UNE ÉLECTION A SPARTE. UH
soleil, cruel pour nous jusqu'à ce jour, s'était enfin senti jaloux de nous montrer ce qu'il sait faire en Grèce, et rendons-lui cette justice que. lorsqu'il le veut, il est astre fort liai»! lr.
Peu à peu, en effet, les vapeurs humides qui nous environnaient s'enfuirent devant nous en descendant e1 en nous découvrant les rochers qui forment les parois de la montagne, rochers couverts de lichens "et de plantes sauvages, tantôt crevassés et arides, tantôt supportant dans leurs fentes, vieilles comme le monde, des arbres vieux comme elles; ici, le lit d'un torrent desséché s'élaneaii vers la vallée, parsemé de pierres et de troues de chênes emportés par les eaux pluviales; là. un espace de gazon, éblouissant de fraîcheur, s'étendait près de nous et venait admirablement servir de premier plan pour mis regards. A peine jouissions-nous de ce coup d'œil que les nuages, traversant ru ligne directe la vallée, agrandirent devant nos yeux ce diorama naturel. Sous nos pieds coulait l'Enrôlas, serpentant au milieu delà verdure, rompant, par ses méandres sans nombre, la monotonie d'une longue plaine; nous pouvions entendit1 le murmure de ses eaux séculaires apportant à nos oreilles, et bien qu'affaibli par la distance, le son entendu jadis de cette même place par tant de héros. Dans mut l'horizon qu'embrassaient nos regards, nous n'apercevions que deux seuls points où s'agitait la vie des hommes. À droite, adossé à la montagne dressée devant nous, mais encore perdue dans lex
nuages, était le I rg deMistra avec -<>n rocher célèbre
dans la tradition, et son église connue par ses miracles . ;i gauche, et touchant le Vasilipotamo, un petit village composé de quelques maisons éparpillées çà et là et construites à l'endroit même où fut Lacédémone. C'était Sparte. h;i teinte sombre qui couvrait encore toute la vallée et
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la montagne vis-à-vis de nous, et bornait nos regards de toutes parts pour les concentrer sur ces seuls endroits, le silence de la nature sévère qui nous entourait, enfin ce nom de Sparte qui résonne si haut à l'oreille, tout nous parlait du peuple qui ne vit plus, devant cette place qui vit encore. Sur les bords de cet Eurotas, notre imagination plaçait bien facilement les processions venues pour adorer le fleuve roi, et ce Taygète sombre, dont une brume mystérieuse enveloppait encore le sommet, semblait tenir caché à nos yeux le sanctuaire si longtemps habité par le Dieu son hôte.
Comme c'est le sort de toutes les émotions dans lesquelles l'esprit aide si puissamment à la réalité devant des lieux aussi éloquents par eux-mêmes, la nôtre dut subir les phases diverses que le ciel imposait à ce panorama mobile, et un effet nouveau vint donner à la vallée de Sparte un tout nouvel aspect. En effet, les nuages échauffés par le soleil descendirent en nous enveloppant complètement et étendirent leur voile, à moitié transparent, sur TEurotas, Sparte et Mistra, et tout d'un coup en face de nous, s'élançant vers l'astre qui le dorait de ses rayons, nous vîmes apparaître le sommet du Taygète, dont la pointe, couverte de neige, se détachait comme un diamant par mille facettes blanches sur la demi-teinte grisâtre qui obscurcissait encore la moitié de sa hauteur.
Il fallut cependant songer à gagner le bourg de Sparte avant la nuit; nous n'avions que le temps nécessaire, car les jours étaient déjà fort courts. Force fut donc de dire adieu au Taygète, dont la neige, devenue déjà rose, nous annonçait le coucher du soleil. Nous descendîmes la longue côte en suivant le lit du torrent, traînant nos chevaux par le nez, et occupés uniquement à maintenir notre équilibre dans les mauvais pas.
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.Nous nous exagérions encore l'importance de la Sparte moderne lorsque de la hauteur nous ne voyions ses niaisons qu'à l'état de points blancs disséminés sur les bords de l'Euro tas* En nous approchant, elles se réduisirent à un groupe de quelques habitations clair-semées, dont une cinquantaine environ, placées sur un certain alignement, formaient une sorte de grande rue. La chaussée se composait de mares d'eau croupissante, sur laquelle nageaient les feuilles mortes dos arbres dépouillés, à eôté de bouts de cigarettes jeté< là par les Spartiates, et de grosses pierres servant à faciliter le passage. De rares boutiques, maigrement approvisionnées, plus maigrement achalandées encore, étendaient leurs auvents en bois vermoulu, sous lesquels des fustanelles blanches se promenaient gravement en parlant politique. Nous tombions au milieu de ces conversations d'une façon assez intempestive, aussi nous attendions-nous à être entourés et au moins examinés avec une certaine curiosité, mais ce fut une désillusion de plus: car l'Europe fournit tant de visiteurs au Péloponèse. et le> Lacédémoniens sont si accoutumés à voir chez en\ des bourgeois du monde moderne, qu'ils s'en occupent peu. et, si une pensée leur vient à l'esprit, ce n'est certainement pas celle de l'hospitalité. Du reste, le moment -lait assez bien choisi pour envisager Sparte sur un point de vue intéressant par une actualité assez en rapport avec les souvenirs d'autrefois. On s'occupait d'élections à cette époque, et le candidat mi< en avant par les sympathie- du pays était II. Kopanitza; je oe me souviens plus du nom de son compétiteur. Or, en Grèce, pays de liberté s'il en fut, pays de passions aussi mes de nos jours que dans les beaux temps de l'antiquité, il est difficile de persuader au\ gensqu'au moyen d'un petit papier sur lequel on écrit un nom quelconque et qu'on jette ensuite dans