L.m; ELECTION A SPARTE. 10Ô
à en vouloir à ceux qui les ont devancés sur le théâtre de
leurs explorations.
Noos étions mal en train; les ennuis d'un matériel de voyage insuffisant, des jours de pluie et du manque de variété dans nos aventures, nous avaient fort découragés; les chants de la caravane avaient fait place à un morne silence, et notre seule pensée, en quittant les bouges affreux qualifiés par Antonio du nom de gîtes, était de voir s'écouler les longues heures d'une marche très-lente, et d'atteindre le dîner et le sommeil. Un de nos compagnons qui nous amusait habituellement par ses infortunes sans nombre, la plupart fort burlesques, mais dont la dose de philosophie n'était pas a la hauteur de ses malheurs, un de nos compagnons, dis-je, nous regardait d'un air de triomphe et oubliait le trottinement fatigant de son cheval, la dimension trop courte de sesétriers, et mille autres souffrances aussi graves, pour se réjouir intérieurement en voyant notre mauvaise humeur au même diapason que la sienne. Telle était la situation morale de la troupe lorsque nous tournion> !<"> derniers zigzags qui nous séparaient du sommet de l'escarpement. Le ciel était en harmonie avec notre mécontentement ; la pluie tombait depuis midi, heure consacrée pour notre déjeuner, et, depuis, elle avait eu largement le temps de nous traverser.
— Venez donc en Orient, disait un de nous, pour \ trouver une chaleur bienfaisante; quittez ce bon Paris pour aller à Sparte!
Non cuivis conlingit... disait un autre.
— assez! ajoutait celui-ci, nous connaissons la lin du verSj et puis nous avons vu Corinthe ainsi nous ne sommes déjà plus des voyageurs vulgaires.
— Le beau mérite d'avoir été à Corinthe! murmurait
lOii UNE ELECTION A SPARTE.
celui-là, c'est bien difficile; les routes sont presque carrossables.
— Mais, du temps où écrivait le poète me permettais-] e d'ajouter.
— Eh bien! interrompait enfin notre ami aux infortunes, du temps du poëte, les Grecs trouvaient peut-être amusant de voyager comme nous le faisons, mais je sais bien que je me serais mis, si j'avais vécu alors, dans le commun des martyrs et que je n'aurais jamais quitté la métropole, quand j'eusse été sur de retrouver le cheval lui-même que Corinthe porte sur ses médailles, ou dans leur état normal tous les vases dont nous ne voyons jamais que des miettes impalpables quand on nous les vend à Paris
Et puis le cheval de notre ami, mettant subitement le pied dans un trou, nous faisait perdre la fin de sa pensée, noyée dans une série d'imprécations plus énergiques les unes que les autres.
— Sparte, nous cria Antonio qui marchait en tête de la caravane. Sparte, messieurs...
Et nous ne voyions que des nuages qui voltigeaient autour de notre tête, emportés par un vent terrible, et venaient friser la cime des arbres parsemés sur le flâne de la montagne.
Nous croyions qu'Antonio voulait se moquer de nous, car on n'apercevait aucune trace d'habitations, et nous étions persuadés que notre drogman, pour nous calmer, comme il savait le faire avec une grande habileté, avait simplement eu l'intention de nous faire prendre patience. Mais Antonio, cette fois, disait vrai, et nous fumes obligés d'oublier peu à peu la tristesse et le mécontentement pour nous laisser aller à des sentiments plus dignes des lieux que nous foulions aux pieds. En effet, ce fut comme si le