CHAPITRE XXI
Salomon apprit les secrètes menées de Jéroboam, et il voulut le faire mourir. Mais celui-ci se réfugia en Egypte , auprès de Sésac ou Scheschonq , où il demeura jusqu'à la mort de Salomon *.
Ce fut au milieu des sinistres appréhensions que lui causaient ces troubles extérieurs et intérieurs que Salomon s'endormit du sommeil de ses pères. Il reçut la sépulture dans la cité de David. De plus amples détails sur ses actions et ses œuvres avaient été, dit le texte sacré, consignés dans les écrits de Nathan le prophète , dans les livres d' Ahias de Silo ; dans la vision d'Addo le voyant, contre Jéroboam, fils de Nabath ; enfin dans le livre des Paroles du roi Salomon ^ Malheureusement ces ouvrages ne sont point venus jusqu'à nous.
Le fils de David mourut dans la soixante ou soixante -quatrième année de sa vie. Il avait régné 40 ans, de 1017 à 978 avant Jésus- Christ ^
Salomon avait eu pour mission de jeter sur le royaume de David un incomparable éclat, de couronner son œuvre d'une gloire si brillante, que non seulement Israël, mais le monde ne l'oubliera jamais. Cette mission venait de Dieu; elle était l'œuvre de la sagesse , d'une sagesse impersonnelle , qui n'appartenait point à Salomon. Celui-ci, pendant plus de trente ans, en fut l'instrument docile et à jamais honoré.
* III Reg. XI, 40. — Scheschonq était le premier roi de la XXIIe dynastie. Il demeura l'allié de Jéroboam contre Juda et s'empara de Jérusalem (Lenormant, op. cit., t. II, p. 337).
* m Reg. XI, 41-43.
^ Oppert, Salomon et ses successeurs, p. 90. Josèphe le fait vivre 94 ans; mais, à la version TÉo-CTaps; xai Ivev^xovra, il faut préférer xlffffapeç xxt l^iqxovTa.
Mais quand Salomon lui fut infidèle, elle se retira. Salomon et Israël, non pas abandonnés de Dieu, mais punis, tombèrent dans l'infortune et l'humiliation. Toute une suite de calamités frappèrent Israël. Elles ne furent interrompues que par de rares bonheurs et quelques règnes heureux : c'était assez pour montrer que Jéhovah était toujours là, maintenant ses promesses et disposant tout pour leur réalisation messianique.
Juda aura ses heures de péril et d'angoisse ; mais, comparée à celle d'Israël, sa destinée sera moins malheureuse et moins agitée. Le sentiment de loyalisme passionné qui attachait Juda à la race de Jessé , le souvenir de la gloire et de la puissance des deux premiers rois qu'il avait donnés à la nation , lui communiquèrent plus de fermeté dans sa foi et plus de constance dans ses espérances. Même dans les plus mauvais jours, on proclamait bien haut que Jéhovah avait conclu un pacte avec la famille de David et qu'il ne pouvait la laisser périr, non plus que le peuple qui s'attachait à elle. Grâce à cette confiance, on espérait toujours, même contre toute espérance ; alors que le présent était le plus troublé et le plus sombre, on comptait sur les retours à la prospérité que ramènerait un fils de David, le Messie.
Mais le royaume du Nord, Israël, beaucoup plus que Juda, subira le poids du châtiment. Le schisme lui portera malheur ; ses croyances s'affaibliront ; la foi nationale laissera par toutes ses brèches entrer dans les âmes l'élément idolâtrique, et dans la nation l'élément étranger. La religion, qu'on le sache, communique au patriotisme l'arôme qui conserve et la flamme qui allume le dévouement à la patrie.