‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 126 sur 339 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

EXPOSITION

Nombre d'historiens et de moralistes, trop étrangers à l'histoire de la religion chrétienne et plus ignorants qu'ils ne le pensent de ses origines , se sont souvent demandé quelle est la raison de l'Evangile et quels sont les faits d'où dérive son règne toujours renaissant sur une souche vivace.

Nous ne dirons point ici comment ils ont répondu ; mais l'insuffisance de tant de solutions variées données au problème a frappé et frappe encore les esprits éclairés et sincères.

Leurs réponses à la question posée ne remontent ni assez loin ni assez haut. Elles ont le tort immense d'écarter Dieu et son action, qui sont le premier et le dernier mot de l'histoire humaine.

La religion chrétienne est le relèvement divin de Inhumanité après sa chute , une rédemption , une liberté après le péché et sa servitude.

Le fait historique de la chute et de la déchéance de l'humanité est repoussé par le scepticisme de nos

contemporains. En vain leur observe -t- on que c'est là un fait confirmé par les plus anciennes et les plus universelles traditions, un fait qui révèle, éclaire l'origine et la cause des contradictions et des antinomies que l'humanité renferme dans son sein. Tant d'infirmités et tant de puissance; la nature si dure et si généreuse; l'homme à la fois roi et esclave; des désirs toujours renaissants et jamais satisfaits ; la raison tantôt ferme , tantôt vacillante ; l'humanité qui poursuit le bonheur, et le bonheur qui se dérobe ; les conditions misérables oii nos investigations préhistoriques trouvent l'homme primitif : tant d'indices et de témoignages saisissants ne peuvent les convaincre que l'homme est un roi tombé qui se souvient du ciel, un banni mis à l'épreuve avant d'être rappelé dans sa patrie, une créature malheureuse et cependant aimée , que le Christ a pris en pitié et qu'il veut sauver et glorifier. Mais le moraliste moderne ne veut rien savoir du problème et de ses solutions. Il semble lassé de croire à l'Evangile. Il cherche autre chose, et il ne trouve pas. Désespéré, il flotte au hasard des doctrines et de leurs courants. Avec Schopenhauer, il se dit victime d'une puissance inconsciente et inconnaissable. Les matérialistes retournent à Epicure, à Lucrèce, pour expliquer la marche du monde. Tour à tour matérialistes avec Huxley, socialistes avec Marx, pessimistes avec Hartmann, nihilistes avec Krapotkine, les esprits aujourd'hui en sont réduits à invoquer la destruction totale et finale de l'être malheureux et sans espoir qui s'appelle l'homme. « Je n'hésite pçis à déclarer, a dit le professeur Huxley, que s'il n'y a pas d'espérance à concevoir d'un progrès dans la condition de la portion la

Page 1