CHAPITRE XIX
et les responsabilités des constructions des palais et de leurs jardins, et la défense des villes à l'intérieur et sur les frontières.
La maison du roi coûtait aussi fort cher. C'étaient des multitudes de serviteurs à tous les degrés de la hiérarchie, que Salomon avait à nourrir et à entretenir. G ^étaient les cuisines, les écuries de luxe, les harnachements somptueux des chevaux; les montures , non pas de guerre , mais de représentation ; les fêtes et Texigence d'une cour qui ne comptait pas seulement des hommes, mais aussi des femmes trop nombreuses, surtout quand Salomon eut abandonné les voies de la sagesse. C'est par milliers que se comptent les domestiques qui peuplaient et peuplent encore les palais d'Orient ; et tout ce monde, hommes, femmes et enfants, vivent aux frais du maître, «. de sa table, » comme on dit en Orienta On a calculé que le personnel employé par Salomon et l'administration du royaume, tant à Jérusalem que dans les maisons de campagne et les villes royales , vivant aux frais du trésor, pouvait s'élever à 50000 hommes ^ Ceux qui ont étudié dans MM. Lenormant, Maspero et Layard, les choses de l'Orient, ne trouveront pas ce chiffre exagéré. Les vivres dépensés par cette multitude pouvaient bien comporter par jour, comme le veut le texte sacré, trente kor de fine farine, soixante kor de farine ordinaire , dix bœufs gras , vingt bœufs ordi-
* Lenormant, op. cit., t. III, p. 395, et t. V, p. 33. On peut invoquer à ce sujet le témoignage de Gtésias, qui porte à 15 000 les officiers et les domestiques employés au seul palais du roi de Perse à Suse,
^ Villalpand estime la maison de Salomon à 48 600 hommes, et Calvisius à 54 000.
naires, cent moutons, sans compter le gibier et la volaille ^ .
Nous avons parlé des dépenses, parlons maintenant des revenus.
Salomon dominait sur tous les royaumes qui s'étendaient depuis l'Euphrate ^ jusqu'aux frontières d ^Egypte , et depuis Thiphsasch jusqu'à Gaza. Les rois de ces provinces lui étaient soumis et lui offraient des présents. Les Iduméens eux-mêmes et les Madianites, qui habitaient TArabie déserte jusqu'à l'Ethiopie, lui payaient tribu et lui rendaient hommage^. De toutes parts on lui envoyait chaque année des vases d'or et d'argent, des étoffes, des armes, des parfums, des chevaux et des mulets. Les domaines du roi créés par David rapportaient également de fortes sommes à Salomon^. Le Cantique nous apprend qu'une seule des vignes royales , celle de Baal-Hamon , au nord de la Palestine , était donnée à des fermiers, qui payaient au roi chacun 1 000 sicles de fermage annuel ; chaque fermier ne retenait que 200 sicles ^ Sans compter ces présents, ces revenus et les droits prélevés sur les marchandises importées, le poids de l'or qu'on recueillait chaque année pour le domaine était de 670 talents ou plus de 87 millions de francs^.
1 m Reg. IV, 22et23. — Le kor était de 10 bath, et le bath équivalait à 38 litres 88 centilitres; 30 kor égalent 116 hectolitres 64 litres.
^ L'hébreu porte simplement le fleuve, sans addition. Il signifie alors l'Euphrate. « Depuis l'Euphrate jusqu'à l'Egypte » s'entend de la longueur du royaume; « depuis Tiphsasch jusqu'à Gaza, » de la largeur. (III Reg. iv, 21 et 24.)
3 III Reg. X, 15. Cf. II Parai, xxi, 16.
^ III Reg. X, 25.
^ Gant. VIII, 11.
^' III Reg. X, 14 et 15. Nous estimons toujours le talent d'or à 131 850 francs.