‹ Salomon et ses successeurs: solution d'un problème chronologiqueChapitre 22 sur 35 · C. Phul est identique à Teglathphalasar · texte numérisé non relu

C. Phul est identique à Teglathphalasar

On peut s'étonner, à juste titre, comment souvent les assertions les plus contraires à l'htstoire, sinon au bon sens, font leur chemin et se trouvent défendues, sans examen sufQsant^ quand elles flattent quelques tendances hypercritiques en vogue. C'est ainsi qu'on aimagmé, pour prouver l'identité des deux noms qui nous occupent, un expédient légèrement inventé et propagé avec un manque d'incrédulité qui mériterait une autre appellation.

Il se trouve dans le canon de Ptolémée la liste suivante :

Nabonassar 747—733

Nadius 733-731

Chinzirus et Porus 731 — 726

On a cru retrouver le nom de Chinzjr, comme roi de Babylone, dans les inscriptions de Teglathphalasar. Puisque Chinzi* rus était, évidemment, contemporain d'un nommé Pûrus, on a conclu qu'il s'agissait d'une corégence de Chinzirus etd'un roi assyrien, ce que le texte ne dit nullement. Et puis, comme le roi assyrien ne pouvait être que Teglathphalasar, on a conclu à ridentité de Porus^ qui devait être Phul, avec ce roi !

D'abord, où est-il écrit que Porus fût un roi assyrien ?Assu-' rément, pas dans les trois mots XtvIIipou xal Daipou ; et ces trois mots sont tout ce que nous savons sur Chinzirus et sur Porus. '

Puis, où est-il dit que Porus et Phul soient le même nom.?

Troisièmement, si même le nom était identique, ce qu'il n'est pas, par quoi prouver l'identité des personnages 7 Ad-

mettons que Porus ait été Phul et que Phul ait été Teglathpha- . lasar, on oublie que Tadversaire de «Phul était Méuachem, et que les textes de Teglathphalasar nous disent^ cette fois en conformité avec la Bible, que l'adversaire du roi assyrien de 731 à 726 fut Pekah. N'est-ce pas justement à cause de la présence de Ménachem dans les documents de Teglathphalasar qu'on a voulu établir l'identité de ce roi avec Phul?

Le roi assyrien, vainqueur à Babjlone, n'aurait d'ailleurs pas voulu d'un vaincu pour corégent.

Porus était un prince babylonien qui régnait avec Chinzirus. Rien de plus.

Passons maintenant à Chinzirus, et les considérations à son égard seront bien plus graves encore.

Le nom qu'on veut lire Chinzirus. s'écrit avec deux signes du ei gab. Le premier caractère peut-être lu kin, cela est possible ; quant au second, on prétend qu'il est mal lu^ et qu'il est 2ir, et non pas (lab. Le nom n'est donc peut-être pas même hin-zir. Mais admettons néann^oins le nom de Chinzir, et le lecteur verra avec quel droit on donne le titre de roi de Babylonc au personnage cité par Teglathphalasar.

Voici le passage dont l'original se trouve dans l'ouvrage de M. Rawlinson (W. A. J., tome II, pi. 67), et qui est transcrit et traduit par M. Eneberg dans le Journal asiatique, 1875, t. VI^ p. 441 ; le texte commence à la ligne 23 :

« Kinzir* fils d'Amukkani, je l'enfermai dans Sapé, la ville » de sa royauté. Je tuai beaucoup de monde devant ses portes. 3» J'abattis les bois de tamarisques qui entourent le mur, et je D n'en laissai aucun... Je tuai... Je détruisis, je profanai, je B détruisis par le feu toutes ses villes. Je fis disparaître le pays » de Bit-Silani, de Bit-Amulikani et de Bit-Sa'alli, dans son » ensemble, comme un monceau frappé par la foudre, et j'6n » fis un amas de ruines, o

On a vu, avec étonnement, qu'il ne s'agit nullement d'un roi de Babylone ! Le roi Kinzir a pour capitale Sapé, une ville assez petite, dont la situation est incertaine ; les portions de son territoire s'appellent Bit-Silani,, Bit-Amukkani, du père

1 Nous lirons même Kinxir, quoique le texte porte Kinrgab.

IV ROI PBUIh 65

de Kînzir/et Bit-Sa'alli. Le texte ajoute que, pepdant que Teglatbphalasar fut à Sapé^ Balazu, fils de Dakkur, et Nadin yinrent lui apporter des tributs. C'est là que se prosterna à ses pieds, en offrant de riches présents^ Merodacbbaladan; filç de Jakin, roi de la mer, le même qui plus tard (721) devait régner sur Babylone.

■ Ajoutons que le texte de Teglatbphalasar ne va que jusc[u'à 728, et que Ghinzirus règne avec Porus encore deux ans après la mort de Teglatbphalasar. Si un roi de Babylone est cité ici, ce n'est donc pas le Ghinzirus de Ptolémée.

Est-il trop sévère de regretter la légèreté avec laquelle M.Scbraderet tous ceux qui l'ont malheureusement suivi, ont fait de rhistoire, à leur guise, sans se soucier des documents eux-mêmes ?

Examinons maintenant^ après avoir détruit et le Ghinzirus et le Porus, les passages de la Bible qui pfirlent de Phul et de Teglalhphalasar.

Voici ce que disent les Rois (11^ 15, 19) sur le règne de Ménachem :

a Et Pbul, roi d'Assyrie, marcha sur le pays, et Ménachem 3) donna à Phul mille talents d'argent, pour que sa main fût D vers lui et pour qu'il fortifiât la royauté entre ses mains.

» Et Ménachem fit prélever l'argent sur Israël et sur tous » les hommes vaillants^ pour donner au roi d'Assyrie cin- » quante chekel par tête. Et le roi d'Assyrie rebroussa che- 3) min ; il ne resta pas dans le pays. »

Voici maintenait les passages relatifs à Teglatbphalasar. Le premier a trait à la captivité des tribus septentrionales (J2ot^, 11,15,29*)*

tt Et dans les jours de Pékabj roi d'Israël, vint Teglathpba< » lasar, roi d'Assyrie, et puis Jyon, et Abel, et Maacbah, et » Janoah, et Kedes, et Hasor, et Galaad, et la Galilée» et tout le ». pays de Naphthali, et les emmena en Assyrie. »

Au sujet de la demande de secours adi;es$§e par Acha^ à Teglatbphalasar, nous lisons (Rois, II, 16, 7) : « Et Âcbaz envoya des messagers à Teglathphalasart roi dfk^

1 Dans le même chapitre.

' 8é J^ÀLoMOJt Et sis 8t£GESSEtàâ.

» syrie, disaot : < Je suis ton serviteur et ton fils; Tiens et » 9 sauTë-rnoi delà main du roi d'Aram et du roi d'Israël, ' » » qui se lèvent contré moi. »

Le nom de Teglathfihalasar reparaît encore au verset 10 et dans tout le chapitre des Chroniques (l, 28), qui traite de la guerre d'Achaz contre Rezin de Damas, et Pékab^ d'Israël.

Les textes assyriens constatent qu'Achaz (lauhaz) fut le tributaire de Teglathphalasar qui tua Rezin, roi de Oamas, comme le dit la Bible (Rois, 11, l6, 10),el qui enleva les Israélites en Assyrie, sous le roi Pekah [Paqaha); et ce dernier fut remplacé par Osée {Ausi).

Donc ici, disent nos adversaires, la Bible a raison, car les

textes assyriens en confirment les données, et jusque dans les

moindres détails. Il faudraitdonc, puisque la Bfble est vérifiée,

nous administrer la preuve directe que le texte desChroni-

' qucs (I; 5, 26) s'est trompé, quand il dit :

« Et le Dieu d'Israël éveille Tespril de Pkul, roi d'Assyrie, » ET de Teglathphalasar, roi d'Assyrie, et ils Icsemmenèji rent, les Rubcnites, et les Gadites, et la moitié de la tribu » de Manassé, et ils les conduisirent à flalach, et à Habôr, et à » Hara et au fleuve Gozan, jusqu'à ce jour. »

Voilà un document exprès dont il est impossible de détruire raulorité au point de vue historique.

Donc Teglaihphalasar n'est pas Phul.

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