CHAPITRE XXI
l'étranger. Hiram se plaignit avec éclat du nonremboursement des quinze millions avancés au roi dlsraël. Celui-ci offrit en échange vingt cités limitrophes des frontières phéniciennes, dans la basse Galilée*.
Or, dit l'Ecriture, Hiram vint un jour visiter le territoire qui lui était ainsi concédé, et il n'en fut pas satisfait : « Mon frère, dit-il à Salomon, sont-ce là les cités que vous m'offrez en échange des sommes considérables que je vous ai avancées? » Et par une expression pittoresque qui témoignait de son mécontentement il appela le pays concédé d'un nom qui exprime le dédain et le mépris : S*a3, chahul, (( terre de boue et de sable ^. »
En même temps un des officiers de Salomon, Jéroboam , fils de Nabath , de la tribu d'Ephraïm , levait contre son roi l'étendard de la révolte. G^était un vigoureux jeune homme , plein de prudence et d'habileté. Salomon l'avait remarqué entre tous les ouvriers qui travaillaient au Mello et à la reconstruction du mur de Jérusalem. Frappé de son adresse et de son air de résolution, il le mit à la
* III Reg. IX, 14. On a discuté sur la légitimité de cette action de Salomon : Terra non vendetur in perpetHum, dit le Lévitique, quia mea est (Lev. xxv, 23). En faisant passer ces villes sous la domination d'un prince idolâtre , n'exposait-il pas les habitants à perdre leur foi? On répond que ces villes étaient situées en dehors des limites de la terre promise (Jos. xix, 27). Elles avaient apparemment été conquises depuis peu par les Israélites et , par suite de cette conquête, en partie ravagées et dépeuplées. Après le refus d'Hiram, Salomon les peupla de colonies juives (II Parai, viii, 2). Cf. Grotius, De Jure helli et pacis , III, xii.
2 III Reg. IX, 10-11. II Parai, viii, 2. Roi d'un peuple exclusivement maritime et commerçant, Hiram, en sage politique, ne se souciait pas sans doute d'un accroissement continental qui pouvait plus tard amener des sujets de jalousie entre les deux royaumes.
2i4 LA VIE ET LES ACTES DE SALOMON
tête des travailleurs de Joseph, c'est-à-dire des tribus d^Ephraïm et de Manassé. Il ne se doutait pas que ce jour- là il donnait un compétiteur au trône de son fils et un roi à Israël. Plus que tout autre, Jéroboam était à même d'entrer dans les sentiments du peuple et de connaître ses pensées. Or les Israélites murmuraient contre le roi et se plaignaient amèrement des travaux qui pesaient sur eux. On regrettait tout haut le passé.
Le fils de Nabath se servit de cette mauvaise humeur, et il conçut dès lors le secret espoir de régner. La voix d'un prophète le confirma dans cette espérance. Un jour qu'il sortait de Jérusalem pour gagner les tribus dont il avait le commandement, et aussi pour y attiser le feu de la révolte \ il rencontra sur son chemin Ahias de Silo, le prophète, qui était vêtu d'un manteau neuf. Or ils étaient seuls dans la campagne. Ahias déposa son manteau; à la vue du jeune homme, il le partagea en douze morceaux et dit à Jéroboam : a Prends-en dix pour toi, ils t'appartiennent; car voici la parole de Jéhovah : Je déchirerai le royaume dans la main du fils de Salomon et tu régneras sur dix tribus. Celles de Juda et de Benjamin resteront attachées au roi de Jérusalem , en souvenir de mon serviteur David ; car je veux que la lampe de mon serviteur David continue de briller sur Jérusalem, la ville que j'ai choisie. Tu jouiras de ce que ton âme désire. A toi d'être fidèle, comme David, à mes commandements, si tu veux que j'élève ton trône. Cependant je ne punirai pas les fautes de Salomon pour toujours ^ »
^ Ceci ressort évidemment du v. 37 du ch. xi (III Reg.). 2 III Reg. XI, 26^9.