob. La famine sévit aussi dans leur pays, et ils viennent acheter des provisions. Dois-je les laisser entrer en Egypte , ou non? »

Joseph, surpris et ému à la lecture de cette lettre, écrivit de suite :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

« Ordonc.au reçu de cette lettre, envoyez-moi les enfants de Jacob. Faites-les traiter avec tous les égards possibles. Nul d'aussi grand qu'eux n'est jamais venu de Syrie en Egypte »

Dès ce jour même, Joseph lit préparer son palais" et la ville «le Rfemphis pour l'arrivée de ses frères. On décora l»'v places publiques, les rues, les marchés, les édifices. Joseph en même temps se fit dresser un pavillon tout orne de pourpre, et y plaça son trône.

£■. On alla au-devant des fils de Jacob, et on le- introduisit dans Mempbis au milieu d'une foule considérable, et avec un appareil extraordinaire. Les étendards flottaient de toutes pari-, les trompettes retentissaient, la ville était pavofsée comme en an jour de fête. Et les fils de Jacob marchaient stupéfaits, et ne savaient que penser de toute cette cérémonie ordonnée pour eux. Joseph, assis surfson trône, attendait ses frères; des interprètes hébreux étaient debout .1 sa droite et ;'i -a gauche, devant des Ifeisceaux

d'étendards. A peu de distance était un immense tas de blé, sur lequel était placé un sa *, où étaient tracés ces mots : <( Il n'y a de Dieu que Dieu. » Lorsque les frères de Joseph furent arrivés près de la porte du pavillon , un officier leur demanda encore qui ils étaient et d'où ils venaient. « Nous sommes les fils du prophète Jacob; nous désirons nous présenter a l'azyz pour acheter des provisions.»

Joseph les laissa attendre trois jours avant de les recevoir. Au matin du quatrième jour, on les introduisit. « Certes, disaient-ils, tout émerveillés de l'éclat qui 1rs entourait, jamais il n'y a eu de magnificence pareille à celle de l'azyz d'Egypte. » Joseph avait la ligure cachée sous le lïtham, ses frères ne purent donc le reconnaître. Ils s'assirent au pied du trône, et ils n'osaient lever les yeux. Joseph considérait ses frères, jouissait de leur présence : il y avait alors quarante ans qu'il ne les avait vus. Enfin il leur fit demander pourquoi ils étaient venus en Egypte. « Prince, dirent-ils , la Syrie souffre de la famine, ainsi que l'Egypte. Nos familles ont faim. Notre père nous a envoyés à toi pour acheter du blé. — Soyez les bienvenus, )) dit Joseph. Et il reçut leurs sacs d'argent et leur lit mesurer du blé. Mais il recommanda secrètement de replacer, à leur insu, l'argent dans leurs sacs.

Avant de congédier ses frères, Joseph leur dit : « Je vous ai traités avec déférence et générosité. — Que Dieu t'en récompense! — Maintenant, je désire que vous répondiez sans détour à ce que je vais vous demander. — Parle, nous sommes à tes ordres. — Combien Jacob a-t-il de iils? Jacob avait douze fils. Un d'eux, le plus beau dVn-

Le sa, ancienne mesure de capacité, valait trois moudd. Le moudd vaut deux rotl un tiers. Le rotl est évalué actuellement en Egypte à environ cmq cent soixante-seize grammes.

Ire nous, alla faire paître nos troupeaux, et un loup l'a dévoré. Jacob en a tant pleuré, qu'il en a perdu la vue: ses yeux ne sont plus qu'un épais nuage blanc. — Etvotre .Mitre frèrel — C'est le plus jeune de tous, le livre de Joseph. Jacob ne quitte pas un moment ce jeune enfant, c'est son unique consolation. — 11 faut que vous m'ameniez ce jeune frère; je veux le voir. Rappelez-vous que, si tous revenez s;ms lui, je ne vous laisserai plus livrer de blé. — Nous plierons notre père de céder à ton désir. — hit--- à Jacob que l'azyz d'Egypte le salue et compatit à ses peines. >>

Les fils de Jacob partirent. Dés qu'ils furent arrivés chez leur prie : « Comment vous a paru l'azyz d'Egypte? leur dit le vieillard. — C'est la générosité et la bonté mêmes.— Avez-vous reconnu quelle est sa religion 1 — Il a la foi de nos ancêtres, la foi d'Abraham. Il s'est informe ilf notre famille: nous avons satisfait à ses questions, et nous lui avons dit qu'un de nos frères avait été dévoré par le loup, et que l'autre était auprès de vous. Alors il nous a ordonné de lui conduire mitre plus jeune frère; sinon. on ne nous vendra plus de blé. Laisse-nous emmener Benjamin à notre premier voyage : nous aurons soin de lui. — Mes enfants, reprit .dors Jacob en pleurant, commenl puis-je me lier à vous, après ce qui est arrivé à Joseph 1 Ne parlons plus décida. Voyons ceque vous apporte! d'Egypte. » <>n ouvrit les fardeaux, et on \ trouva l'argent. « Que voulez-vous de plus? dirent les lils de Jacob; voilà les provisions et notre argent avec elles. — Je ne laisserai partir Benjamin, dit 1»' patriarche, que lorsque vous m'aurez juré de m- revenir qu'avec lui. » Et il> le jurèrent.

Quelque temps api»-, on se disposa pour un second voyage. Jacob para Benjamin, l«' peigna, lui tressa les

cheveux, les parfuma, les entremêla de perles, le ceignit de la ceinture d-Ishâe, lui mit au doigt l'anneau d'Abraham, le chaussa des sandales de Seth, et le monta sur une chamelle issue des chamelles d'Ismaël. Les frères de Benjamin se parèrent de leur côté: ils peignèrent et tressèrent leurs cheveux, revêtirent leurs plus beaux habits, se coiffèrent de leurs turbans, ceignirent leurs reins, prirent leurs sabres, et enjambèrent leurs chameaux. « Ayez soin de votre frère, leur dit Jacob au moment du départ; déliez-vous des ruses du diable. Cet enfant est plus jeune que vous; ayez pour lui toute déférence, et qu'il serve d'interprète entre vous et l'azyz. Encore une recommandation. Quand vous entrerez dans Memphis, séparez-vous pour entrer par plusieurs portes; car la foule, en vous voyant tous ensemble, pourrait s'étonner, vous fixer trop attentivement, et vous jeter le mauvais œil. » La caravane partit.

Elle fut arrêtée encore sur les limites de l'Egypte, car l'officier gardien de la frontière ne les reconnut pas d'abord sous leur nouvel accoutrement : « Ëh ! leur dit-il ensuite, quel est ce nouveau jeune homme? Je n'ai rien vu 4e plus beau après notre azyz. — Nous l'amenons par l'ordre de l'azyz même. » L'officier écrivit aussitôt à Joseph, lui annonça l'arrivée des fils de Jacob avec un nouveau frère d'une beauté admirable. Joseph répondit : <( Garde auprès de toi les fils du prophète pendant trois jours; mais aie soin de les traiter avec tous les égards dus à leur naissance et à leur nom. »

Joseph alla annoncer à Zolaykha le retour des enfants -de Jacob : « Ce sont mes frères, dit-il; ils m'ont, il est vrai, arraché à mon père et vendu comme esclave, mais ce sont eux qui ont été la première cause de ma grandeur. Zola) kha, pare ton palais avec toute la magnificence possible,

afin qu'ils voient ce que Dieu accorde aux hommes de bien. »

Zolaykha fit orner, comme pour une fête, les sept grandes cours du palais de Joseph, et poster dans chacune tri lis mille cavaliers superbement équipés, et portant tous (h>< bannière* On dressa ;uissi un pavillon à quatre portes, carré et tout à jour, construit en ébène et en bois d'arar, dont les pièces étaient lices entre elles avec de grandes baguettes d'or. Le trône de Joseph fut placé au centre; à droite et à gauche, devaient se tenir rangés cinq cents jeunes Égyptiens encore imberbes, tous vêtusde vêtements différents, parés «le pendants d'oreilles et de riches ceintures, portant en main des coupes d'or et des coupes d'argent remplies de musc, d'ambre, d'eau de rose. Joseph, en même temps, revêtit la chemise ou tunique dont Dieu l'avait parc dans le puits par la main de Gabriel. Cette tunique venait du paradis, et son éclat éblouissait les yeux. Il ceignit son sabre, plaça le bandeau royal sur sun front, la couronne sur sa tête, et l'anneau à sa main. Ainsi pan:. Joseph, au haut de son trône, avait la beauté de soixante-dix beautés.

s is frères arrivèrent à L'entrée de la première cour. Au spectacle imposant (\(^ gardes, des chevaux, des costumes si variés, le eœur leur bondit d'étonnement et de crainte. L'impression fut encore plus vive lorsqu'ils entrèrent dans les deux cours suivantes, qui étaient remplies de soldats -Mil- les armes. Enfin il> pénétrèrent dans la grande cour, et se dirigèrent \ ers le pavillon. A L'entrée était une grande cuvette d'or pleine de parfums. Benjamin j plongea la main et la passa ensuite sur se- vêtements. Ses frères I'1 gourmandèrent et lui donnèrent un soufflet. « Arrêtez, Leur dit-on ne maltraitez pas ce jeune homme, ces parfums (int été exposés là pour vous; secouez la poussière du

voyage et parfumez-vous. » Us obéirent, puis on les introduisit devant Joseph. Iïazyz avait la faee couverte depuis le menton jusqu'aux veux. Mais, lorsque Benjamin l'aperçut, il dit en hébreu a ses frères : « Comme ces yeux ressemblent aux yeux de Joseph ! — Tais-toi, sot que tu es, lui dirent ses frères, baisse la tète, et sois plus respectueux. »

Repas. — Déférence de Joseph pour Benjamin. — Départ des lils de Jacob. — On les rappelle. — Ils repartent.

Joseph, à l'aspect de Benjamin, sentit ses yeux se gonfler de larmes; mais il raffermit son courage, fit asseoir ses frères, et, après les avoir questionnés sur Jacob, il ordonna de servir à manger.

Six tables furent dressées. Les mets étaient en grand nombre, et disposés dans des plats d'or et d'argent. « Asseyez-vous deux à deux à chaque table, » dit Joseph à ses convives. Ils obéirent; mais Benjamin resta seul, et il n'osait manger. « Pourquoi ne manges-tu pas? lui dit Joseph. — Prince, tu m'as en quelque sorte défendu de manger; lorsque tu as dit à mes frères de se placer deux

à deux, je suis resté seul — Alors veux-tu t'asseoir

avec moi? Nous mangerons ensemble comme deux frères.)* Et Joseph descendit de son trône, et alla s'asseoir avec Benjamin. Les autres fils de Jacob, jaloux de cette prévenance, se regardaient les uns les autres d'un œil agité et inquiet. Benjamin mangeait, et ses regards ne quittaient pas un moment Joseph. « Tu ne manges pas tranquille.

lui dit Joseph; tes yeux sont constamment liv:> sur moi.

— Prince, j'avais un frère qui te ressemblait... un loup l'a dévoré. — Non. un loup ne l'a p;is dévoré; lu retrouveras ton frère.... Donnez-moi, dit ensuite Joseph à ses serviteurs, la coupe remplie d'eau de rose et de miel. » Et il but et présenta ensuite la coupe à Benjamin, qui but aussi.

Alors les dix autres frères murmuraienl entre eux. el leur regard louche témoignait de leur jalousie. « Voyez, se «lisaient-ils. quel bonheur a Benjamin. On nous le préfère; l'azyz le met bien au-dessus de nous. Benjamin ne manquer.i pas île se prévaloir de tous ces égards, de s'en faire un mérite aux yeux de notre père. — Donnezmoi ilr nouveau la coupe, i dit Joseph, qui avait entendu les paroles de ses frères. Et Joseph lit offrir la coupe à ses convives, qui burent et se mirent ensuite à baiser la coupe. « Pourquoi baiser ainsi cette coupe, comme si vous vouliez la boire? dit Joseph. — Dieu nous en prèserve; c'est simplement par admiration : nous trouvons cette coupe si belle'. »

Le repas fini. Joseph se replaça sur s«»n trône, et \ lii monter Benjamin avec lui. Et il lui parlait de Jacofc et de la famille. « Es-tu marié? lui dit-il enfin. — Oui. et Dieu m'a donné trois fils. — Quels sont leurs noms? — L'un s'appelle Loup. — Gomment! tu es fils d'un prophète, el lu donnes à ton lils un nom de bête sauvage? — Mes frères nous ont assuré qu'un loup avait dévoré Joseph; et j'ai nommé mon fils Loup, afin que toutes les fois que je le prononcerais, oe nom me rappelât mon malheureux frère.

— Comment as-tu nommé ton second lils? reprit Joseph. ému jusqu'aux larmes. — Je l'ai nommé le Sang. — Pourquoi ? — En mémoire de ce que mes frères nous apporté' rent la chemise de Joseph toute souillée de sang. Toutes

les fois que je répète le nom de mon fils, je me souviens de mon frère, et je pleure. » Joseph ue put retenir ses larmes, et il sortit pour pleurer. Revenu auprès de Benjamin, il lui dit encore : « Comment as-tu appelé ton troisième fils? » Benjamin soupira, et l'œil humide de larmes: « Je l'ai appelé Joseph, et, toutes les fois que je prononce son nom, je me ressouviens de mon frère. » Joseph, profondément agité, dit en lui-môme : « Si Benjamin a une si grande douleur de ma perte, quelle doit être la douleur de mon père ! »

Cependant les frères de Joseph se préparèrent à repartir. On remplit leurs sacs de provisions et de grains, et Joseph dit à son fds : « Cache ma coupe dans le sac de Benjamin, mais assez adroitement pour que personne ne s'en aperçoive. » La coupe fut cachée. On se mit en route.

Quelques instants après, Joseph demanda sa coupe, comme s'il eût ignoré ce qu'elle était devenue. On ne la trouva pas : « Que Ton coure, dit-il, après ces Hébreux. » Et un des premiers officiers du palais se mit à leur poursuite avec une troupe de cinq cents hommes. On atteignit la caravane. « Vous êtes des voleurs, cria-t-on de loin aux Hébreux : arrêtez ! — Pourquoi? qu'avez-vous perdu? — Vous avez volé la coupe de l'azyz. Retournez sur vos pas.» Et on les ramena à Memphis.

Arrivés en présence de Joseph: « Prince, lui dirent-ils, pour quel motif nous appelles-tu devant toi ? — Répondez-moi. Ne vous ai-je pas traités avec bienveillance et générosité? Ne vous ai-je pas donné une charge de grains en sus de ce que vous désiriez? Ne vous ai-je pas engagés moi-même à revenir bientôt en Egypte: — Oui. — Que dois-je faire maintenant? Comment dois-je vous punir d'avoir dérobé ma coupe? — Prince, nous n'avons rien dérobé. Dieu nous préserve d'un pareil vol ! — Dites-moi

vous-mêmes, dites-moi quelle doit être, d'après votre religion, la punition de celui qui aura pris ma coupe? — Il doit être ton esclave : voilà la punition de son crime. — Alors, je puis fouiller dans vos sacs'.' — Certainement! cherche partout où tu voudras. »

On ouvrit et fouilla les sacs, et Ton ne trouva rien. Mais on n'avait point ouvert le sac de Benjamin. Cette exception blessa l'amour-propre des autres fils de Jacob, /■t une colère concentrée et jalouse les agitait. « Fais donc ouvrir le sac de Benjamin, dirent-ils à Joseph, afin qu'il ne tire pas vanité, et n'aille pas se faire un mérite auprès de notre père des témoignages de ta déférence, ni s'enorgueillir de ce que tu Tas fait monter avec toi sur ton troue, ni répéter que tu t'es assis à table avec lui, et qu'il ne puisse pas «lire à Jacob : — L'azyz a soupçonné et accusé mes frères d'avoir volé sa coupe, mais moi. je n'ai point eu à subir d'épreuve humiliante; l'azyz a fouillé dans leurs sacs, mais il n'a pas fouillé dans le mien. — Savez-vous pourquoi je ne cherche pas dans le sac de Benjamin? — .Non. n<»u> ne le savons pas. — C'est parce que votre père vous a fait promettre el jurer que vous lui ramèneriez Benjamin. — Cela est vrai, et nous Taxons promis. »

On ouvrit le sac de Benjamin, et Ton en retira la coupe. La surprise, la consternation apparut sur tous les visages : lev frères de Benjamin pâlirent : «Voleur! lui dirent-ils en hébreu; infâme voleur! Quel motif si étrange a pu te pousseï à dérober cette coupe*.' — Me- frères, j<' vous le jure-par la barbe blanche d'Abraham, \r n'ai point pris cette coupe. — Comment! ne vient-on pas de la retirer de ton sacl Et ils frappèrent Benjamin sur la face. « Arrêtez, leur cria-t-U avec une noble fermeté; arrêtez! vous avez, vous aussi, volé l'argent qui était le prix du grain

que vous avez apporté à notre père Ja première fois ; \ ou avez, vous aussi enfermé, eaché cet argent dans vos sacs j'ai fait comme vous, moi aussi, j'ai volé, j'ai pris cette coupe, et je l'ai enfouie dans mon sac. — Nous n'avons rien à répondre, reprit Roubil en regardant ses frères. » Et Benjamin, dans son émotion, allait leur rappeler l'aventure de Joseph ; mais il se souvint des recommandations de l'àzyz, et il se tut.

« M'en croirez-vous? dit Joseph à ses frères; vous êjës tous des voleurs. Benjamin a vole ; un de ses frères, appelé Joseph, volait aussi autrefois. Vous êtes des hommes au cœur méchant, à l'âme sans pitié et sans générosité. — Prince, répondirent-ils, le père de cet enfant est un vieillard accablé par l'Age ; prends l'un de nous pour esclave à la place de Benjamin, et mets ainsi le comble à tes bontés pour nous. — Est-ce donc qu'il est dans la loi de votre ancêtre Abraham de prendre l'innocent pour le coupable? Dieu me préserve de garder esclave un autre que celui qui avait ma coupe ! Je n'aime point l'injustice. » Et il ordonna aussitôt que l'on emmenât Benjamin.

Désespérant de pouvoir se faire rendre leur frère, les fils de Jacob sortirent et délibérèrent entre eux sur le moyens de se tirer d'embarras. « Vous savez, dit le plus sage d'entre eux. Juda, vous savez que notre vieux père, se rappelant le malheur de Joseph, nous a fait jurer, au nom du ciel, de ramener Benjamin. Je ne veux pas rentrer au pays de Ghana an avant que notre père ne me le permette, ou que Dieu ne décide mon retour. Vous, partez . informez notre- père que son fils s'est rendu coupable de vol, que nous ne l'avons pas vu quand il a commis ce crime, mais que nous avons dû nous rendre aux preuves de l'évidence. Dites à Jacob : « L'azyz a retenu Benja- « min, et Juda a juré de ne pas rentrer en Chanaan sans tes

ordres, ou sans l'ordre de Dieu. » La caravane partit.

Juda revint au palais de l'azyz. a Pourquoi t'es-tu séparé de tes frères 1 dit Joseph à Juda. — Tu as gardé mon frère en otage, laisse^moi avee lui. garde-moi. » Joseph consentit à cette demande, et fit placer Juda avec Benjamin. Ils furent traités avec la plus grande magnificence, et ils n'avaient d'autre demeure que le palais même de l'azyz.

Les fils de Jacob, en arrivant chez leur père, le saluèrent tous ensemble. Mais le vieillard n'aperçut ni Benjamin ni Juda. i Qu'avez-vous l'ait de Benjamin et de Juda*? dit-il d'une voix forte etémue. — Benjamin, ton fils si pher, a volé la coupe de l'azyz, et l'azyz l'a retenu captif. .Nous tr le jurons, nous n'avons fait aucun mal à ton fils. — Mais Juda? — Juda est demeuré en Egypte. Il n'a pas osé venir se présenter devant toi : il cherché à obtenir la liberté de son frère, s Et le vieillard pleurait. Puis, rele- \.iiit la tète lentement : « Oh! non. non! mon enfant n'a rien volé, j'en suis sûr, malgré tout ce que mois me dites. L'azyz a voulu lo garder auprès de lui... » Puis Jacob poussa un grand cri et s'évanouit.

Le vieux patriarche, revenu à lui-même, regarde tristement ses fils, et, d'une voix lente : « 0 me- enfant-! que tous les actes de votre vie me sont pénibles, douloureux! vous ne' privez de mes fils. CV-t l'un... puis c'est l'autre! ! »

Et le chagrin accablait Jacob; tous ses jours étaient pleins de larmes, de regrets, de souffrance. Il épanchait ses peines, -a tristesse, -m- tous ceux qui passaient, qui venaient à lui. Il laissait éclater ses sanglots; il exhalait ses plaintes. Dieu en l'ut contrarié, <-t lui dit :

Tu ne penses qu'à Joseph, tu ne parles et ne t'occupes que de tes oVir fil»; tu en négliges ii-- devoirs de piété;

si tu continues, j'efface ton nom de la liste des prophètes, et je te fais inscrire parmi les indociles et les hommes sans courage. » Jacob, effrayé, poussa un profond soupir. se troubla, s'évanouit. Revenu à lui-même, il leva les yeUx au ciel : « Mon Dieu, mon Seigneur et mon maître, dit-il, je te le jure, je ne prononcerai plus le nom de Joseph avant que tu me permettes de le prononcer. »

Quelques jours après, Jacob, assis à l'entrée de sa cabane, entendit venir ses fils. Il crut distinguer une voix qui ressemblait à celle de Benjamin. Il sentit ses yeux s'humecter de larmes, et il allait prononcer le nom de Joseph. Mais il se rappela la promesse qu'il avait faite à Dieu. Gabriel alors vint lui annoncer que bientôt il reverrait Joseph, et recouvrerait la vue. Le patriarche fut frappé de cette nouvelle; il dit à ses fils : « Hàtez-vous, partez; allez à la recherche de Joseph, et amenez-moi Benjamin. Ne désespérez pas de la bonté de Dieu. — Mais Joseph est mort depuis longtemps, et Benjamin est retenu prisonnier en Egypte. — Apportez-moi de l'encre et une feuille à écrire... Roubil, écris ce que je vais te dicter :

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

« De la part du malheureux et désolé Jacob-Israël, fils d'Ishâc, fds d'Abraham, à l'azyz d'Egypte.

« Or, prince, nous sommes une famille que Dieu a éprouvée par l'adversité; pour nous, ce monde est sans calme, et le malheur nous frappe dans ce que nous avons de plus cher. Abraham, mon aïeul, a été éprouvé par le feu de Nemrod; mais Dieu, voyant le courage du patriarche, a changé le feu en fraîcheur salutaire et douce. Ishâc, mon père, a été aussi ('prouvé par Dieu, qui lui demanda le sacrifice de son fils, et Dieu l'a récompensé de son obéissance. Moi, Dieu m*a éprouvé par la perte de mon fils Joseph, et j'ai pleuré jusqu'à en perdre la vue.

l'avais pour me consoler mon fils Benjamin ; tu m'en as privé; tu Tas gardé près de toi, sur un soupçon de vo\. Mon fils ne peut s'être rendu coupable de vol, je te le jure par Dieu; notre famille est pure. Ne m'enlève pas mon fils sous un motif injuste; ear Dieu ne laisse jamais l'injustice impunie. »

La lettre fut pliée et scellée.

Retour des fils île Jacob en Egypte. — Contrat de vente de Joseph. — Il consulte sa coupe et condamne ses frères.

Les enfants de Jacob retournèrent en Egypte. Ils se présentèrent à Josepb. lui remirent la lettre : Joseph la reçut, la baisa, se retira dans son oratoire pour la lire, et versa des larmes.

Joseph reparut, la face toujours couverte, et dit à ses frères: « La lettre de votre père m'a profondément affligé. Je vous rendrai votre frère, mais je veux encore quelque chose de lui. Demain, je vous rappellerai ici. »

Ils furent en effet rappelés. Joseph avait convoqué une assemblée solennelle; il avait à sa droite et à sa gauche, les pontifes, les prêtres, les hauts dignitaires de la cour. Les prêtres se tenaient dix par dix auprès de chacun des (ils de Jacob.

après un moment de silence, Joseph portant un regard sévère sur ses frères : « J'ai, leur dit-il. de grands reproches à vous faire : vous êtes coupables. Mais je vais vous adresser une proposition. Si vous 3 satisfaites, j»1 vous pardonne tous vos torts, et je vous rends immédiatement Benjamin. — Prince, nue veux-tu de dous? — Le voici :

il)

j'ai trouvé dans mon cabinet un écrit en caractères hébreux. Quelqu'un de vous peut-il me le lire? ■ — Nous pouvons tous le lire. Mais voilà Roubil qui déchiffre les caractères les plus obscurs et les plus difficiles. — Je sais toutes les langues, dit Roubil, j'en connais quatre cents. — Alors, reprit Joseph, j'ai rencontré en toi l'homme qu'il me faut. Afraytham, dit l'azyz à son fds, va demander à ta mère l'écrit en question, et apporte-le-moi. » Afraytham sortit, et revint un moment après avec l'écrit. Ben jamin accompagnait Afraytham. Et les frères de Joseph" concentraient avec effort leur dépit et leur jalousie. Ce fut bien pis encore lorsque Joseph tendit la main à Benjamin et le fit asseoir à côté de lui sur son trône... Joseph prend l'écrit que vient d'apporter son fils, et le donne à Roubil. Roubil l'ouvre, le regarde, pâlit, et l'écrit lui échappe des mains. « C'est, dit-il en hébreu à ses frères, le contrat de vente que nous avons fait et signé le jour que nous avons vendu Joseph. — Comment, se dirent-ils, cet écrit a-t-il pu tomber entre les mains de l'azyz? Certes, s'il vient à savoir que nous avons vendu notre frère, jugez de quelle manière il nous traitera. — Qu'y a-t-il donc? leur dit Joseph. Que discutez-vous? — Prince, reprit aussitôt Choumoun, cet écrit est très-vieux, et les lettres en sont peu visibles ; le temps les a effacées. — Vous mentez, dit Joseph; vous me trompez, et je vais vous dévoiler votre fourberie. Donnez-moi cet écrit. Maintenant qu'on m'apporte ma coupe d'or : elle me dévoilera la vérité. »

Joseph saisit la coupe, la frappa sur le bord ; elle rendit un son aigu extraordinaire. Joseph approche l'oreille comme pour comprendre le sens de ce retentissement. Puis, relevant subitement la tète : « J'ai maintenant la preuve de votre mensonge ; vous êtes les plus fourbes des hommes, je n'aurai pour vous aucun égard. » Joseph f.'iiî

sonner de nouveau la coupe à son oreille,, écoute ce second tintement, et dit alors à ses frères : g Vous avez prétendu qu'un loup avait dévoré un de vos frères : cela est-il vrai? » Joseph fait encore tinter la coupe... g Cette fois la coupe m'annonce qu'un de vous a une singulière puissance : c'est que, lorsqu'il pousse un cri particulier, quiconque l'entend tombe mort ; et les femmes enceintes qui l'entendent avortent. —.C'est moi, dit Choumoun, qui ai cette puissance. — Mais tu n'aurais donc pas pu, si tu l'eusses voulu, empêcher le loup de dévorer ton frère? » Choumoun ne sut que répondre.

Joseph fait tinter la coupe, et l'écoute : « J'entends qu'un de vous a de singuliers accès de colère : dès qu'il s'irrite, des poils lui dressent entre les épaules, percent ses vêtements, et il ne se calme que lorsqu'il a tué et versé du sang. — C'est moi, dit Juda. — Étais-tu avec ton frère quand le loup l'a mangé? — J'étais avec lui. — Pourquoi donc ne l'as-tu pas défendu?)) Juda resta sans réponse.

Alors Joseph ordonne à son vizir d'annoncer à la foule assemblée la honte de ces Hébreux qui jadis ont vendu leurfrêre. Va toute la multitude de blâmer et de répéter le crime des enfants de Jacob. Humiliés, couverts de confusion, presque insultés par la foule indignée, ils ne sa \ "aient plus quelle contenance garder. Tout à coup Choumoun dit a ses frères : i Nous ne pouvons pas plus longtemps supporter tant d'humiliations. Voulez-vous que je pousse mon cri de fureur? — Oui, oui. »» Joseph entendit les paroles de Choumoun. et le vit s'accroupir sur I»'- genou\ pour se préparera son hurlement. Joseph dit aussitôt a Alïa\ t hniii : i Va vite te placer, sans qu'on te remarque, derrière cel homme que tu vois s'accroupir, touchelui le dos avec la main en disant : il Au nom du Dieu

«d'Abraham!)) Afraytham obéit, et Choumoun tomba sur la face, et comme évanoui. « Pourquoi, dit ensuite Choumoun à ses frères, m'avez-vous touché le dos et la tête?

— Personne de nous ne fa touché. — Quel est ce jeune homme? dit-il en se retournant et apercevant Afraytham.

— C'est lui, répondirent les Egyptiens, le fils de fazyz.

— Savez-vous quel Dieu invoque fazyz? — Quand il invoque, quand il jure, il dit toujours : « Par le Dieu d'Ishâc, mon aïeul. » Choumoun demeura stupéfait.

Ensuite Joseph dit à ses frères : « Vous croyez donc, enfants des Hébreux, que vous pouvez jeter ici le trouble et le désordre. Je vais vous traiter comme vous le méritez.» Et Joseph commanda de dresser des tiges de palmier comme potences, de remplir d'huile les chaudières des supplices, et de les faire bouillir. Mais, avant tout, il ordonna qu'on coupât à chacun des fils de Jacob un pied et une main, en coupe croisée.

Les frères» de Joseph, consternés, désespérés, attendaient dans les angoisses leur dernier moment. « Égyptiens, disaient-ils. que ceux d'entre vous qui iront en Syrie veuillent annoncer notre malheur à notre père, porter à Jacob nos derniers adieux, lui dire : « Tu as « gémi longtemps sur la perte de Joseph, quels vont être « tes gémissements, tes pleurs, maintenant que tu as perdu « tous tes fils ï »

Après avoir laissé quelque temps ses frères dans les inquiétudes et les transes delà mort, Joseph, reprenant un ton de voix moins sévère, leur dit : « Sans la vénération que m'inspire votre père ; sans la crainte que j'ai d'abréger ses jours en l'abreuvant de douleurs qu'il ne mérite pas, je vous ferais subir aujourd'hui même les derniers supplices, ou au moins je vous mutilerais!... » Et ils reprirent leurs sens.

Joseph reconnu. — Départ de ses frères. — Jacob recouvre la vue et se rend en Egypte.

Joseph avait trois signes qui le faisaient reconnaître : une légère cicatrice au front, suite d'une blessure qu'il recul lorsqu'on le descendit dans le puits; une mouche sur la joue : un point lumineux vers le nombril .

Lorsque l'azyz voulut se découvrir à ses frères, il se leva, ôta le bandeau et la couronne qui lui ceignaient la tête, déroula lelitham ou voile qui lui entourait la face... Et ses frères étonnés, stupéfaits, le considéraient, ne savaient s'ils devaient en 'croire leurs yeux. « Qu'avez-vous fait de Joseph, votre frère? leur dit-il avec un léger sourire ; vous ne savez pas tout ce qui lui est advenu de votre conduite envers lui. — Mais, dis-nous-le, est-ce bien toi 1 es-tu Joseph 1 — Je suis Joseph. Et voilà Benjamin mon frère. Dieu récompense toujours la justice, la résignation et la patience. — Dieu t'a donné la grandeur et la puissance, lais de nous ce que tu voudras ; rends-nous tout le mal, tous les tourments que nous t'avions préparés, vendsnous comme nous t'avons vendu. — Tout ce mal s'est changé en bien; votre crime n'est plus un crime. Retournez au pays de Chanaan, allez trouver mon père. ■> Puis ôtant sa tunique : i Vous la jetterez sur la tète de notre père, el aussitôt il recouvrera la rue. Amenez ici Jacob, et revenez tou< avec ros familles. »

Ensuite Joseph lit donner à ses frère3 mille chameaux, mille serviteurs, cent livres d'or le plus pur et cinq eents

livres d'argent, du musc, de l'ambre. Et la caravane se hâta de partir... Elle était encore à dix jours de distance du pays habité par Jacob lorsque le vent apporta aux narines du vieux patriarche l'odeur de son fils. Le vieillard frémissant, troublé, se lève, s'assied, s'agite. « Je respire l'odeur de Joseph, dit-il à ceux qui l'eatouraient ; mais vous ne me croirez pas... — Eh! vous êtes toujours dans les illusions dont vous assiège le souvenir de Joseph. »

La caravane arrive. Juda s'empresse d'aller jeter la tunique sur la tête du patriarche, et voilà que tout à coup les yeux du vieillard s'éclaircissent et voient. « Nous avons retrouvé Joseph : pardonne-nous le passé, lui disent-ils. — Oh! je le savais bien! Dieu me l'avait toujours fait pressentir. Aujourd'hui il me console dans ma vieillesse. 0 mon Dieu! donne-moi maintenant la force et la vigueur nécessaires pour aller embrasser mon fds : que ce bienfait réjouisse mes amis, et confonde mes ennemis. » Le vœu de Jacob fut exaucé, et l'ange Gabriel amena au patriarche une chamelle du paradis...

La famille entière de Jacob prit la route de l'Egypte. Joseph alla au-devant de son père avec une troupe de douze mille cavaliers. Il posta sur les deux côtés du chemin les grands officiers du palais... Dès que Joseph fut auprès de Jacob, il se jeta à son cou, l'embrassa, et tous deux versèrent des larmes de joie.

On se rendit à Memphis; toute la ville était pavoisée. Joseph conduisit son père au palais, puis lui présenta ses deux fils ; Jacob les embrassa et les bénit, et dans les épanchements de l'émotion : « Voilà, dit Joseph à son père, que mes songes d'autrefois sont accomplis. » Et il raconta les événements de sa vie... Il y avait quarante-quatre ans que Jacob n'avait vu son fils.

Joseph demanda à son père la permission de lui présenter Zola\kha. Elle parut, baisa les mains du vieillard, et ils conversèrent quelque temps. Zolaykha invita Jacob à habiter avec elle dans le palais qu'elle avait reçu de Joseph. « Je ne tiens nullement à ces choses du monde. dit le vieillard; donnez-moi une simple cabane en tiges de papyrus ou de maïs, comme la cabane que j'avais dans la vallée deChanaan. » On satisfit à son vomi, et Jacob fut au comble delà joie et du bonheur.

Joseph présente son père au phiraon. — Le vieux pontife Arvm. — Jacob retourne en Ghanaan pour mourir.

Rayan témoigna à Joseph le désir de voir Jacob. « Et, ajouta le roi, je serais bien aise de le mettre en rapport avec le vieux pontife Arvm. un des rejetons des antiques Benou-Àd. »

Joseph informa son père du désir du pharaon : i Mon père, dit-il. le roi demande à te voir. Cède à sa curiosité ; il m'a comblé de tant de biens! — Mon fils, c'est de Dieu que tu as tout reçu, la gloire et la fortune. Je eonsen> très-volontiers à aller me présenter au roi. »

Ils entrèrent chez le pharaon, qui s'entretenait alors avec Arvm. le grand hiérophante. Rayàn reçut Jacob avec la plus grande déférence, le fit asseoir à son côté. Rayân admirait l'air vénérable et noble du vieillard. Puis l<i pharaon lui dit : « Quel nombre d'années as-tu vécu? — J'ai maintenant cent quarante ans. répondit Jacob d'une voix pleine »-t Bonore. — C'est un mensonge.

reprit subitement le vieux pontife Àrym. — Dieu! s'écria Jacob indigné du démenti, tu vois que cet homme m'accuse de mensonge! montre-lui de suite qu'il ne sait ce qu'il dit. » Jacob avait à peine parlé, qu'Arym tomba renversé la face contre terre, et comme une masse muette et morte. Le pharaon stupéfait s'adresse à Joseph : « Prie ton père de demander à son Dieu de faire revenir Àrym. » Joseph parla à son père, et Jacob pria Dieu de réveiller Arym. Arym se relève, et, tout bouleversé, il dit à Jacob : a Prophète, tu avais dit vrai, je te croyais même encore plus âgé, je te prenais pour ïshâc. Prince, ajouta -t-il en s'adressant à voix basse au pharaon, ces gens-là seront un jour la cause du malheur de l'Egypte. Nos livres nous le prédisent. — Sera-ce de mon temps? repartit le roi. — Non, ce ne sera que dans des siècles. Mais, par prudence anticipée, il serait de ton devoir de tuer cette famille, et de n'en pas laisser un seul rejeton. — Comme tu parais le prédire, si le destin a décidé l'accomplissement de ce que tu m'annonces, rien au monde ne pourra l'empêcher ; et, en conscience, je ne puis pas tuer ces Hébreux. — Prophète, dit ensuite Arym à Jacob, toi qui as la science, sais-tu quand viendra ma dernière heure? — Oui, dit le patriarche, subitement inspiré de Dieu, je le sais... aujourd'hui... à midi... tu seras mort. » Le pharaon et les courtisans tressaillirent. 11 était presque l'heure. A midi, ,Àrym pousse un cri d'épouvante et tombe roide mort.

Rayàn rendit témoignage à la science et à la sagesse de Jacob, le traita avec les plus grands honneurs, et lui donna pour séjour et fortune, à lui et à toute sa famille, la vallée de Sédyr.

Jacob vécut quarante ans en Egypte; ensuite Dieu lui lit entendre ces paroles : « J'ai exaucé tes vœux, je t'ai

accordé la consolation que tu demandais ; maintenant il

te faut quitter la terre des pharaons, et regagner la terre sainte, afin que tu meures sur le sol de ton père et de tes aïeux, i Jacob, affligé de cette communication, en fit part à Joseph, et il ajouta : « Tu vois que ma fin approche; je dois te quitter. »

Joseph, avec une année considérable el en grand appareil, accompagna son père jusque sur les frontières égyptiennes, lui fit ses derniers adieux, et revint à Memphis.

Jacob rentra dans le pays de Chanaan, et bientôt après se rendit au tombeau d'Abraham el d'Ishàc. Il vit des anges qui paraient ce tombeau. « Pour qui, leur dit-il. le disposez-vous?... — Pour un serviteur de Dieu. — Qui âtes-vous? — Des anges. » Ensuite Jacob regarde dans la grotte du tombeau, et il aperçoit d'autres anges sous la figure humaine, assis sur un siège de lumière. « Qui sont ces hommes? demanda Jacob aux anges du dehors. — Ce sont les enfants d'Abraham. » Jacob s'avance pour entrer. Les anges l'arrêtent. « Nul ne peut entrer là sans hoir»' d'abord à cette coupe, i lui disent-ils. Et l'ange de la mort lui présente la coupe du trépas. Jacob boit, et tombe mort. Les anges eux-mêmes lavèrent son corps, l'ensevelirent dans un suaire du paradis, et le déposèrent aupn d'Abraham et d'Ishàc

Les fils de Jacob retournèrent en Egypte. Joseph pleura -"ti père. « Mon Dieu, disait-il dans sa douleur, tu m i accordé la grandeur sur cette terre, tu m'as enseigné les mystères des songes, donne-moi aussi le bonheur pour l'autre monde; fais que je meure musulman, et réunismoi à tes élus. — Tu as encore, lui lit entendre Dieu. soixante ans à vivre. En attendant ce jour, appelle fes peuples de l'Egypte à croire au Dieu Très-Haut, appelleles en particulier et en public ;'i la vraie foi. »

Joseph appelle les Égyptiens à croire en Dieu. — Il est éloigné du maniement des affaires de l'Etat.

Et Joseph prêchait la vraie foi ; une foule nombreuse accepta ses croyances. De là des plaintes qui furent portées au roi contre lui... Rayàn lui en témoigna sa surprise, et lui dit un jour : « Tu sais combien les Égyptiens avaient de respect, d'admiration et d'amour pour toi. Aujourd'hui tout cela s'est changé en haine, parce que tu travailles sans cesse à les détourner de leurs croyances religieuses. Que t'importe leur religion? Si tu veux revenir à tes occupations précédentes, sans te préoccuper de prosélytisme, nous resterons en bonne harmonie; sinon, je serai forcé d'user de rigueur envers toi, et de t'éloigner d'ici. — Prince, ces représentations de ta part m'affligent, et je vois qu'il m'est nécessaire de me séparer de toi. Je remets entre tes mains le pouvoir et les biens que tu m'as donnés. Je quitte Memphis. Fixe-moi un lieu de retraite, et je m'y retirerai. Seulement que ce lieu puisse me suffire à moi et à mes enfants; c'est tout ce que je te demande en récompense des services que j'ai rendus à l'Egypte. — Je t'accorde tout ce que tu voudras. Choisis, cherche le pays qui te plaira. »

Joseph remercia le pharaon, et partit avec sa famille et tous ceux qui avaient cru en lui. Ils marchèrent à l'aventure dans des plaines désertes, et arrivèrent bientôt dans la contrée appelée aujourd'hui Fayoûm, et nommée alors Djaûbeh, c'est-à-dire, solitude.

Capitale du Fayoùm. — Joseph rappelé au pouvoir; sa mort. — Miracles. — Comment Moïse retrouva les restes de Joseph et les emporta.

Médînet-El-Favoûm, ou la ville du Fayoûm, c'est-à-dire la capitale du Fayoùm, fut fondée et bâtie par Joseph. Elle devint en peu de temps la cite la plus vivante et la plus riche de l'Egypte. Une autre ville fut également bâtie par Joseph, et ces deux cités furent appelées les deux villes saintes. L'entrée en était défendue à quiconque ne croyait pas au Dieu de Joseph. Le pharaon voulut voir les deux nouvelles cité>. et annonça à Joseph qu'il se proposait d'aller les visiter. Joseph écrivit au roi : g II n'y a que h'^ vrais croyants qui soient reçus dans nos murs, et toi, tu es idolâtre; si tu veux entrer dans nos deux cités, accepte la vraie foi. fais-toi musulman; nous ne te recevrons qu'à cette condition. » Rayàn ne répondit pas, el n'alla pas au Fayoûm.

Mais, quelque temps après, le pharaon rappela Joseph .1 ses anciennes fonctions de premier ministre. Joseph gouverna donc de nouveau l'Egypte. Rayân mourut et laissa le souverain pouvoir à son fils Darydjouck, appelé plus spécialement par les chroniques Dârim et Darimous, fils de Rayân. Ce fut sous son règne que mourut Joseph, âgé de cent trente ans. Depuis longtemps Zolaykha était mon.', et Joseph ne s'était pas remarié.

Lorsque le fils de Jacob se vit près de la dernière heure, il appela sa famille et les ramilles de ses frères, i mou lil-, dit-il à Afraytham. souviens-toi de garder la foi

que je t'ai donnée; conserve-la aussi parmi ceux qui ont cru, et déclare-toi l'ennemi implacable de tous ceux qui adorent des idoles. Vous, mes frères, un jour votre postérité quittera l'Egypte pour rentrer dans la terre de Chanaan. Rappelez-vous alors d'emporter mes restes mortels avec vous. » Et Joseph expira.

Son corps lut inhumé à la limite des terres cultivées sur la rive occidentale du Nil. Et voilà que, l'année suivante, la partie gauche de l'Egypte fut seule fécondée par la Nil. Darim envoya ordonner à Afraytham d'inhumer Joseph sur l'autre rive. Afraytham consulta ses frères. On transféra le corps du prophète sur la rive droite du fleuve, et la rive droite seule fut fécondée. Alors on porta alternativement, année par année, les restes de Joseph d'une rive à l'autre, et la fertilité n'arrivait que sur la moitié de l'Egypte, du côté de laquelle était le corps du prophète. On imagina alors de le déposer au milieu du fleuve. On enferma donc le cadavre dans un sarcophage en marbre, hermétiquement clos; on attacha de chaque côté un anneau qu'on fixa à une double chaîne maintenue sur chaque rive du fleuve, et on descendit le sarcophage au milieu même du Nil. Dès lors les terres des deux côtés de l'Egypte furent fertilisées. Une colonne fut dressée sur l'une des rives pour reconnaître la place du dépôt sacré. Mais peu à peu celte colonne se dégrada et disparut. Les Hébreux tombèrent dans le mépris, et personne ne songea plus ni à Joseph ni à son tombeau.

Le corps de Joseph resta submergé jusqu'à l'époque où les Israélites se mirent en marche pour quitter l'Egypte.' Dieu alors, par un obscur nuage, les arrêta dans leur inarche; et ils se rappelèrent que, pour pouvoir sortir d'Egypte, ils devaient emporter les os de Joseph. Mais on ne savait plus en quel endroit du fleuve le prophète avait

été déposé. Et Moïse lui-même dit aux Hébreux : i Où esl placé le sarcophage du (ils de Jacob? — 11 y a, lui répondirent quelque Israélites, une vieille, très-vieille femme impotente, aveugle, que nous avons laissée dans tel village : elle est fille d'Asr. fils de Jacob, et s'appelle Sârih : elle sait en quel endroit du fleuve se trouve le corps de Joseph. »

Moïse partit à la recherche de la vieille. Sârih le reconnut à la voix : « Qui te ramène ici? lui dit la vieille. — Je dois emporter les os de Joseph, et je ne sais pas bien en quel endroit ils ont été déposes. — Vous m'avez abandonnée ici. mais vous ne pouvez pas partir sans moi. car je sais où est le corps du fils de Jacob. — Indique-le-moi. — Je te l'indiquerai à une condition : c'est que tu obtiennes de Dieu que je sois avec toi dans le paradis. — Je te le promets. » Et la vieille indiqua le lieu où gisaient submergés les restes de Joseph. Moïse les enleva, emmena Sârih, et les Hébreux partirent.

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