‹ Salomon et ses successeurs: solution d'un problème chronologiqueChapitre 8 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(i Le système de la computation et Vère de VEœode.

Nous avons groupé cette grande quantité de données diaprés leurs analogies, en séparant les dates qui se trouvent ensemble dans les textes. Les citations que nous en ferons seront souvent accompagnées des numéros d'ordre qui les disKnguent.

Notre première lâche sera de discuter ces dates d'après leur signification. Cet examen doit être effectué d'une manière purement arithmétique. Nous devons demander : Que vmt

SYSTÈME DE COMPUT ET ÈRE DE l'EXODE. 9

dire : tel roi a régné tant d'années, ou : dans telle année de tel monarque, tel autre a été roi ?

Cette question pourrait paraître naïve et sembler impliquer une des vérités à la Palisse, qui était encore en vie un quart-d'heure avant sa mort, vérité chronologique incontestable. Mais la raison d'être de cette question préliminaire réside dans le fait facile à démontrer que beaucoup de chronologistes bibliques ou ne Tout pas même posée, ou n'y ont pas répondue

Le lecteur verra la grande nécessité de la question par tout ce qui suivra. Il s'agit surtout de la manière d'envisager le terme « telle année de tel roi. » Ce qui admet deux explications. L'une d'elles fait commencer l'année du roi^ en même temps que la nout;e;fe année civile; l'autre compte l'année à

' Parmi les hommes éminents qui ont envisagé cette tâche d'une façon complètement erronée^ on doit surtout nommer Bunsen. Je le désigne parce quepartoutilexigela plus grande perfection de ses contradicteurs, «en général » fort peu connus, » parce qu'il les condamne^ comme n'ayant pas la moindre idée des choses qu'ils exposent, et parce que, après tout^ il ne s'est pas rendu un* compte exact de sa tâche. Il cite un mol de Goethe que la chronologie est la plus difficile de toutes les sciences ; mais^ malheureusement, il montre la vérité de cette pensée par son œuvre propre. Pour ne parler que de sa chronologie biblique, on peut bien lui rétorquer que, lui- môme, il n'avait auc\ineidéedu sens des textes. Ainsi, il met la dernière année, la 17« année de Réhabeam (au lieu de la 18*) en 962, alors vient 961 la 1'« année d'Âbia, 959 la 3^ année d'Abia, 958 la Ir» d'Asa, et ainsi de suite. Mais la première année d'un roi commence avec le jour de son avènement, et non pas avec un nouvel an. Puisque, dans son esprit, les rois d'Israël ont dû subir une chronologie également absurde, il s'ensuit naturellement que des deux chronologies (!) Tune est tantôt en ai/ière, et tantôt en avance par rapport à r autre.

On ne s'explique pas comment Bunsen se soit figuré ces deux chronologies, puisqu'il n'y a jamais eu qu'une seule manière de mesurer le temps. De là des diangements de textes à chaque page, et des suppositions en contradiction avec la Bible. Pourquoi Jéhu ne règne- t-il que 27 ans, Ménachen 9 ans seulement, pourquoi Amasia survit-il à Joas d'Israël* en réalité o seulement 14 ans, au lieu de 15? Pourquoi Jérobéam Tégn&-i-i\ soixante-un {\) ans, au lieu de 41 P Réponse. A cause des u arrangements » dont parle l'auteur dans son ouvrage sur l'Egypte (t. v. p. 381 et suiv.), arrangements arbitraires mais qui spnt annoncés comme des articles de foi irrécusables. Dans les chiffres, il ne peut y avoir de foi ; il faut démontrer.

10 ^ SALÔlTÔN Et SES âtC!(!EMkûKdV

partir du JQur de l'âvénement de ce t)iême monarque.

La Bible ne connaît que le second mode.

Bien des savants se sont trompés sur la position de la question, et ont voulu admettre deux chronologies, qu'ils se sont efforcés de concilier. Mais on ne saurait concilier deux séries de faits, en apparence contradictoires, si Ton ne se rend pas compte de la façon dont elles se sont produites. Quelle est l'origine de ces discordances imaginaires, des deux données dont Tune attribue à tel roi une certaine longueur de règne, et dont Tautre le fait mourir, avant ou après que ce laps de temps soit accompli ?

Il existe une réponse mathématique, pour résoudre ce problème.

Il a existé, dans toute la période royale de Juda et d'Israël, une ère, d'après laquelle les chroniques de Salomon, les chroniques des Rois de Juda et les chroniques des Rois d' Israël ont été chronologiquement rédigées.

Le point à^ départ de cette ire n'est autre que l'époque de la sortie des Juifs d'Egypte, l'Exode. C'est à ce grand fait historique, constituant la nationalité judaïque, auquel convergent tous les souvenirs historiques, auquel se rattachent tous les préceptes, toutes les coutumes, toutes. les lois, c'est à Moïse que se relie également la mesure des temps.

Admettons même que la date réelle ait été inexactement transmise, qu'elle ait été fixée après coup par lés chronologistes royaux. Elle a existé dans Tesprit du peuple, elle a dû forcément durer ; et encore Sa supposition du caractère apocryphe de cette date ne serait qu'une fiction que rien n'au* toriserait. Car, pourquoi ne pas connaître la date d'un événement d'une si haute importance, n'appartenant pas à des temps anté-historiques, mais se trouvant à moitié chemin entre les Pyramides d'Egypte et nous-mêmes?

Du temps de Salomon on connaissait cette ère. Un texte précis, très-célèbre, la cite :

« Et ce fut dans la quatre cent qualre-vingliêms année après » la sortie d'Egypte des fils d'Israël, dans la quatrième année, » dans le mois de Ziv qui est le second mois de l'année, du

STSTÊME DE GOHPtT ET ÉRR 0Ë I'ëXODE. * l i

» règne de Salomon sur Tsraël, qu'il commença à bâtir 1} » temple de Dieu. (IF Rois, vi, i) *. »

Nous ne savons pas si ce chiffre est exact, mais nous n^avons encore moins le droit de le suspecter. On a voulu trouver dans le nombre de 480 un chiffre cyclique, parce que 480 est douze fois quarantCo Cette raison ne nous touche guères. La république romaine subsista pendant 480 ans (de 510 à 30 av. J.-C.),rempire des Parthes eut la raêmedurée(de 256 av. J.-C. à 225 de notre ère). Rien n'est cyclique ou arrange dans ces dates. Bien d'autres hazards se trouvent consignés dans l'histoire. Les trois souverains de la Prusse, le Grand-Electeur, Frédéric 1 et Frédéric-Guillaume I, régnèrent ensemble 100 ans (1640-1740); leurs trois successeurs immédiats, Frédéric II, Frédéric-Guillaume 11 et Frédéric-Guillaume III, occupèrent ce même laps de temps (1740-1840), et à Berlin il n'existe certainement ni mythe ni cycle. Mille ans juste séparent la fin du règne de Charlemagne de celle de l'empire de Napoléon (814-1814), et Ton pourrait multiplier la citation de pareilles curiosités. La présence du chiffre 480 à elle seule n'est aucune preuve contre l'authenticité de cette annotation biblique.

Un argument plus grave serait la preuve du contraire, fournie par la chronologie égyptienne. Il y a des savants qui, appuyés sur les textes hiéroglyphiques, placent TExcde en 1314; mais, avouons-le, rien n'est moins démontré que cçtte date à laquelle tous les égyptologues n'adhèrent pas, et rien n'est plus incertain, à l'heure qu'il est, que la chronologie des Pharaons. Même quant à ta base des calculs astronomiques par lesquels on a essayé d'étayer cette compulation temporaire, rien n'est fixe, rien n'est précis. Et, chose très-curieuse, on arriverait, en admettant la date de 1314, pour l'Exode, à établir, jusqu'à rédificalion du temple, Tintervalle de juste trois cents ans : autre chiffre rond.

Nous ne discutons pas , nous le répétons, la date de l'Exode. Il y a néanmoins un fait important qu'on a négligé et qui prouve en faveur de la computation proposée . pour cette époque. Le commencement de l'œuvre du temple n'est

1 Les Septante portent 440, en déduisant probablement les 40 ans des migratioBs dans le désert.

12 ' SALOMOlff ET SES ÇCGGE^SBCRS. .

pas la jseule donnée chronologique se rattachant à l'histoire de Salomon. Le Roi finit le temple, dans sa onzième année, au mois de Bul, du 8°>« mois ; il commence alors la construction de son palais et fait les ustensiles sacrés, pendant treize ans ; puis^ il procède à Tinauguration solennelle du temple dans sa \ingt-quatrieme année. Pour « arranger » un chiffre par rapport à TExode^ il était bien plus naturel et bien plus conforme à Tesprit de l'époque, de rattacher réreàTachèvement de Tœuvre et non pas à son début. Cette considération unie à l'appréciation des dates qui accusent une chronologie des plus précises, montre qu'on agit en dépit de toute saine critique, en voulant dépouiller la donnée des livres des Rois de son caractère histori({ue.

L'ère de l'Exode a donc existé. Qu'on ne nous objecte pas que lesXivres des Rois necomptent pas d'après elle: car cela ne constituerait pas une réserve sérieuse. Les Egyptiens, les Hindous, les Assyriens ont eu des ères sans lesquelles la computation du temps serait impossible. Ou ne saurait pas, sans un point de départ fixe, se rendre compte des intervalles de 1635 ans qu'Asurbanbabal, roi d'Assyrie, cite comme ayant existé entre la prise de Babylone par les Susiens et le sac de Susé par' les Assyriens. Les Athéniens avaient aussi leur chronologie, et ils n'avaient que des éponymes, comme les Assyriens. Les autres nations, dans le calcul populaire, comptaient par années de règne. L'emploi d'une ère est très-moderne et ne date guère que de Tépoque d'Alexandre ; Père la plus anciennement employée est celle des Séleucides, et ce n'est que depuis cette époque que se sont multipliés ces points chronologiques fixes dont on partait pour désigner les années par un numérotement^ sans y introduire un élément personnel et incertain. L'amour-propre se mit de la partie, et ainsi les Parthes, les villes autonomes de l'Asie eurent leur ère. Rome compléta le changement en ajoutant aux fastfis consulaires lu désignation de l'année de la fondation de Rome, et c'est ainsi que s'est introduit dans l'usage populaire l'emploi géuérhl d'un chiffre excluant toute autre considération personnelle.

Mais l'ère, en tant que computation du temps, qui part

SYSTÈME DB GOMPUT BT ÊRB DE l'bXODB. i 3

d'un point fixe, a toujours été en usage pour ceux qui ont composé des annales ou des chroniques : sans cet élément^ tout calcul chronologique aurait été impossible.

Ces considérations a priori sont encore confirmées par la computation des années dans les synchronismés, et conséquemment dans toutes les autres dates. La suite de notre démonstration prouvera mathématiquement que dans les textes bibliques les années'ne se comptent pas, comme dans le canon de Ptolémée, et d'autres œuvres de cette nature.

Dans ces ouvrages savants, les années partent toujours d'un point certain^ du premier mois. La première année d*un roi est généralement celle dans laquelle le roi est monté sur le trône. Tous les mois antérieurs à Tavénement du monarque sont enlevés à son prédécesseur, et comptent comme faisant partie du règne du roi nouveau. ^

Tel est aussi le principe de Tère chrétienne ; selon l'auteur de cette chronologie, Jésus-Christ est né pendant la première année de Tère.

Mais dans l'antiquité asiatique^ les années du roi, d'après laquelle on comptait les actes publics, partent du four de Vavénement, et elles finissent avec le jour de la mort. Il n'en était pas possible autrement : si Ton datait à Babylone un document du 13 iyar (2* mois) la 17"" année de Nahonid, on ne l)Ouvait pas prévoir que le 14 adar, par exemple^ devrait déjà appartenir à la i'* année de Cyru3. Cela avait, il est vrai^ un inconvénient; pour le prévenir^ les Assyriens dénommèrent les années par les éponymes^ et toute Tannée appartenait alors à un même personnage, sans avoir, comme à Rome, un consul suffectus, en cas dedécè*;, La mort d'nn archonte d'Athènes pendant son éponymie, ne changeait rien à l'appellation de Tannée définitivement acquise àThistoire.

On évitait, d'autre part, Tinconvénient d'une incertitude, si la date de Tavénement n'était pas bien-é^lablie, ou s'il y avait discussion sur le point de départ. Il se présente, pour l'Assyrie, un fait inouï dans Thistoire de l'antiquité tout entière ; nous possédons deux documents privés, datés d'un mênkejour, du 13 marchesvan de Tannée de Mannu-ki-Anur-Hh. Eh bien, chose curieuse^ les deux documents, dont Tun est au Louvre,

i 4 SAU>ifOK ET 89S «UCCBfigBQltS.

Pautreau Musée brilaQnique,nesoatpa$d'accord surraanéedu roi ; l'un met le même jour dans la 12"% Tautre dans la 13°*' année de Sargon. Utile enseignement pour ceux qui veulent rectifier à tout prix la Bible rieo que sur les textes cunéiformes 1

£.es livres des Rois ont admis le système de Tannée déterminée par Tavénement du roi ; ils ne comptent pas par années commençant à des époques fixées par le calendrier. Supposer la dernière alternative constituerait une grave erreur. Les années des Rois delà Bible s'énoncent comme les années des pontificats des Papes. Le 16 juin 1874 a fini la 28""* année du règne de Pie IX, le 17 juin 1874 a commencé la 29™«. Voilà également la façon de compter les années des rois de Juda et d'Israël : tout le secret de la chronologie sacrée repose sur ce fait, que les considérations mathématiques, que nous présenterons, feront ressortir d'une façon indéniable.

Et ce fait résulte tout naturellement de la confection même des sources auxquelles puisaient les auteurs du livre des Rois. Ils avaient, devant eux, pour les excerpter, les Chroniques perdues dont nous avons parlé, et qu'ils citent souvent. Ces annales s'appellent en hébreu, a le livre des événements des » jours », onDSi nn iso. Cette désignation démontre qu'ils étaient tenus au jour le jour , et Tavénement des rois et les armiversaires de ces dates y étaient consignés ; ils servaient à la nation pour les constatations nécessaires dans les unages de la vie civile.

C'est cette coutume des chroniques originales, plus précises, plus détaillées, qui a été adofptée par le Livre des Rois.

Quelle est la conséquence forcée de cette habitude, conforme aux renseignements documentaires des nations asiatiques, où existait le calcul des mois lunaires, raccordés' à Tannée tropique par des couibinaisons plus ou moins justes? Du temps de Moïse, les Juifs comptaient par années et par mois, et dans Tbistoire de Salomon nous, trouvons déjà trois dates énoncées de cette façon^ On ne pouvait néanmoinss'occuper des mois sans compter les années, ne fût-ce que pour calculer celles d'un seul roi. Maif siTon compte la durée d'un règne, on devra se mettre au courant sur ceux de plusieuirs rois: ainsi Asa fut, pendant

son règne^ contemporain de sept rois d'Israël. On devait donc avoir un système conipr^inani louages règnes,justementàcause des syncbronismes mutuels énoncés dans les livres des Rois. Parconséquence^jW la$ rattdçbatt à uo événement fixe, on avait une ère.

Et cette ère se trouve mentionnée dans TExode même ; elle se reliait directement au précepte de Moïse (Ex. xu, 2),

c(Cé mois-ci vous sera le commencement des mois, il vous » sera le premier des mois de l'année.

La première phrase du verset n'est pas seulement l'ampliflcation de la seconde qui d'ailleurs n'instituait aucune innovation, car le mois d'Abib ou de Nissan était, déjà avant Moïse, le premier mois de Tannée. Le vçrset indique clairement, ce nous semble, que le a commencement des mois d, principiwn mensium, devait former le point de départ d'un calcul, tout nouveau, auquel se rattacherait la cumputation des mois des années lunaires.

Dans la suite de nos développements, nous démontrerons que, dans la pensée des chronologistes judaïques, l'époque de cette ère, était :

La néoménie du jeudi, 17 avril julien, 4 avril grégorien, de Tannée 1493 avant Tère chrétienne, 1492, selon notre manière de computer, en augmentant les années de Tère chrétienne de 10,000 ans, 8,508.

L'Exode eut lieu quatorze jours plus tard, le jeudi 2 mai julien, 19 avril grégorien de cette même année.

Il y a donc, pour conclure, deux points prouvés à maintenir :

1** Les faits chronologijues de la Bible se rattachent à une ère, celle du Temple^ qui se relie à V époque de V Exode ;

2° Les années des rois^ cités dans les lÂvres saints^ se oomp^ tent à partir du jour de leur avènement au trône.

i6 SALOMON ET SES SCCGESSBURS.

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