‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 109 sur 339 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Le bilan que nous venons d'établir des dépenses et des recettes est trop vague et trop général pour que nous puissions juger de la puissance financière de la nation d'Israël. Les guerres de David, toujours heureuses et riches en butin, produisirent des plusvalues énormes. Les recettes ordinaires prirent un grand accroissement sous Salomon, qui recula les frontières et généralisa les impôts. Toutefois les immenses dépenses qu'entraînèrent les constructions amenèrent, à la fin du règne, un déficit considérable dont nous parlerons plus tard.

Le froid et calme récit de la Bible qui nous apprend ces choses ne semble viser que l'exactitude. Il n'expose rien que de vraisemblable. Nous ajoutons qu'il n'offre, vu les habitudes orientales, rien d'extraordinaire en fait de redevances et d'impôts. Israël n'eut point à se plaindre d'extorsions criantes. Cependant voici comment M. Renan expose les choses, entraîné par son parti pris de dénigrement gratuit :

« On n'a, dit-il, sur tous ces points, que des renseignements obscurs, des hyperboles trahissant l'ignorance de chroniqueurs bornés, pour qui ces choses administratives sont insolites et qui les voient avec les yeux grossissants de l'étonnement... Le récit est empreint d'un sentiment malveillant, où perce l'intention de présenter Salomon tantôt comme un tyran machiavélique, tantôt comme un roi avide et prodigue, pressurant son peuple pour l'entretien d'un harem monstrueux et d'une table de Gargantua*. »

Nous ne pouvons voir dans le récit sacré ce que la malveillance de M. Renan y a trouvé. Loin de là, si

1 Hist. d'Israël, t. II, p. 403.

on se transporte à cette époque, on ne trouvera dans les faits racontés par l'Ecriture rien que de sage , de bien entendu, de légitime. La Bible nous représente Salomon comme un roi économe , qui ne laisse se perdre aucune des ressources de son royaume et qui les emploie toutes à des ouvrages dont la magnificence fut considérée en Orient comme un honneur et une gloire. Les fautes de Salomon, nous le répétons ici , ne sont point dans ses richesses ni dans le luxe oriental qu'il déploie. L'Ecriture le loue de ses entreprises et considère ces magnificences comme une faveur de Dieu : « Le Seigneur, dit- elle, donna à Salomon les richesses avec la sagesse ^ . » Les fautes de Salomon sont donc ailleurs.

Mais ce que nous pouvons dire dès maintenant, c'est que M. Renan ne peut supporter la gloire d'aucun roi d'Israël, même celle de Salomon. C'est ce qui fait qu'après avoir cité comme faisant autorité des textes et des documents sans lesquels il ne pouvait rien écrire sur l'histoire d'Israël , il prend à tâche de détruire peu après leur autorité, niant et affirmant tour à tour ce qu'il a écrit lui-même.

Son Histoire d'Israël est un pamphlet sans logique contre les gloires les plus incontestables du peuple de Dieu, et il n'y a pas lieu de s'étonner que VHistoire d'Israël comme la Vie de Jésus soient citées par nos ennemis de l'Allemagne en témoignage de la frivolité et des ignorances de la nation française. Si M. Renan doute de nos paroles, qu'il franchisse le Rhin et prête l'oreille à ce qui se dit dans les chaires des facultés et dans les feuilles quotidiennes. Quant aux revues savantes, il y a longtemps déjà

* IIIReg. m, 13. I ParaL i, 12.

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